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Discours de N. Kotzias, ministre des Affaires étrangères, lors de la 72e Assemblée générale de l’ONU (New York, 22 septembre 2017)

samedi, 23 septembre 2017

Discours de N. Kotzias, ministre des Affaires étrangères, lors de la 72e Assemblée générale de l’ONU (New York, 22 septembre 2017)Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire général,
Chers collègues,
Mesdames et Messieurs,
Monsieur le Président,

Je voudrais tout d’abord souhaiter tout le succès au nouveau Secrétaire général, M. Guterres, dans ses nouvelles fonctions et confirmer notre plein soutien à sa mission.

Permettez-moi également de vous féliciter pour votre élection à la présidence de la 72e session de l’Assemblée générale, ainsi que pour la thématique principale que vous avez choisie pour cette année.

Aujourd’hui, notre monde évolue rapidement. Nous traversons « le deuxième âge des machines ». C’est une époque où les machines ne constituent plus le prolongement de la force musculaire, mais elles produisent surtout de la richesse intellectuelle et des connaissances. Des machines qui sont plus rapides et plus petites, exerçant toutefois une influence considérable sur notre vie quotidienne. Sur notre mode de travail et de production. Sur notre mode de communication et d’interaction. On pourrait qualifier cette tendance de « 4ème Révolution industrielle ».

Cette nouvelle ère apporte des innovations et des avantages mais aussi des défis, notamment pour les Etats. Des défis auxquels les Etats devront faire face de manière efficace pour pouvoir survivre dans cette réalité internationale complexe d’aujourd’hui.

Les Etats doivent faire preuve de flexibilité et répondre aux demandes de leurs citoyens en matière de droits de l’homme, de communication, de développement et d’innovation.

Les Etats doivent évoluer. Mais cette évolution est, bien évidemment, liée aussi à l’évolution de l’Organisation elle-même. Est-ce que les Nations Unies pourront suivre ces évolutions et s’adapter à la nouvelle réalité qui émerge ? A la lumière de cette double adaptation, la période actuelle est extrêmement critique et impose la promotion des réformes qui rendront l’ONU capable de préserver son caractère actuel dans un monde en constante évolution et bien différent de celui de 1945.

Si les Nations Unies veulent continuer d’être à la hauteur de leur mission, elles devront également évoluer et relever les défis de l’avenir.

Dans ce contexte d’insécurité et d’instabilité qui caractérise toujours une large partie de notre monde, la Grèce exerce une politique étrangère multidimensionnelle, en vue de contribuer de manière active à la paix, en promouvant des idées concrètes au sein des forums internationaux et des organisations régionales et en soutenant la stabilité à travers des initiatives politiques.

Plus particulièrement, nous sommes en faveur de la perspective d’élargissement de l’agenda du dialogue institutionnalisé entre l’UE et l’ONU et de la coopération sur une série de questions d’intérêt mondial.

Notre vision est de créer un monde sans armes de destruction massive. Dans ce cadre, nous condamnons de la manière la plus catégorique le récent essai nucléaire et le programme illégal de la Corée du Nord visant à développer des armes nucléaires et des missiles balistiques, programme qui compromet gravement la sécurité et la paix au niveau régional et international.

En examinant les évolutions pour ce qui est du désarmement et de la non-prolifération (des armes nucléaires) au cours de l’année dernière, je pense qu’il est aujourd’hui plus urgent que jamais de trouver des canaux de communication pour tenir un dialogue efficace avec la participation des Etats qui disposent des armes nucléaires.

Cela pourrait servir de vecteur en vue de combler l’écart entre le désarmement nucléaire progressif et l’interdiction complète et immédiate non vérifiable.

Monsieur le Président,
Située dans une région qui est toujours extrêmement instable, telle que le Moyen-Orient et une partie de l’Afrique du Nord, la Grèce constitue un pilier de stabilité.

Dans ce cadre, nous avons récemment entrepris un grand nombre d’initiatives, telles que la Conférence de Rhodes sur la Sécurité et la Stabilité, la Conférence d’Athènes sur le pluralisme religieux et culturel et la coexistence pacifique au Moyen-Orient, ainsi que le Forum des Civilisations anciennes nouvellement créé, qui s’est réuni hier à New York.

