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Accueil arrow Actualité arrow A la Une arrow Conférence de presse conjointe du ministre des Affaires étrangères N. Kotzias et du ministre des Affaires étrangères de la République italienne, P. Gentiloni, à l'issue de leur rencontre (Athènes, 18 février 2016)

Conférence de presse conjointe du ministre des Affaires étrangères N. Kotzias et du ministre des Affaires étrangères de la République italienne, P. Gentiloni, à l'issue de leur rencontre (Athènes, 18 février 2016)

jeudi, 18 février 2016

Ν. KOTZIAS : Bonjour. Je voudrais souhaiter la bienvenue au ministre des Affaires étrangères de l'Italie, Paolo Gentiloni, une personnalité éminente de l'Europe et un grand européiste. C'est un grand honneur pour nous ainsi qu'un grand plaisir pour moi personnellement de l'accueillir ici à Athènes.

C'est donc avec un grand plaisir que je lui souhaite la bienvenue et nous avons tous les deux, lors de la discussion que nous venons de tenir en public et en privé, exprimer nos condoléances les plus profondes au peuple turc suite à la deuxième attaque terroriste survenue à Ankara. La ville dans laquelle est survenue cette attaque ainsi que l'endroit où elle s'est produite revêtent une importance particulière.

La Grèce et l'Italie sont deux pays avec une grande civilisation. Nous sommes unis par une histoire datant de milliers d'années avec des influences mutuelles anciennes, comme je l'ai signalé ce matin. Nous avons grandi avec le cinéma italien, nous avons dansé au rythme des blues italiens et français. Nous avons grandi en échangeant des cartes de foot sur lesquelles figuraient les équipes de Juventus, de Milan, de Fiorentina, de Bologna. A l'époque c'était Bologna l'équipe la plus puissante.

Nous avons grandi en admirant les voitures Alfa Romeo, Lamborghini, Ferrari, Maserati. Tous ces échantillons de la grande tradition italienne, de la grande civilisation italienne ainsi que de sa grande civilisation industrielle. Toutes ces caractéristiques qui mettent en avant le design italien qui a dominé les marchés et qui nous a tant fascinés depuis des siècles.

Nous sommes unis par un parcours historique commun, nous sommes unis par nos souvenirs, des souvenirs étroitement liés avec l'Italie. Nos liens s'expriment aussi à travers le tourisme - un million d'Italiens visitent la Grèce- ainsi qu'à travers des échanges culturels car des dizaines de milliers de Grecs ont fait leurs études en Italie et l'intelligentsia grecque est omniprésente dans ce pays. Mais il y a aussi des hauts fonctionnaires qui travaillent dans la fonction publique ainsi que des professionnels dans le secteur privé qui ont des liens très étroits avec l'Italie ou qui ont été mariés à des Italiens.

Par ailleurs, l'Italie est un très cher voisin de la Grèce. Nous sommes unis par la mer. Une mer d'amitié, une mer qui a donné lieu à une initiative commune, l'Initiative Adriatique-Ionienne.

Nous partageons les mêmes préoccupations concernant la question des réfugiés, une question qui a été tant débattue et il serait inutile maintenant d'en dire plus à cet égard.

Il existe aussi entre les deux pays des liaisons aériennes, maritimes et terrestres. Et il est communément admis que les transports et le commerce maritimes constituent une pratique grecque très ancienne. Nous avons fondé ou participé à la fondation d'importantes villes italiennes.

Nous sommes unis par la même passion pour l'Europe et tout au long de mon parcours universitaire et en tant que professeur je disais toujours que les latins de Rome, les Latins d'Italie sont le peuple le plus européen de tous les pays européens. L'Europe c'est vous. L'Italie et la Grèce peuvent et devront apporter leur contribution à travers des initiatives en vue de faire renaître la vision européenne et les valeurs et principes du projet européen.

Nous partageons également les mêmes inquiétudes à l'égard des développements en Libye sur lesquels nous avons eu une discussion extrêmement constructive avec Paolo ainsi que les mêmes inquiétudes à l'égard de la Syrie. Nous savons que les grands problèmes que nous avons devant nous, tels que la question des réfugiés, requièrent des solutions constructives, pacifiques, tant en Syrie qu'en Libye et nous soutenons le règlement politique des problèmes.

