Lundi, 18 Décembre 2017
greek english french
Accueil arrow Actualité arrow A la Une arrow Déclarations conjointes du ministre des Affaires étrangères, N. Kotzias et du ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, S. Lavrov, à l’issue de leur rencontre (Athènes, 02.11.2016)

Déclarations conjointes du ministre des Affaires étrangères, N. Kotzias et du ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, S. Lavrov, à l’issue de leur rencontre (Athènes, 02.11.2016)

mercredi, 02 novembre 2016

N. KOTZIAS : Bonjour. Je suis heureux d’accueillir à Athènes l’une des personnalités les plus importantes de la diplomatie internationale, Sergey Lavrov.

Il s’agit de la troisième visite effectuée par un haut fonctionnaire russe dans notre pays dans un court laps de temps. La Russie est un pays avec lequel la Grèce entretient des liens politiques, économiques et culturels traditionnels tandis que d’importants moments, au fils des siècles, ont uni les deux pays.

Le rôle joué par la civilisation grecque, Byzance, dans la création de la Russie est bien connu. Tout comme chacun sait combien la littérature russe, la musique et autres arts ont influencé les citoyens et les intellectuels grecs.

Parmi les gens de ma génération, il n’y a pas une personne qui n’ait pas lu Dostoïevski ou Tolstoï, vu les pièces de théâtre de Gorki et de Gogol ou entendu la musique de Tchaïkovski et Shostakovich. Nos relations ont des racines profondes.

A l’heure où notre région est marquée par l’instabilité, la Grèce est le pays de la stabilité, le pays qui a pris des initiatives en faveur de la paix, de la compréhension, de la coopération en Méditerranée orientale et dans les Balkans. Dans notre région, il y a de nombreux hommes politiques qui ont une vieille mentalité. Il existe aussi d’anciens nationalismes qui se manifestent d’une manière nouvelle.

Et la Grèce, je le répète, qui est un pays fort malgré la crise, a la responsabilité de contribuer à la paix et à la stabilité. Nous nous sommes entretenus avec mon collègue, Sergey Lavrov, des questions ayant trait à la région, de la guerre en Syrie qui doit cesser pour donner place à la pacification, car comme je l’ai dit, nous sommes face à deux principes.

Premièrement, la Grèce n’est pas un pays qui a provoqué les guerres dans la région. Toutefois, elle en subit les conséquences. Mais bien plus que la Grèce, les populations d’Irak, de la Syrie, de la Libye et de la région tout entière, en font les frais avec des centaines de milliers de vies humaines perdues. Et dans le même temps, ces pays subissent les conséquences de ces guerres lorsque des millions de personnes sont contraintes de quitter leurs foyers.

La racine la plus profonde du problème des réfugiés réside dans ces guerres. C’est pourquoi j’ai réitéré à plusieurs reprises que nous avons besoin en Europe occidentale, en Europe en général, d’un mouvement anti-guerre qui combatte le problème à la racine. Les guerres dans la région doivent finir.

Nous avons également abordé, outre le dossier syrien et l’Irak, les questions plus générales du Moyen-Orient, de la politique étrangère grecque et russe dans la région et bien entendu, nous avons discuté de l’Afrique du Nord et notamment de la Libye, où nous soutenons la nécessité pour le gouvernement d’unité nationale de fonctionner avec succès et d’inclure ces puissances qui jouent un rôle particulier, de manière exceptionnelle, en Libye orientale.

En outre, nous avons discuté et nous sommes mis d’accord sur la nécessité de suivre une politique de stabilité pour l’Egypte, une politique qui tiendra compte du fait qu’une déstabilisation aveugle de pays comme l’Egypte, entraînera d’importants flux de migrants et de réfugiés qui dépasseront de loin ce que nous avons vu jusqu’à aujourd’hui et prendront des proportions énormes.

