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Conférence de presse du ministre des Affaires étrangères, N. Kotzias à l’issue des travaux de la 2eme Conférence internationale sur le pluralisme religieux et culturel et la coexistence pacifique au Moyen-Orient (Athènes, 30-31.10.2017)

vendredi, 03 novembre 2017

Conférence de presse du ministre des Affaires étrangères, N. Kotzias à l’issue des travaux de la 2eme Conférence internationale sur le pluralisme religieux et culturel et la coexistence pacifique au Moyen-Orient  (Athènes, 30-31.10.2017)Ν. KOTZIAS : La 2e Conférence internationale sur le pluralisme religieux et culturel et la coexistence pacifique au Moyen-Orient est encore une initiative de la Grèce, s’inscrivant dans les 14 formats, coopérations et organisations internationales créés au cours des 2,5 dernières années.

L’objet de cette conférence est, comme vous le savez, le dialogue religieux et culturel, la protection de la liberté des hommes ayant une culture et une religion différentes, la protection des communautés religieuses et culturelles qui existent – et existaient déjà dans le passé mais de manière plus disparate – au Moyen-Orient ; Et le fait que ce à quoi aspirent de nombreux pays d’Europe occidentale et d’Occident au moyen d’une société multiculturelle – en tant qu’élément du caractère coopératif – qui existait depuis 2 000 ans dans cette région, constitue une richesse pour l’humanité, qu’elle ne peut perdre.

La Conférence a été axée sur la défense de la tolérance et du respect de la diversité, car la diversité est un élément de développement de la société et, selon nos dirigeants religieux, un élément de la proposition divine.

38 délégations différentes ont participé à cette Conférence, 168 délégations avec les personnalités officielles, 320 personnes au total qui ont un rapport avec cette thématique, qui jouent un rôle déterminant dans différents pays de  notre région.

Cette politique des Conférences internationales est une politique qui appuie et alimente la vision de notre politique étrangère. Une politique étrangère active et multidimensionnelle qui s’oppose à l’isolationnisme, tendance qui gagne du terrain au niveau international et qui commence également à être répandue en Grèce.

Comme l’a si bien dit l’Archevêque d’Albanie, une personne sage, se replier sur soi mène à la mort et non à la croissance. Il s’agit d’un dialogue entre des personnes qui pensent que nous devons parler entre nous, mais également avec nos ennemis, car parler seulement avec celui qui partage nos points de vues n’est pas synonyme de diplomatie et n’est pas une bonne attitude démocratique.

Il a été question d’un dialogue pour la protection des droits de l’home. Les droits de l’homme ne sont pas protégés seulement à la façon dont ils le sont dans toute une série de pays et organisations internationales. Il est nécessaire de mettre en œuvre des actions pour la protection de communautés, telles que les communautés religieuses et culturelles au Moyen-Orient qui sont déracinées ou détruites.

Nous avons discuté de notre rôle dans cette région, comment conserver la jeunesse de ces communautés, nous avons parlé de l’importance de l’environnement, notamment du patrimoine culturel, et comment assurer le retour des biens culturels dans leur pays d’origine, d’où ils ont été pillés, ou encore des populations qui ont été déracinées des pays qui aujourd’hui sont en guerre.

Nous avons abouti à un certain nombre de conclusions qui permettent une coopération plus intensifiée. Je vais vous énumérer ces dix points, tels que je les ai dits de mémoire à la fin de la Conférence.

Premièrement, nous devons soulever cette question auprès de l’ONU et l’Union européenne et soulever des questions concrètes dans la thématique sur les droits de l’homme.

Deuxièmement, nous devons faire une version électronique et sur format papier des discours des chefs religieux, ecclésiastiques et politiques. Tous les chefs des Eglises, de nos Patriarcats, le Patriarche œcuménique, le Patriarche de Jérusalem, le Patriarche d’Alexandrie, le représentant du Patriarcat de Moscou, d’Antioche, des Archevêques, comme l’Archevêque d’Albanie, le Secrétaire du Saint-Siège pour les relations avec les Etats, des muftis, des rabbins, des représentants de toutes les principales religions ont participé à cette Conférence.

