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Conférence de presse du ministre des Affaires étrangères, N. Kotzias à l’issue de la Conférence sur la Sécurité et la Stabilité (Rhodes, 9 septembre 2016)

lundi, 12 septembre 2016

Conférence de presse du ministre des Affaires étrangères, N. Kotzias à l’issue de la Conférence sur la Sécurité et la Stabilité (Rhodes, 9 septembre 2016)Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Nous avons décidé de tenir cette réunion à  Rhodes car, premièrement, c’est une île avec une grande histoire. Force est de rappeler que les premières rencontres entre Palestiniens et Israéliens  ainsi que les conférences internationales sur le règlement de la question du Moyen-Orient, dans les années ‘40 ont été tenues à Rhodes. En outre, de nombreuses rencontres qui portaient sur la région dans les années ’50 mais aussi dans les années ‘70 ainsi qu’au début des années ‘80 ont été organisées à Rhodes. Et cela n’est pas une coïncidence car  Rhodes est une ville où de nombreuses civilisations fusionnent, de la civilisation de la Grèce antique jusqu’à l’architecture italienne dans le centre de la ville. Rhodes est un point de contact des civilisations de l’Afrique du nord, du Moyen-Orient et de l’Europe, notamment de l’Europe du Sud-est, carrefour de l’Occident, de l’Orient, du Nord et du Sud.

Je voudrais à ce stade remercier officiellement la ville de Rhodes, son maire, le préfet qui nous a invités à déjeuner, pour l’accueil qui nous a été réservé, ainsi que le ministère de l’Ordre public qui a fait tout ce qui était nécessaire afin que nos invités se sentent chez eux. Je tiens aussi à remercier les directions du ministère des Affaires étrangères, car si ce travail parait facile ou évident, il requiert de la peine et d’énormes efforts, notamment de la part  de la Direction A6 qui est chargée des questions du monde arabe, la Direction du protocole, et, bien évidemment, le dernier et non des moindres, le Service de l’Information  dont vous connaissez les efforts qu’il a fallu déployer.

Pourquoi avons-nous pris cette initiative ? Comme vous le savez, nous avons d’ores et déjà établi avec Chypre des partenariats tripartites avec Israël, la Jordanie, le Liban, l’Egypte et nous sommes en train de préparer un nouveau partenariat qui débutera au cours de l’Assemblée générale de l’ONU, entre Chypre, la Grèce et la Palestine. Cela montre les très bonnes relations que nous entretenons avec les Etats de la région, ainsi que le prestige revalorisé de la Grèce, en tant que pays qui  contribue à la sécurité et à la stabilité de la région.

En outre, nous pensons qu’il existe une continuité et une tradition historiques entre l’Europe du Sud-est, notamment les Balkans et la région de l’Afrique du Nord-est. Cet espace attire l’attention de la communauté internationale plutôt en tant que région marquée par la guerre et les conflits, que comme un espace susceptible d’avoir une énergie positive et de développer des actions positives.

L’objectif de cette conférence était donc d’identifier les actions positives qui peuvent aider nos pays. Nous sommes convenus d’organiser chaque année cette conférence à Rhodes et d’inviter les autres Etats arabes du Golfe, tout en s’accordant sur le fait que cette conférence doit être axée sur des principes.

Le premier principe est que nous ne voulons pas l’ingérence de tiers dans la région. Nous pouvons coopérer, valoriser l’aide octroyée par des tierces parties mais cette région doit développer ses propres  relations intérieures, qui seront axées sur la confiance et un agenda positif, à savoir un agenda qui développera des réseaux et les biens publics dans la région, comme les questions liées à la civilisation, à la lutte contre la corruption, à l’énergie, aux transports,  aux institutions, à l’éducation, notamment par rapport aux besoins de la jeunesse.

Nous avons également débattu, mais non de manière exhaustive, des questions de l’immigration et des vagues de réfugiés, et à cet égard nous sommes tous d’accord que ceux qui génèrent ces vagues ne sont pas ceux qui en payent le prix. Ceux qui bombardent sont autres que ceux qui sont confrontés à la question des réfugiés.

