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Discours du ministre des Affaires étrangères, Nikos Kotzias à la Fondation Makarios III (Nicosie, 28.3.2017)

mardi, 28 mars 2017

Discours du ministre des Affaires étrangères, Nikos Kotzias à la Fondation Makarios III (Nicosie, 28.3.2017)Je remercie Sa Béatitude de m’avoir invité à venir à Chypre pour exprimer mes pensées et ma dette envers Chypre.

L’orthodoxie a toujours été une religion, une croyance avec une parole œcuménique contrainte, sous les conditions de l’empire ottoman, d’être fragmentée en églises nationales et de diffuser sa parole théologique à travers la lutte pour la libération du pays. C’est pourquoi le patriotisme orthodoxe a toujours été œcuménique dans le même temps.

Nombreux sont ceux qui, limités dans un dogmatisme à l’occidentale, se demandent comment l’Eglise peut être patriotique et s’identifier au patriotisme politique, même de quelqu’un de gauche?

Ceux qui se posent ce genre de questions, font (à mon sens) deux erreurs. Parfois, ils peinent à comprendre la lutte patriotique et l’identifient à un nationalisme effréné, ce que nous appelons chauvinisme.

Le patriotisme est tout à fait différent du chauvinisme. Le patriotisme est un élément de l’identité du citoyen, à l’instar de son sentiment religieux. La lutte pour cette identité fait partie intégrante de cette lutte que nous appelons culturelle. Les «guerres culturelles» font partie intégrante des grandes luttes et conflits sociaux, essentiellement en Allemagne au 19e siècle et aux Etats-Unis au 20e siècle et leur impact est aujourd’hui omniprésent.

Le patriotisme est la défense de l’espace garantissant le quotidien du citoyen. Où est inscrite la fierté des conquêtes de la communauté à laquelle il appartient. Il est la continuité et le développement créatif de la culture, des principes et valeurs sur laquelle se fonde une entité nationale organisée en entité politique, en règle générale en Etat.

En revanche, le chauvinisme est le sentiment erroné de la supériorité du sexe, de la race à laquelle quelqu’un appartient vis-à-vis de la culture et de l’identité de l’autre. Si le patriotisme est l’attitude positive vis-à-vis de ce qui est pareil, le chauvinisme est le refus et le rejet de l’autre, de ce qui est différend. La forme la plus extrême du chauvinisme est le racisme, la haine envers cette différence. Tout patriote doit s’opposer à ce genre de formes et de conceptions.

Je pense profondément qu’il est faux de penser qu’au nom de la lutte pour la patrie, la culture, l’histoire et les traditions, il faut être tolérant vis-à-vis du nationalisme extrémiste. Tout comme il est tout à fait contreproductif et dangereux de faire preuve d’une bonne disposition à lutter contre les manifestations chauvinistes et rejeter ainsi le patriotisme.

La Grèce et Chypre appartiennent à la civilisation occidentale et européenne dont elles sont le berceau. Elles ont fait partie de la grande civilisation démocratique de la Grèce antique. Des phares qui ont montré la voie au fil de l’histoire. Elles étaient l’Occident, mais pas seulement. Elles ont été le carrefour qui a produit la civilisation qui a influencé l’Orient et le Sud. Elles ont été le creuset des civilisations qui venait d’orient et du sud. Cette position qui est la leur, en tant que carrefour productif, s’est transformée à l’époque du féodalisme et de la création des grands empires territoriaux et marins en carrefour d’une grande importance géostratégique. La Grèce a connu la dynastie de l’Empire ottoman et Chypre a été sous la domination territoriale de l’Empire ottoman et par la suite sous celle de l’Empire maritime britannique.

