Vendredi, 20 Octobre 2017
greek english french
Accueil arrow Actualité arrow A la Une arrow Déclarations conjointes du ministre des Affaires étrangères, N. Kotzias et de son homologue autrichien, S. Kurz à l’issue de leur rencontre à Vienne (11.05.2016)

Déclarations conjointes du ministre des Affaires étrangères, N. Kotzias et de son homologue autrichien, S. Kurz à l’issue de leur rencontre à Vienne (11.05.2016)

mercredi, 11 mai 2016

Déclarations conjointes du ministre des Affaires étrangères, N. Kotzias et de son homologue autrichien, S. Kurz à l’issue de leur rencontre à Vienne (11.05.2016)S. KURZ : Mesdames et Messieurs, cher ministre des Affaires étrangères, bienvenue à notre conférence de presse conjointe.

Aujourd’hui, nous avons eu une discussion très détaillée. Je suis heureux de vous accueillir à Vienne, à votre première visite bilatérale et dans le même temps je souhaite la bienvenue à Vienne à Mme l’ambassadeur qui est revenue.

Je suis très heureux d’avoir eu aujourd’hui cet échange de vues, car la Grèce et l’Autriche sont deux Etats qui coopèrent au sein de l’Union européenne et qui ont par ailleurs des vues et des solutions différentes concernant un bon nombre de questions – et vous en avez d’ailleurs fait personnellement l’expérience.

De ce fait, nous avons aujourd’hui utilisé le temps que nous avions à notre disposition pour discuter de la question des réfugiés qui affectent nos deux pays. La Grèce tout d’abord en tant que pays de transit dans lequel un grand nombre de personnes sont arrivés au cours de la dernière année. Nous, Autrichiens, sommes également affectés car notre pays constitue la destination finale et est le deuxième pays à accueillir le plus grand nombre de réfugiés per capita au cours de ces derniers temps, à savoir 90 000 réfugiés.

Je suis heureux car ces dernières semaines et mois, grâce à différentes mesures, nous avons réussi à réduire les flux en provenance de la Turquie vers la Grèce et aussi les flux qui passent par la route des Balkans occidentaux vers l’Europe centrale. Je pense que nous sommes d’accord sur le fait que la situation s’est en quelque sorte calmée, mais il faudra tout de même œuvrer davantage conjointement en faveur d’une solution européenne commune, car même si la situation s’est apaisée il n’en demeure pas moins que nous devrons faire particulièrement attention à l’accord avec la Turquie afin d’éviter une quelconque dépendance vis-à-vis de cette dernière. Par ailleurs, nous devrons être tout à fait bien préparés afin que la crise, comme nous l’avons vécue l’année dernière, ne se répète plus.

Nous avons également abordé d’autres questions, notamment concernant les Balkans occidentaux, une région que nous affectionnons tout particulièrement, tant du point de vue économique que culturel et politique. Nous sommes très proches de cette région. Les Grecs la portent dans leur cœur puisque la Grèce est, du point de vue géographique, très près des Balkans occidentaux. Ainsi, le fait d’avoir échangé des vues sur cette question et autres était très positif, des questions sur lesquelles nous souhaitons coopérer et notamment le dialogue entre différentes cultures, religions. C’est un point qui intéresse les deux parties et nous nous sommes mis d’accord pour intensifier notre coopération dans ce domaine.

Permettez-moi encore une fois de vous souhaiter la bienvenue en Autriche et je vous remercie pour notre discussion approfondie. Je suis heureux que vous ayez, dans le cadre de votre visite, une rencontre avec le président de la Fédération et autres personnalités.

Je vous remercie beaucoup pour votre invitation de venir visiter la Grèce, une invitation que j’accepte, il va de soi. Je pense qu’il est important de garder sa place, mais il est tout aussi important de travailler au sein de l’UE en faveur de solutions communes et de chercher le dénominateur commun. Nous avons réussi tout cela dans nos discussions. Encore une fois, bienvenue à Vienne.

N. KOTZIAS : Un grand merci à mon homologue, Monsieur Sebastian Kurz pour son invitation.

Je suis très heureux de me trouver à Vienne. Aujourd’hui, la journée est magnifique et je suis dans une belle ville qui a beaucoup de points communs avec l’histoire et la civilisation de la Grèce. Nous ne sommes pas seulement unis par notre manière commune d’envisager la crise aujourd’hui. L’une des périodes les plus importantes de notre histoire, à savoir la période de la libération du joug ottoman, est en rapport avec l’Autriche. Par ailleurs, une grande partie de notre littérature contemporaine a pu être imprimée ici. Ce qui veut dire que davantage de choses nous unissent que ce que nous réalisons au quotidien.