En outre, nous avons tenu un débat sur certaines questions géostratégiques, qui concernent notamment les Etats arabes et portent sur la lutte contre le terrorisme, le problème de la Syrie et de la Libye, sur la manière dont nous pouvons contribuer à surmonter les conflits entre Israël et la Palestine – nous soutenons tous la solution à deux Etats -  et en général, sur la manière dont la région se développe.

Nous nous sommes mis d’accord sur un train de mesures pratiques, car j’ai un esprit pratique. Déjà, chaque Etat présent a été chargé de la préparation d’une action commune entre les Etats participants. Ces actions communes commencent par la coopération sur la technologie verte, dont la responsabilité incombe par exemple à la Libye et à l’Italie.  Il  y aussi la coopération entre les universités. A l’occasion du centenaire des accords ratés qui délimitent les frontières coloniales dans la région, nous organiserons une conférence internationale avec la participation des universités de toute la région. Nous pensons organiser en Egypte un festival de cinéma des Etats de la région.

Il existe donc toute une série de questions pratiques sur lesquelles nous nous sommes mis d’accord hier, et sommes convenus d’actions communes afin de modifier un peu l’agenda pour nous dans la région, en partant de la prémisse que nous nous ne voulons pas des interventions de l’extérieur et pouvons développer une coopération intérieure laquelle peut prendre de nombreuses formes et être au profit de tous, de l’économie et même au profit de l’éducation et de la culture.

Je voudrais vous dire avec une grande satisfaction, car, comme vous le savez, je suis sensible à la question de la diplomatie culturelle,  que toutes les parties ont fait des propositions concernant cette question. Inutile de vous parler des liens qui nous unissent dans cette région, des liens historiques, culturels mais aussi interpersonnels.

JOURNALISTE : Monsieur le ministre, a-t-il été facile pour les pays de coopérer ? Car ce sont des pays avec des perceptions différentes de la politique et de la démocratie ? Des représentants des pays de l’Europe, de l’Afrique, de l’Asie et du Moyen-Orient se sont réunis hier ici. Est-ce que cela est facile ?

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Dans notre politique étrangère, le premier critère ce n’est pas ce qui est facile ou difficile mais ce qui est nécessaire. Et, à mon avis, cette coopération est nécessaire. Le deuxième critère est que d’une part, nous avons différents systèmes  politiques, certes, mais des intérêts communs à l’égard de la stabilité et de la sécurité dans le monde. Je le dis très souvent – et cela a même fait l’objet de dissensions, mais petit à petit, tous au sein de l’Union européenne commencent à le comprendre – que ceux qui pensent que la déstabilisation par exemple de l’Egypte ne posera aucun problème, ignorent et ne veulent pas comprendre ce que signifie la déstabilisation d’un Etat avec une population de 97 millions habitants, dont 65 millions sont au-dessous de l’âge de 28 ans et la plupart d’entre eux n’ont pas de travail, d’un Etat qui a des frontières communes avec le Soudan, d’un Etat qui, en apparence, a laissé derrière lui la guerre civile, mais pas dans le fond, tandis que plus au Sud, il y a un Etat détruit, la Somalie et l’Ethiopie, pays marqués par de nombreux conflits ces derniers mois et, plus à gauche, il y a des Etats où s’activent des groupes terroristes, tels que le Tchad et ainsi de suite.

Dans cette perspective, l’instauration de la sécurité et de la stabilité, à travers le développement des réseaux intérieurs et de l’entente, est dans l’intérêt de tous les Etats de la région. Je voudrais répéter ma principale réflexion que j’ai coutume d’exprimer au sein des forums européens : ceux qui commencent les bombardements en Syrie et en Irak sont autres que ceux qui sont confrontés au problème de l’immigration économique et des flux de réfugiés. A cet égard nous avons des intérêts communs par rapport aux autres pays.