Je souhaiterais souligner cette réalité historique qui va de soi, car même si de nombreux liens nous unissent à l’Occident, tous ses Etats ne sont pas pareils. Les 2/3 de ces Etats ont été les vecteurs et exécuteurs de l’époque coloniale. Nous, non. Non seulement, nous n’avons aucune raison de nous excuser avec le reste de l’occident des crimes de l’époque coloniale, mais aussi nous ne devons oublier un seul instant que nous avons été victimes d’empires coloniaux. Par extension, sur la base du droit international, de l’éthique de l’époque de la création des Etats nationaux, la foi dans des valeurs et principes communs, mais encore sur la base de la réalité métaphysique et religieuse de l’époque, nous ne leur devons rien. Ce sont eux qui sont redevables envers nous et il serait bon qu’ils s’abstiennent d’exercer des droits réels, voire inexistants sur l’île et la Grèce. Qu’ils s’abstiennent de toutes expressions d’arrogance à notre égard et encore plus de toute forme de violence.

Contrairement à 1821 et à 1960, la Grèce et Chypre ne sont plus des Etats en cours de création, mais des Etats forts, indépendants et membres des plus grandes organisations actuelles. Des Etats qui façonnent, avec l’ensemble de l’UE, la politique s’agissant de l’adhésion de la Turquie à l’UE, du renforcement du régime de l’Union douanière Turquie – UE, mais de la sortie du Royaume-Uni de l’UE. Nous ne sommes plus en position d’être jugés, mais de juger. Nous co-décidons sur des questions d’intérêts nationaux suprêmes de pays tiers, comme les pays que je viens de citer. Pour ce qui est des seconds notamment, dont la négociation pour que leurs souhaits soient réalisés commencera bientôt, je dirais publiquement mon estimation : leur attitude à notre égard, comme le dossier chypriote, influencera beaucoup nos choix futurs.

Dans l’ensemble, à l’heure actuelle, certains ne peuvent pas invoquer des institutions, des droits, des exigences provenant d’une époque révolue lorsque la Grèce et Chypre étaient encore leurs colonies. C’est pourquoi nous attendons que tous les pays fassent preuve du respect nécessaire à notre égard. Le respect nécessaire vis-à-vis des principes du droit international et du sentiment de justice et d’équité.

La Grèce a été l’une des premières régions faisant partie de grands empires qui a revendiqué et lutté pour conquérir sa souveraineté nationale. Bien avant l’époque de la chute des grands empires. Avec sa révolution pour la libération du pays, dont le point de départ est le 25 mars 1821, elle a montré aux peuples que l’unité de l’âme est nécessaire, la volonté de l’esprit et la détermination du cœur. Lorsque ces vertus faisaient défaut, la Grèce a été impliquée dans des luttes fratricides, elle a réduit l’enthousiasme du philhellénisme, qui était nécessaire à la réussite de la révolution, et a mis la révolution elle-même en danger. Le prix à payer était lourd : effondrement du pays, surendettement, haut niveau d’emprunt tout au long de l’histoire de l’Etat grec moderne.

L’histoire de la révolution grecque moderne s’est poursuivie avec l’expansion de l’Etat grec et l’inclusion d’un nombre encore plus croissant de régions qui historiquement étaient grecques et dans lesquelles vivaient des populations à majorité grecques. Lorsque la Grèce a cessé de faire la distinction entre son intégration en tant qu’Etat et l’expansion sur des territoires étrangers, elle a connu la Catastrophe d’Asie mineure, tendant alors à adopter des comportements similaires à ceux des pays qui possédaient des empires territoriaux. Elle fut alors vaincue et a renoncé à ses droits. Au final, son expansion géographique et démographique a été inachevée.

Avant cela, il y avait eu encore un mauvais choix fait par la classe dirigeante grecque : le refus de participer, en 1914, à l’alliance des pays qui luttaient contre les forces austro-allemandes. Et ce, à l’époque où la Grande Bretagne donnait en échange de cette participation ou, au moins, en échange d’une autorisation de mouillage dans un port en Mer ionienne, le rattachement de Chypre, qui était alors placée sous régime coloniale, à la Grèce. Finalement, la Grèce – après 1916 – a participé à la Première guerre mondiale, mais sans obtenir les contreparties de 1914.

La Catastrophe d’Asie mineure et l’omission de 1914 ont été le résultat de positions unilatérales des puissances dominantes du pays en faveur d’alliances et de dépendances spécifiques.