En Syrie, nous soutenons les actions de l'envoyé spécial du Secrétaire général de l'ONU, Staffan de Mistura. Dans cet esprit amical et vu les liens historiques qui nous unissent, nous sommes convenus de la mise en place d'un système institutionnel visant au développement de nos relations interétatiques en commençant par le ministère des Affaires étrangères et allant jusqu'à tous les ministères grecs et nous nous sommes mis d'accord sur l'élaboration d'un plan d'action qui englobera nos actions communes et notre coopération dans tous les domaines sociaux et économiques.

Nous voulons, comme nous l’avons affirmé à la Chambre de Commerce et d'Industrie d'Athènes, développer nos relations économiques, nos relations commerciales, nous voulons une assistance au niveau de la normalisation et de la distribution des produits, nous voulons qu’il y ait de nouveaux investissements de part et d'autre et, en ce qui nous concerne notamment, nous avons besoin des investissements italiens. Toutefois, il faut signaler que nos relations avec l'Italie ne concernent pas seulement le domaine économique. Nos relations ne portent pas seulement sur la question des réfugiés. Nos relations avec l’Italie sont des relations culturelles, sociales et c'est ce genre de relations que nous nous sommes engagés à développer avec mon homologue italien. Dans quelques semaines, le ministre italien de la Culture visitera notre pays.

En outre, nous partageons avec l'Italie les mêmes inquiétudes et les mêmes intérêts à l'égard du dossier énergétique. Nous avons un grand projet, la construction du gazoduc TAP. Nous avons aussi le projet du gazoduc vertical Grèce – Bulgarie – Roumanie. Nous avons la possibilité de valoriser nos énergies renouvelables, l'énergie éolienne et hydraulique.

Et après tout cela, je voudrais encore une fois souhaiter à Paolo la bienvenue à Athènes. C'est un plaisir et un honneur pour nous et, pour moi une satisfaction personnelle, de vous accueillir à Athènes ne serait-ce que pour quelques heures. Bienvenue Paolo. Bienvenue à Athènes.

P. GENTILONI : Je vous remercie. Je tiens à remercier mon homologue et cher ami, Nikos Kotzias de l'accueil chaleureux qu’il m'a réservé et de ses paroles aimables concernant les relations entre les deux pays. Sans aucun doute, les relations entre la Grèce et l'Italie datent depuis l'antiquité. Ce sont des relations entre deux civilisations historiques du bassin méditerranéen qui sont axées sur une base politique très solide ce qui se traduit actuellement par les relations très positives au niveau interpersonnel aussi, entre les deux ministres des Affaires étrangères des deux pays.

Nous nous entendons bien avec Nikos et aujourd'hui nous avons l'occasion d'approfondir nos discussions sur certaines questions. Je pense que justement cette relation unique qui existe entre la Grèce et l'Italie, qui ne peut être comparée à aucune autre, est un lien qui nous permet - grâce aux fondements culturels - de parler de la même voix face aux différents défis régionaux et internationaux qui émergent.

Tout d'abord, nous partageons ce combat contre la menace du terrorisme et je suis tout à fait d'accord avec ce que le ministre a dit, concernant la condamnation des attentats terroristes abominables qui ont visé Ankara en Turquie. Nous sommes unis par notre engagement en faveur du règlement par la voie diplomatique des crises internationales, par exemple en Syrie d'où provient, entre autres, la moitié des flux migratoires qui transitent par les Balkans. Par conséquent, une solution pourrait mettre fin à la plus grande tragédie humanitaire mais aussi elle pourrait contribuer à la diminution des flux migratoires.

L'accord conclu par le Groupe international de soutien à la Syrie qui s'est réuni à Munich, en Bavière, il y a une semaine et qui a duré sept heures, est un accord fragile. Je suis convaincu que si nous commençons à appliquer cet accord pour ce qui est tout d'abord des missions humanitaires - et il y a déjà quelques résultats grâce à la coordination de l'envoyé spécial de l'ONU - il nous reviendra – et cela est une perspective réaliste vu la réunion convoquée aujourd’hui à Genève – de faire cesser les hostilités.

En outre, dans les jours à venir nous nous attendons à certaines évolutions allant dans le sens de la stabilisation de la Libye. Comme vous le savez, le Conseil a proposé la formation d'un nouveau gouvernement qui sera soumis à l'approbation du parlement dans les jours à venir.