Enfin, nous voulons développer une action commune dans un très grand nombre de domaines, allant de l’énergie jusqu’aux universités. Il s’agit des besoins des sociétés et des peuples de la région, des besoins qui ne dépendent pas de la façon dont se comporte l’un ou l’autre gouvernement.

JOURNALISTE : Je représente les médias et la télévision égyptiens. Je voudrais vous demander s’il y a un rapport entre cette conférence et la réunion au sommet arabo-européenne qui se tiendra à Athènes, les 3 et 4 novembre et qu’est-ce que cela signifie pour la Grèce de jouer le rôle majeur qu’elle a dernièrement, comme si ce pays était l’ambassadeur, si je puis dire, du monde arabe en Europe et de l’Europe dans le monde arabe. Merci.

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : La réunion du milieu d’affaires euro-arabe en novembre est une autre manifestation  par rapport à cette conférence où nous discutons des questions liées à la stabilité et à la sécurité. Bien évidemment, ces deux manifestations s’intègrent dans le cadre des efforts généraux consentis par la société grecque afin de développer des relations entre nous et le monde arabe. Pour ce qui est de l’Union européenne, il est communément admis que nous nous sentons comme les représentants des intérêts et de la civilisation de la région au sein de l’Union européenne.

Nous avons tenu de longues et âpres discussions dans le but d’éviter toute sorte d’intervention ou d’ingérence au détriment des pays de la région et à notre sens, nous sommes un Etat, une société, un gouvernement qui comprend mieux que les autres pays ce qui se passe, ce qui se déroule dans cette région et quels sont ses besoins.  Je dis souvent : «  vous êtres très loin et vous ne pouvez pas comprendre ce qui se passe dans la région, vous ne répondez pas ou n’êtes pas intéressés à répondre aux intérêts de la région ». Nous nous sentons donc comme une sorte d’ami, d’avocat des Etats arabes au sein des instances européennes.

JOURNALISTE : Monsieur le ministre, en quoi cette conférence diffère-t-elle des autres forums institutionnalisés, tels que le dialogue euro-méditerranéen ou autres forums similaires ? Est-ce qu’il y aura des actions communes et de quelle façon ces dernières seront-elles financées ? Est-ce que les fonds européens pourront être utilisés pour financer ces actions ? Ce seront des fonds nationaux ? Que pensez-vous de cette évolution ?

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : La Conférence euro-méditerranéenne ou l’Euromed, auquel participent les Etats membres du Sud de l’Union européenne – aujourd’hui se tient leur réunion au niveau des Premiers ministres et des Présidents – sont des organisations internationales institutionnalisées qui s’occupent des problèmes de la Méditerranée en général et de la relation avec l’Union européenne.

Nous, ici, nous entreprenons une action diplomatique multilatérale dont l’objectif est le rapprochement entre l’Europe du Sud-est, l’Afrique du nord et le Moyen-Orient, des régions qui constituaient  historiquement, dans une certaine mesure, depuis des milliers d’années, un espace culturel, social et économique unique.

Nous voulons rétablir la relation intérieure de cet espace. Les autres forums explorent la relation en général de l’Union européenne ou de certains Européens avec les autres pays de la Méditerranée. Ils ne veulent pas que des relations privilégiées spéciales se développent entre les Etats de cet espace. Nous sommes un Etat qui participe aux organes internationaux, nous avons des relations bilatérales mais nous voulons aussi établir des partenariats multilatéraux.

JOURNALISTE : Monsieur le ministre, votre homologue slovaque, en tant que représentant de la Présidence de l’Union européenne, a salué l’initiative et a même affirmé que cela pourrait être une nouvelle voie vers la paix. Quelle importance pourrait avoir cette initiative pour la Grèce, dans le cadre tant de l’Union européenne que de la présidence européenne ?