La Conférence de Rhodes se concentre sur la promotion d’un agenda de coopération positif entre 20 Etats européens et arabes de la Méditerranée orientale, dans le but de renforcer la stabilité et la sécurité dans la région.

Je voudrais également signaler que, de concert avec Chypre, et en vue de promouvoir la paix et la stabilité dans la région de la Méditerranée orientale, nous avons mis en place une série de partenariats tripartites auxquels participent l’Egypte, Israël, la Jordanie, le Liban et la Palestine.

Notre principal objectif est d’élaborer un agenda de coopération positif et diversifié en mettant l’accent sur les synergies et les actions communes, notamment à travers la culture qui constitue l’un des principaux moteurs de la puissance douce dans les relations internationales, mais aussi à travers d’autres domaines, tels que le commerce, l’éducation et la recherche.

Le renforcement de la coopération régionale dans les Balkans est le principal objectif que s’est fixé la Grèce avec une autre initiative, celle des réunions quadripartites entre les ministres des Affaires étrangères de la Grèce, de l’Albanie, de la Bulgarie et de l’Ancienne République yougoslave de Macédoine qui a été lancée à Thessalonique en avril 2016.

En vue de faire face à la crise des réfugiés de manière efficace et conformément aux principes et valeurs européens et démocratiques, les quatre pays se concentreront, lors de leur prochaine réunion en octobre, sur les moyens qui leur permettront d’établir une meilleure coopération sur des questions telles que les opérations de rapatriement, l’échange d’informations, la lutte contre le trafic illégal, la traite d’être humains, le terrorisme, le crime organisé et les réseaux énergétiques.

Monsieur le Président,
La guerre en Syrie a fait de nombreuses victimes, tandis que des milliers de personnes ont fui leurs foyers.

La cessation des hostilités constitue une condition sine qua non pour l’avancement des négociations politiques. Pour la Grèce, il n’existe qu’une seule voie à suivre, celle du règlement politique de la crise.

Nous soutenons fermement le dialogue politique avec la participation de toutes les parties à Genève, sous l’égide des Nations Unies.

Le conflit israélo-palestinien constitue toujours une menace permanente pour la sécurité et la stabilité régionales, tandis que sur le terrain la situation n’est pas viable.

Nous soutenons la solution à deux Etats, à savoir la création d’un Etat palestinien indépendant et souverain qui coexistera dans des conditions de paix et de sécurité avec l’Etat d’Israël et qui répondra aux demandes immuables de ce dernier en matière de sécurité.

Pour ce qui est de la Libye, la Grèce accorde une importance particulière aux efforts internationaux visant à stabiliser le pays. Nous sommes fermement convaincus qu’il n’existe pas de solution militaire à la crise en Libye et nous soutenons tous les efforts en faveur de la consolidation de la paix et de la sécurité.

Monsieur le Président,
Le terrorisme demeure l’un des plus importants défis que nous devons relever. Force est de signaler les progrès considérables réalisés dans la lutte contre Daesh.

Le renforcement de la coopération internationale entre tous les acteurs et l’amélioration de l’échange d’informations constituent un élément fondamental pour la lutte efficace contre le phénomène des militants étrangers.

Par ailleurs, la lutte contre les faits générateurs de cet extrémisme violent revêt une importance primordiale.

La Grèce participe de manière active à la lutte commune contre le terrorisme.

Dans le cadre de nos efforts visant à empêcher les terroristes d’exploiter tout type de ressource pour servir leurs fins, nous soutenons particulièrement les efforts internationaux en faveur d’une lutte coordonnée contre le commerce d’antiquités et d’objets ayant une valeur culturelle.

Monsieur le Président,
Nous entretenons des relations amicales et cultivons le renforcement de la coopération avec tous les Etats limitrophes, en vue de promouvoir notre stabilité et notre prospérité.

Dans les Balkans occidentaux, la Grèce demeure un fervent défenseur de la politique d’élargissement de l’UE.

La montée du nationalisme dans la région suscite de vives préoccupations. Nous soulignons qu’il faudra éviter, par tous les moyens, des actes et des déclarations sapant les relations de bon voisinage.

