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Discours d’ouverture de N. Kotzias, ministre des Affaires étrangères, lors de la Conférence ministérielle du Forum des Civilisations anciennes (Zappeion, 24 avril 2017)

lundi, 24 avril 2017

Discours d’ouverture de N. Kotzias, ministre des Affaires étrangères, lors de la Conférence ministérielle du Forum des Civilisations anciennes (Zappeion, 24 avril 2017)Je tiens à remercier le Président de la République, dont la sagesse nous permet toujours d’élargir les horizons de notre réflexion.

Je voudrais aussi remercier toutes les délégations d’avoir accepté notre invitation, celle de la Chine et de la Grèce.

Nous vivons à une époque où les relations internationales se développent sans limiter le rôle de l’Etat national et des civilisations. Bien au contraire.

Toutefois, nous traversons une période marquée par des politiques économiques et de défense et nous devons commencer à mettre en valeur d’une manière plus intense et coordonnée la dimension culturelle des relations internationales.

L’initiative que nous sommes en train de lancer aujourd’hui est corrélée à l’œuvre de l’ONU et de l’UNESCO ainsi qu’à leurs principes. C’est pourquoi nous espérons parvenir à un accord et inviter ces deux organisations au forum prochain.

Nous vivons à une époque d’instabilité. A une époque où, la culture et notamment les civilisations anciennes assurent la continuité et la stabilité. La sagesse que ces civilisations nous ont léguée nous permet de régler les problèmes contemporains.

Elles nous aident à élaborer des projets. Des projets qui nous permettront d’intégrer tous les aspects de l’humanité, de mieux comprendre la différence, ce que nous percevrons comme une richesse. Elles nous inciterons à faire preuve de plus de tolérance à l’égard de ce qui est différent et à œuvrer encore plus en faveur de son assimilation.

Nos civilisations – et tel est le destin des 10 pays invités à ce forum – constituent un patrimoine universel. Ce sont des civilisations qui s’inscrivent dans la continuité des époques avant même l’apparition de la mondialisation.

Nous commençons par ce forum et dès les premières discussions engagées, nous sommes convenus d’assurer sa continuation. Ce forum sera organisé dans d’autres villes et capitales, mais le premier se tient à Athènes, ville qui est d’une certaine manière la capitale de la civilisation.

Nous savons que l’époque contemporaine est dominée par la puissance dure. Mais, finalement, et telle est mon opinion, ce sont ceux qui parlent la langue de la puissance douce qui gagnent. Ceux qui ont une force de persuasion, qui servent d’exemple, qui agissent en fonction de principes et de valeurs et qui sont animés de visions. Ceux qui, en d’autres termes, ont une culture.

Une culture dans les deux sens : dans le sens de « civilisation » en tant que mode de vie, de création de formes d’existence et dans le sens de « culture » en tant que facteur créatif, reproductif et incitatif de formes et de structures de vie.

Au cours de l’histoire de l’humanité, il y a eu diverses civilisations. Certaines ont disparues, d’autres ont été intégrées à d’autres civilisations, plusieurs d’entre elles ont résisté à l’épreuve du temps et jouent même de nos jours un rôle très important.

Il y a eu des civilisations anciennes avec un héritage matériel et immatériel très important dont les messages mais aussi les formes de leurs exploits, intellectuels et matériels, ont survécu jusqu’à nos jours et sont, dans un certain sens, actuelles à ce jour.

Je dois vous avouer que c’est magnifique de se rendre chaque jour au travail et de voir l’Acropole, de se remémorer, de réfléchir sur les idées que représentent la tragédie, le théâtre grec ancien, la Pnyx, l’agora, la démocratie. Tous ces principes et valeurs qui sont à l’origine de la modernité.

Mais, on doit aussi avouer que la civilisation grecque n’aurait pas survécu sans l’empire romain, berceau des entités politiques multinationales qui a diffusé les droits de la notion de citoyen et d’administration dans toute la région de la Méditerranée et au-delà de celle-ci.

Et la civilisation grecque n’aurait pas survécu de la manière dont elle a survécu si elle n’avait pas été diffusée par les intellectuels du monde arabe. Un monde qui, dans les régions où elle s’est développée, a donné lieu à l’apparition d’importantes civilisations. A Babylonie, en Mésopotamie, en Egypte. Et à côté de ces civilisations, il y a avait la grande civilisation de l’Iran ancien fortement appréciée de ceux qui jouent aujourd’hui aux échecs.

A ce monde donc, dans ces régions, nous devons l’art de la gouvernance, les jeux intellectuels, tels que les échecs. La contemplation du ciel en tant que présent et avenir de l’humanité.

A ce monde nous devons des villes magnifiques, telles que les villes d’Iran ainsi que les superbes Pyramides d’Egypte. D’une certaine manière, il y avait des pyramides aussi de l’autre côté du monde, en Amérique centrale et latine. Dans une région qui dispose de grandes civilisations spirituelles, celles du Pérou, de la Bolivie, où se trouve le grand Mexique des civilisations de l’Amérique centrale et latine.