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Tout d’abord j’ai oublié de vous parler du financement. Je vous demande de m’excuser. Le financement proviendra de nos relations interétatiques et nous examinerons tous les programmes internationaux qui peuvent être valorisés, des programmes de l’ONU jusqu’aux programmes de l’Union européenne. Ces derniers sont valorisés à ce jour par les pays les plus riches de l’Union. Il est temps de gérer nous-mêmes la part qui nous revient.

La Présidence slovaque a une attitude amicale envers les pays arabes. Je dirais que la Slovaquie  nous a rejoints, tout comme une série d’Etats, dans notre effort de développer les relations de l’Union européenne avec les pays arabes, sans les éléments de l’intervention, de l’ingérence ou sans discours moralisateurs. Car nombreux sont ceux en Europe qui ont la tendance de jouer le rôle du maître moralisateur qui lève le doigt à ces pays. Je suis content, car après 20 mois que j’exerce la fonction de ministre des Affaires étrangères de la Grèce, je ne suis plus le seul à soutenir ce point de vue, à savoir que la région doit être soutenue et assistée dans son développement. Toutefois, certains ne peuvent pas jouer le rôle de moralisateur ou intervenir de manière flagrante dans les affaires de la région, en violant parfois la loi internationale.

De ce point de vue, la présidence slovaque est une présidence positive et elle a même l’intention d’inviter l’Egypte aussi à un débat au niveau européen. J’ai envoyé une lettre à la Commission en lui demandant de changer les décisions du passé qui ont été soutenues par les gouvernements grecs précédents, des décisions prises aux dépens des Etats arabes et notamment de l’Egypte par exemple.

JOURNALISTE : Les discussions que vous avez tenues monsieur le ministre ces deux jours concernent également les puissances régionales de la Méditerranée orientale, telles que la Turquie et Israël. Avez-vous parlé de ces deux pays ? Et comment envisagez-vous de procéder à la mise en œuvre des décisions que vous avez prises ici, en coopération ou en opposition avec eux ?

N. KOTZIAS : Nous n’avons pas parlé de la Turquie. Certains intervenants se sont référés à Israël mais non pas en tant que sujet principal, car l’objectif de cette conférence est de créer un agenda positif. La question d’Israël et de la Palestine ainsi que les questions de la guerre en Syrie font l’objet des discussions mais je dois vous dire qu’il ne faut pas – je l’ai affirmé dans mon intervention initiale -  que notre discussion sur la région se limite aux guerres et aux conflits. Nous devons créer – et la Grèce a pris l’initiative – un agenda positif de coopération de développement commun dans la région. Parmi les éléments de ce développement commun figure le règlement de la question palestinienne et la mise en place de deux Etats dans la région.

JOURNALISTE : Bonjour monsieur le Ministre. Quels sont les champs de synergies -si vous pouvez nous faire une liste – dans lesquels il pourrait y avoir un  terrain commun après cette conférence et, ce dans quelle échéance ? Car nous avons vu bien des conférences commencer,  avec les meilleures intentions, qui ne débouchent finalement sur rien.

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Oui, et ils finissent par avoir de mauvaises intentions… Ce que j’ai noté ici avec tous les détails sont des questions liées à la sécurité, ce sont des partenariats au niveau de centres de recherche sur des questions qui concernent la région.

On assiste à un phénomène extraordinaire ; notre région fait l’objet d’études menées par des centres scientifiques en dehors de la région et le financement octroyé par les organisations internationales (ONU, UE) va aux centres de recherche en dehors de la région. Cet argent doit venir ici et il doit y avoir une coopération entre les différents centres de recherche dans la région. Les domaines que nous avons identifiés sont le domaine de l’histoire, de la civilisation de la région et de la technologie.

Il existe un intérêt, notamment de la part du monde arabe, en faveur d’un développement commun dans le domaine de la technologie. Un grand débat a eu lieu sur la technologie verte. Ce que nous devons faire par la suite est d’établir une coopération entre les établissements universitaires. La proposition que nous avons adoptée hier portait sur la mise en place d’un réseau constitué d’au moins une université de chacun des 12 pays qui étaient présents à la conférence.

