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Conférence de presse conjointe du ministre des Affaires étrangères N. Kotzias et de son homologue albanais, D. Bushati (Tirana, 06.06.2016)

mercredi, 08 juin 2016

Conférence de presse conjointe du ministre des Affaires étrangères N. Kotzias et de son homologue albanais, D. Bushati (Tirana, 06.06.2016)D. BUSHATI : Bonjour à tous. J’aimerais remercier mon ami, Nikos Kotzias pour sa visite d’aujourd’hui à Tirana avec sa délégation.

Comme chacun sait, c’est la énième fois que nous nous rencontrons à Tirana, à Athènes, à Thessalonique ou à Bruxelles ainsi que dans des enceintes internationales dont l’Albanie et la Grèce sont membres. Nous coopérons depuis quasiment un an sur des questions demeurées en suspens entre nos deux pays – des questions remontant à la seconde guerre mondiale, des questions présentant un intérêt pratique pour les citoyens de nos deux pays, mais aussi des questions que nous considérons comme étant d’importance déterminante pour notre avenir européen commun. Car nous sommes deux pays voisins, nous avons des partenariats d’intérêt stratégique pour avancer et coopérer ensemble.

Ces derniers temps, mon ami Nikos et moi-même avons échangé certaines idées et avons consenti un effort pour avancer vers un programme commun en vue de résoudre les questions bilatérales demeurées en suspens entre l’Albanie et la Grèce. Outre nos efforts déployés en vue de la création d’un programme commun, je suis heureux de dire que nous sommes convenus de mettre en œuvre un mécanisme commun visant à gérer ces questions qui ont été classées par ordre de priorité par nous-mêmes et nos équipes respectives. Ce mécanisme se réunira régulièrement et traitera de manière intensive de toutes les questions afférentes à un programme commun. Il ne fait aucun doute que la priorisation des questions ne suffit pas, les questions sont bien connues, nous les avons mentionnées publiquement aux médias, lors de nos communications entre nous, aux instances parlementaires et toutes nos actions maintenant sont axées sur la façon dont nous pourrons trouver une solution à ces questions. Personnellement, lorsque je compare les propositions de mon ami, Nikos Kotzias à celles que j’ai proposées, je constate de nombreux points communs ainsi qu’une dynamique afin de faire face à ces questions. Par ailleurs, il y a une volonté commune, de la part des gouvernements respectifs, d’aller de l’avant.

Avec le mécanisme de consultations aujourd’hui nous nous sommes également mis d’accord sur une feuille de route car il est important que l’éventail de questions – qui sont souvent des questions interdépendantes – soit assorti d’une feuille de route claire, convenu à différents niveaux afin que les premiers résultats commencent à apparaître dans ce sens.

J’apprécie tout particulièrement l’intérêt des médias pour des rencontres de ce niveau qui attestent du fait que les hommes sont impatients de trouver une solution et que les deux gouvernements ne se bornent pas seulement à classifier les questions. J’apprécie également le travail des équipes respectives qui nous ont permis d’arriver jusqu’ici ce qui n’était pas facile car notre relation est une relation de très longue date, datant de milliers d’années, une relation complexe mais qui, je le répète, offre une dynamique certaine.

Je remercie encore une fois le ministre et ami Nikos Kotzias et j’aimerais ajouter que ces rencontres s’intensifieront à l’avenir jusqu’à ce que nous puissions trouver une solution à toutes les questions, car nous sommes voisins et nous n’avons aucune autre alternative.

Je vous remercie.

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Je remercie mon ami Ditmir et le ministère des Affaires étrangères de l’Albanie pour l’accueil et la  bienveillance avec laquelle nous discutons et envisageons les problèmes.