Nous avons par ailleurs abordé les résultats de l’année consacrée à la Grèce et à la Russie, qui a été couronnée de succès. Nous souhaitons que ce succès se poursuive. Nous avons vu aujourd’hui certains aspects de ce programme, en allant au Forum de coopération gréco-russe, à l’inauguration de l’exposition du magnifique musée de l’Hermitage, qui est organisée au Musée byzantin d’Athènes, un musée plus petit mais non moins exceptionnel. Nous aurons la joie de nous rendre par la suite à l’Université du Pirée, où j’ai eu la chance d’enseigner pendant des années la politique étrangère de la Grèce et de toute une série d’autres Etats, dont la Russie. D’ailleurs, un programme postuniversitaire sur la Grèce et la Russie a été mis en place dans cette université.

Dans le même temps, nous sommes convenus de la nécessité de soutenir l’aide humanitaire qui doit être accordée dans les régions susmentionnées et bien entendu nous ne pouvions pas ne pas aborder la question chypriote.

J’aimerais remercier publiquement la Russie pour la position ferme qu’elle maintient depuis le début de la manifestation du problème chypriote, une position de soutien de la souveraineté et de l’indépendance de la République de Chypre. Avant-hier, d’ailleurs, mon bon ami et ministre des Affaires étrangères de Chypre, Yannakis Kassoulidis était à Moscou et a rencontré Sergey Lavrov. La convergence de vues entre les deux pays – par extension entre nous aussi – a de nouveau été constatée.

J’aimerais également remercier le peuple russe qui voue une amitié particulière à la Grèce, qui se traduit par les rythmes de croissance rapide du tourisme, en dépit des difficultés auxquelles la Russie est également confrontée, avec la baisse du cours du rouble et des problèmes dans ses relations avec l’Occident. Cette vague de touristes a été renforcée cette année, tout comme les échanges culturels.

Nous avons également abordé les relations Union européenne, OTAN et Russie. J’ai réitéré à mon collègue que la Grèce croit en la nécessité d’une architecture européenne de sécurité qui inclut la Russie et qui ne soit pas à l’encontre de la Russie. Je vous rappelle que lors des périodes les plus sombres de la guerre froide, lorsque les relations entre l’ex-Union soviétique et l’Occident étaient tendues, nous avons réussi à élaborer les accords d’Helsinki et à créer un cadre visant à garantir les droits des citoyens, à reconnaître les frontières, telles qu’elles avaient été définies après la seconde guerre mondiale, à stabiliser les relations entre l’Occident et l’Orient.

Nous avons un agenda élargi. Nous continuerons d’aborder la question de nos relations bilatérales. M. Lavrov a abordé ces questions avec le président de la République, M. Pavlopoulos et le premier ministre du pays, M. Tsipras. La discussion portait sur de nombreux aspects de la coopération économique de nos relations bilatérales. Des aspects de coopération comprenant tous les domaines.

J’aimerais encore une fois vous remercier de votre présence ici. Je remercie les interprètes car sans eux ces propos n’auraient pu être transposés dans une autre langue et je remercie avant tout mon ami, Sergey Lavrov, pour sa volonté marquée, son soutien aux grands problèmes de la région et les efforts qu’il consent lui-même personnellement en vue de la pacification et de la résolution des problèmes en Méditerranée orientale et au Moyen-Orient.

Encore une fois, bienvenue dans notre capitale ensoleillée. Nous sommes heureux de t’avoir parmi nous, Sergey Lavrov. Merci beaucoup.

S. LAVROV : Les entretiens avec mon collègue, M. Nikos Kotzias étaient constructifs et concrets et se sont déroulés dans un climat d’amitié, de confiance mutuelle et de respect des positions de chaque partie, qui se reflète dans les liens étroits qui unissent nos deux peuples et nos deux pays.

J’aimerais remercier nos amis grecs pour leur hospitalité et leur accueil chaleureux.

