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Discours du vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères, E. Vénizélos devant le Comité « Affaires étrangères et Défense » du parlement

jeudi, 01 août 2013

Seul le prononcé fait foi

Mesdames et messieurs les députés,

C’est vraiment un grand plaisir pour moi d’avoir l’occasion de prononcer ce discours devant le comité permanent « Affaires étrangères et Défense » en vue d’informer les membres du parlement sur la situation actuelle de notre politique étrangère et européenne.

Permettez-moi, avant de me référer aux différents chapitres de notre politique étrangère, d’évoquer brièvement les éléments qui, à mon sens, constituent le cadre stratégique de la politique étrangère de la Grèce.

Le cadre stratégique de la politique étrangère grecque

•    Premièrement, notre politique étrangère doit être axée sur des principes et avoir comme objectif la défense de la souveraineté nationale et des droits souverains nationaux, des droits qui sont en vigueur, car c’est ainsi seulement que nous pourrons défendre l’intégrité et l’indépendance nationales dans un environnement agité, tourmenté et dangereux.
•    Le deuxième principe qui régit notre politique étrangère – cela va de soi mais il faut toutefois dire l’évidence – est la poursuite, dans un esprit de franchise, de la paix, de la stabilité et des relations de bon voisinage dans notre région élargie, et ce, toujours en respect du droit international, des principes démocratiques et des droits de l’homme.
•    Pour un pays avec une diaspora comme la nôtre, la politique étrangère doit être axée sur le principe du maintien des liens puissants entre la mère patrie et l’Hellénisme omniprésent dans le monde entier, les communautés grecques de l’étranger.
•    Bien évidemment, en tant que pays membre de l’UE et de la zone euro, le principe qui nous guide dans l’exercice de notre politique étrangère est la participation active à l’intégration européenne, sur la base de l’égalité des Etats membres devant les institutions européennes. Un principe qui est malheureusement remis en cause, car, en pratique, la situation actuelle est loin d’être ainsi. Les inégalités politiques et économiques institutionnelles entre les Etats membres de l’UE en général et notamment, au sein de la zone euro suscitent bien des inquiétudes.
•    Il est très important dans l’élaboration et l’exercice de notre politique étrangère, de prendre en considération l’histoire, la géographie, et bien entendu, les relations de pouvoir sur la scène internationale et régionale. Le patriotisme n’est pas synonyme des discours rhétoriques, ni des sentiments patriotiques sincères. Le patriotisme est la façon dont on aperçoit et on valorise dans notre intérêt, les relations de pouvoir fragiles et en constante évolution. De ce point de vue, notre politique étrangère est un aspect très important de notre politique de sécurité nationale. Toutefois, cela n’est pas le seul aspect de notre politique de sécurité et de défense nationale, cette dernière étant inscrite dans le cadre plus élargi de notre stratégie nationale globale.

A cet égard, la politique étrangère, doit valoriser – et c’est sur cela justement que nous axons nos efforts – tous les paramètres de la puissance nationale. Et parmi les paramètres de la puissance nationale, ne figurent pas seulement la capacité de défense du pays et ses activités sur le plan diplomatique, mais aussi l’unité nationale, la cohésion sociale, la croissance économique, en dépit de la crise, l’internationalisation des entreprises, le rayonnement et le caractère œcuménique de la civilisation grecque, les liens historiques que nous entretenons avec un grand nombre de pays et de régions, et, bien évidemment, notre industrie touristique, la taille impressionnante de la marine grecque, les réseaux multiples de la diaspora grecque, l’Orthodoxie, la diplomatie ecclésiastique, la diplomatie énergétique, etc.

Politique étrangère et crise économique

De ce point de vue, je voudrais, de manière claire et catégorique, partager avec vous une de mes expériences acquises pendant la crise économique, puisque tout au long de cette période j’ai successivement assumé les fonctions de ministre de la Défense nationale, de ministre des Finances, de Président d’un parti parlementaire et, à l’heure actuelle, de vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères. La crise économique qui a fait subir au peuple grec d’énormes sacrifices, n’a pas influé de manière négative sur notre politique étrangère, ses objectifs, ses arguments et ses priorités.