Je vous remercie encore pour votre invitation qui nous a offert l’occasion de discuter en toute franchise et honnêteté, cette même franchise qui caractérise non seulement M. Kurz mais aussi moi-même. Nous sommes certes tous deux préoccupés de la façon dont la question des réfugiés évoluera à l’avenir. Nous sommes deux personnalités politiques axées sur l’Europe, nous recherchons des solutions pour l’Europe et voulons œuvrer dans ce sens. Cela se fera en coopération avec Mme l’ambassadeur, Mme Aliferi qui est revenue et restera ici.
Nous avons également évoqué de nombreux problèmes. L’une des questions qui nous a préoccupés est celle de la solidarité. Nous attendons de nos partenaires européens de faire preuve de solidarité – ce qui n’est pas toujours chose acquise – s’agissant des questions économiques, de la situation économique de la Grèce, comment elle doit envisager la question des réfugiés. J’ai montré à Sebastian également une étude qui révèle que cette question est particulièrement complexe et difficile pour nous compte tenu du fait qu’elle coïncide avec la période de crise économique. Ainsi, les questions économiques et des réfugiés deviennent des questions de sécurité nationale.

Nous avons également discuté de notre position vis-à-vis des Balkans occidentaux et des possibilités de coopération. J’ai informé le ministre des propositions que nous avons soumises à nos voisins sur des formes éventuelles de coopération.

Enfin, la dernière chose que j’aimerais dire – et qui est peut-être moins importante – est que l’année dernière nous avons organisé à Athènes une conférence internationale avec des communautés du Proche Orient et j’en suis reconnaissant. Nous voulons organiser conjointement en 2017 une autre rencontre internationale et là nous verrons encore mieux les points communs qui unissent la Grèce à l’Autriche ainsi que les points communs concernant l’avenir, en dépit des différences qui peuvent exister.

De mon côté, j’ai invité le ministre en Grèce, un pays qu’il connait bien. Je serais heureux de le recevoir. Nous le verrons avec grand plaisir à Athènes et j’espère que nous aurons un peu de temps car je culpabilise toujours quand viennent mes homologues de l’étranger et que le beau temps n’est pas au rendez-vous. J’éprouve alors toujours le besoin de m’excuser. Je vous remercie encore pour votre invitation et la discussion que nous avons eue.

Questions de la presse :

JOURNALISTE (SERVUS TV) : Qu’est-ce que vous envisagez de faire si l'accord avec la Turquie échoue ? Le Président turc, M. Erdogan n'a pas la réputation d'être un partenaire très fiable.

Ν. KOTZIAS : Je pense que la Turquie continuera de coopérer avec l'Europe et elle fera tout ce qu'elle doit faire. Nous devons avoir un esprit positif et, bien entendu, nous devons avoir une approche positive à l'égard de la Turquie. On assiste actuellement à des évolutions au niveau du système politique de la Turquie et je ne peux qu'espérer qu'il n'y aura pas de répercussions négatives sur les relations avec les autres pays de l'Europe.

JOURNALISTE (chaîne de télévision autrichienne) : Vous avez dit que vous étiez très heureux de vous trouver à Vienne et on constate, avec grand plaisir, que vous avez emmené votre ambassadeur. Pourquoi a-t-elle été rappelée et pour quelle raison revient-elle maintenant ? Car à Idomeni il y a 10 000 personnes qui refusent de partir et il y aussi de nombreux réfugiés à Athènes.

Ν. KOTZIAS : Je voudrais tout d'abord parler de la question des réfugiés. Et, notamment des réfugiés originaires de la Syrie à l'égard desquels j'ai un grand respect. Je respecte le peuple de la Syrie. C'est un peuple fier qui ne viendrait pas en Europe s'il n'y avait pas la guerre. Ce que nous avons en commun avec l'Autriche est que nous n'avons aucune implication en Irak, en Syrie et en Libye. Nous savons que la guerre est la cause de la question des réfugiés. Parfois on oublie ici en Europe que ces peuples ne fuient pas leurs pays à cause de leur mentalité mais c'est la guerre qui les oblige à le faire, et, bien entendu, un effort est déployé ici en vue de mettre fin à la guerre.

Je voudrais aussi dire publiquement que nous respectons le travail que font les ONG ainsi que les organisations bénévoles. Il existe, toutefois, de nombreuses organisations de ce genre qui, au lieu d'aider ces personnes, font du business. Les profits sont énormes, 9 milliards d'euros pour ceux qui opèrent du côté turc et 1 million d'euros de notre côté. Bien évidemment, il y a des organisations qui font un travail excellent mais il n'y en a aussi d'autres qui essayent seulement de gagner de l'argent. Ils ne sont pas tous des saints, mais ni des diables. A Idomeni il y a des puissances, des personnes et des ONG qui insistent sur le fait que les réfugiés ne soient pas déplacés et malheureusement ils leur donnent des informations qui ne correspondent pas à la réalité. Ils leur disent que les frontières vont ouvrir et que s'ils ne sont pas là ils manqueront l'opportunité de franchir les frontières. Malheureusement, ils ne leur disent pas la vérité. Les frontières sont fermées. Nous avons mis en place de nombreux camps et il serait préférable que les réfugiés soient installés dans ces camps. Il y a des milliers de tentes ainsi que d'autres réfugiés qui se trouvent sur les îles de l'Egée de l'est. La Grèce a de la sympathie pour les étrangers, c'est un pays accueillant. Toutefois, le problème est que les réfugiés ne peuvent pas jouir de plus de droits que les ressortissants nationaux. Il ne peut y en avoir certains qui occupent les lieux et qui refusent de partir. Des mesures doivent être prises.

