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Déclarations conjointes du ministre des Affaires étrangères, N. Kotzias et du premier Vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères de la Serbie, I. Dačić à l’issue de leur rencontre (Athènes, 10.07.2017)

lundi, 10 juillet 2017

Déclarations conjointes du ministre des Affaires étrangères, N. Kotzias et du premier Vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères de la Serbie, I. Dačić à l’issue de leur rencontre (Athènes, 10.07.2017)N. KOTZIAS : Bonjour. Il y a une continuité à la Conférence sur Chypre. Jeudi, nous aurons le Conseil de coopération de haut niveau entre la Grèce et la Serbie et dans l’après-midi de ce même jour, à Thessalonique toujours, nous aurons la réunion tripartite des dirigeants de la Bulgarie, de la Serbie et de la Grèce.

Il s’agit d’un événement important pour les relations de notre pays avec l’un de nos amis les plus anciens et proches, à savoir la Serbie. C’est un événement qui souligne l’importance que revêtent ces pays dans la région, mais aussi en Europe. Et j’ai eu la chance d’accueillir aujourd’hui le premier Vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères de la Serbie afin que nous préparions le Conseil de coopération de haut niveau. Je le remercie d’avoir pu venir car je sais bien, en tant que ministre des Affaires étrangères, combien son agenda peut être chargé.

Je te souhaite la bienvenue et explique l’importance que revêt la Serbie pour la Grèce, notre coopération au sein du Conseil de coopération de haut niveau et la réunion tripartite que nous avons avec la Bulgarie.

Lors de la préparation que nous avons faite, nous avons discuté et évalué la situation dans notre région et notamment les Balkans occidentaux. Nous avons abordé les évolutions actuelles, la nécessité de surmonter les nationalismes dans la région.

Nous avons discuté de notre coopération dans tous les domaines et notamment de la façon dont nous pourrons intensifier la coopération entre nos deux ministères, coopération qui s’étendra aux directions et qui deviendra plus élargie et profonde.
Nous avons discuté des questions ayant trait à la coopération économique et au soutien de grands projets, comme la mise en œuvre de la ligne ferroviaire Thessalonique – Belgrade. Nous avons abordé les questions de coopération dans tous les domaines, des investissements au secteur financier, en passant par l’éducation, la formation et la culture commune qui nous unit.

Nous avons abordé la situation à Skopje, au Kosovo et en général dans la région des Balkans occidentaux. Nous avons dit combien une Serbie membre de l’Union européenne serait bénéfique à l’Europe. Dix chapitres ont été ouverts dans la négociation entre la Serbie et l’Union européenne et la Grèce contribuera, tant qu’elle le pourra et forte de son expérience et expertise, à la promotion de ces négociations.

J’aimerais, ici publiquement, souligner le fait que la Serbie est un pays doté des infrastructures, des capacité et du système institutionnel politique qui lui permettent de se rapprocher de l’Union européenne plus que tout autre pays de la région qui n’est pas encore membre de l’UE.

Rien n’est laissé au hasard, lorsque l’on comprend le caractère européen de la Serbie et le fait que ce pays appartient à l’Europe et à la culture européenne. Nous avons également discuté de nos relations avec des pays non balkaniques.

J’ai particulièrement remercié mon interlocuteur de l’attitude positive qu’a toujours la Serbie vis-à-vis de la question chypriote. C’était normal, car c’était la première discussion que nous avons eue sur un sujet autre que la question chypriote ces deux dernières semaines.

Et comme vous le savez, après la discussion et le déjeuner que j’aurais avec le ministre des Affaires étrangères de la Serbie, nous avons le Conseil national sur la politique étrangère – qui se penchera de nouveau sur la question chypriote – et demain au Parlement il y aura un débat sur le dossier chypriote. C’est une question qui nous préoccupe et par conséquent un pays qui nous soutient de la façon dont nous soutient la Serbie mérite toute notre gratitude et nos remerciements.

Encore une fois, Ivica, bienvenue. Je vous remercie.

I. DACIC : Merci beaucoup mon cher Niko.

Nous aimerions, encore une fois, souligner un point qui est l’idée fondamentale sous-tendant nos relations, à savoir que nous sommes amis et frères. Ce ne sont pas des paroles en l’air, mais cela est confirmé à travers les siècles car nous faisons preuve de solidarité et de compréhension mutuelle.

Deux des trois lieux saints que doit voir tout Serbe se trouvent ici en Grèce dans ce pays. Je dis toujours à ma famille, à mes enfants qu’il y a le monastère de Hilandar ici en Grèce, au Mont Athos, qu’ils doivent visiter Corfou et notamment le tombeau bleu qui symbolise les maux subis par le peuple serbe pendant la première guerre mondiale mais aussi l’hospitalité du peuple grec.

Et le troisième lieu saint est le Kosovo-et-Métochie.