Je dois vous dire qu’au cours des négociations très difficiles que nous avons eues, notamment sur le plan financier, pour lutter contre la crise, nos interlocuteurs nationaux n’ont jamais essayé de lier la crise financière à des questions relevant de la politique étrangère. Cela revêt une importance cruciale car, c’est tout à fait normal pour un peuple qui subit l’impact de la crise, d’être très sensible à l’égard des questions liées à la dignité nationale, à sa fierté nationale, à sa souveraineté nationale, dans le domaine de la politique étrangère et de la défense nationale.

Par conséquent, il faut signaler que la politique étrangère dont notre pays a besoin, doit être axée sur le soutien et le consensus politiques les plus élargis possible, comme il convient à un pays moderne, européen et démocratique. Cela n’est pas du tout facile, évident et, malheureusement, ce n’est pas du tout acquis. Nous devons y parvenir de manière consciente et systématique. De ce point de vue, les processus parlementaires liés à la politique étrangère et européenne du pays, telle que la réunion d’aujourd’hui, revêtent une importance particulière. La communication d’informations de manière régulière et complète aux partis tout comme la réunion du Conseil national sur la politique étrangère – dont la prochaine réunion est prévue pour début septembre – revêtent une importance cruciale.

Politique étrangère dans le cadre de l’UE
Notre politique étrangère est, bien entendu, la politique étrangère d’un pays membre de l’UE qui participe à l’élaboration et à l’exercice de la politique étrangère et de sécurité commune de l’UE. De la politique de sécurité et de défense commune telle que celle-ci évolue au stade actuel de l’intégration européenne. Je me réfère au cadre institutionnel du Traité de Lisbonne, au rôle bien connu de la Haute représentante, à l’existence et au fonctionnement du Service européen pour l’action extérieure, tout en étant toutefois conscient de la réalité européenne et du rôle politique de l’Europe, un rôle qui ne correspond ni au parcours historique, ni à la réalité économique en Europe.

Bien évidemment, il ne faut pas oublier que, en dépit de l’existence de la politique étrangère et de sécurité commune, chaque Etat membre a ses propres priorités nationales. Parfois, les Etats membres deviennent « prisonniers » de nouvelles formes de nationalisme économique, et, nous ne devons pas aussi oublier la réalité actuelle au niveau des relations internationales, à savoir le fait que certains Etats membres de l’UE sont des membres permanents du Conseil de sécurité. Et certains d’entre eux, disposent d’un arsenal nucléaire, quelle que soit la signification de cela pour les relations de pouvoir sur la scène internationale.

Notre politique étrangère tente à agencer toutes les différentes identités nationales de notre pays, à savoir non seulement l’identité européenne, mais aussi l’identité méridionale et orientale européenne – qui doit être appelée identité balkanique car il ne faut pas avoir peur des mots – l’identité méditerranéenne et une identité régionale pour des raisons historiques qui n’est pas géographique dans le sens strict du mot, mais elle est bien réelle ; je parle de notre dimension liée à la Mer noire.
Les priorités de notre politique étrangère

1. La question chypriote
Notre politique étrangère a des priorités bien définis, la première étant toujours, la question chypriote. Inutile de dire que la question chypriote constitue toujours pour nous une question d’invasion et d’occupation d’une grande partie du territoire d’un Etat membre de l’Organisation des Nations Unies et de l’UE. Par conséquent, notre objectif demeure toujours une solution juste et viable dans le cadre des résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies, une solution fédérale qui sera acceptée par le peuple chypriote, lequel, bien évidemment, doit s’exprimer à cet égard de manière claire, organisée du point de vue institutionnel, démocratique et directe. Une solution conforme à l’acquis communautaire et à l’ordre juridique européen.