Nous avons décidé d’organiser la prochaine Conférence en octobre 2019. L’idée a été lancée de l’organiser peut-être dans un pays tiers, mais la majorité préfère Athènes et soutiendra cette initiative qui restera entre les mains de la politique étrangère grecque.

Nous sommes convenus tous ensemble d’appuyer le "Centre pour le pluralisme religieux au Moyen-Orient" qui se trouve à Athènes, sous la direction de mon très cher collègue, Sotiris Roussos – spécialiste du monde arabe de renommée internationale – et où un important travail est effectué.

Comme vous le savez, lors de la 1ère Conférence, nous sommes convenus, avec deux Etats, un Etat occidental et un Etat arabe, à savoir l’Autriche et les Emirats arabes unis, d’une coopération en vue de la préparation de la 2e Conférence et je les remercie. Il s’agit d’une autre forme de coopération internationale positive. Il y a d’autres pays qui veulent participer à la préparation de la 3e Conférence.

Nous avons eu de nombreuses réflexions sur la coopération avec les médias et la façon dont la demande de liberté religieuse et culturelle peut être mise en avant. Nous nous sommes mis d’accord sur le fait qu'à l’avenir nous devrons inviter plus de personnes du domaine de la culture, faire des études et prendre des initiatives.

J’aimerais vous dire également qu’à la fin de la Conférence, nous avons rendu hommage à Kyriakos Amiridis, notre ambassadeur, qui a beaucoup travaillé à la préparation de la 1ère Conférence internationale. Après celle-ci, comme vous le savez, il avait assumé les fonctions d’Ambassadeur de la Grèce au Brésil où se trouvait également sa famille et sa fille.

Comme vous le savez, Kyriakos, qui était mon ami, a été victime d’un acte criminel au Brésil et je pense que cette enceinte était le bon endroit pour lui rendre hommage, mais aussi rappeler le travail de toutes ces personnes qui souvent restent dans l’ombre. Des personnalités exceptionnelles.

Le ministère des Affaires étrangères compte des personnalités importantes et grâce à leur travail – qu’il s’agisse de diplomates, experts, personnel administratif ou autres – nous pouvons exercer la politique étrangère, organiser ce type de conférences internationales qui nécessite un très gros travail d’organisation.

J’aimerais donc remercier tous mes collaborateurs au ministère des Affaires étrangères, de toutes les branches, de tous les grades, qui offrent la possibilité à la Grèce d’être présente et créatrice sur le plan de la politique étrangère. Sans le personnel du ministère, ce genre de conférences ne pourrait avoir lieu.

J’aimerais également remercier le personnel de l’hôtel qui a consenti tout effort afin que nous puissions répondre aux exigences d’une si grande conférence.

Merci à vous aussi d’être venus. Comme promis, je répondrais aux questions ayant trait à la Conférence et à d’autres, si vous en avez, sans épiloguer trop longtemps. Je ne suis pas quelqu’un qui fait des pauses quand il travaille et je dois retourner à mon Ministère qui est comme le cœur, puisqu’il fonctionne 24h sur 24.

JOURNALISTE : Monsieur le ministre, ma question concerne la conférence. A-t-on parlé des pertes dans les pays du Moyen-Orient qui sont le théâtre de guerres et de la manière dont les autres chefs religieux y contribueront ?

Ν. KOTZIAS : Vous avez tout à fait raison, ces communautés ont disparu. Et le début de leur disparition a motivé l’organisation de la 1ère conférence. Entre la première et la deuxième Conférence, toute une série de choses ont été faites que j’ai présentées dans mon introduction.

Ma grande inquiétude est que les grandes puissances et organisations internationales ne se sont pas suffisamment occupées de ces questions. J’ai formulé certaines idées à l’ONU et des remarques critiques à l’UE. Il faut savoir que cela créé le sentiment dans certains pays que, de manière générale, les communautés religieuses et culturelles, notamment les communautés chrétiennes qui ont disparu dans une large mesure, ne sont pas défendues.

Nous avons discuté de certaines idées et mesures afin de voir comment nous garantirons le retour de ces personnes et de leur famille et comment nous protègerons le patrimoine culturel.