Aujourd’hui, nous savons que la Grèce fait partie intégrante de l’Occident, mais elle constitue aussi un pont entre l’Orient et l’Occident. Nous savons que la Grèce doit exercer une politique étrangère multidimensionnelle et active, démocratique, à travers de nombreuses initiatives. Nous savons aussi que le rapport de forces international doit être pris en considération et que les aspirations et les souhaits d’autres parties ne doivent pas être négligés.

Nous savons que nous devons développer en tant que Grecs nos capacités à comprendre les problèmes modernes, à élaborer des solutions alternatives et à mettre en œuvre chaque fois la meilleure solution possible.

La Seconde guerre mondiale a eu un effet catalyseur. Elle a marqué la fin de l’époque des empires, des empires maritimes aussi, comme celui de la Grande Bretagne. La lutte menée pour la cause nationale a été liée à la question sociale, à la lutte armée des peuples qui, à travers des mouvements collectifs, cherchaient à trouver des solutions aux problèmes quotidiens et structurels, à la lutte pour l’autodétermination, avec l’inclusion des droits des communautés et des minorités moins nombreuses. Dans les pays où il n’y a pas eu ce lien entre lutte nationale et lutte sociale, des problèmes de longue durée se sont installés, ce qui influe à ce jour sur un grand nombre d’Etats.

Dans la période de l’après-guerre, les événements historiques, grâce à la lutte livrée par les citoyens et les mouvements collectifs, ont de nouveau mis la question chypriote à l’ordre du jour, en tant que problème lié à la libération et au règlement des relations nationales et sociales.

Il est vrai que le sentiment de la continuité historique jouait un rôle très important dans la conscience propre des Chypriotes. En outre, les intentions des Chypriotes turcs et les modalités d’un partenariat permettant leur participation à la lutte pour l’autodétermination n’ont pas été suffisamment prises en considération, tandis que le rôle de la Turquie était tantôt survalorisé tantôt dévalorisé.

Des perceptions unilatérales ont généré des problèmes avec la communauté chypriote turque, et les Britanniques ont justement profité de ces problèmes avec une habileté toute particulière.

C’était avec une grande facilité que la Turquie et certains dirigeants Chypriotes turcs ont été amenés à faire partie des plans britanniques visant à provoquer des tensions entre les deux communautés de l’île.

La Turquie a été de nouveau amenée par les Britanniques à jouer un rôle dans une affaire qu’elle avait abandonnée tout en ayant, officiellement et irrévocablement, (et c’était à ce moment-là seulement) renoncé à tout droit à l’égard de Chypre.

Les acteurs étrangers, tout comme en Grèce du 19e siècle, ont intensifié les tensions à Chypre. Ils ont profité de chaque erreur qui a été commise par le mouvement d’autodétermination. Ils ont voulu faire du dossier chypriote qui était une question d’autodétermination, de justice sociale et d’indépendance nationale, une question de relations à l’intérieur de Chypre.

Ils se sont montrés durs envers le mouvement de libération nationale de l’île dont l’ampleur devenait de plus en plus importante. Ils ont tué et torturé les combattants qui ont choisi depuis le 1er avril 1955 de lui résister par tout moyen, en ayant même recours aux armes, en mettant ainsi en avant le courage, le sacrifice et la fin tragique de plusieurs héros de la cause chypriote.

Les acteurs étrangers ont également interdit en 1956 le parti AKEL, tout en mettant en évidence de cette façon le lien qui existait entre le mouvement de libération de Chypre et la question sociale, les questions liées à la démocratie, l’égalité et la liberté.