Pour nous, le respect de la personnalité juridique internationale de la République de Chypre en tant qu’Etat membre de l’Organisation des Nations Unes, de l’UE et de la zone euro est une chose fondamentale, en dépit des problèmes que cela implique, puisque Chypre traverse actuellement une crise économique profonde de laquelle nous espérons qu’elle sortira le plus tôt possible. Car, la petite taille et la grande flexibilité de l’économie chypriote rendent facile sa sortie de la crise, tout comme elles ont facilité sa plongée dans la crise actuelle.

La Nicosie a été, bien évidemment, la première ville que j’ai visitée aussitôt après la prise de mes fonctions en tant que ministre des Affaires étrangères. Il était de mon devoir de rencontrer le Président de la République de Chypre, M. Nikos Anastassiadis, le Président du Parlement et vice-président, Yiannakis Omirou, le ministre des Affaires étrangères avec le quel je coopère depuis 1993, à l’époque où nous étions les représentants des deux gouvernements, M. Yiannakis Kassoulides ainsi qu’avec les chefs des partis du parlement qui font partie, dans une large mesure, du Conseil national de la République de Chypre. Nos entretiens lors desquels nous avons évoqué de manière détaillée toutes les questions d’intérêt commun, se sont poursuivis lors de la visite de M. Kassoulides à Athènes, quelques jours après, visite qui s’inscrit dans la suite de la mienne.

Comme vous le savez probablement, le Conseil national de la République de Chypre s’est réuni mi- juillet et a décidé, après de nombreuses années, de nommer de nouveau un médiateur – un interlocuteur, comme on aurait dû l’appeler auparavant – de la République de Chypre, lequel sera chargé des contacts et des négociations avec la communauté chypriote turque en vue de parvenir à une solution politique à la question chypriote.

L’existence d’un négociateur, qui sera une personne autre que le Président de la République de Chypre qui est le garant et le représentant international de la seule personnalité juridique internationale qui existe, à savoir la République de Chypre, offre de la flexibilité dans les contacts avec tous les acteurs, et même avec la Turquie, et j’ose espérer que cette nouvelle donnée institutionnelle sera valorisée.

Les propositions constructives portant sur un train de mesures de confiance qui ont été formulées par la partie chypriote grecque peuvent insuffler un nouvel élan à la question chypriote. J’ose espérer que tant au niveau du processus de l’ONU qu’à celui de l’Union européenne, après la communication d’informations au Commissaire responsable en la matière (avec lequel je me suis également entretenu dans le cadre d’une rencontre privée de longue durée à Bruxelles), il y aura quelque chose de nouveau pour ce qui est de la question chypriote.

Nous sommes convenus de la mise en place d’une coordination sur tous les niveaux entre la Grèce et Chypre, entre les deux gouvernements. Cette coordination porte sur un large éventail de questions, allant de la diplomatie énergétique et des questions liées à la recherche et à l’exploitation d’hydrocarbures, jusqu’ la perspective d’adhésion de la République de Chypre au Partenariat pour la Paix qui constitue une enceinte de l’Alliance atlantique. La Grèce et Chypre sont deux Etats souverains, membres de l’ONU et de l’UE, dans l’espace unique de la Méditerranée orientale. Cela détermine tout le cadre de la stratégie nationale ainsi que de la coopération stratégique entre les deux Etats.

2. Relations gréco-turques
Le deuxième chapitre de notre politique étrangère qui revêt une grande importance sur le plan régional est celui des relations gréco-turques. Nous voulons que ces relations soient axées sur les principes du bon voisinage, de la coopération de bonne foi en vue de sauvegarder la stabilité et d’assurer la prospérité pour les deux peuples. Par ailleurs, force est de signaler que dans la région de l’Europe du Sud-est, la Turquie et la Grèce sont deux pays qui, au cours des dernières décennies, font preuve d’un comportement hésitant à l’égard de ce phénomène que l’on appelle « révisionnisme » dans les relations internationales. Cela revêt une très grande importance car le principal objectif est toujours le respect des frontières existantes.