Entre la 1ère et la 2e Conférence, et suite à l’initiative de Chypre qui soutient ce projet l’accord - traité de Nicosie sur la protection des biens culturels a été signé. Il y a eu tout d’abord un accord sur le fait que, pour approfondir le volet des mesures pratiques, nous devrons organiser une Conférence spéciale qui aura lieu entre la 2e et la 3e Conférence, donc l’année prochaine, dans le but de promouvoir les mesures que nous avons envisagées ici et sur lesquelles nous avons échangé des expériences.

JOURNALISTE : Monsieur le ministre, vous avez eu ici, hier et aujourd’hui, une série de réunions bilatérales avec les ministres des Affaires étrangères de la Hongrie, de la Palestine, les Secrétaires d’Etat de l’Albanie, de la Roumanie et de l’Irak, ainsi qu’avec votre homologue égyptien et de nombreux autres chefs religieux. Pourriez-vous nous dire certaines choses à ce sujet et nous donner un aperçu de l’ambiance ? Je vous remercie.

Ν. KOTZIAS : Les rencontres ont débuté dimanche soir et j’ai eu une discussion approfondie de trois heures avec mon homologue chypriote. Je l’ai d’abord informé de mes voyages aux Etats-Unis et en Turquie, qui l’intéressent beaucoup, et nous avons échangé des vues sur l’état d’avancement du dossier chypriote.

Lundi matin, avant de commencer, j’ai eu une rencontre avec le ministre des Affaires étrangères de la Hongrie, qui est particulièrement préoccupé du sort des populations chrétiennes dans cette région et, par la suite, j’ai vu les autres chefs religieux, dix au total, dans le cadre de réunions bilatérales, à l’exception du Patriarche de Jérusalem qui suivra.

Lors de ces rencontres, nous avons examiné la façon dont la Grèce peut aider les différents chefs religieux dans leur travail pour la protection du patrimoine culturel et de la vie des hommes dans leurs régions. Vous savez que, personnellement, j’estime beaucoup l’œuvre de l’Archevêque d’Albanie ; il a construit des écoles, des hôpitaux, un établissement universitaire (collège), il a fait un important travail.

D’ailleurs, le hasard veut qu’Anastase d’Albanie ait étudié, puis enseigné, dans l’université où j’ai moi-même enseigné dans les années 1990, à Marbourg en Allemagne. J’entretiens une relation particulière avec le Patriarche Théodore d’Alexandrie et nous avons assuré le soutien de l'état égyptien dans son siège.

C’est un grand missionnaire de la Chrétienté orthodoxe, c’est un homme qui va pieds nus apporter de l’aide dans les régions les plus reculées de la terre. C’est une Eglise différente de l’Eglise du prosélytisme, de l’Occident, que nous avons connue à l’époque du colonialisme.

J’ai parlé avec notre Patriarche œcuménique des problèmes de l’Eglise et de l’Hellénisme dans le pays où siège le Patriarcat œcuménique ; je l’ai informé de mes rencontres en Turquie.

En Turquie – outre les grandes questions – nous avons fait certains pas positifs en avant, comme la réorganisation du fonctionnement des écoles pour la communauté grecque et les Grecs d’Imvros. Il y a là la maternelle, le primaire, le collège et le lycée et l’école fonctionne de nouveau, avec des restrictions, certes, mais c’est un phénomène nouveau.

Grâce à notre politique et à la politique du Patriarcat, ainsi qu’à l’acceptation du gouvernement turc à ce sujet, l’hellénisme à Imvros a de nouveau des écoles qui fonctionnent.

Je l’ai informé du fait que la partie turque s’est enfin engagée à organiser des écoles dans les vakoufias (établissement religieux) grecs d’Istanbul, où des élections n’ont pas eu lieu depuis longtemps, 25 ans par exemple pour l’hôpital, tandis que dans certains vakoufias, la dernière élection date de 2013 si je ne m’abuse.

Nous avons discuté des questions ayant trait à la présence internationale de l’Eglise. J’ai eu une rencontre avec mon homologue égyptien, nous avons discuté des coopérations tripartites que nous avons avec Chypre et de la promotion de nos relations bilatérales dans des domaines cruciaux, mais on le verra plus tard. J’ai été très heureux de rencontrer mon ami Riad Malki, le ministre palestinien des Affaires étrangères.