Pour ce qui est de l'ambassadeur, ce n'était pas moi qui l'avait emmené, nous avons tout simplement voyagé ensemble. J'ai le sentiment que l'aggravation du problème des réfugiés a provoqué des tensions et que l'amitié a été pour un certain temps laissée de côté vu le fait que nos deux pays sont unis par de forts liens d'amitié et que l'impératrice Sissy dont le palais était à Corfou est très aimée ici, vu le fait que nos relations datent depuis la libération des Grecs du joug ottoman, je pense que le geste le plus judicieux de ma part serait de venir à Vienne avec l'ambassadeur afin de m'entretenir avec mon collègue, Sebastian et d'engager une discussion sincère avec lui, ce qui a été le cas. Je pense qu'il y a eu une désescalade des tensions et la grande amitié qui unit nos deux peuples est confirmée en dépit du fait qu'en Grèce il y a eu de la déception. Tous ces sentiments sont humains, compréhensibles, mais aujourd'hui l'ambiance est beaucoup plus positive.

JOURNALISTE ( correspondant de l'Europe de l'Est) : La Grèce et l'Autriche sont confrontées à un problème similaire en raison des plusieurs milliers de réfugiés. Quel conseil donneriez-vous à vos collègues, à vos homologues des pays de l'Est, à ces trois pays qui refusent de faire preuve de solidarité ?

Ν. KOTZIAS : Je voudrais tout d'abord donner une réponse aux questions précédentes. La première question est de savoir pour quelle raison ces personnes fuient la Syrie et je dirais que dans leur pays il n'y a plus de souveraineté étatique. Le peuple n'est pas souverain comme il devait l'être à cause de la dictature Bachar el-Assad. Et c'est justement pour cette raison que le peuple qui n'a plus la position qu'il devait avoir dans son pays, part à la recherche d'un meilleur avenir. Je voudrais qu'on parle des réfugiés en Grèce.

Et maintenant avec un gouvernement de gauche au pouvoir, des discussions ont bien évidemment lieu sur ce qui a la plus grande priorité, à savoir les droits de l'homme, la protection des personnes ou la façon dont un Etat pourrait gérer la situation. Bien évidemment, on doit dire que les droits de l'homme sont importants. L'Etat dispose de la souveraineté. Ma réponse est que, pour que les droits de l'homme, les droits fondamentaux de l'homme puissent exister et être respectés, le peuple lui-même et l'Etat doivent être souverains. Autrement, si l'Etat n'est pas souverain, si l'Etat ne fonctionne pas, les droits de l'homme ne peuvent pas exister. Car les droits de l'homme existent au sein d'un Etat qui fonctionne. Et c'est justement cela qui s'est passé en Syrie, l'Etat a perdu sa souveraineté. Il a perdu son autonomie et par conséquent les droits de l'homme ont cessé d'exister.

L'Union européenne n'a pas pour le moment une perspective à long terme et ce, même pour sa propre existence. Quelles sont nos visions, que se passe-t-il avec nos jeunes ? Les mémorandums n'apportent pas une solution. L'Europe donne toujours des réponses qui manquent de perspicacité. Cela a été évident. On savait qu'il y aurait ce flux de réfugiés en provenance du Moyen-Orient et des actions ont été entreprises au sein des Nations Unies qui dispose des fonds. A l'origine, à chaque réfugié correspondait une somme de 340 dollars, et aujourd'hui c'est seulement 13 dollars par mois. Comment pourront-ils s'en sortir ? Lorsqu'on a réagi, on nous a reproché d'avoir une attitude menaçante parce que nous sommes un gouvernement de gauche. Nous avons tout simplement fait une analyse rigoureuse mais l'Europe n'a pas fait la préparation qu'il fallait. Il est très important que l'image de l'Europe soit claire à l'égard de ses propres citoyens mais aussi à l'égard des citoyens d'autres pays. Son image dépend dans une large partie de notre capacité à résoudre le problème des réfugiés. Car si nous ne pouvons pas gérer cette question de la manière appropriée, je pense que l'Europe aura encore un problème à résoudre qui concernera elle-même. Et maintenant j'en viens à votre question. Mon opinion est qu'aucun pays ne peut donner des conseils, avec un air de supériorité, à d'autres pays mais on doit mener des consultations et parvenir de concert à des solutions.