Cela montre les liens étroits qui nous unissent et que notre obligation – à nous hommes politiques – est de poursuivre cela, cette relations étroite entre les peuples.

Je suis ravi du Conseil de coopération de haut niveau entre la Grèce et la Serbie. La rencontre aura lieu jeudi. En serbe, Thessalonique se dit Solun, mais vraiment nous n’avons aucune aspiration territoriale.
Par rapport à certains autres peuples, je peux vous dire que nous n’avons aucune aspiration territoriale.

Le Président de la République, M. Vucic sera à la tête de la délégation serbe. Nous aborderons plusieurs questions importantes. Des questions ayant trait à nos relations bilatérales, aux relations dans la région, mais aussi d’autres dossiers relatifs aux grands projets qui nous attendent portant sur les infrastructures, l’axe 10, la ligne ferroviaire, l’autoroute et d’autres dossiers.
Ayant déjà investi plus de 2 milliards d’euros, la Grèce est l’un des plus grands investisseurs en Serbie.

Tout cela a eu lieu avant la crise en Grèce mais aussi en Serbie, tout comme dans le monde entier. Les échanges commerciaux entre la Grèce et la Serbie s’élevaient à quelque 400 millions d’euros et dans les années à venir les échanges entre les deux pays devraient se développer davantage.

Dans le domaine politique, la Grèce et la Serbie doivent se soutenir mutuellement.  La Serbie exprime sa position ferme à l’égard de la protection de l’intégrité territoriale de la République de Chypre. Et nous tenons à remercier la Grèce et Chypre de leur soutien à la Serbie et à son intégrité territoriale. Et nous nous référons au cas du Kosovo.

Nous devons établir des contacts réguliers, nous devons nous pencher sur des questions régionales, telles que la question chypriote, la question des réfugiés, la coopération en matière de lutte contre le terrorisme, mais aussi sur la question relative à l’influence du facteur albanais dans notre région. Nous devons en général  examiner les relations dans la région et aussi les relations avec le pays en question, l’ARYM.

Vous connaissez ma position à l’égard de cette question. Je l’ai à maintes reprises exprimée et je pense que la Serbie a commis une erreur il y a 20 ans, à l’époque de la dissolution de l’ex Yougoslavie et de la transformation des anciennes républiques  yougoslaves en Etats. C’était à cette époque là que la République fédérale de Yougoslavie a pris la décision de reconnaitre cet Etat avec le nom « République de Macédoine ».
A mon avis, la Serbie a commis une erreur à cet égard. Ce n’était pas correct vis-à-vis de la Grèce. D’autre part, Skopje avait toujours une position négative concernant des questions qui revêtaient une importance pour nous, telles que la question du Kosovo. Ils ont reconnu le Kosovo et ils ont également soutenu sa candidature au sein de l’UNESCO.

Si cette question appartient au passé, je voudrais toutefois la signaler officiellement car je sais combien cela froisse nos amis. Je voudrais encore une fois dire que nous prenons tout cela en compte et que nous n’allons pas procéder à des actions qui pourraient avoir des conséquences négatives sur la stabilité de la région.

En revanche, nous contribuerons à l’instauration et au maintien de la stabilité dans notre région. Nous nous réjouissons d’avoir des contacts réguliers. Nous sommes convenus de nous rencontrer deux fois par an, une fois en Grèce et une autre en Serbie. Nous sommes aussi convenus que nos directions devraient avoir des consultations régulières et que nous devrions communiquer et nous mettre d’accord sur nos positions tout en étant solidaires les uns des autres.

Nous avons une mauvaise mentalité, mais je pense que tel est le cas aussi pour les Grecs car notre amitié est fraternelle. Nous faisons beaucoup plus pour nous rapprocher de l’ennemi et moins pour développer nos relations, tout étant bien évidemment conscients de nos relations amicales et fraternelles. Moi, je pense le contraire. Je veux que nous ayons des relations plus étroites car de cette manière nous seront plus puissants.

Cette année on fête le 150e anniversaire de l’établissement de l’alliance entre la Grèce et la Serbie. Nous ne l’avons jamais regretté. Nous étions fiers de ce que nous avons fait il y a 150 ans et nous en sommes toujours fiers. Nous nous réjouissons de la rencontre tripartite à Thessalonique avec la Bulgarie.
Tous ceux qui sont optimistes pour la région, doivent aller dans le sens que nous allons.

Je vous remercie encore une fois.

JOURNALISTE : …… Etes-vous optimiste pour ce qui est des résultats des élections qui se sont récemment tenues dans les différents pays des Balkans ou pensez-vous que la minorité albanaise, tant du côté de l’ARYM que du côté du Kosovo, peut influer sur les relations de l’Albanie avec la Serbie et en général avec la région des Balkans ?