Ce chemin sera également long, il ne faut pas entretenir l'illusion que les résultats seront faciles ou « sur mesure », mais ce qui importe aujourd'hui, comme Nikos le sait très bien, est de continuer à soutenir les solutions diplomatiques viables.

Les illusions sur les solutions militaires faciles dans le passé ont apporté des résultats négatifs, même si, bien évidemment, l'action militaire contre le terrorisme n'est pas contestée.

Nos relations sont axées ces dernières semaines sur la question des flux migratoires à l'égard de laquelle je pense que nous avons la même manière de voir les choses. Nous pensons tous les deux qu'il s'agit d'un défi à long terme dont les causes sont connues de tous. Ce problème n'a pas surgi en août 2015 et il ne sera pas réglé dans les mois à venir. Nous devons être capables de gérer cette question dans les années à venir. Et pour ce faire, les pays de premier accueil ne doivent pas assumer seuls la charge mais cette question doit être gérée au niveau européen.

Nos rencontres, ma visite ici dans la ville d'Athènes ne concernent pas seulement nos relations du point de vue géopolitique mais aussi économique. Ce matin nous avons participé à un forum sur le secteur agro-alimentaire. Nous voulons développer des projets communs dans le cadre desquels participeront des entreprises italiennes et grecques.
Je pense que le défi énergétique nous rapproche davantage et c'est pourquoi nous travaillons de concert sur le projet du gazoduc TAP dont les travaux commenceront dans les semaines à venir et je pense qu'au cours de 2020 ce gazoduc pourra approvisionner en gaz naturel en provenance d'Azerbaïdjan la Grèce, l'Albanie et, bien évidement, à travers d'autres gazoducs, l'ensemble des Balkans.

Ce projet est également lié à d'autres projets, en Grèce et en Bulgarie, tout en donnant lieu à d'autres partenariats suite à la découverte d'importantes quantités de gaz naturel. Ces questions seront examinées.

Dernier point mais non des moindres. Les relations entre la Grèce et l'Italie présentent une dimension culturelle que nous devons valoriser. Nous sommes deux grandes puissances au niveau culturel et nous devons soutenir ce domaine.

Il existe plus de cent accords entre les institutions d'enseignement supérieures de Grèce et d'Italie, il y a 11 missions archéologiques en Grèce. Nous sommes fiers aussi de l'école d'archéologie italienne d'Athènes. Lors de la visite imminente de M. Franceschini on signera un accord sur notre coopération culturelle pour les deux années à venir.

La Grèce et l'Italie, conscientes des besoins urgents du bassin méditerranéen dans le domaine de la civilisation, de la culture et de l'éducation, peuvent apporter des réponses uniques et permanentes. Je vous remercie de votre attention.

JOURNALISTE : Soyez le bienvenu M. le ministre. Une question tout d'abord concernant l'attentat terroriste qui a visé hier Ankara. Quelles pourraient être les répercussions de cet attentat sur la crise syrienne ? En d’autres termes, pensez-vous que cela ouvre la voie à une éventuelle intervention militaire terrestre de la Turquie ? Et quel serait l'impact sur la crise des réfugiés ? En outre, l’annulation de la visite de M. Davutoglu à Bruxelles pourrait-elle influencer les discussions visant à atteindre une solution globale de la question des réfugiés ? Merci.

Ν. KOTZIAS : Tout d'abord, nous condamnons tous les deux les attentats terroristes à Ankara. Ce genre d'attentats dans la capitale turque est un phénomène tout à fait nouveau.

Hier, les informations imputaient cet attentat à un Syrien mais aujourd'hui le gouvernement turc a affirmé qu'il s'agissait de Kurdes. Je pense que la Turquie doit éviter tout affrontement au nom de cet attentat avec les Kurdes et elle doit lutter avec courage contre les terroristes en vue de renforcer la démocratie et la compréhension à l'égard des problèmes des milliards de Kurdes qui vivent dans la région.

La Turquie est une grande nation, un grand Etat et elle fera face aux terroristes de la façon dont elle choisira de le faire, mais, au même titre, elle ne doit pas permettre au terrorisme de suspendre un processus de paix avec l'élément kurde.