Ce sont ceux qui ont cherché à trouver dans l’autre côté de la terre l’harmonie avec les cieux. Si la Mésopotamie, l’Egypte, la civilisation indienne, la Grèce et Rome sont la grande ligne de la civilisation occidentale avec celle des indigènes d’Amérique, l’autre ligne tout aussi importante a été la civilisation chinoise des grandes découvertes. Du papier et de la typographie jusqu’à la boussole, la porcelaine et, surtout, la structure même de l’Etat en tant qu’existence.

Et à côté de cette civilisation, il y a eu une autre grande civilisation qui a honoré la civilisation grecque et qui a créé plusieurs civilisations différentes en donnant lieu à la civilisation indienne qui est caractérisée par la multitude de ses couleurs et par une présence de longue date. Des dieux à l’image de l’homme, tout comme en Grèce antique, et de grands mathématiciens qui ont découvert le zéro et les nombres négatifs.

Toutes ces civilisations présentes ici aujourd’hui et dont je n’ai rappelé que certains traits caractéristiques, des civilisations grandes et petites à des degrés différents, ont contribué au façonnement du monde contemporain.

Elles se sont développées dans une région non négligeable puisqu’elle représente 40% de la population mondiale. Ces civilisations qui sont représentées aujourd’hui ici sont bien vivantes. Elles existent tant dans leur continuité autonome, que comme partie intégrée dans la civilisation mondiale contemporaine.

Elles sont présentes dans les arts, la technologie et la civilisation politique. Elles renferment toutes la notion d’harmonie avec les cieux, de droit de résistance, des nouvelles formes d’organisation et toutes – et tel est leur élément commun, permettez- moi de le signaler en ma qualité de chercheur – ont soulevé des questions existentielles majeures, depuis Confucius et les taoïstes, jusqu’à Socrate et Aristote. Depuis les grands poètes d’Iran et d’Inde, les grands poèmes, jusqu’au monde intellectuel de l’Amérique centrale et latine.

Depuis les chercheurs du Dieu Soleil en Egypte, en Bolivie et au Pérou. La grande tradition de la philosophie politique romaine a soulevé les mêmes questions universelles qui demeurent actuelles à ce jour.

Qu’est-ce que nos ancêtres ont cherché à apprendre il y a 6 000, 7 000, 3 000 ans ? Ils se sont posés la question : qu’est-ce que la vie ? Quel est le but de la vie de l’homme ? Quelle est sa relation avec la nature ? Quelle est la relation entre l’individu et la société ? Et quelle est la relation entre le citoyen et le pouvoir ?

Il n’existe aucun mouvement de philosophie, de sociologie et d’anthropologie contemporain qui ne se pose pas ces questions soulevées depuis des milliers d’années au sein de nos civilisations. Nos civilisations ont été et demeurent grandes. Elles ne nous appartiennent pas, elles appartiennent à toute l’humanité.

Nos civilisations sont actuelles et cela est le premier élément. Le deuxième élément est que la civilisation constitue pour nous une puissance, une puissance douce, une « soft power ». La civilisation est aussi importante que la prédominance militaire ou l’hégémonie économique. Car la civilisation rallie les cœurs et les esprits de l’homme.

Cependant, même dans le noyau dur de la politique, nous avons besoin de ce que l’on appelle la civilisation politique. C’est-à-dire la tolérance à l’égard de l’autre, du respect de son opinion et de son existence. Nous avons besoin - et un grand nombre de pays l’ont oublié – d’une culture de consensus et de compromis. De franc-parler et de courage. De résistance et de capacité à nous battre pour les justes causes et la démocratie.

Ainsi, la civilisation contribue au développement des relations qui est axé sur des valeurs et des principes. Elle contribue au rapprochement entre différentes cultures. Et elle ne fait pas seulement se rapprocher les différentes cultures mais elle considère aussi la diversité comme une richesse et non comme quelque chose d’hostile.

Et il existe aussi le troisième aspect. La civilisation est aujourd’hui une puissance mondiale et économique car chaque civilisation produit des biens particuliers, elle les reproduit et les fait diffuser.

La civilisation aujourd’hui et ce que nous appelons « l’industrie de la civilisation » crée aussi des emplois. Je pense à la recherche et à l’éducation, au design moderne, et même au tourisme qui est lié aux exploits culturels.

Et ces trois aspects de la civilisation, son caractère actuel, sa puissance économique, sa capacité à relier le monde et à le stabiliser en période d’instabilité, sont corrélés aux nouvelles capacités offertes par ce que l’on appelle la 4e révolution industrielle, la 2e ère des machine.

Ce Forum doit être relié à la valorisation de l’Internet, au développement d’applications pour téléphones mobiles à l’instar des visites guidées de monuments anciens, dans des villes avec un grand patrimoine culturel. Voire à l’impression de souvenirs en 3D.

Nous pouvons conjointement développer des jeux vidéo mais aussi des films. Toutes ces nouvelles technologies nous permettent de coopérer et de promouvoir des valeurs et principes communs. Nous pouvons également développer nos relations interculturelles. Des réseaux de monuments et de villes.

