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Conférence de presse conjointe du ministre des Affaires étrangères, N. Kotzias et de son homologue égyptien, S. Shoukry, à l’issue de leur rencontre (Le Caire, 24 février 2016)

mercredi, 24 février 2016

Conférence de presse conjointe du ministre des Affaires étrangères, N. Kotzias et de son homologue égyptien, S. Shoukry, à l’issue de leur rencontre (Le Caire, 24 février 2016)S. SHOUKRY : C’est un plaisir particulier  pour moi de recevoir aujourd’hui, en ma qualité de ministre des Affaires étrangères de l’Egypte, le ministre des Affaires étrangères de la Grèce lors de sa première visite dans notre pays. Avec le ministre nous entretenons des relations amicales tout comme nos deux pays.

La Grèce et l’Egypte ont partagé de longue date une histoire commune et ont une coopération aussi ancienne. Les liens politiques qui se sont développés au cours de cette année ont contribué à l’établissement des relations d’importance historique.

Ces derniers dix-huit mois, il existe une coopération intense entre la Grèce et l’Egypte, à travers l’échange des visites de haut niveau. Il y a eu de nombreuses rencontres avec le ministre des Affaires étrangères de la Grèce au sein des organisations internationales et un dialogue continu est engagé en vue de parvenir à des solutions et de promouvoir les intérêts communs des deux pays.
Il existe, bien entendu, une coopération tripartite entre la Grèce, l’Egypte et Chypre. Il y a également une concertation au niveau politique en vue de régler tous les problèmes et de lever tous les défis dans la région de la Méditerranée ainsi que dans la région élargie du Moyen-Orient. 
Lors de notre rencontre d’aujourd’hui, nous avons examiné un grand nombre de questions, entre autres, le renforcement de la coopération bilatérale notamment dans le domaine économique. Nous avons également abordé des questions d’intérêt commun. Nous nous accordons sur la façon de  lever ces défis, notamment dans les domaines liés à la sécurité.

Encore une fois, je tiens à remercier le ministre des Affaires de la Grèce et je voudrais également remercier tous les membres du gouvernement grec de leur soutien tangible à l’Egypte en la période très difficile qui a suivi la révolution du 25 janvier 2011.

La Grèce a réussi à présenter aux partenaires européens l’image réelle de la situation en Egypte et non pas celle que d’autres pays voulaient diffuser. Le travail accompli par la direction politique grecque en vue  de présenter la situation réelle qui prévalait en Egypte est très important.

Enfin, l’Egypte a réussi à achever la feuille de route politique lancée au début de la présidence de M. Sisi, laquelle prévoyait le déroulement des élections présidentielles et législatives. Ce projet a été achevé.
Je voudrais remercier la Grèce qui a été aux côtés de l’Egypte et nous attendons avec intérêt l’élargissement de notre coopération dans l’avenir proche.

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Je tiens à vous remercier de m’avoir invité et accueilli ici ainsi que de la discussion substantielle et constructive que nous avons eue laquelle se poursuivra lors du déjeuner.
L’Egypte et la Grèce sont deux pays avec de grandes civilisations dont les parcours se sont à plusieurs reprises croisés tout au long de l’histoire. Pour nous, l’Egypte est le cœur du monde arabe. C’est la ville natale de nombreux représentants éminents de la civilisation arabe, du cinéma et de la musique.
Nous n’avons pas seulement des intérêts géostratégiques et économiques communs ; nous avons également une histoire et une civilisation communes.
Pour nous, la stabilité et la sécurité de l’Egypte constituent la pierre angulaire de la stabilité et de la sécurité dans la Méditerranée orientale. 

Nous avons défendu les causes justes de l’Egypte au sein de tous les forums internationaux car cela est dicté par les intérêts de l’Union européenne elle-même.
La montée du  djihadisme et du terrorisme est notre ennemi commun. Nous reconnaissons le rôle de l’Egypte dans le règlement politique de la question libyenne. Nous sommes ensemble dans cette lutte en faveur de la pacification en Syrie. C’est de la Syrie que provient le problème des flux migratoires qui mettent à l’épreuve l’Union européenne elle-même et pas seulement mon pays.

La Grèce et l’Egypte avec Chypre ont développé une coopération tripartite très réussie.  Et cette coopération a été aussi réussie que de nombreux pays arabes veulent établir des coopérations tripartites, tels que la Jordanie, le Liban et autres.
Avec mon cher ami, le ministre des Affaires étrangères de l’Egypte, nous avons discuté du développement ultérieur de notre coopération dans le cadre de ce partenariat.  Aujourd’hui, dans l’après-midi, je me rendrai à Chypre en vue de transmettre ces messages positifs.
Nous avons également tenu une discussion excellente sur des propositions visant  à la mise en place d’un système plus général de sécurité et de stabilité en Méditerranée. 
En tant que bons amis et partenaires stratégiques, l’Egypte et la Grèce prendront des initiatives allant dans ce sens. 

Nous sommes très contents des travaux qui ont été effectués au Suez. En outre, nous saluons la nouvelle coopération entre les deux pays dans les domaines des ports, des investissements et du commerce.
Nous poursuivons notre coopération énergétique après la découverte du gisement Zohr en Egypte.

Nous saluons également la façon dont le gouvernement égyptien a défendu les droits des Chrétiens qui se sont trouvés en danger il y a quelques ans.
Nous remercions l’Egypte de sa contribution à la paix et à la stabilité dans la région, à la protection de tous les groupes religieux et sociaux, ainsi que de l’accueil chaleureux qu’elle nous a réservé.