La Grèce a une approche amicale vis-à-vis de l’Ancienne République yougoslave de Macédoine.

L’initiative grecque portant sur la planification et l’application de mesures de confiance bilatérales a renforcé nos relations, facilitant les efforts consentis pour régler des problèmes plus sensibles, comme la question du nom du pays voisin qui demeure en suspens.

Par conséquent, la Grèce continuera d’œuvrer systématiquement en faveur de l’atteinte d’une solution mutuellement acceptable à la question du nom. Notre position est claire : un nom erga omnes mutuellement acceptable.

De la même façon, le progrès dans les relations gréco-turques ne peut être accompli qu’en respectant le droit international, notamment le droit international de la mer.

Nous avons, à maintes reprises, souligné que les relations de bon voisinage ne peuvent se développer lorsqu’un voisin conteste constamment la souveraineté et les droits souverains de la Grèce.

S’agissant du dossier chypriote, notre objectif se résume en un concept, adopté par le Secrétaire général de l’ONU pendant la Conférence internationale sur Chypre : que Chypre devienne un « Etat normal ». Un Etat indépendant et souverain, sans armée d’occupation, garanties extérieures et « droits » d’intervention.

Malheureusement, la Conférence internationale sur Chypre, qui s’est tenue cette année en Suisse, s’est achevée en juillet dernier sans qu’un accord ne puisse être atteint, car la partie turque et les Chypriotes turcs étaient les seuls participants de la Conférence à ne pas partager l’objectif de l’ « Etat normal ».

Nous sommes disposés à poursuivre la discussion sur la principale question internationale de la sécurité et des garanties, dès que la Turquie fera preuve d’une volonté claire de poursuivre les négociations sur la base des décisions du Conseil de sécurité des Nations Unies ainsi que dans le cadre des paramètres définis par le Secrétaire général des Nations Unies à Crans-Montana.

Monsieur le Président,
Dans le domaine des droits sociaux et politiques, nous soutenons activement la lutte contre le racisme et toute forme de discrimination, notamment des discriminations sur la base de la religion, du sexe ou de l’orientation sexuelle.

Dans ce contexte, la Grèce, accordant une priorité à la sécurité des journalistes et des personnes travaillant dans les médias, notamment ceux qui se trouvent en zones de conflits, a l’intention de soumettre, lors de la réunion de la troisième commission de l’Assemblée générale de l’ONU, une résolution y afférente.

Par ailleurs, mon pays est à la tête d’une initiative au Conseil des droits de l’homme, qui se traduit par la soumission réussie d’une résolution sur la « Protection des droits de l’homme par le biais du sport et de l’idéal olympique ».

Nous demeurons fermement attachés à la protection des droits de l’homme dans le cadre de toutes les politiques en vue de lutter contre les flux migratoires de masse, en accordant une attention particulière aux besoins des migrants, notamment des enfants, qui se trouvent dans une situation vulnérable.

Nous pensons qu’il est plus que jamais important de placer le cadre de la question sur sa bonne base, afin que nous puissions fournir une protection à tous ceux qui en ont besoin, que nous luttions contre le trafic d’êtres humains et le transport de migrants illégaux, que nous puissions rendre possible le retour de tous ceux qui n’ont pas besoin de protection internationale, que nous attaquions les racines du problème à l’origine de l’immigration, par le biais d’une coopération efficace avec les pays d’origine et de transit.

Enfin, l’intégration sociale et économique des migrants légaux est tout aussi importante et nécessite notre attention particulière.

La Grèce réitère de nouveau son engagement en faveur d’une mise en œuvre pleine et efficace de la Déclaration politique de New-York et de ses annexes, adoptés lors de la Réunion de haut niveau en marge de la 71e Assemblée générale de l’ONU et, dans le même temps, s’engage à œuvrer dans le cadre du Pacte mondial sur la migration (Global Compact for Migration) qui devrait être conclu en 2018.

Monsieur le Président,
J’aimerais vous assurer que, en tant que membre fondateur de cette Organisation, la Grèce soutiendra les efforts consentis par l’ONU en vue de s’acquitter de ses obligations de créer un avenir plus pacifique et prospère, avec justice et solidarité envers tout le monde, notamment les générations futures.

Je vous remercie.