Lundi, 21 Août 2017
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Accueil arrow Actualité arrow A la Une arrow Déclarations conjointes du ministre des Affaires étrangères de la République de Chypre, I. Kassoulidis et du ministre des Affaires étrangères, N. Kotzias à l’issue d’un déjeuner de travail au ministère des Affaires étrangères (Nicosie, 18.07.2017)

Déclarations conjointes du ministre des Affaires étrangères de la République de Chypre, I. Kassoulidis et du ministre des Affaires étrangères, N. Kotzias à l’issue d’un déjeuner de travail au ministère des Affaires étrangères (Nicosie, 18.07.2017)

mardi, 18 juillet 2017

Déclarations conjointes du ministre des Affaires étrangères de la  République de Chypre, I. Kassoulidis et du ministre des Affaires étrangères, N. Kotzias à l’issue d’un déjeuner de travail au ministère des Affaires étrangères (Nicosie, 18.07.2017)I. KASSOULIDIS : Je suis très heureux d’accueillir ici, au ministère des Affaires étrangères, mon collègue, le ministre des Affaires étrangères de la Grèce, M. Kotzias et je suis d’autant plus heureux de l’occasion que vous m’avez donnée d’accueillir ici la conférence de presse.

On pourrait résumer le fond de la question en quelques mots : une bataille a été livrée sur le dossier chypriote à Crans-Montana, main dans la main avec la Grèce. Le Président Anastassiadis et Nikos Kotzias ont livré une bataille, qui plus est sur un champ où jamais bataille n’avait auparavant été livrée, celui des garanties des droits d’intervention et de la sécurité.

La solution n’a pas été atteinte car ces éléments manquaient. Autrement dit, que Chypre a le droit d’être un Etat normal – ce ne sont pas mes propos mais ceux du Secrétaire général de l’ONU. Elle a le droit à ce que les garanties et les droits d’intervention ne soient pas inclus dans un quelconque accord, car ils ne sont pas « viables » (non sustainable) – et là encore ce ne sont pas mes propos mais ceux du Secrétaire général de l’ONU. Par conséquent, d’après ce que je peux comprendre, c’est là que se livreront les prochaines batailles, si la communauté internationale veut d’abord convaincre la Turquie d’accepter et si les Chypriotes turcs préfèrent une solution à la question chypriote, plutôt que d’être sous la coupe de la Turquie. Mais je voudrais passer la parole au ministre des Affaires étrangères de la Grèce, M. Nikos Kotzias.

Ν. KOTZIAS : Jadis ici à Nicosie, j’ai dit que Chypre est un alliage de sentiment et d’émotion. Et certes, lorsque je suis avec Yannis Kassoulidis, ministre des Affaires étrangères de Chypre, avec lequel je coopère très étroitement, je suis encore plus ému.

Aujourd’hui, j’ai eu l’honneur d’être invité par le Président de la République M. Anastassiadis, de participer au Conseil national. Je vous rappelle qu’il s’agit d’une action qui arrive après une autre invitation, une invitation adressée à M. Kassoulidis qui a participé à une séance spéciale du Conseil national de politique étrangère sur la question chypriote et, d’ailleurs, il était le modérateur de la discussion ce jour-là.

Je pense que les négociations sur Chypre et la façon positive avec laquelle nous avons coopéré avec le gouvernement chypriote et avant tout avec le Président Anastassiadis ont permis de rapprocher encore plus les deux pays et les deux peuples. Ce sont deux peuples qui partagent les mêmes valeurs, les mêmes principes, une histoire commune et une culture commune. Ce sont deux sociétés et deux peuples qui ont une histoire commune de milliers d’années. Aujourd’hui, lors du Conseil national chypriote j’ai entendu avec attention les présidents des partis et les anciens présidents de la République ainsi que l’actuel Président de la République, et j’ai raconté mon expérience après Crans-Montana, ce que nous avons vu et comment nous l’avons vu.