Malheureusement, à notre époque il n’est pas toujours évident de rechercher des solutions lorsqu’il y a des problèmes. Pour certains, chercher des solutions aux problèmes est considéré comme un problème en soi. Et j’ajouterais à cela que nous nous devons de résoudre nos problèmes et d’aller de l’avant. C’est notre philosophie commune, de résoudre les problèmes existants et de nous pencher sur les grands projets d’avenir.

Nous avons devant nous des devoirs impérieux à accomplir pour nos peuples et la région tout entière, pour sa stabilité et sa sécurité. Nous devons construire de grands réseaux, développer l’énergie, développer notre coopération culturelle et éducative et autres questions que nous avons abordées avec mon collègue Ditmir.

Ces solutions aux problèmes existants devront être envisagées de façon créative, dans un esprit de dialogue et de consensus, autrement dit à l’européenne. Ceux qui pensent que les problèmes sont là pour ne pas être résolus voient la voie européenne sans l’Europe. La voie européenne a besoin de compréhension et de méthodes européennes.

C’est pourquoi la proposition faite par Ditmir au sujet d’une feuille de route assortie d’un calendrier est une proposition basée sur les outils de l’Europe elle-même. Nous devons assumer le lourd fardeau du cheminement européen des pays des Balkans occidentaux et c’est pourquoi nous devrons en finir avec les problèmes du passé et contribuer à la perspective européenne de ces pays et avant tout de l’Albanie.

La Grèce est l’un des plus anciens membres de l’UE. Elle possède une riche expérience et un savoir-faire inégalé et elle sera toujours aux côtés de l’Albanie dans ce cheminement vers l’UE.

Dans ce contexte, je suis heureux que le ministre Ditmir ait accepté mon invitation d’organiser en octobre – encore à Thessalonique – la deuxième rencontre des quatre Etats, qu’il ait accepté ma proposition d’organiser en septembre la rencontre des six Etats européens et des six Etats arabes et que nous ayons une coopération régulière.

Je remercie encore Ditmir pour son ouverture d’esprit, pour les différents points de vue que nous avons et que nous abordons toujours de façon ouverte, dans un esprit de dialogue démocratique.

Je vous remercie tous d’être ici et je remercie le gouvernement albanais pour son hospitalité.

JOURNALISTE (Thimi Samarxhiu, station TV TOP CHANNEL) : Une question pour le ministre Bushati et une pour M. Kotzias. Monsieur Bushati, la question des Chams est débattue depuis longtemps en Albanie tandis que la Grèce ne la reconnait pas. Pourriez-vous du moins nous dire si cette question a été abordée lors de votre rencontre et est-ce que cette question est prévue dans votre train de mesures ?

D. BUSHATI : Merci de votre question. Je pense avoir été clair lorsque je me suis référé à la complexité de la relation des deux pays, à la liste des questions et à une sorte de catégorisation que j’ai faite dans le passé en trois « chapitre – paniers ». Je pense que les différents points de vue que nous avons avec M. Kotzias sur certaines de ces questions sont respectés. Toutefois, il ne fait aucun doute, pour ce qui nous concerne, que la question des Chams est une partie du chapitre ou du « panier » qui remonte à la seconde guerre mondiale.

Nous sommes des pays voisins et il est tout naturel – parce que les populations des Balkans et de la Méditerranée sont connues pour leur sang chaud – d’avoir des lectures différentes de cette question et autres. Je pense que faire preuve de réalisme modèrerait les propos nationalistes et permettrait de rendre justice. Mais je pense que l’heure est venue pour moi d’être plus clair et direct avec l’opinion commune et de dire qu’il n’est pas question de revendications territoriales. L’Albanie n’as aucune prétention de ce genre vis-à-vis de la Grèce, c’est un pays qui a signé l’acte final d’Helsinki.

L’Albanie accepte et respecte la Grèce en tant que voisin digne. Je suis reconnaissant à la Grèce pour son soutien offert au fil des années, comme lors du processus d’adhésion à l’organisation euro-atlantique ou encore maintenant lors du processus de l’intégration européenne. Mais notre approche, lorsque nous parlons de cette question, concerne le respect des libertés et des droits fondamentaux des Chams et de leurs descendants qui en fait étaient des Albanais d’Epire possédant des passeports grecs ou la nationalité grecque.