J’aimerais à cette occasion rappeler à l’Administration publique grecque que le pays d’où viennent les Palestiniens est la Palestine et c’est ainsi que cela doit être mentionné dans les documents publics, puisqu'il y a cette décision du Parlement hellénique. Du point de vue bureaucratique, ce n’est parfois pas suffisamment appliqué.

Je l’ai informé des propositions que nous faisons, non pas publiquement, afin de promouvoir une solution qui facilitera la formation définitive et la reconnaissance de l’Etat palestinien.

J’ai rencontré les Secrétaires d’Etats de l’Albanie et de la Roumanie et j’ai eu d’autres rencontres bilatérales. Une série de rencontres ont eu lieu et je pense que ces Conférences internationales sont une bonne occasion d’organiser de nombreuses réunions bilatérales. En l’espèce, j’ai eu l’occasion de rencontrer des dirigeants des Eglises, outre les ministres de pays tiers. Si je me souviens bien, nous sommes dix – onze ministres, malgré le fait que la Conférence n’était pas ministérielle – un nombre important je dirais.

JOURNALISTE : Monsieur le ministre, l’armée russe achève de libérer la Syrie  des terroristes et, maintenant, nous avons la libération de la ville de Deir ez-Zor qui est en cours. Il s’agit de la libération de la ville, non de sa chute, comme on peut le lire dans la presse grecque. La situation maintenant est radicalement différente de celle il y a deux ans et demi auparavant lors de la 1e Conférence. La question de la reconstruction post-conflit de la Syrie est maintenant mise sur la table.

Monsieur le ministre, est-ce que la Grèce et l’Union européenne participeront à la reconstruction ? Y aura-t-il un plan de reconstruction de la Syrie ? Je vous remercie.

Ν. KOTZIAS : La politique étrangère grecque soutient et émet le souhait de la paix en Syrie, du retour d’une grande partie de sa population, car, comme je l’ai souligné dans mon introduction également, il n’y a pas de protection des droits de l’homme sans vie humaine. Et souvent, au nom des droits de l’homme, la vie humaine est détruite.

Le bien principal et la condition nécessaire à l’existence des droits est la survie des hommes. La Grèce l’a fait, comme elle l’a pu.

La deuxième chose que je dois vous dire est qu’en 2012 l’ambassade grecque a été fermé en Syrie. J’ai envoyé un diplomate dans notre ambassade à Beyrouth, qui est compétente pour l’ambassade de Damas, laquelle se trouve dans un bon état.

Comme vous le savez, j’ai été, moi-même personnellement, contrôler notre ambassade à Tripoli, en Libye et nous prenons maintenant les mesures de sécurité qui s’imposent - car des mesures renforcées sont nécessaires en Libye - pour pouvoir de nouveau ouvrir notre ambassade, qui se trouve dans un bon état. Nos remerciements les plus vifs vont aux gardes de nos ambassades à l’étranger qui sont restés et les ont gardées en bon état.

La Grèce pense que chaque pays doit appartenir à son peuple. La Syrie appartient aux Syriens, comme dirait une vielle devise de l’Internationale communiste, des années 1930, simplement d’autres puissances s’en sont également souvenu. Le fonctionnement démocratique doit être rétabli en Syrie, les droits de toutes les communautés et ethnies doivent être garantis.

Chacun sait que la Russie a fait une proposition – qui est une proposition initiale j’imagine – pour la création d’une nouvelle Constitution. Je sais que même ses alliés directs sur le territoire syrien ne sont pas du même avis. Mais ces décisions doivent être prises par le peuple syrien lui-même. Ce que doit faire l’UE et la Grèce, c’est aider, lorsque le peuple syrien jugera le moment opportun, à la reconstruction du pays en ruine.

J’évalue à 12-14 millions de Syriens sur 25, le nombre de ceux qui ont abandonné leur foyer. Ils doivent revenir dans leur pays, le reconstruire et recevoir de la part d' organisations et institutions comme l’Union européenne l’aide technique, le financement et tout ce dont ils ont besoin.

JOURNALISTE : Monsieur le ministre, j’ai entendu le ministre des Affaires étrangères de l’Egypte parler des problèmes auxquels sont confrontées les minorités en Europe.  Comme vous nous l’avez indiqué, vous vous entretiendrez bientôt avec la direction du ministère des Affaires étrangères de l’Albanie. Aujourd’hui, il y a eu à Himare des démolitions. Je voudrais un commentaire de votre part.  