Par la suite c’est la culture. On a envisagé d’entreprendre une série d’actions allant de l’organisation d’un festival de musique jusqu’à un festival de cinéma. Nous sommes d’abord convenus pour cette année d’organiser un festival de cinéma, pas au Caire, comme je l’avais proposé, mais à Alexandrie comme cela a été proposé par les Egyptiens.

Un des grands sujets était l’énergie. Je dois vous dire que des pays comme les Emirats arabes unis ont développé une technologie de pointe, non pas avec du gaz naturel ou du pétrole, comme on pourrait le croire, mais avec des sources d’énergie renouvelables – et nous pensons que notre région peut développer sa propre conception, son propre commerce autour des sources d’énergie renouvelables. Nous avons parlé des transports et notamment de la marine marchande. Il y a de nombreuses discussions qui ont été engagées depuis longtemps sur la création d’un couloir qui reliera l’Afrique de l’Est, via les ports de l’Egypte, à l’Europe de l’est, en passant par les ports de la Grèce du Nord, de la Macédoine et de Thrace. Nous avons discuté des questions de la protection des populations. Je dois vous dire que les conférenciers étaient très sévères en ce qui concerne les droits de l’homme, car des guerres ont été livrées au nom des droits de l’homme, des guerres qui ont abouti à la violation de tout droit humain. 450 000 personnes ont perdu la vie suite à la dernière guerre, 20 millions de personnes ont été déracinées, des personnes se perdent en Méditerranée. De quel type de protection des droits de l’homme s’agit-il ? Car en politique, comme vous le savez, tout est évalué en fonction des résultats. Et le résultat est qu’il n’y a pas eu la meilleure protection des droits de l’homme. Une discussion a été menée sur la bonne gouvernance, ce que cela signifie et comment nous pouvons échanger des informations et des formes de coopération institutionnelle. Une discussion a également été engagée sur le trafic d’êtres humains et d’organes, ainsi que sur la jeunesse, qui est un autre domaine d’intérêt spécifique. Nous avons pris six décisions. Nous sommes convenus au trimestre prochain de préparer les sujets relevant de la compétence de chaque pays. L’année dernière, nous avons organisé, comme vous le savez, la Conférence internationale sur la Protection des communautés multiconfessionnelles et multiculturelles au Moyen-Orient. Car le modèle que propose l’Occident, la coexistence des populations avec une culture et une religion différentes, existe depuis des milliers d’années dans des régions de l’Orient. Nous avons mis en place un centre de recherche qui coopère avec de nombreuses entités de l’Union européenne et du monde arabe.

Nous avons la joie d’avoir parmi nous le directeur de ce centre qui est – et je parle en ma qualité d’universitaire et non plus de ministre – le spécialiste par excellence du monde arabe, et je veux parler de M. Sotiris Roussos, Professeur de l’Université du Péloponnèse. M. Roussos coordonnera ces questions. J’espère que nous les mettrons en œuvre. J’ai constaté la volonté de tous de donner corps à cette Conférence en tant qu’institution. C’est la troisième institution que nous créons cette année en tant que pays et qui concerne notre région élargie ainsi que le Moyen-Orient. Après la coopération interbalkanique et la Conférence sur la protection des communautés multiconfessionnelles et multiculturelles au Moyen-Orient, la Conférence de Rhodes est la troisième institution.

JOURNALISTE : Vous avez dit que le dossier énergétique figurait parmi les principaux sujets abordés. Pouvez-vous nous en dire davantage à ce sujet. Y a-t-il eu des rencontres bilatérales et pouvez-vous nous palé de la coopération énergétique entre les pays qui ont participé à cette conférence.