Il s’agit d’un processus où chaque obstacle empreint de discrimination devrait être levé pour ce groupe également. Nous sommes un pays aspirant à créer une société basée sur le droit et par cela nous n’entendons pas les responsabilités collectives, les condamnations collectives pour quelque raison que ce soit, mais une paix individuelle et le respect du droit de propriété, de libre circulation, etc.

Lors de ce processus de discussion, de dialogue indépendamment des difficultés et des préjugés qui puissent exister, nous pensons que nous pouvons reproduire les meilleures pratiques, comme les dernières pratiques franco-allemandes pour rendre hommage aux victimes de la première guerre mondiale par le biais de différentes actions, comme les monuments et autres symboles. Nous sommes dans ce genre de discussion, de processus où bien naturellement les principes de bon voisinage, de respect de l’intégrité du pays voisins sont les plus hauts principes valables.

JOURNALISTE (Thimi Samarxhiu, station TV TOP CHANNEL) : Monsieur le ministre, lors de votre dernière rencontre avec le ministre Bushati, vous aviez dit que le casus belli est une simple formalité. Pourquoi est-ce qu’il n’a pas été aboli jusqu’à présent et quand pensez-vous abolir cette loi ? Avez-vous pris des initiatives précises à cet égard ?

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Permettez-moi de commencer par la deuxième partie de votre question, le casus belli. La Grèce pense que la déclaration du Conseil ministériel de 1987, à savoir que nous ne sommes pas en guerre, est en vigueur. Par ailleurs, le Traité d’amitié de 1996, qui est un accord entre deux pays amis est également en vigueur. L’adhésion de l’Albanie à l’OTAN et sa perspective d’adhésion à l’UE fait de nous non seulement des amis, mais aussi des partenaires. S’il y a, de l’autre côté, des doutes quant au fait de savoir si nous sommes ou non en situation de guerre, cela fera l’objet de la discussion qui aura lieu et je pense que nous trouverons tous les deux une réponse satisfaisante à la question.

En ce qui concerne la question des Chams, chacun sait qu’il y a un grand groupe de Chams qui sont des Albanais vivant en Albanie. Nous souhaitons à ce groupe de prospérer et de tirer à son tour profit de l’adhésion de l’Albanie à l’UE. Il y en a certains, les anciens Chams, chrétiens, qui avaient été islamisés en 1611 et qui sont aujourd’hui des citoyens grecs. Il y a aussi certains Chams qui ont coopéré avec l’envahisseur allemand, qui ont créé des « comités » afin de contrôler et piller les biens du reste de la population dans des régions de l’Epire et qui ont été condamnés par les tribunaux grecs en vertu du droit grec et international et qui, contrairement à d’autres collaborateurs en Europe, ont quitté leur pays et n’ont pas été exécutés. Je pense qu’il faut faire attention, lorsque nos parlons de ces Chams nous ne nous référons à aucun groupe de citoyens albanais et en aucun cas à l’Albanie.

Et si je le dis, c’est parce que certains veulent assimiler tous ceux qui ont collaboré avec les nazis à un groupe d’Albanais qui vivaient toujours en Albanie et n’ont jamais vécu en Grèce et après les assimiler à toute l’Albanie. C’est dans ce sens que nous disons que pour nous il n’y a pas de problème quant à la façon dont la question est gérée par notre voisin. Nous avons une approche différente et tout cela est connu du point de vue de l’histoire.