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : L’octroi à l’Albanie du statut de pays candidat à l’adhésion à l’UE n’a pas été accompagné des critères et des modalités appropriés. La Commission a fixé une seule condition à l’ouverture du processus des négociations, celle de la justice.  De notre côté, nous avons imposé quatre autres critères et modalités qui ont été adoptés.   Et, force est de souligner qu’à l’époque nous avions qualifié la négociation de « broderie », puisque, alors que la Commission insistait sur une seule condition, nous, avec tous ceux qui partageaient la même opinion que nous – mais c’était en fait notre propre initiative -  avons fixé cinq critères et modalités.

Parmi ces cinq critères et modalités, figurent également la question de la propriété et de sa protection ainsi que la question de la protection de la minorité. Nous sommes actuellement en train de mener des négociations concernant le Conseil d’Association.  Lors du dernier tour des négociations qui s’est déroulé pendant que je me trouvais ici – mais comme vous le savez je suis toujours de près la situation et je donne des instructions – je pense que les formulations dans le texte de l’Union européenne étaient bonnes. Bien évidemment, nous signalons la nécessité d’inclure aussi le droit d’autodétermination de la minorité et ce, non pas sur la base des actes anciens du régime de Hoxha, lequel reconnaissait la qualification de minorité seulement dans certaines zones et pas en dehors de celles-ci, puisque les personnes concernées devraient être inscrites au registre d’état civil de ces zones.

Le pays voisin avait l’intention de ne faire aucun changement à cet égard. Je pense que la négociation avec l’Union européenne apportera de bons résultats et nous pourrons surmonter de manière productive cet obstacle.

La deuxième condition porte sur la propriété. A l’époque, le régime de Hoxha avait procédé à la suppression du droit de propriété, qui concernait aussi les petites propriétés privées. Avec la chute du régime de Hoxha, les titres de propriété n’ont pas été restitués à leurs bénéficiaires. Ces derniers mois, nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir pour  retarder la mise en œuvre des plans d’aménagement, quels qu’ils soient, des autorités albanaises afin que ces propriétés soient restituées à leurs bénéficiaires.

La restitution des titres de propriété comporte deux avantages : Premièrement, les propriétaires peuvent prendre des mesures provisoires pour protéger leur propriété et, deuxièmement, si l’Etat procède à leur expropriation, il sera obligé de verser des indemnisations en la valeur réelle de la propriété. Les immeubles démolis aujourd’hui ne constituaient pas des propriétés ayant des titres garantis  ou pour lesquelles des mesures provisoires ont été ordonnées.

Il s’agit en effet des propriétés sans propriétaires ou des propriétés dont les propriétaires n’avaient pas demandé la prise des mesures provisoires. Il y a une seule exception, celle de la station-service d’où ont commencé les travaux de démolition. Une discussion  a été engagée au sein du ministère de l’Energie à cet égard, et le ministre de l’Energie, ainsi que le Secrétaire d’Etat, ont promis hier dans l’après-midi qu’une autorisation serait délivrée pour la réouverture de la station-service dans un autre endroit. Nous insistons et nous continuons d’insister là-dessus, afin que cette promesse soit matérialisée.

Nous ne pouvons pas interdire les travaux d’aménagement d’un pays tiers. Toutefois, nous voulons que les droits de propriété, notamment les droits de la minorité – une conjonction de deux facteurs – soient respectés. Pour le moment, les travaux ont été interrompus. Je parle d’après les informations parvenues il y une vingtaine de minutes.

JOURNALISTE : Je voudrais vous demander, monsieur le ministre, à l’occasion de la présentation et du discours du ministre des Affaires étrangères de l’Egypte, si vous avez pris certaines mesures concernant l’éducation de nouveaux réfugiés en provenance du Moyen-Orient, qui se trouvent actuellement en Grèce. Je vous remercie.

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Nous, au sein de l’Union européenne, dans le cadre de notre politique étrangère, avons soutenu et promu des projets pour la mise en place de zones industrielles dans une série d’Etats qui ont accueilli des réfugiés, ainsi que des programmes éducatifs pour les migrants. Les autres questions relèvent de la responsabilité des ministères de l’Education et de l’Intérieur.