Nous avons vu une Turquie qui jouait avec les mots, mais lorsque le moment des décisions est arrivée, elle a montré qu’elle n’avait aucune intention, qu’elle n’était pas prête à parvenir à une solution concrète. A ce moment-là nous avons enregistré une grande réussite : nous avons pu mettre la question des garanties et  de la sécurité  à l’ordre du jour du dossier chypriote. Il ne fait aucun doute que lors de toute négociation future, celle-ci commencera par cette question.

Mais outre l’honneur que j’ai ressenti de participer au Conseil national, invitation qui m’a été adressée par le Président de la République, M. Anastassiadis, j’ai eu l’honneur et la chance de discuter avec M. Kassoulidis, avec la délégation du ministère des Affaires étrangères de Chypre sur la question de savoir comment nous intensifierons les relations entre les deux pays, quelle suite nous voulons donner aux questions pour le règlement futur de la question chypriote, dans laquelle nous avons aussi notre mot à dire, quel comportement nous devons avoir et comment pourrons-nous valoriser les capacités offertes par l’Union européenne et comment nous envisagerons l’union douanière entre l'Union européenne et la Turquie qui sera mise ces prochains mois sur la table des négociations.

Nous avons abordé bien d’autres aspects de notre coopération, voire l’aspect communication. Je voudrais de nouveau remercier le gouvernement chypriote et notamment Yannis Kassoulidis pour son hospitalité et la façon dont, à chaque fois, il nous émeut lorsque nous nous rencontrons, pour sa passion et son amour des valeurs universelles, de la souveraineté et de l’indépendance de Chypre, l’amitié entre Chypre et la Grèce. Je vous remercie.

JOURNALISTE : Une remarque ou plutôt une précision. J’ai l’impression qu’en ce qui concerne l’Etat normal…

N. KOTZIAS : Je dois vous dire combien je suis honoré de constater que des formulations que j’ai de temps à autres fait sur des grands problèmes ont été adoptées par d’éminentes personnalités, tout en acquérant leur propre dynamique. Les idées sont faites pour les partager, pour les diffuser.

La formulation était «normal state», autrement dit un Etat normal, normal du point de vue juridique. Et permettez-moi de l’expliquer : nous sommes allés à une négociation où tout le monde a commencé à dire : un, deux, trois, quatre, etc. Et je leur ai dit, très bien, pour pouvoir évaluer un, deux, trois, quatre, nous devrons dire quel est l’objectif de cette conférence. Et je leur ai posé la simple question : notre objectif commun est-il que Chypre doit être un Etat normal ? Autrement dit, un Etat indépendant, jouissant d’une intégrité territoriale et d’une souveraineté pleine et entière ? Si nous nous mettons d’accord là-dessus et que personne ne s’y oppose, alors parlons du chemin qui nous permettra d’y arriver. Selon notre avis et selon l’avis de la République de Chypre, ce chemin est de débarrasser Chypre des chaînes de deux traités de 1959-1960, de Zurich – Londres, le Traité des Garanties et le Traité d’Alliance.

JOURNALISTE : S’agissant de la Turquie, est-ce que cette dernière pourrait faire preuve d’une attitude constructive  à l’égard de la question chypriote, vu que la question de la Syrie demeure en suspens tout comme la question des Kurdes et que M. Erdogan a les yeux rivés sur les élections présidentielles qu’il entend ou qu’il espère remporter pour devenir Président en 2019, date qui marquera le 100e anniversaire de la fondation de la République de Turquie ?  Cela étant, est-ce qu’elle a un intérêt, si ces questions ne sont pas réglées,  à faire un geste positif dans les négociations sur le dossier chypriote ?

Ν. KOTZIAS : Ce dont vous parlez sont des causes - éléments dissuasifs pour la Turquie, mais il existe aussi des éléments incitant cette dernière à aller dans l’autre sens : ce sont ses relations avec l’Occident, les instruments dont dispose l’Union européenne  - actuellement l’union douanière – l’environnement international au sein duquel la Turquie n’est pas la grande vainqueur, comme elle le souhaiterait. La même chose se passe en Syrie où l’armée « invincible » turque rencontre des difficultés. Il existe plusieurs dissensions intérieures en Turquie qu’une fois manifestées, elles obligeront la Turquie  à s’engager sur un chemin différent. Il existe un environnement international dans lequel nous devons travailler afin que la Turquie puisse être obligée à se soumettre, au sens noble du terme, de manière constructive, aux dispositions du droit international.