Nous avons discuté de l’état de nos relations bilatérales, avant tout dans le cadre des accords conclus lors de la visite en Grèce en mai dernier du Président de la Russie, M. Vladimir Poutine. Nous avons souligné que le dialogue politique se développe activement, les contacts entre les ministères compétents mais aussi entre les ministères des Affaires étrangères se multiplient. Nous avons signé le programme des consultations entre les ministères des Affaires étrangères de nos deux pays pour la période 2017-2019. Cela montre que notre planification permet de couvrir une période à long terme et que nous ne nous bornons pas aux problèmes d’aujourd’hui dans les relations internationales.

Dans le domaine économique et commercial, l’ordre du jour n’était pas très fourni car demain et après-demain se tiendra ici la séance ordinaire du Comité interministériel mixte Grèce – Russie sur la coopération économique, industrielle, scientifique et technologique. Dans ce cadre, les deux délégations aborderont les possibilités de surmonter les tendances négatives observées – pour les raisons que l’on connaît bien – dans les relations commerciales et économiques de nos pays. Nous sommes d’accord sur le fait qu’il existe une grande marge de manœuvre dans le renforcement de la coopération dans le secteur énergétique. Je pense que là aussi nous aurons une discussion constructive dans le but de produire des résultats tangibles.

Le ministre des Affaires étrangères de la Grèce, M. Nikos Kotzias s’est référé au programme impressionnant de l’année consacrée à la Grèce et à la Russie qui se déroule sous l’égide du Président Poutine et du Premier ministre Tsipras. Il s’agit de quelque 170 manifestations organisées dans les domaines de la culture, de la science, de l’éducation, du tourisme, du sport et des relations économiques et commerciales. Les résultats de ces manifestations reflètent l’affection mutuelle de nos citoyens et la volonté d’étendre la coopération dans tous les secteurs.

Nous constatons avec joie qu’au cours des six premiers mois, le flux de touristes en provenance de Russie vers la Grèce a augmenté de 20%, ce qui constitue – si je ne m’abuse – un record. J’espère qu’un plus grand nombre de Russes choisiront la Grèce comme destination de vacances.

En ce qui concerne les questions internationales, nous avons passé en revue les relations entre la Russie et l’UE et entre la Russie et l’OTAN. Nous estimons beaucoup le fait que la Grèce est l’un des pays qui, pour des raisons de principe, rejette les conflits et se positionne en faveur du dialogue sur les questions les plus complexes, mais aussi en faveur de la recherche de solutions mutuellement acceptables.

Nous avons discuté du conflit en Ukraine. Nous avons une position unanime en faveur de la mise en application des accords de Minsk. Ce processus a beaucoup tardé. La récente rencontre des dirigeants du « format Normandie » à Berlin nous amène à espérer que la mise en application des accords de Minsk, notamment du calendrier prévu, sera intensifiée.

Par ailleurs, nous avons abordé la crise au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, en Syrie, en Libye et au Yémen. La situation en Irak ne nous donne malheureusement pas beaucoup d’espoir. Nous adoptons une ligne unique qui est la suivante : mettre en application les décisions du Conseil de sécurité de l’ONU, quant à la Syrie, à la crise au Yémen, à la crise en Libye. En ce qui concerne la crise en Irak, l’Organisation peut avoir une voix forte et utile.

Nous avons également passé en revue l’état d’avancement du dossier chypriote. Ici aussi, comme dans d’autres crises, les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU doivent être mises en œuvre. Des résolutions comportant le cadre du règlement qui doit être ferme et accepté par les Chypriotes turcs et les Chypriote grecs.

Nous avons discuté de la stabilité et de la coopération dans la région de l’Europe du Sud-est et des perspectives d’approfondissement de la coopération entre les pays des Balkans.

Comme l’a déjà mentionné le ministre des Affaires étrangères de la Grèce, M. Nikos Kotzias, notre programme aujourd’hui est riche et a trait à la coopération entre les représentants de la société civile. Nous venons de visiter le forum social et le musée chrétien byzantin, où a été inaugurée l’exposition de la collection du musée d’Etat de l’Hermitage.