Mais j’imagine et je pense que nous prendrons, dans la mesure de nos capacités, les mesures nécessaires. D’après mon expérience personnelle, les réfugiés, les migrants mais aussi les étudiants étrangers – à mon programme aussi d’études postuniversitaires – ont toujours été parmi les meilleurs. J’ai eu la chance d’enseigner à des étudiants issus de 29 Etats différents et même aujourd’hui, lors de mes déplacements du Vietnam jusqu’en Albanie, je les rencontre et bon nombre d’entre eux sont devenus des professeurs d’université.

Je pense que la formation de ces personnes est une chose constructive pour notre pays. Ce sont des personnes ayant une forte volonté et qui veulent réussir dans leur vie. En outre, comme vous le savez, les 13 et 14 décembre nous attendons en Grèce la ministre des Affaires étrangères de la Colombie, que j’ai invitée en septembre lors de l’Assemblée générale de l’ONU. J’espère vous voir lors de la conférence de presse que nous tiendrons ensemble.

JOURNALISTE : Vous vous êtes entretenu hier matin avec le ministre des Affaires étrangères de la Hongrie, si je ne m’abuse. Avez-vous abordé la question migratoire ? Pourriez-vous nous donner plus d’informations sur votre rencontre et les décisions que vous avez prises ?

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : J’espère que vous ne serez pas attristés d’entendre que nous n’avons pas débattu de la question migratoire. Nos discussions ont porté sur les deux partenariats que nous avons mis en place dans les Balkans et en Europe du Sud-est. Le premier partenariat est celui que j’appelle partenariat transfrontalier, auquel participent l’ARYM, la Bulgarie, l’Albanie et notre pays. Notre dernière réunion de deux jours a eu lieu en octobre à Thessalonique. Dans le cadre de notre deuxième partenariat, nous avons eu une réunion en septembre à New-York. Ce partenariat est établi entre les Etats membres de l’Union européenne, c’est-à-dire, la Croatie, la Roumanie, la Bulgarie et la Grèce. La Grèce et la Bulgarie participent aux deux partenariats. Ce sont les deux autres pays qui changent.

En juin 2017, j’ai fait une proposition au ministre des Affaires étrangères de la Hongrie : je lui ai proposé d’organiser une réunion entre les quatre Etats membres de l’Union européenne en Europe du Sud-est et les quatre Etats membres du groupe de Visegrád. Une réunion à huit. Cette réunion est prévue pour le 4 décembre. Elle aura lieu à Budapest pour faciliter les déplacements.  

L’ordre du jour comportera des thématiques allant de l’énergie jusqu’à l’avenir de l’Union européenne. Comme vous le savez, j’ai une grande expérience – peu importe si elle est mauvaise ou bonne – acquise par les négociations sur une série de traités et d’accords fondamentaux de l’Union européenne dans les années 90’.

Les alliances que nous avons forgées à l’époque, et pour lesquelles j’ai beaucoup travaillé, étaient entre les Etats de petite et de moyenne taille. Chaque fois que des négociations sont menées sur les changements du système institutionnel de l’UE, les intérêts ne sont plus axés sur le Nord – le Sud, l’Ouest et l’Est, mais ils sont plutôt envisagés en fonction – d’un certain point de vue et non pas à tous les égards – de la taille des Etats.

Par conséquent, nous devons mettre en place une coopération sur le long terme concernant ce genre de questions et échanger des points de vue sur l’avenir de l’Union européenne et son système institutionnel.

J’aimerais faire une remarque d’intérêt général, chose que je signale aussi aux personnes compétentes en la matière au sein de notre ministère.  L’Union européenne est en train d’engager deux discussions distinctes. L’une porte sur l’élargissement, notamment aux pays des Balkans occidentaux - les six pays - et les six - mais principalement trois - pays du voisinage et du partenariat oriental et l’autre sur l’avenir de l’Europe.

Je sais de par ma propre expérience qu’à la fin il y aura aussi une autre discussion. Au nom de l’élargissement aux nouveaux Etats membres, une discussion sera lancée sur le fonctionnement institutionnel de l’Union européenne, le nombre de Commissaires, de votes, etc. Cette discussion n’est pas actuellement engagée, mais dans le contexte des deux premières discussions, elle sera présentée comme une troisième discussion.  Et puisque cette dernière portera sur la répartition des pouvoirs au sein de l’Union européen, il vaut mieux que celle-ci soit engagée dans les plus brefs délais.