L'absence de M. Davutoglu de la réunion au sommet d'aujourd'hui ne facilite bien évidemment pas les pourparlers entre l'Union européenne et la Turquie en vue de régler la question des réfugiés. Toutefois, je pense qu'il y aura de nombreuses opportunités d'entente entre l'Union européenne et la Turquie.

Le 4 mars nous accueillerons à Athènes le ministre des Affaires étrangères de la Turquie, M. Cavusoglu en vue de préparer la réunion intergouvernementale, le G26 qui se tiendra le 8 mars à Izmir. Toutes les parties se montrent solidaires avec la Turquie dans sa lutte contre le terrorisme et toutes les parties auront à partir de demain la possibilité de s'entretenir avec la Turquie en vue de gérer la question des réfugiés et les problèmes de la région élargie.

P. GENTILONI : Force est de répéter que je condamne cette attaque qui, malheureusement, n'est pas la première. J’exprime notre solidarité avec le peuple turc qui a été durement touché. Bien évidemment, c'est aux autorités turques, et non pas à nous, de faire leurs évaluations, d'émettre leurs opinions pour ce qui est des causes de ces attentats. Nous réitérons notre soutien à la Turquie qui est un pays membre de l'OTAN, un pays allié, un pays qui s'engage à lutter contre l'EI et contre le terrorisme en Afghanistan.

Au même titre, force est de répéter la décision commune qui a été prise ces dernières semaines et vendredi dernier à Munich avec le groupe des pays qui y ont participé, parmi lesquels était aussi le ministre Cavusoglu, à savoir que la solution à la crise syrienne ne peut être qu’une solution ayant comme objectif l'aide humanitaire, le cessez-le-feu et le lancement d'un processus de transition qui mettra fin à cette guerre. Je ne pense pas qu'une solution militaire pourrait régler la crise d'une manière réaliste.

JOURNALISTE : Bonjour. J’aimerais votre prévision en vue de la réunion au sommet qui se tient Bruxelles. J’aimerais vous demander quels seront les prochains pas entrepris pour essayer d’éliminer les obstacles pour la modification du Règlement de Dublin II ? Et j’aimerais savoir si la Grèce se sent isolée par rapport aux derniers résultats de la Commission européenne ?

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Habituellement, je me réfère à un mythe. Il est européen, antiraciste et réaliste. Le Dieu des Dieux, Zeus, assis dans la grotte de Lassithi en Crète, cherchait la femme la plus belle du monde. C’est en Méditerranée orientale qu’il l’a trouvée. C’est pourquoi je parle d’un mythe antiraciste. Métamorphosé en taureau, il l’enlève et l’emmène dans sa grotte. Vous savez comment cette femme s’appelait ? Europe. Est-il possible que nous, qui avons enlevé Europe et l’avons emmenée en Crète, nous sentions isolés en Europe ?

L’Europe est née, a mûri en tant qu’idée, en tant que nom dans la grandeur de la civilisation de la Grèce antique et sa mythologie, dans le très puissant empire romain qui a réuni tout le bassin méditerranéen et toute l’Europe. L’Europe est bien plus que certains nouveaux Etats membres qui pensent que la solution se trouve dans la fermeture des frontières.

J’aimerais vous remercier pour votre question. J’aimerais réitérer ce qui suit : aujourd’hui, l’Europe a besoin de plus d’Europe. Et c’est pourquoi nous saluons, aujourd’hui, l’initiative de mon ami Paolo portant sur une réunion des six Etats membres fondateurs de l’UE. L’Europe a davantage besoin d’un plan d’unification.

Elle a besoin de plus d’Etat social et de démocratie. Elle a besoin de sensibiliser davantage le monde avec ses visions, ses valeurs et ses principes. Ce dont l’Europe n’a pas besoin, ce sont des mentalités et des conceptions qui n’ont pas conscience de l’Histoire de l’Union européenne, du projet européen, ceux qui pensent pouvoir résoudre des problèmes complexes en entreprenant quelques actions simples. Les problèmes auxquels l’Europe est confrontée aujourd’hui sont tout aussi complexes que difficiles. Les actions faciles menant au morcellement de l’Europe et à la renationalisation – dans le mauvais sens du terme – ne sont pas nécessaires.