J’aimerais dire que du point de vue historique, les relations entre la Grèce et la Russie sont étroitement liées. Les villes du sud de la Russie, comme Guelendjik et Novorossisk ont été fondées par les anciens Grecs. La Russie a une présence au Mont Athos depuis mille ans. Les Grecs, à chaque fois qu’ils se trouvaient en Russie – comme les Russes en Grèce – se sentaient comme chez eux et acquéraient ainsi une deuxième patrie. Ioannis Kapoditrias en est une magnifique illustration et son rôle dans l’histoire de la Russie et de la Grèce est indéniable.

Deux manifestations symboliques se sont tenues en juillet. La statue à la mémoire de la légion grecque de l’Empereur Nicolas Ier a été inaugurée à Sébastopol. Les membres de la légion ont participé à la défense de Sébastopol lors de la guerre de Crimée en 1853-1856. En juillet également, et cette fois-ci en Grèce, dans l’île de Cythère, des manifestations ont été organisées à la mémoire de l’amiral russe Nikolay Filosofov qui a immigré de Russie en Grèce après la révolution d’octobre et a joué un rôle important dans la protection de l’île contre l’occupation allemande pendant la seconde guerre mondiale.

Notre ministère a souvent transmis à nos amis grecs des copies de documents d’archives liés à l’histoire de notre pays. Aujourd’hui j’aimerais continuer cette belle tradition. Nous avons l’intention de remettre à la partie grecque la copie de la Déclaration de Catherine II de Russie à l’attention des personnalités éminentes religieuses et laïques de la Grèce, qui leur lançait un appel pour commencer la lutte contre les oppresseurs de la liberté et de la foi du peuple grec en 1788. Ce manifeste, qui a été révélé pendant les années de la guerre russo-turque a été diffusé activement aux Grecs et a trouvé un écho positif.

Le deuxième document, datant de décembre 1826, est la lettre des chefs de guerre grecs adressée à l’Empereur Nicolas Ier dans laquelle ils lui demandent de soutenir le combat du peuple grec et d’aider la Grèce à obtenir son indépendance. Je pense que ces documents revêtiront un intérêt, non seulement pour les spécialistes, mais aussi pour le public élargi et que notre coopération se poursuivra dans ce domaine, comme dans d’autres domaines également.

Je remets les copies de ces documents au ministre des Affaires étrangères de la Grèce, M. Nikos Kotzias et vous remercie de votre attention.

JOURNALISTE : Bonjour, ma question va à M. Nikos Kotzias. La Grèce est une vieille amie de la Russie et également membre de l’OTAN. Les relations Russie – OTAN sont froides, comme l’atteste la présence de l’Alliance en Europe orientale et le report de la rencontre entre les pays baltes et la Russie. J’aimerais savoir quelle est la position de la Grèce s’agissant des relations Russie – OTAN.

N. KOTZIAS : Le socle de notre politique, s’agissant des relations entre l’Occident et la Russie, est que nous devons trouver la voie menant à une architecture unique de sécurité et de stabilité.

Pour cette raison, nous avons été le pays qui a proposé la réactivation du Conseil OTAN – Russie. Nous pensons que les canaux de compréhension et de discussion entre les deux parties doivent demeurer ouverts et qu’un ordre du jour doit être créé, dans le cadre duquel doivent être menées certaines discussions franches et directes sur les différends existants entre l’institution de l’OTAN et l’Etat de la Russie.

Dernier point que j’aimerais relever. Il est naturel qu’il y ait de tels différends au sein d’une telle Organisation, s’agissant de ses priorités. A l’OTAN, il y a des puissances qui ont perçu l’armée russe, après la seconde guerre mondiale, comme une armée d’occupation – la Grèce ne fait pas partie de ces puissances – tandis qu’il existe des puissances qui ont perçu l’arrivée de l’armée russe, pendant la seconde guerre mondiale, comme une armée libératrice. Nous avons des souvenirs historiques différents et une interprétation historique différente. Dans le même temps, nous appartenons au même espace de l’OTAN. Ce qui signifie qu’il y a des discussions vivantes au sein de ladite Organisation sur la question de savoir comment elle doit se comporter vis-à-vis de la Russie.
Il y a des puissances qui expriment des doutes quant à la question de savoir si l’OTAN doit avoir des relations avec la Russie. Il y a des puissances, comme l’Allemagne, l’Italie, la Grèce, la France, des grandes puissances au sein de l’Alliance, qui souhaitent l’entente avec la Russie et je pense que le pragmatisme marquera des points au sein de l’OTAN.