J’ai visité Ankara suite à l’invitation qui m’a été adressée par mon homologue, Ahmet Davutoglu, lorsqu’il m’a téléphoné pour me féliciter pour la prise de mes fonctions. J’ai décidé d’effectuer un déplacement à Ankara pour quelques heures, le 19 juillet, car je voudrais m’entretenir avec M. Davutoglu avant la réunion informelle des ministres des Affaires étrangères de l’UE à Majorque et, notamment, avant le Conseil des Affaires étrangères de l’UE qui s’est réuni le 22 juillet à Bruxelles.
Vu l’ordre du jour de ce Conseil qui était appelé à discuter les grandes questions en suspens de la région, la situation en Egypte et celle en Syrie, il fallait connaître à l’avance la position turque afin que nous puissions la transmettre de la manière appropriée. La position de la Turquie à l’égard de ces dossiers importants ne s’aligne pas sur la position européenne et c’est pourquoi il est très important que la Grèce soit informée par le ministre turc des Affaires étrangères lui-même sur les positions de son pays afin qu’elle puisse les transmettre.

En outre, l’occasion m’a été offerte de transmettre le contenu de ma conversation téléphonique avec le nouveau ministre égyptien des Affaires étrangères lequel m’a contacté tout comme certains autres ministres des Affaires étrangères des Etats membres de l’UE, en vue de m’assurer de l’attachement du gouvernement égyptien à la restauration des institutions démocratiques.

Lors de mon entretien avec M. Davutoglu, nous avons, bien entendu, évoqué toute une série de questions, tant lors de notre rencontre privée, en présence des Secrétaires généraux des deux ministères, que lors de la réunion des délégations. Nous avons discuté de tout l’éventail de questions ayant trait à nos relations bilatérales, toujours dans le cadre du droit international et des positions nationales grecques connues de tous.

Bien évidemment, nous avons discuté de la question chypriote, car conformément aussi à la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’Homme, la Turquie est une force d’occupation dans la partie nord de Chypre et elle est directement responsable des violations des droits de l’homme et, par conséquent, de la Convention européenne sur les droits de l’Homme.

Nous sommes, bien évidemment, convenus de renforcer notre coopération bilatérale, notamment dans les domaines de l’économie, du commerce, tout comme dans ceux de la politique de moindre importance. Comme vous le savez, au sein dudit Conseil de coopération de haut niveau, mis en place en 2010, des visites et des rencontres ont eu lieu au niveau des conseils ministériels des deux parties. La première réunion a eu lieu en 2010 à Athènes, la deuxième en mars dernier à Istanbul, et maintenant nous avons décidé d’organiser la troisième réunion au cours de la présidence hellénique du Conseil de l’UE, en Grèce. De toute façon, le Conseil d’association UE-Turquie devrait également avoir lieu.

Je vous renvoie à la conférence de presse conjointe que nous avons donnée, M. Davutoglu et moi à Ankara à l’issue de notre rencontre. Vous pouvez lire dans les procès-verbaux de cette conférence les références que j’ai faites à la question chypriote, aux zones maritimes et en général au cadre de coopération entre les deux pays.

Je me réjouis du fait que M. Davutoglu a publiquement remercié la Grèce pour sa coopération dans la lutte contre le terrorisme. Cela constitue une réponse directe et officielle aux différents commentaires parus dans la presse turque sur la position de la Grèce à l’égard des questions liées au terrorisme.

Nous avons, bien évidemment, discuté de toutes les questions qui demeurent en suspens, des questions auxquelles je me suis déjà référé, à savoir l’Egypte, la Syrie, l’Irak, l’Iran. J’imagine que vous suivez l’évolution de la politique étrangère turque s’agissant de ces questions, vous voyez les différences par rapport à la position commune européenne, à laquelle je me suis référé, et par conséquent il est d’importance majeure d’évaluer correctement les rapports régionaux et le rôle des Etats dans notre région.