En outre, à Budapest, le 4 décembre, nous débattrons des fonds de cohésion de l’Union européenne. Et nombreuses seront les puissances, pour des raisons politiques mais aussi à cause du Brexit, qui essayeront de limiter ces fonds. Nous, bien évidemment, ne faisons pas partie de ces puissances.

Ce sont ces questions qui ont été abordées lors de mon entretien avec le ministre des Affaires étrangères de la Hongrie ce matin.

JOURNALISTE : Vous vous êtes entretenu tout à l’heure avec le Patriarche œcuménique. Avez-vous parlé de la situation actuelle à l’archevêché gréco-orthodoxe américain, des problèmes financiers et de l’acceptation de l’archevêque par la communauté grecque ? Avez-vous une position à cet égard en tant que ministère des Affaires étrangères ? Avez-vous un commentaire à faire ?

Ν. ΚΟΤΖΙΑS :  Le ministère des Affaires étrangères ne dirige, ni ne se mêle des affaires de l’église. Il est à la disposition de toute personne voulant lui parler d’une question quelle qu’elle soit. Nos discussions avec le Patriarche œcuménique ont essentiellement porté sur la promotion de l’orthodoxie dans le monde et la coopération avec l’Etat grec.

JOURNALISTE : Monsieur le ministre, dans le cadre des partenariats tripartites avec des pays du Moyen-Orient et de l’Afrique, c’est-à-dire le Liban, la Palestine, la Jordanie et l’Egypte, existe-t-il des différences pour ce qui est de la dimension religieuse ?  Autrement dit, ces pays sont musulmans, tandis que la Grèce et Chypre sont des pays chrétiens. Est-ce qu’une discussion est engagée sur le niveau de cette coopération et la meilleure compréhension dans ce domaine ?

Une deuxième question sur le Mont Athos, lequel ces derniers temps a joué un rôle particulier à cet égard : Est-ce que le ministère des Affaires étrangères, en sa qualité de directeur du Mont Athos, envisage de prendre des initiatives ?

Et si vous prenez certaines initiatives et décisions, quand allez-vous  vous rendre au Mont Athos ? Merci.

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Dans le cadre de nos partenariats tripartites, nous, ministres des Affaires étrangères, ne discutons pas de questions religieuses. Quand les ministres de l’Education se réunissent dans le cadre de ces partenariats tripartites, ils se penchent aussi sur des questions relatives à l’éducation et, éventuellement, sur des questions liées à l’éducation religieuse. En outre, nous avons des partenariats portant sur des questions de la diaspora qui sont liées à l’éducation, domaine qui relève de la compétence du Secrétaire d’Etat, M. Terence Quick.

Pour ce qui est du Mont Athos, nous suivons de près les évolutions et bien évidemment, c’est une question qui nécessitera à l’avenir une attention plus suivie de notre part.

JOURNALISTE : Monsieur le ministre, puisque vous nous avez autorisés à poser des questions plus larges, nous aimerions vous poser une question relative à l’arrivée imminente en Grèce du Président de la Turquie. Qu’en attendez-vous, après cette rencontre de trois heures avec le ministre chypriote des Affaires étrangères, car l’ordre du jour inclut également la question chypriote.

Et une question sur notre Conférence qui a lieu ici. Comme vous l’avez noté, le fait que des pays occidentaux, comme l’Autriche et la Hongrie, s’impliquent dans cet effort aux côtés des pays arabes est très positif. Mais ces pays, quand l’heure sera venue de partager le poids des conséquences, adopteront un autre comportement. N’est-ce pas là un paradoxe ? Merci beaucoup.

Ν. KOTZIAS : Les deux questions ont tout d’abord une réponse commune. On ne fait pas de la politique étrangère uniquement avec celui avec qui on est d’accord. J’ai appris cette théorie qui dit que si tout le monde était d’accord avec nous et nous avec tout le monde, alors on n’aurait pas besoin de politique étrangère. Il y aurait juste une politique intérieure mondiale unique. Il y a des théories de ce genre qui existent. Il y a toute une école en Allemagne, qui est très connue dans les pays d’Europe centrale.