JOURNALISTE :  Est-ce que les résultats de la Conférence en Suisse peuvent déclencher un autre processus pour la question chypriote plus favorable à la Turquie et à ses manipulations ? M.  Çavuşoğlu  a déjà évoqué l’éventualité de chercher une solution en dehors de l’enceinte des Nations Unies. Dans quelle mesure cet échec des négociations concernant le dossier qui, comme tout le monde disait, n’avait pas été abordé à ce jour, peut donner lieu à une situation gérable par la Grèce et Chypre, pour ce qui est de la forme que pourrait prendre une solution ou un dialogue visant au règlement de la question chypriote ?

N. KOTZIAS :  On se demande si la Turquie a conduit la négociation à cette issue fatale parce qu’elle avait d’autres intentions. Mais ce n’était pas la négociation à Crans-Montana qui a donné l’idée à la Turquie de chercher d’autres solutions « alternatives ». Il est de notre devoir de l’empêcher d’envisager d’autres solutions et de l’obliger à tenir compte des dispositions du droit international.

Ma propre impression de la Première Conférence de Genève est que de nombreux acteurs internationaux, et pas seulement la Turquie, pensaient que ce que nous disions sur les garanties ou la suppression du régime des garanties, du Traité et des « droits » d’intervention de la Turquie, ainsi que sur le maintien des armées sur le territoire de Chypre était pour impressionner et qu’une fois les négociations entamées, nous nous soumettrions aux exigences de l’autre partie. La Turquie a réalisé que non seulement nous n’avons pas déposé les armes, mais que ces questions figureront en tête de liste de l’ordre du jour de toute négociation future.

Mon sens est que les références de la Turquie aux plans b, c, d, etc.,  font partie, aux yeux de cette dernière, de la négociation sur le règlement de la question chypriote et de l’approche qu’elle veut adopter à cet égard. J’aimerais à ce stade faire une clarification - car ici à Chypre j’ai entendu parler de toute sorte de choses concernant les choix faits par le gouvernement grec et par moi personnellement- à savoir  que la négociation sur le règlement de la question chypriote va au-delà des réunions tenues à Crans-Montana ou à Genève : les déclarations quotidiennes, les pressions de tous les jours, les solutions alternatives envisagées, la manière dont on essaye de persuader notre propre société ou d’influencer la société de l’autre partie, la manière dont on essaye de contrôler certains acteurs ou de ne pas leur laisser la liberté de servir les intérêts des tiers, tout cela fait partie de la négociation. Il ne s’agit pas des choses différentes. C’est pourquoi aujourd’hui on parle de diplomatie publique, de diplomatie des citoyens.

Tous ces éléments font partie de la négociation, son noyau étant la négociation proprement dite. Par conséquent, lorsque vous lisez les déclarations ministérielles, vous devez également prendre en considération cela. Elle négocie sa position et essaye d’éviter sa part de responsabilité.

JOURNALISTE :  Dans quelle mesure  monsieur Kotzias une nouvelle initiative pourrait-elle être lancée dans l’avenir proche, dans les mois à venir, car on a entendu parler d’une telle éventualité ?

N. KOTZIAS : Nous devons œuvrer afin de donner une seconde chance à la négociation sur la question chypriote, mais cette nouvelle chance doit être bien préparée et efficace. Je reproche à M. Eide, entre autres, le fait qu’il est venu sans y être préparé et sans permettre qu’un travail de préparation soit accomplit pour la conférence en Suisse.

JOURNALISTE : Les provocations de la Turquie, pour ce qui est notamment de la zone économique exclusive et de notre politique énergétique : quel message voudraient transmettre les ministres à l’intention aussi de nos compatriotes qui nous suivent en ce moment.

I. KASSOULIDIS : Mon message est le suivant : les provocations, aussi embarrassantes qu’elles soient, sont gérables.

N. KOTZIAS : La Turquie est un pays qui a du mal à se conformer aux dispositions du droit international. Le devoir des ministres des Affaires étrangères est de l’aider à comprendre ses obligations.