L’attitude – du gouvernement américain également – est une attitude pragmatique et nous pourrons engager de nouveau le dialogue entre l’OTAN et la Russie sur des questions concrètes et discuter de la façon dont nous pourrons de nouveau transformer l’Europe en un foyer commun pour les deux parties.

JOURNALISTE : Ces derniers temps, nous entendons des déclarations qui mettent en cause le Traité de Lausanne, qui parlent de frontières du cœur, du Caucase aux Balkans, qui mettent en cause les frontières de la Syrie, de l’Irak, de la Grèce en Egée.

Par ailleurs, depuis des années la Grèce subit les conséquences d’une telle vision des choses avec les violations de son espace aérien et les survols au-dessus d’îles même habitées. Je voulais savoir quelle est la position du gouvernement russe vis-à-vis de ces déclarations.

Et une deuxième question concernant la question chypriote. Est-ce que la Russie, en tant que membre du Conseil de sécurité, voit d’un œil positif le fait que le Conseil de sécurité pourrait jouer un rôle dans l’application de la solution, dès lors que les deux communautés parviennent à une solution.

S. LAVROV : En ce qui concerne la première solution, la réponse est très simple. S’agissant de toutes les questions, le droit international doit être respecté ainsi que toutes les obligations qui découlent des conventions internationales.

Aujourd’hui, nous avons abordé en détail la question chypriote. Comme je l’ai dit dans mon introduction, il convient de respecter le droit international qui est transposé dans les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU. Dans ces décisions est soulignée la nécessité de parvenir à une solution mutuellement acceptable, pour les Chypriotes grecs et les Chypriotes turcs, sur les questions majeures faisant actuellement l’objet de discussions : souveraineté, garanties, biens patrimoniaux. Nous ne devons pas sortir de ce cadre.

Par ailleurs, je dois souligner – puisque vous avez posé une question sur le rôle du Conseil de sécurité de l’ONU – que le Conseil de sécurité a accepté les bases du règlement auquel je me suis tout à l’heure référé. Traditionnellement, le rôle actif du suivi des négociations n’incombe pas seulement au représentant du Secrétaire général de l’ONU, mais aussi aux cinq membres permanents du Conseil de sécurité. Cela a toujours été une condition préalable, afin que le processus demeure dans le cadre d’approches mutuellement acceptables et vise à des résultats mutuellement acceptables. Je pense que dans ce cas aussi, cette même conception prévaudra. Nous entendons de temps à autre des propositions sur des calendriers artificiels dans le cadre desquels toutes les questions doivent être résolues. Il y a par ailleurs des propositions visant à définir de l’extérieur certains paramètres du règlement de la question chypriote. Nous ne soutenons pas de telles propositions. Comme je le comprends, nos positions convergent avec nos partenaires grecs.

N. KOTZIAS : L’histoire de notre cœur s’étend jusqu’en Inde, le cœur grec peut  aussi englober l’Inde. Mais les frontières de notre cœur ne sont pas les frontières du droit international. On peut très bien tomber amoureux d’une dame à Hawaï, en Australie, personne ne l’interdit. Mais il est obligatoire de respecter les frontières.

J’aimerais faire deux commentaires sur l’histoire, car dernièrement tout le monde dans notre région s’intéresse à l’histoire. Je dis et souligne : l’histoire doit être une école, non une prison. L’histoire doit être envisagée avec respect et non pas avec irrespect. L’histoire doit être envisagée telle qu’elle est en réalité et non pas sous le prisme d’une mythologie développée a fortiori.