La question chypriote est devenue un sujet vivement débattu au sein de l’ONU et elle a été internationalisée. Les erreurs commises ont donné à Londres le prétexte de:

- d’impliquer la Turquie en tant que troisième acteur dans la question chypriote

- de s’imposer comme le promoteur de l’ «indépendance mutilée» de la République de Chypre

- de faire de nouveau de la Turquie un acteur ayant un rôle dans la question chypriote

Ni la Turquie, ni la Grange Bretagne ne voulaient d’une Chypre démocratique pleinement indépendante. Dans le même temps, en Grèce tout comme au sein de la communauté des Chypriotes grecs, on se faisait d’illusions sur le rôle de l’ONU. Au sein de l’ONU les anciennes puissances colonisatrices étaient toujours dominantes et le monde émergent de l’indépendance et du combat de libération n’y avait encore pas fait son apparition.

Notre partie attendait beaucoup plus de l’ONU de ce que cette dernière pouvait offrir à cette cause. A l’époque aussi, le rôle de l’ONU s’est avéré nécessaire au règlement de la question chypriote. Toutefois, cela ne conduisait pas automatiquement et, en tout état de cause, à une solution juste et fonctionnelle.

S’agissant de la question chypriote, on constate qu’il n’y avait pas souvent une perspective claire à l’égard du rapport de forces au niveau international dans chaque époque ainsi que des changements géopolitiques qui s’opéraient chaque fois. Les faiblesses et les capacités de la Turquie n’ont pas été mesurées avec précision, tandis que les plans britanniques visant à valoriser le rôle de la Turquie et à impliquer cette dernière à l’atteinte d’une solution quelle qu’elle soit à la question chypriote ont été sous-estimés.

Les évolutions qui ont suivi sont connues de tous. La fondation de la République de Chypre fut suivie par deux traités qui étaient loin de contribuer au règlement de la question : le traité des garanties et celui des «alliances».

Lorsque les « nouveaux rayas » de la junte ont décidé de renverser Makarios au nom de l’Enosis (l’union, le rattachement de Chypre à la Grèce), leur vraie objectif étant toutefois de servir les intérêts des tiers, l’Etat de Chypre s’est trouvé dans une situation extrêmement inquiétante.

Votre Béatitude, Monsieur le Président,

Je voudrais, ici dans ce lieu particulier, demander pardon de la part de nous tous, pour le crime perpétré par la junte d’Athènes.

Aujourd’hui, la question chypriote est l’un des problèmes les plus complexes de la politique mondiale. De nombreuses parties y sont impliquées dont les objectifs sont différents et souvent contradictoires.

Le dossier chypriote comprend des questions multiples et à plusieurs niveaux : la question sociale, la question bicommunautaire, la question de l’histoire. Toutefois, la question chypriote, du point de vue des relations internationales, tout comme de celui du droit international, est avant tout une question d’occupation par une armée étrangère.

Par son intervention armée et violente à Chypre, sous prétexte de protéger les Chypriotes turcs, la Turquie a violé les traités de Londres et de Zurich. Son intervention était et demeure illégale. Elle a violé la charte des Nations Unies et toutes les règles et dispositions du droit international.

L’intervention de la Turquie a provoqué le déracinement des milliers de Chypriotes qui ont dû quitter leurs foyers. Des dizaines de milliers de Chypriotes grecs sont devenus réfugiés et les Chypriotes turcs se sont vus obligés à vivre de facto sous un régime militaire. La plupart de ces derniers ont dû quitter l’île. La Turquie, par sa présence militaire ainsi que par la réinstallation de colons venus des régions de l’Est du pays, exerçait des pressions de plus en plus fortes en rendant la vie des Chypriotes turcs insupportable.

Dans sa demande publiquement formulée concernant les droits des Chypriotes turcs, la Turquie ne prend pas en considération cet aspect. Par ailleurs, elle n’est d’aucune manière disposée à conférer des droits similaires à l’ensemble de ses populations. En fait, Ankara ne s’intéresse pas aux Chypriotes turcs, son objectif étant de sauvegarder ses « droits » géostratégiques.

La Grèce, à l’encontre de la Turquie, n’est pas intervenue dans les négociations sur l’aspect intérieur de la question chypriote car elle respecte pleinement l’indépendance, la souveraineté et l’intégrité territoriale de la République de Chypre. Nous ne sommes jamais exprimés à cet égard, ni en public, ni en privé. Notre respect pour la République de Chypre est absolu et total.