QUESTION : Parlez-nous des pourparlers sur la situation en Syrie ainsi que de l’ingérence de la Turquie dans les affaires intérieures du monde arabe et de son attitude à cet égard.
S. SHOUKRY :  Comme vous le savez, la situation en Syrie est en effet inhumaine. Le pays se trouve jour le jour face à la mort. Les efforts qui sont constamment déployés en vue de faire face à cette situation montrent que l’intervention militaire des pays tiers en Syrie n’est pas acceptable, c’est pourquoi nous pensons que la seule voie de régler la crise en Syrie est le dialogue politique et l’atteinte des solutions qui seront acceptées par les factions qui existent dans le pays. Le Groupe international de soutien à la Syrie a fait de nombreux pas importants dans le sens d’un règlement de la crise. D’autre part, le monde arabe et, notamment, la Ligue arabe, s’oppose à toute intervention militaire en Syrie par des pays qui ne font pas partie de la région.
Nous avons, bien entendu, marqué notre désapprobation face aux frappes de la Turquie en Irak et en Syrie.

QUESTION : Le plus grand nombre de migrants qui arrivent en Grèce viennent de Turquie. Est-ce que la Turquie fait pression sur la Grèce afin que celle-ci accepte les migrants ?

N. KOTZIAS : Tout d’abord, les réfugiés arrivent en Grèce en raison de guerres qui ont éclaté dans leur pays et pour lesquelles nous ne sommes pas responsables. Autrement dit, nous payons le prix de ces guerres engagées par d’autres et parmi ces autres nombreux sont ceux qui nous font la leçon. Par ailleurs, ces flux de réfugiés existent en raison du manque de financement des camps en Jordanie et au Liban. Nous avons insisté auprès de l’UE afin que soient révisées les conclusions de 2013 concernant l’Egypte qui effectue un remaniement important. Au même titre, nous avons insisté sur la nécessité de mettre en œuvre une stratégie politique européenne pour la Jordanie et le Liban. L’Union européenne a commencé à se pencher sur ces questions avec une année de retard.

La troisième raison de la crise des réfugiés en Grèce est qu’une série de pays n’appliquent pas les décisions de réadmission des migrants, autrement dit lorsqu’ils reviennent de Grèce pour aller en Turquie ou de l’Union européenne pour aller au Pakistan, etc. Vous n’êtes pas sans savoir que pendant deux semaines, nous avons discuté à l’OTAN de la mise en application d’une décision qui pourrait être très facilement activée. L’une des raisons pour cela est la différence entre les militaires et les civils en Turquie même. Par ailleurs, les conflits au niveau interne en Turquie ont provoqué une nouvelle vague de déplacement de Kurdes. Ces vagues passant par la Turquie sont donc motivées par différentes raisons.

La Turquie souffre également de ces vagues de réfugiés et en subit le coût. Toutefois, certains en Turquie profitent de cette situation pour faire des « affaires ». Il y a des réseaux illégaux de passeurs de réfugiés – et une partie du mécanisme de répression – qui profitent. L’Union européenne a passé un accord avec la Turquie, qui doit être appliqué. Mais certains Etats européens sont responsables de cette non-application car ils tendent à mettre en œuvre une politique étrangère dans notre région en utilisant des méthodes datant du 19e siècle.

La question des réfugiés est un problème complexe qui nécessite des solutions complexes, mais son noyau dur aujourd’hui est lié à une solution politique, rationnelle et démocratique au problème syrien.

QUESTION : S’agissant de la coopération en Méditerranée orientale est-ce qu’une coopération pour la délimitation de la ZEE est prévue ? Comment est-ce que cette procédure avance ?

S. SHOUKRY : Il y a très certainement un intérêt marqué en faveur de l’activation de la coopération avec la Grèce dans différents domaines, économiques, politiques et culturels ainsi que dans le domaine de la sécurité. Nous œuvrons en faveur de l’élaboration de cette relation par le biais de la création de cadres [législatifs] qui procureront des avantages pour les deux pays. Nous nous intéressons au développement de la coopération dans le domaine de la mer et du gaz naturel ainsi que dans le cadre de la coopération trilatérale entre la Grèce, Chypre et l’Egypte. Tout cela est créé conformément aux facteurs techniques et économiques qui définissent la question.


QUESTION : Quelle est la méthode et les actions mises en œuvre par le gouvernement au cours de ces prochains jours afin de conclure l’accord avec l’OTAN qui constitue le seul espoir de prévenir les flux migratoires ?

Ν. ΚΟΤΖΙΑS: En ce qui concerne l’OTAN, vous savez tout d’abord que je n’ai pas pour habitude d’émettre des commentaires lorsqu’une négociation est en cours. La Turquie s’intéressait initialement à un accord, sur la base duquel l’action de l’OTAN se déplacerait vers la Syrie. Ce n’est pas ce qui nous intéresse. Bien au contraire. Le deuxième point était que l’OTAN aide au contrôle et à la limitation des flux migratoires dans les eaux territoriales entre les îles de l’Est de la Mer Egée et des côtes turques. Je comprends que dans le cadre de la négociation sur le projet d’application de cette décision, il y a différents points de vue concernant les différentes questions, auxquelles des solutions peuvent et doivent être trouvées. Nous y contribuons de manière positive. Mais ce qui n’est pas possible est que les différentes questions ou la négociation sortent des cadres définis initialement. C’est pourquoi aujourd’hui, lors de la négociation actuelle, nous le disons clairement à toutes les parties. Et il a finalement été prouvé que ce sont d’autres qui s’inquiètent par rapport à ce qui a été initialement convenu.