La seconde théorie est celle de l’isolationnisme. Je vous ai dit quelque chose au début. J’ai le sentiment que certains nous critiquent du point de vue de l’isolationnisme. Autrement dit, pour que j’invite M. Erdogan, je dois être d’accord avec lui et qu’il soit bien sur tous les plans ? Et si parfois ceci n'est pas le cas, on se demande pourquoi je l’invite. Autrement dit, je ne dois pas parler avec quiconque ne partage pas mon avis. Donc, dans la région, je ne dois parler à personne et seulement à ceux qui ne me critiquent pas.

Les choses n’en sont pas ainsi. La diplomatie est particulièrement nécessaire lorsqu’il y a des différends. Que fait la diplomatie ? Elle parle lorsqu’il y a des différends, pour que d’autres ne parlent pas. Si vous voulez que les tensions baissent, qu’il y ait des voies de communication ouvertes et des discussions, alors la diplomatie est nécessaire. Par conséquent, la discussion que j’ai eue en Turquie, où je me suis rendu récemment, avait un objectif : rouvrir les voies de communication et d’entente, car la façon dont nos avions et nos bateaux en mer Egée entrent en contact peut provoquer un accident, une erreur. Je ne parle pas d’incident « chaud ». Je parle d’accident ou d’erreur. Avec qui parlerais-je pour que cela ne se produise pas et avec qui parlerais-je si cela a lieu, si l’on ne discute pas ?

J’ai cette théorie qui dit que lorsqu’on ne discute pas, une petite erreur risque de se développer en avalanche. Je ne dis pas que ceci est exclut si on parle. Mais je dis que le risque est limité.

Et malgré tout ce qu’écrivent les journaux et certains milieux paramilitaires, j’aimerais vous dire qu’au cours de ces cinq derniers jours, la sortie d'avions turcs n'eut lieu qu'un seul jour. Je ne sais pas ce qui s’est passé aujourd’hui. Mais si M. Yennimatas m’a bien informé, hier, c’était le quatrième jour sans violations et survols au-dessus de nos îles.

Et j’aimerais vous dire quelque chose à ce sujet. Non pas que je minimalise la situation, mais un jour sans incident et risques de conflits est un jour de gagné pour la diplomatie grecque. Car lorsque la diplomatie parle, on peut dormir sur ses deux oreilles. Mais pas moi. Mon devoir est de ne pas dormir. Et j’aimerais être clair là-dessus.

Mais le sentiment que les dangers, les marges de manœuvre et les probabilités d’accident diminuent est dans l’intérêt du pays. Je ne comprends pas ceux qui ne veulent pas que le ton baisse. Sauf si leur métier est de crier. Moi je ne suis pas comme eux.

Et à cette occasion, j’aimerais réitérer ce que j’ai déjà dit : la diplomatie nécessite du calme, une grande modération. Elle ne doit pas être un moyen de vengeance. Et je le précise car certains avaient dit que j’avais l’ambassadeur d’Espagne dans le collimateur, etc. Un journal, fait d’ailleurs un travail journalistique si bon qu’il me consacre sept articles sur le même sujet. Un pluralisme de réflexions.

Vouloir la paix, le dialogue et l’entente ne signifie pas, vis-à-vis de la Turquie ou de tout autre pays, que nous laissons tout passer. Notre gouvernement et moi-même personnellement, sommes le seul gouvernement et le seul ministre des Affaires étrangères – d’après mes souvenirs – à ne rien laisser passer.

Mais certains jouent les spécialistes sur des questions qu’ils ignorent. Je vous rappelle que lorsque j’ai rappelé notre ambassadeur de la République Tchèque pour quatre jours, on m’insultait pendant ces quatre jours en disant combien j’avais un comportement insolent vis-à-vis d’un Etat membre de l’UE qui nous insultait. Je vous rappelle qu’ils nous ont présenté des excuses. Les prochains jours nous reviendront sur cet exemple historique.

ANIMATEUR : Je pense que nous avons terminé. Je vous remercie beaucoup.

Ν. KOTZIAS : Je vous remercie beaucoup de votre présence.