La Grèce est intervenue dans la question chypriote, en apportant sa contribution, lors de l’adhésion de Chypre à l’UE. Avec Yannos Kranidiotis nous avons lutté pour l’adhésion de Chypre à l’UE. Après le veto mis par le Luxembourg en 1997, nous avons étés conduits, la Grèce et les autres Etats membres de l’UE, à accepter le compromis honorable de Tampere en automne 1999, compromis qui a été matérialisé dans les décisions d’Helsinki et a ouvert la voie vers l’adhésion de Chypre à l’UE.

Aujourd’hui, la Grèce participe aux négociations portant sur l’aspect extérieur / international de la question chypriote, à savoir les traités cités ci-dessus, auxquels la Grèce a, à tort ou à raison, participé et à l’égard desquels elle a assumé des engagements et des responsabilités internationaux.

Dans ce cadre, l’aspect international de la question chypriote comprend trois problèmes étroitement liés : le régime des garanties, les soi-disant droits d’intervention des tiers à Chypre, la présence d’une armée étrangère sur l’île.

Aussitôt que le nouveau gouvernement de sauvetage national a pris le pouvoir en janvier 2015, nous avons tout de suite informé l’ONU et chaque acteur international impliqué dans la question chypriote, sur notre position, c’est-à-dire que ce régime et ces traités doivent être supprimés, sans conditions et objections. Et ce, car un régime de ce genre est illégal conformément au droit international et à l’ensemble des résolutions de l’ONU. Car ce régime a été utilisé en tant que moyen de recours à la violence et même à la violence armée, ce qui est interdit par le droit international. Car il s’agit d’un régime obsolète qui ne reflète pas la situation réelle de la République de Chypre.

Des efforts ont été déployés par de nombreuses parties afin que les questions des garanties et des droits d’intervention ne soient pas inscrites à l’ordre du jour de la négociation sur la question chypriote.

Cela a été aussi évident à Genève. La Turquie ne pouvait pas ou elle ne voulait pas soumettre des propositions. Elle avait probablement l’illusion que nous ne prenons pas au sérieux ce que nous disons. Mais, nous, nous sommes bien sérieux et catégoriques sur ce que nous disons. Car comment peut – on affirmer vouloir une solution, quand on ne s’attaque pas à la substance même et à la cause profonde du problème?

Ce n’est pas une coïncidence si, après le premier jour des discussions à Genève, le ministre turc des Affaires étrangères a déclaré qu’il avait d’autres affaires plus importantes que de discuter de la question chypriote, en affirmant qu’il devrait se rendre à Ankara en raison de la campagne préélectorale et des évolutions en Syrie. Il a donc refusé de rester pour participer aux discussions du deuxième jour. Par la suite, il a délibérément déclaré que nous étions partis de Genève alors que nous étions toujours là-bas avec le S.G. de l’ONU.

Certes, ce qu’il faut retenir est le fait que les Turcs ont quitté Genève car ils ne voulaient pas ou ils ne pouvaient pas discuter de la question principale, le noyau même de la question chypriote du point de vue international : la suppression des garanties, la suppression de toute possibilité d’intervention, le retrait de l’armée d’occupation.

Il ressort clairement qu’après Genève ils se sont mis à trouver un alibi pour réorienter la négociation vers d’autres questions. Ils savent très bien maintenant qu’ils ne peuvent persuader personne dans le monde pour ce qui est de leur droit à une présence militaire ou de leur droit d’intervenir à Chypre.

C’est pourquoi ils ont opté pour une solution gagnant-gagnant, à savoir soulever de nouvelles questions, des questions non pertinentes pour dissimuler leur incapacité ou l’absence de volonté de leur part de discuter de la question fondamentale ou, dans le meilleur des cas, pour pouvoir avoir le contrôle de l’île sans avoir recours à des moyens militaires, dans le but de parvenir à un compromis sur d’autres questions. C’était ainsi qu’a surgi leur demande concernant le droit des Turcs aux «quatre libertés».