De ce point de vue, nous avons le sentiment d’être un élément de l’Europe. Nous sommes vecteurs, comme d’autres, des valeurs et principes européens, des visions européennes. Ceux qui s’isoleront de l’Histoire sont ceux qui réfléchissent sur les problèmes complexes de façon simpliste et non productive.

Si la Grèce est isolée de l’Europe, cela signifie qu’il n’y a pas d’Europe. La Grèce se sent bien avec son Histoire, ses amis, comme l’Italie. Je pense que ce sont ceux qui pensent que l’Europe est une cour où chacun peut prendre une pierre et la jeter aux autres qui doit s’inquiéter.

P. GENTILONI : Merci Nikos de cette analyse du mythe. C'est un très beau mythe. Très clair et éloquent. Je voudrais juste ajouter à cela une autre réflexion concernant nos attentes au niveau de l'Union européenne à l'égard de la question des réfugiés dans les semaines et les mois à venir.

Tout d'abord, nous voulons un engagement fort de la part de l'Union européenne. Cela pourrait sembler banal mais je dois dire que l'Italie avait depuis très longtemps demandé à l'Europe d’entreprendre des actions concernant la question des réfugiés mais il n'y a pas eu de résultats importants.

A cet égard, il est incroyable que la première réunion au sommet européenne sur la question migratoire ait lieu en mai 2015. Un mois après, 20 jours après une tragédie survenue sur les côtes libyennes dans le nord qui a fait de nombreux morts.

La question migratoire a été pour la première fois inscrite dans l'agenda au début de juin de l'année dernière. C'était comme si l'Europe devenait tout d'un coup consciente de ces tragédies, de l'existence de ce phénomène qui était déjà en cours et qui a des racines très profondes.

Nous voulons donc que l'Europe prenne des engagements ne serait-ce que tardivement en vue d'assurer, premièrement, qu'il n'y aura pas de solutions unilatérales irréversibles pour l'ensemble de l'Union européenne et pour la Convention Schengen et, deuxièmement, nous voulons que la Commission européenne, conformément au programme, mette en route en mars, la révision des règlements du Traité de Dublin. On doit éviter les actions unilatérales qui conduiront à l'effondrement de la Convention Schengen et on doit mettre en route, comme il est prévu, à partir du mois prochain la révision du Règlement Dublin II.

JOURNALISTE : Vous avez parlé monsieur le ministre du Traité de Dublin et de la nécessité de le modifier. Toutefois, dans une interview récente, vous avez dit que vous n'étiez pas du tout optimiste.

Conférence de presse conjointe du ministre des Affaires étrangères N. Kotzias et du ministre des Affaires étrangères de la République italienne, P. Gentiloni, à l'issue de leur rencontre (Athènes, 18 février 2016)P. GENTILONI : Il est difficile de ne pas voir les dangers et de ne pas se préoccuper. En dépit de cela, je pense qu'il existe certains éléments rationnels qui pourraient nous conduire dans la bonne direction. Tout le monde sait que la Convention Schengen et la libre circulation des personnes sont deux éléments d'importance fondamentale. Un marché unique ne pourrait pas fonctionner au niveau économique sans la libre circulation des personnes.

On sait que les règlements de Dublin ont été adoptés il y a 25 ans, et à l'époque les conditions étaient tout à fait différentes que celles d'aujourd'hui. Les nouveaux pays membres ne pourront pas assumer la charge de l'enregistrement. Les engagements sont bien clairs, mais ces pays peuvent assumer la charge de l'accueil des personnes ayant droit à l'asile et au rapatriement. Le refoulement est un devoir européen et ne peut être un devoir d'un seul pays. Et je dis ça bien ouvertement. Personne ne doit prétendre que nous sommes les pays de première ligne et que ce problème concerne exclusivement l’Italie et particulièrement la Grèce.

Par conséquent, il est nécessaire de faire preuve de sérieux et d'envisager les choses de la même manière. Je pense que certains des plus grands pays européens et tout d'abord l'Allemagne, consentiront à cette nécessité de maintenir la Convention Schengen et de réviser progressivement le Traité de Dublin. Ce sera une position de tous les 28 Etats membres et je l'espère. Faute de position commune, il faudra trouver une manière de faire dominer cette position dans l’espace Schengen et en Europe.