Cher Président, mes chers amies et amis. Je vous remercie encore d’être venus à Athènes. Nous avons travaillé depuis plus d’un an et demi, deux ans je dirais, autour d’une idée qui existe depuis les années ’90 pour arriver jusqu’ici.

L’aspect important de ce forum, de notre point de vue, est qu’il constitue un élément d’une conception bien précise que nous avons sur les relations internationales. C’est un élément de l’agenda positif car très souvent avec les conflits, les guerres, les conflits civils, l’agenda international est dominé par la négativité et la difficulté. Nous devons donc développer un agenda positif comme celui de la coopération de nos civilisations dans tous les domaines.

Aujourd’hui, suite à l’initiative de la République populaire de Chine et de la Grèce, nous nous sommes réunis dans le but de mettre en place une coopération – pas du point de vue juridique – avec les Etats ayant une grande civilisation ancienne avec un rôle important jusqu’à aujourd’hui.

Nous sommes les berceaux et les héritiers de civilisations avec une histoire datant de milliers d’années. Nous sommes des civilisations qui ont co-façonné au mieux notre monde d’aujourd’hui.

Nous voulons coopérer pour le bien commun, la prospérité commune, non pas pour nous distinguer des autres, mais pour renforcer le message de la paix diffusé par la civilisation.

Et notre invitation commune, avec mon ami le ministre des Affaires étrangères de la Chine, Wang Yi, n’était pas le fruit du hasard. Nous avons une relation historique particulière avec la Chine qui est basée sur le respect mutuel et la compréhension du monde dans lequel nous vivons. Nous avons aussi une interrogation commune : comment pouvons nous valoriser les éléments de notre civilisation de manière productive et bénéfique pour nous tous et l’humanité ?

Nous sommes – et il ne faut pas l’oublier – les successeurs d’un esprit datant de milliers d’années avec en son centre la notion de l’homme. Si nous trouvons ce qui nous unit et que nous le concevons bien, alors nous aurons fait un important pas en avant dans le sens de la promotion de la paix et de la coopération dans le monde.

Nous savons tous que nos pays sont visités par des dizaines de millions de personnes. Cette année seulement, 30 millions de touristes visiteront la Grèce. Des touristes qui vouent un profond respect – parfois plus grand que notre respect à nous qui vivons dans ces pays – aux exploits de notre civilisation.

Et nous constatons tous que l’intellect humain a pu produire des grandes œuvres, ce qui nous amène à la question de savoir comment ont-ils réussi sans disposer des technologies d’aujourd’hui ?

Je pense qu’ils ont réussi car l’esprit humain et ses capacités ne connaissent pas de frontières. Nous pouvons à chaque fois dépasser les frontières qui nous retiennent. Cette civilisation n’a aucun rapport avec la couleur de la peau de quelqu’un, ni avec son origine sociale ou nationale.

Elle a un rapport avec un élément simple de la vie humaine. Là où est l’esprit et où bat le cœur humain est produit – ou doit être produit – la civilisation. Il nous appartient à tous de produire de la civilisation positive, un agenda positif dans les relations internationales. D’utiliser la force de notre cerveau au service du bien, de la paix et du progrès.

La coopération de ces civilisations – comme le représente d’ailleurs notre constellation – montre que nous devons et pouvons unir nos héritages culturels et contribuer, même un peu, à une meilleure humanité.

A travers notre Forum, nous sommes appelés à glorifier le passé pour créer un avenir positif.

Enfin, je ressens le besoin, de remercier non seulement mon ami, le Président de la République et vous tous – dont beaucoup sont des amis de longue date –, mais aussi les collaborateurs de notre ministère des Affaires étrangères et des ministères des Affaires étrangères des autres Etats qui ont travaillé au succès de ce projet et qui ont accepté avec joie notre invitation.

Bien entendu, je voudrais également remercier tous nos collaborateurs du ministère grec des Affaires étrangères et en dépit des difficultés auxquelles notre pays fait face, nous avons réussi à organiser ce Forum et à prouver que même un pays qui traverse une crise profonde peut valoriser la culture et les civilisations pour sortir de celle-ci.

Car la civilisation dit l’indicible, le paradoxe ou l’étrange. Et comment la civilisation peut-elle dire ce qui ne peut être dit, l’indicible ? Oui la civilisation peut le dire car elle le dit autrement. Elle le dit en silence, à travers un poème, une sculpture ou une peinture.

Et parce que la civilisation peut nous permettre d’échapper à des peurs, des inquiétudes, à un sentiment d’insécurité. Nous offrir de la stabilité, de l’optimisme et du courage.

La civilisation nous permet de plonger dans les plaies de l’humanité et d’en ressortir l’or pour nous enrichir.

J’espère que nous continuerons ainsi, de manière productive. Je remercie mes anciens et nouveaux amis et espère que ce forum se poursuivra avec notre présence et la présence à l’avenir de nouveaux ministres des Affaires étrangères, de la Culture et de nos collaborateurs.

Je vous remercie.