Dans le même temps, certains qui occupent des postes institutionnels dans les territoires occupés, comme le pseudo-Premier ministre, ont parlé d’un plan « B » et de la possibilité d’annexion de la partie occupée de Chypre à la Turquie. D’autres, dans les territoires occupés, ont parlé du « modèle de Gibraltar ». Il est vraiment remarquable que les acteurs et médiateurs internationaux qui sont aussi sensibles à l’égard d’autres questions, prétendent n’avoir rien entendu de ces affirmations.

Les demandes des Turcs concernant les quatre libertés ne concernent pas la question chypriote. Il s’agit d’une demande adressée à l’UE au nom de la question chypriote. En réalité, la Turquie demande aux parties impliquées de veiller à ce que les demandes citées ci-dessus soient satisfaites en vue de parvenir à une solution à la question chypriote. Par conséquent, la Turquie essaye, encore une fois, de dissimuler la question de l’occupation et de mettre en avant ses propres droits en tant que problème soi-disant fondamental de la question chypriote. A cette fin, elle demande, d’une part, une base militaire pour des raisons liées à la question du Moyen-Orient et, d’autre part, les « 4 libertés » qui portent sur les droits des Turcs au sein de l’UE.

Personnellement, après Genève, je m’attendais à ce que les Turcs soulèvent des questions sans rapport avec le sujet pour exercer un chantage. Je n’ai pas été surpris. J’ai davantage été surpris par le comportement d’un médiateur international qui a avoué ne pas avoir lu les décisions de l’Organisation pour laquelle il travaille depuis deux ans où il est chargé de la question chypriote. Qu’a fait ce médiateur ? Au lieu d’exercer la fonction de médiation entre les deux communautés, ne s’est-il pas autoproclamé médiateur entre la Turquie et l’UE ? Je me demande s’il est investi d’un tel pouvoir et par qui ? Si la Turquie a une demande à faire à l’UE, qu’elle le fasse elle-même et qu’elle négocie. Elle sera la bienvenue. Les autres, toutefois, n’ont pas lieu de penser qu’à l’occasion de la question chypriote ils doivent contribuer à satisfaire les exigences de la Turquie concernant ses relations avec l’UE.

D’ailleurs, s’agissant de ces agissements, ils ont récemment invoqué un point précis des accords de 1959-1960. Et je m’interroge : se sont-ils chargés de régler la question chypriote après les violations des accords précédents ou bien se sont-ils chargés d’une meilleure application des anciens accords et de leur interprétation favorisant la partie turque?

Cela ne revient-il pas à exercer la fonction d’avocat plutôt que de médiateur, lorsqu’ils se chargent de leur expliquer comment mieux formuler leurs demandes envers l’UE ?
Peut-être sont-ils des lobbyistes au service de la Turquie?

En définitive, le combat de la Grèce au 19e siècle et la lutte des Chypriotes pour pouvoir disposer d’eux-mêmes au 20e siècle ne se sont pas faits pour servir les tiers. Ces combats ont été menés pour l’indépendance et la souveraineté. Pour que les peuples puissent vivre en paix et non sous le joug étranger.

Aujourd’hui, la Grèce soutient les choix de Chypre s’agissant de l’aspect intérieur de la négociation sur le dossier chypriote. La Grèce soutient une Chypre sans contrôles des armées étrangères, systèmes obsolètes de garanties, sans garantie extérieure de la part des conquérants. Interdiction de tout droit d’ingérence de tiers et de toute violation du droit international ou du recours à la violence dans les relations internationales, quelle que soit l’origine.

La Grèce soutient la restitution des droits aux trois minorités (Maronites, Arméniens et Latins). Le maximum de droits possibles pour les Chypriotes turcs afin qu’ils puissent imaginer Chypre comme étant leur patrie, celle de leurs enfants, loin des injustices et des interventions de tiers. Le maximum de sécurité possible pour les Chypriotes grecs dans une patrie créative unifiée.

Je vous remercie.