JOURNALISTE (Nikos Meletis – chaîne de télévision « ΕΡΤ ») : Monsieur Bushati, je voudrais tout d’abord une clarification de votre part.  Est-ce que par votre affirmation tout à l’heure, vous voulez dire que certains Chams sont impliqués dans des crimes de guerre et ce en coopération avec les nazis ? Vous avez également précisé que les responsabilités n’étaient pas collectives.
Ma question porte sur la délimitation des zones maritimes. Est-ce que l’Albanie envisage de consentir à une nouvelle délimitation des zones maritimes d’ici la fin décembre afin que les questions demeurées en suspens ne deviennent pas une entrave au parcours d’adhésion de l’Albanie ?

Et ma deuxième question porte sur les biens de la minorité ethnique grecque. Il y a eu des plaintes concernant la saisie de milliers d’hectares de terres appartenant à cette minorité, notamment dans la région de Himara. Quelles sont les mesures que vous envisagez de prendre en vue de protéger ces biens fondamentaux des citoyens albanais qui appartiennent à la minorité ethnique grecque ?

D. BUSHATI : Je voudrais commencer par la dernière question portant sur la minorité ethnique grecque qui est une minorité très respectée ici en Albanie et qui constitue non seulement un pont de coopération entre l’Albanie et la Grèce  mais a également une contribution considérable aux institutions démocratiques et aux évolutions dans le pays. L’Albanie est membre du Traité-cadre du Conseil de l’UE sur la protection des minorités et le Conseil dans tous ses rapports et observations à cet égard a porté un jugement favorable sur le travail accompli par les autorités albanaises pour ce qui est du respect des libertés et des droits des minorités. Et comme je l’ai à maintes reprises affirmé lors de mes rencontres avec des partenaires et des associations représentant les minorités ici en Albanie ainsi qu’avec mon cher ami, M. Kotzias, nous sommes prêts à renforcer davantage le respect dans le domaine des minorités et d’examiner aussi des modèles plus avancés, tant ici, dans la région que dans le reste de l’Europe.

Pour ce qui est de la question des biens, aujourd’hui nous avons tenu  ici une discussion avec le ministre grec, M. Kotzias sur les possibilités que nous n’avons pas probablement exploitées, entre l’Albanie et la Grèce. S’agissant du Traité d’amitié, l’article 15 prévoit, ce qui est bien connu de tous les représentants de la minorité ethnique grecque ici en Albanie ainsi que des journalistes, la mise en place des comités en Albanie et en Grèce, des comités spécialisés en matière de biens des ressortissants des deux pays ou des biens à caractère public. Force est de signaler que cette possibilité prévue par le Traité, n’a pas été exploitée. Toutefois, nous devons éviter ces dossiers où il y a un abus ou des entraves, des entraves intérieures, à caractère législatif ou administratif, dans les Etats respectifs.

Nous demandons à la partie grecque de respecter les droits de propriété dans certaines affaires et nous sommes prêts à discuter de toutes les affaires liées à ces droits de propriété susceptibles bien évidemment de porter atteinte à la minorité ethnique grecque en Albanie.

S’agissant de votre question portant sur les difficultés liées à la délimitation des zones maritimes ou à l’ « affaire maritime », comme on a coutume de dire ici en Albanie, les faits sont clairs  pour ce qui est du processus de la négociation et de la prise de décisions par la Cour constitutionnelle de l’Albanie.

Il y a des propositions de la part des deux parties, après ce long processus – entamé il y a deux ans – de discussion concernant la façon dont on pourrait tirer les leçons des erreurs commises par la partie albanaise tout au long de ce processus et nous avons nous-mêmes tiré les leçons des décisions prises par la Cour constitutionnelle. Il a clairement été mentionné qu’une atteinte a été portée à l’intégrité territoriale de l’Albanie, chose que j’ai à maintes reprises affirmée et que je continuerai d’affirmer tout au long de mon mandat. Mon intention n’est pas de créer des impressions, comme c’est souvent le cas au sein du parlement, mais de dire que nous sommes déterminés à aller de l’avant avec la partie grecque en vue de parvenir à une solution axée sur l’esprit européen et conformément aux  règles du droit international. J’ai à plusieurs reprises affirmé aux médias de la Grèce et de l’Albanie que l’atteinte d’une solution constitue une question d’intérêt stratégique pour l’Albanie et la Grèce.