Ι. DACIC : Nous voulons tout simplement avoir des bonnes relations avec l’Albanie et nous pensons que cela est très important pour tous les triangles, rectangles qui existent dans notre région. Mais il est toutefois évident qu’il existe une politique intensive soutenue par les hommes politiques albanais.
Ils veulent la plateforme de Prizren, à savoir la création d’un Etat albanais unifié.  Cela constitue une sérieuse menace pour la stabilité de la région et de l’Europe en général.

C’est pourquoi je suis certain que ces élections, notamment au Kosovo - et -Métochie, n’apporterons pas de stabilité, car quiconque est élu Premier ministre, peut-être Haradinaj, malheureusement nous ne pouvons pas dire qui sera le meilleur pour ce qui est des intérêts de la population serbe qui vit dans la région.

Je fais partie des hommes politiques qui n’aiment pas les élections anticipées. Car si les élections fréquentes étaient quelque chose de positif, Vatican en ferait de même.

Par conséquent, les élections se tiennent de temps en temps. En général, on ne doit pas avoir constamment des élections, mais si tel est le cas, je dois signaler qu’en Serbie nous avons de la stabilité politique et j’espère que cela sera aussi le cas à l’avenir.

Le 12 juillet, après-demain, à Trieste se tiendra la réunion au sommet des Balkans occidentaux et de l’Union européenne. L’Italie est le pays hôte du sommet. Nous pensons que la Grèce doit également participer à cette rencontre. C’est une participation importante. Par ailleurs, la Serbie y participe aussi et je pense que la Grèce doit également participer.

JOURNALISTE : Bonjour, une question pour M. Kotzias. Il y a trois jours monsieur le ministre, vous étiez en Suisse où s’est tenue la conférence internationale sur  Chypre.  Nous constatons actuellement que la Turquie joue le jeu des accusations. Pourriez-vous faire un commentaire à cet égard ? Je vous remercie.

N. KOTZIAS : La Turquie a soumis en Suisse un document d’une demi- page, identique à celui qui a été soumis par les Chypriotes turcs.  A travers ce document, la Turquie voulait maintenir ses droits d’intervention ainsi que les traités d’alliance et des garanties. Par la suite, la Turquie est prétendument devenue plus flexible et accepterait des solutions de compromis. Lorsque le Secrétaire général de l’ONU, comme on l’a déclaré dans le communiqué émis avant-hier par le ministère des Affaires étrangères, a décidé de consigner par écrit dans un court paragraphe les accords, afin de pouvoir poursuivre les discussions la semaine prochaine à New-York, la Turquie a affirmé qu’elle n’était pas en position de faire des compromis et qu’elle voulait maintenir, en violation du droit international,  le « droit » illégal et obsolète d’intervention sur le territoire de Chypre.

Force est de rappeler que tout au long des discussions et des négociations en Suisse, sous la pression exercée par moi personnellement, M. Çavuşoğlu s’est vu obligé d’admettre qu’il voulait maintenir ces droits d’intervention afin que la Turquie puisse, chaque fois qu’elle le juge opportun, intervenir sur le territoire d’un Etat membre souverain et indépendant de l’UE et de l’ONU.

Sa demande va à l’encontre de la loi internationale, à l’encontre de toute pensée visant à un règlement, et comme je l’ai signalé lors de la Conférence, cette demande n’est pas conforme aux règles de la démocratie et à celles de l’ONU.

Permettez-moi d’être plus précis concernant les aspirations des Turcs : ils veulent que la Grèce consente à ce que l’accord portant sa signature et leur donnant  la possibilité d’envahir Chypre à leur convenance, soit accroché sur le canon du char d’assaut qui pourrait envahir Chypre.

Ils voulaient que l’armée qui a organisé le coup d’Etat en Turquie et dont le chef – le chef des forces d’occupation – a été arrêté dans les territoires occupés en tant que putschiste avec les 10 officiers de haut rang – soit le garant de la démocratie et de la coexistence des deux communautés à Chypre.

Et par ailleurs, comme je l’ai dit leurs perceptions dépassent et minent la tradition des Lumières du monde occidental et de la culture politique occidentale. L’armée est sous les ordres de la politique, elle n’a pas le droit de décider sur des questions politiques.

Monsieur Çavuşoğlu a fait semblant, face au Secrétaire général de l’ONU, d’être prêt à parvenir à un compromis. Mais dès que le Secrétaire général de l’ONU a décidé de coucher sur le papier le soi-disant compromis, alors la Turquie a avoué qu’elle se jouait de nous pendant cinq jours et qu’elle ne peut pas ou ne souhaite pas ou n’a pas l’intention de parvenir à ce compromis.

Il est plus que manifeste qu’elle est responsable de l’échec des pourparlers. Il est plus que manifeste que ce qu’elle demandait va à l’encontre de la démocratie, de notre culture politique et du droit international.