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : La question de la coopération énergétique est très importante et concerne les modèles tripartites. Les modèles de coopération Grèce – Egypte – Chypre et Grèce – Chypre – Israël notamment s’occupent de cette question. Des couloirs énergétiques alternatifs ont été créés. Nous n’avons pas abordé ce point en détail. Ce qui a été dit hier et aujourd’hui concernait les autres formes d’énergie, notamment les sources renouvelables. Il ne faut pas oublier que le Service international d’Energie renouvelable a son siège aux Emirats arabes unis et nous avons eu une discussion spéciale sur la façon dont nous pourrons valoriser ce service pour notre région.

JOURNALISTE : Je voulais poser une question au sujet de la question migratoire. Quelles intentions, points de vue ont été exprimés et est-ce que des décisions ont été prises. Par ailleurs, dans le cadre du renforcement du rôle de la Grèce, en tant que passerelle, quels sont les prochains pas et initiatives du ministère des Affaires étrangères ?

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : La question des migrants a fait l’objet de nombreuses interventions. Notamment celle de mon confrère, M. Kassoulidis qui s’est longuement exprimé à ce sujet et qui a fait une classification très intéressante des problèmes liés à la question migratoire tout au long de leur parcours. Autrement dit, quels sont les problèmes de départ, lors du transit et de l’intégration. Nous discutons de la façon dont nous pouvons aider les pays qui portent le fardeau le plus lourd. Ces pays sont, d’une part, la Turquie, que nous n’avons pas abordée ici, d’autre part, le Liban et la Jordanie. J’aimerais vous dire que le Liban est un pays qui, proportionnellement parlant, a le plus grand nombre de migrants dans le monde. Lorsque j’ai assumé les fonctions de ministre des Affaires étrangères, nous avons eu moult discussions au niveau européen sur la question de l’aide à ces pays. Je vous rappelle que l’ONU a cessé d’aider financièrement le Liban et la Jordanie, où les migrants avaient afflué. Cela a pu changer grâce à nos efforts et maintenant des zones industrielles et agricoles sont créées – et notre Conférence soutient ces actions – en Jordanie et au Liban, mais surtout en Jordanie, où cinq zones sont créées pour intégrer les migrants mais aussi une partie de la population locale. Par ailleurs, nous avons eu une brève discussion sur la grande vague de réfugiés et l’expérience de l’Egypte. Tout le monde ne le sait peut-être pas, mais l’Egypte compte plus de 5 millions de réfugiés, qu’elle a intégrés en grande partie, c’est pourquoi les médias internationaux ne se focalisent pas beaucoup, contrairement à d’autres cas.

Mais l’exemple de l’Egypte, dont nous avons parlé, revêt un intérêt particulier, car de nombreux spécialistes et hommes politiques prévoient que les nouvelles vagues de réfugiés ne proviendront pas seulement du Pakistan, de l’Afghanistan, de l’Irak, de la Syrie, mais aussi de l’Afrique subsaharienne, pour deux raisons. La première est que la population a doublé. Près d’un milliard en Afrique et plus de deux milliards dans quelques années. La deuxième raison est que les spécialistes prévoient de grands changements climatiques et une désertification de régions qui aujourd’hui sont exploitées pour l’économie agricole et la production de denrées alimentaires en Afrique, mais aussi des pénuries d’eau ce qui entraînera un déplacement vers le nord des populations. L’Egypte nous a fait part de sa propre expérience et ce qui nous parvient de manière générale en Europe.

Nos prochaines initiatives sont nombreuses. En octobre, nous avons l’initiative dont je vous ai parlé. J’ai le plaisir de vous annoncer que, lors de mon récent voyage à Pékin, avec le Premier ministre, la Chine a convenu de commencer à mettre en œuvre dès 2017 le projet dont je rêve depuis 25 ans concernant la création du GC10, à savoir le groupe des grands peuples de la civilisation mondiale, dans laquelle la Chine occupe une part décisive, en raison non seulement de son histoire et de sa taille, mais aussi de sa tradition culturelle. Participeront à ce groupe, la Chine, l’Inde, l’ancienne Mésopotamie qui est l’Irak aujourd’hui, l’Egypte bien entendu, la Grèce, l’Italie, le Mexique et la Bolivie. Nous avons d’autres initiatives mais nous n’avons pas le temps de les aborder aujourd’hui.