Avec l’Italie, pendant la période marquée par la guerre froide et lorsque nous avions cette distinction entre Orient et Occident, il a fallu sept ans pour trouver une solution commune, sachant que l’Albanie et l’Italie présentent une géomorphologie appropriée sans beaucoup de problèmes ou complications.

Dans le cas de la Grèce avec l’Albanie, il a fallu attendre un an et demi et mener trois tours de négociations qui ont été finalement rejetés par la Cour constitutionnelle. Cela atteste d’un manque de respect de la part de la partie albanaise et moi je représente un gouvernement et une force politique qui fait partie d’une administration qui ne veut pas commettre cette erreur, une erreur qui ne porte pas seulement atteinte à l’intégrité du pays, mais crée aussi des problèmes avec les voisins – des problèmes qui peuvent être difficilement surmontés.

Pour ce qui est de votre commentaire concernant ma déclaration sur la question des Chams, je pense avoir été clair pour ce qui est de l’absence de revendications territoriales et de la dimension très claire des droits de l’homme ce qui devra mettre en avant notre propre point de vue à l’égard de cette affaire.

Ν. ΚΟΤZIAS : Je voudrais faire un commentaire. Les accords internationaux sont axés sur le droit international et créent des engagements internationaux. Merci.

JOURNALISTE (Klementina Cenkollari, chaîne de télévision « Ora News ») : Monsieur Bushati, que pensez-vous du communiqué émis hier,  avant la visite de M. Kotzias, par le ministère grec des Affaires étrangères et lequel semble être un avertissement concernant un veto que la Grèce pourrait éventuellement opposer à l’adhésion de l’Albanie à l’UE ? Je vous remercie.

D. BUSHATI : Je vais vous décevoir car mon interprétation est différente et ce pour des raisons spécifiques, non seulement à cause de ce que mon cher ami, M. Kotzias avait dit, mais aussi parce que je ne pense pas qu’il soit dans l’intérêt de la Grèce, ou encore que ce soit  sa volonté, son privilège d’exercer une politique qui consiste à imposer des conditions à l’Albanie, une politique que la Grèce n’a en effet jamais suivie, ni même pendant la période où les relations gréco-albanaises étaient en crise.

Je ne pense pas non plus qu’il soit dans l’intérêt de l’Albanie et des Albanais qui vivent dans la région d’avoir des relations avec la Grèce ou des relations qui sont déterminées en fonction des sentiments et non pas  en fonction de la raison. Je l’ai affirmé et je continuerai à l’affirmer, indépendamment de l’institution que je représente, à savoir que nos relations avec la Grèce sont des relations stratégiques, présentant de grandes possibilités de développement, que nous devons valoriser de la façon la plus appropriée.

Bien évidemment, j’apprécie le communiqué du ministère grec des Affaires étrangères car il nous rappelle encore une fois les questions liées à l’Etat de droit, à la réforme de la justice, au respect des décisions judiciaires. Nous sommes actuellement au dernier stade de la finalisation de la réforme de la justice et de ce point de vue, ce communiqué constitue une motivation à mon sens pour  parachever avec succès ce processus afin que l’Albanie puisse franchir la prochaine étape dans le processus de l’intégration européenne.

Il s’agit également d’un indice clair de l’attitude respectueuse du pays voisin à l’égard des décisions judiciaires ce qui est également mis en évidence par le respect de la position de l’Albanie de la part de la Grèce pour ce qui est de la décision de la Cour constitutionnelle sur cette question appelée « question des frontières maritimes » car le débat revient encore une fois à cette question dans le but de parvenir à un accord juste qui sera davantage axé sur le droit international et, bien évidemment, sur le droit constitutionnel. Je vous remercie.