JOURNALISTE : Bonjour, agence de presse TASS, ma question est adressée au ministre russe. Récemment, le ministère de la Défense des Etats-Unis d’Amérique a évoqué l’éventualité du lancement de l’opération à Rakka. Comment cela est-il lié à la position de la Russie et de la Syrie ? La partie américaine vous a-t-elle proposé de participer à cette opération ? Si oui, quelle sera votre réponse ?

Comment, à votre avis, le changement de gouvernement aux Etats-Unis influencera-t-il le processus de résolution de la crise syrienne ?

S. LAVROV : En ce qui concerne la deuxième question, deviner n’a aucun sens. Nous définirons nos positions sur la base des faits réels, qui seront bientôt communiqués. Nous apprendrons qui est le vainqueur des élections aux Etats-Unis et quelle sera la position s’agissant de la Syrie et autres questions internationales d’actualité.

En ce qui concerne Rakka, lorsque nous avons discuté avec l’Amérique sur la coordination en Syrie dans le but de lutter contre le terrorisme et d’instaurer un cessez-le-feu pour ceux qui se distinguent des terroristes, nous nous sommes référés à Rakka en tant qu’objet éventuel de nos actions communes. Mais par la suite, les Américains ne se sont pas référés à cette question. Ils ont maintenant déclaré qu’ils allaient mener une opération pour occuper la capitale syrienne de l’Etat islamique. Mais aujourd’hui, si je ne m’abuse, j’ai entendu qu’ils changeaient leurs plans et cette opération est reportée à une date ultérieure non déterminée. Je ne peux en dire davantage.

Nous maintenons les voies de communication avec les Américains s’agissant de la Syrie et d’Alep-Est. J’espère que nous aurons des résultats et que nos partenaires américains ne reviendront pas sur leur consentement, comme ils l’ont fait avec l’accord du 9 septembre de cette année.

JOURNALISTE : Monsieur le ministre, les relations américano-russes sont source de préoccupation. Dans une récente interview que vous avez accordée sur CNN et à la journaliste Christiane Amanpour, vous avez déclaré que cette relation qui n’est pas saine, a commencé avant la Syrie et l’Ukraine. Je voulais vous demander quand a commencé ce manque de confiance entre Moscou et Washington et est-ce que vous pensez qu’avec la nouvelle présidence américaine il y ait un espoir d’améliorer ces relations. Merci.

S. LAVROV : Je ne me souviens pas avoir dit que la crise en Ukraine ait mis en exergue les problèmes dans notre relation avec l’Amérique. Les problèmes se sont accumulés, bien avant les évolutions en Ukraine qui ont abouti au coup d’état anticonstitutionnel, lequel a été soutenu par les Etats-Unis, l’UE et l’OTAN.

Les problèmes ont commencé lorsque les Etats-Unis ont vu que nous ne sommes pas toujours d’accord lorsque nous discutons sur une question internationale. Lorsqu’ils ont vu que le Président de la Russie, M. Poutine essaye de rétablir l’indépendance de la politique extérieure de la Russie strictement dans le cadre du droit international. Toutefois ce parcours indépendant qui est le nôtre tient compte des intérêts des partenaires dans les pourparlers internationaux. Nous ne nous alignons pas derrière un hégémon, qui est très sûr de son caractère unique.

Le président de la Russie, M. Vladimir Poutine a dit récemment que les Etats-Unis sont une grande puissance, mais cela ne veut pas dire que tous les autres doivent jouer le jeu en appliquant les conditions de Washington. Si vous vous souvenez, il y a deux, trois mois le Président Obama avait dit exactement ceci : les Etats-Unis sont ceux qui doivent définir les règles du jeu dans le monde. C’est de l’arrogance, mais sans-doute était il honnête. Si nos partenaires américains pensent ainsi, ils doivent sans doute passer par certaines étapes de prise de conscience douloureuse que dans ce monde personne ne pourra faire quelque chose tout seul et qu’en dernière analyse nous devrons aboutir à des accords. Plus cela se fera vite, mieux cela vaudra.

Ν. ΚΟΤΖΙΑS: J’aimerais remercier Sergey Lavrov. Merci beaucoup.