JOURNALISTE : La question des réfugiés est très importante pour nous, car les îles ont accueilli un très grand nombre de réfugiés et, du moins selon le Commissaire et l’Union européenne, si les hotspots étaient créés il y aurait le financement adéquat. Jusqu’à présent pas grand-chose ne se passe sur ce plan.
Ma question est la suivante : A travers cette conférence, dès lors que vous en avez discuté, vous pourriez exercer des pressions, vous engager sur d’autres projets ? Car outre la question des réfugiés qui existe et qui est débattue à tous les niveaux, nous voyons que…

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : La question des réfugiés est une question qui relie les pays du monde arabe à nous tous ici, dans la région, car, comme vous le savez, la Bulgarie accueille également des réfugiés, l’Albanie a un sentiment d’insécurité, l’Italie est le théâtre  de vagues de migrants depuis la Libye. La Slovaquie doit s’occuper de cette question, car c’est l’une des deux questions de la présidence slovaque, il y a donc un intérêt des deux côtés. Nous avons identifié le problème. Nous avons dit que nous essayerons d’en parler davantage. Nous nous accordons tous sur le fait que nous devons aider à faire cesser la guerre en Syrie, qui est la principale source des vagues de réfugiés. Car la Syrie a ouvert la porte à ces vagues de réfugiés, il y a eu d’autres vagues d’Afghanistan, du Pakistan et des pays du Maghreb qui passent directement en Europe et d’autres vagues qui nous viennent via la Turquie. Et un autre phénomène nouveau est les vagues de réfugiés, petites certes mais constantes, qui vont à Chypre. Ce sont des réfugiés syriens qui ne viennent pas de Syrie, même si la distance n’est pas grande, mais qui arrivent depuis la Turquie. Le premier point donc est de faire cesser la guerre. Le deuxième est d’octroyer une assistance financière à la Jordanie et au Liban, qui enregistre plus de 3,5 à 4 millions de réfugiés.

Cette coopération est plus complexe que l’est un accord UE – Turquie. Certaines pensées ont été exprimées sur des coopérations de ce type, de l’Union européenne avec des pays d’Afrique du nord, mais nous n’avons pas abouti à un modèle particulier. Une discussion doit se faire – du point de vue du ministère des Affaires étrangères – avec les pays arabes.

JOURNALISTE : Etes-vous satisfait des assurances que vous ont transmis vos collègues ou bien est-ce qu’après quelques mois, après vous être tant démené, vous serez seul ? Avez-vous un sentiment de sécurité après les discussions menées ?

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Nul ne peut être prophète après le Christ et Mohammed. En politique, on peut utiliser deux verbes. « Pouvoir » et « vouloir ». A mon avis, il n’y pas de « je ne peux pas » dans ce genre de question. Il y a seulement « vouloir » et « ne pas vouloir ». Ce que j’ai pu constater à ma grande surprise, c’est la volonté marquée de développer cette région d’une façon nouvelle. Les forces et les capacités du ministère des Affaires étrangères ne sont pas illimitées, mais notre volonté est grande.

JOURNALISTE : Comment entendez-vous contrer l’extrémisme dans certains pays, comme la Tunisie et l’Egypte qui participent à cette conférence ? Nous avons pu entendre qu’une société ouverte et extravertie ainsi que la démocratie sont une façon de lutter contre le terrorisme. Comment allez-vous exactement résoudre cette question ?

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Ce n’était pas un sujet spécifique de notre discussion. Certains intervenants l’ont mentionné. Le terrorisme est lié à de grands problèmes sociaux, au sentiment d’impasse que des centaines de millions de jeunes ressentent, aux mesures économiques et sociales pratiques et à une guerre idéologique sur la question de savoir si ces problèmes doivent être résolus dans cette vie ou bien au paradis, dans une autre vie.

Je vous remercie.