JOURNALISTE (Sophia Aravopoulos, Agence de presse athénienne) : Monsieur Bushati, vous avez dit que vous vouliez entretenir de bonnes relations avec la Grèce, pays que vous considérez comme un partenaire stratégique. Toutefois, ne pensez-vous pas que l’insistance avec laquelle la direction albanaise a dernièrement soulevé la question des Chams crée un terrain qui n’est pas favorable au dialogue et sape probablement le parcours européen de l’Albanie ?

D. BUSHATI : La journaliste m’a posé une question sur le communiqué émis par le ministère grec des Affaires étrangères avant la visite du ministre ici et je me suis référé à ce communiqué tout en prenant comme exemple positif l’attitude adoptée lors de la conférence de presse. L’intention n’était pas d’exercer des pressions, ni des créer des situations qui n’existent pas. Il s’agissait tout simplement d’un effort d’interpréter un communiqué dans un contexte spécifique.

Concernant la question qui a été de nouveau été posée sur les Chams, je voudrais vous assurer que pour ce qui nous concerne nous n’imposons aucune entrave à la Grèce.

Il s’agit d’un dialogue sincère, pas facile, entre deux voisins qui se soutiennent mutuellement en temps difficiles et en temps heureux. Mais tout en éprouvant un grand respect à l’égard de la complexité des points de vues et de la liberté d’information, il m’est difficile de comprendre le lien entre le règlement d’une question qui, à notre sens, est imposée par les libertés fondamentales, les droits de l’homme et les moyens du droit international, et le processus de l’intégration européenne de l’Albanie, un processus qui, comme il est communément admis, est régi par des règles et des méthodologies bien claires, et comme l’a également affirmé M. Kotzias de la façon la plus éloquente, en sa qualité de représentant d’un pays vétéran de l’UE, il existe un processus régi par des règles et des principes très clairs.

C’est pourquoi, avec tout le respect que je vous dois, lorsqu’une question de ce genre provient d’un journaliste Grec, cela laisse un arrière-goût. Car tout le monde sait que la Grèce est un pays qui soutient les processus d’adhésion, un pays qui a offert à tous les pays des Balkans occidentaux l’agenda de Thessalonique, dont nous commençons tous maintenant à récolter les fruits et je pense que c’était à Thessalonique que le processus visant à la réconciliation des Balkans occidentaux a été mis en route.

C’est un pays qui a sa propre histoire glorieuse au sein de l’UE, mais aussi des préjugés en raison des différentes crises. 

Est-ce qu’il existe donc un partisan plus fervent du processus de l’intégration européenne des pays des Balkans occidentaux  que la Grèce?

A mon humble avis et de celui de la direction du ministère des Affaires étrangères de l’Albanie, toutes les actions de M. Kotzias et de son prédécesseur, M. Venizélos attestent de la position immuable de votre pays à l’égard de l’intégration européenne de la région. Et je saisis l’occasion pour remercier le gouvernement grec et le peuple grec de cette position immuable.

N. KOTZIAS : Je voudrais remercier  mon collègue Ditmir car il a précisé à sa propre façon le fait que je n’ai pas fait des déclarations de ce genre, même avec une interprétation positive. C’est une position exprimée par lesdits « milieux du ministère des Affaires étrangères ».

Les seules déclarations que j’ai faites concernant l’Albanie portent sur le fait que nous voulons que celle-ci adhère à l’UE et que nous allons la soutenir autant que possible et autant qu’elle le souhaite. Rien d’autre. Je pense – si vous me le permettez-  je le dis en ma qualité de professeur d’université, que la déclaration du ministère des Affaires étrangères, la déclaration du ministre des Affaires étrangères et « les milieux du ministère ont dit que » sont trois choses bien différentes. Il y a une autorité et une validité qui sont très différentes. Je vous remercie.