3. Balkans
Le troisième grand dossier a été celui des Balkans. Nous avons salué l’adhésion de la Croatie à l’UE, nous saluons la perspective européenne de la Serbie, car il a été déjà décidé d’ouvrir les négociations d’adhésion avec ce pays en janvier, à savoir, presque parallèlement au commencement de la présidence hellénique.
L’accord entre Belgrade et Pristina sur le Kosovo est très important. Nous sommes prêts à approfondir notre relation avec le Kosovo et à accueillir en Grèce le Bureau des Relations économiques et commerciales.

Nous suivons de près les évolutions en Albanie, les résultats électoraux, la formation imminente du nouveau gouvernement de Rama. J’ai eu l’occasion de m’entretenir par téléphone avec M. Rama – nous sommes tous les deux chefs des partis socialistes dans nos pays respectifs – ainsi qu’avec son partenaire gouvernemental, M. Meta qui devrait assumer les fonctions de président du nouveau parlement albanais.

La protection des droits de la minorité grecque et le règlement des questions d’intérêt commun et méditerranéen, telles que la délimitation des zones maritimes, sont les fondements sur lesquels devront être axées les relations gréco-albanaises, et, bien évidemment, nous manifestons un intérêt marqué à l’égard de la perspective euro-atlantique de l’Albanie.
A cet égard, le Monténégro a réalisé plus de progrès, tandis que la Bosnie-Herzégovine a du retard sur ce point en raison des problèmes politiques et institutionnels intérieurs auxquels elle doit faire face et, bien entendu, en raison de son système institutionnel complexe.

4. ARYM
Comme vous le savez, notre position immuable qui jouit d’un appui politique élargi dans notre pays est en faveur de la perspective euro-atlantique du pays voisin à la condition, bien entendu, que nos voisins respectent les critères qui sont valables pour tous les pays candidats à l’adhésion à l’UE ou à l’OTAN. Ce n’est pas la question du nom qui entrave la perspective euro-atlantique, mais l’ensemble de critères généraux qui doivent être remplis par les Etats membres candidats. Cela revêt une importance majeure car ce critère porte sur le respect du droit international et des relations de bon voisinage. Cela est très important, puisque la question du nom est justement liée à la nécessité de respecter le droit international et l’accord intérimaire et d’établir des relations de bon voisinage qui seront sincères, impartiales et substantielles.

Je me suis entretenu avec le ministre des Affaires étrangères, M. Poposki, en marge du Conseil des Affaires étrangères de l’UE, le lundi 22 juillet à Bruxelles, tout en pensant que cette rencontre serait utile et constructive en vue de la réunion, le prochain jour, le 23 juillet, du Conseil d’association entre l’ARYM et l’UE.

Il était très important de transmettre ce message après la rencontre tenue avec M. Poposki. Nous avons fait le bilan de toutes les questions sur la base des positions de chaque partie et de nos positions publiques connues sur lesquelles est axée notre stratégie nationale. Par ailleurs, comme vous le savez, il y a eu récemment un échange de lettres entre les deux Premiers ministres. Vous êtes au courant du contenu de la lettre de M. Gruevski et de la lettre envoyée par le Premier ministre grec en réponse à celle-ci.
Notre position se résume aux points suivants :

Dans un premier lieu, nous respectons pleinement les résolutions du Conseil de sécurité et la mission de l’ambassadeur, M. Nimetz, nous soutenons sa mission et l’envoyé spécial de la Grèce, l’ambassadeur, A. Vassilakis dispose du plein pouvoir politique de participer de manière constructive et de bonne foi aux contacts, aux discussions et au dialogue.

En outre, avec la lettre du Premier ministre, nous avons réitéré notre proposition, à savoir la signature d’un protocole d’accord (MoU) lequel inscrit nos relations actuelles dans un cadre organisé et insuffle à celles-ci un nouvel élan, et ce toujours dans le cadre élargi de l’accord intérimaire de 1995.

Nous réitérons cette proposition qui, à nos sens, peut s’avérer très constructive et utile en vue de faire face à tous les problèmes existants.

La Grèce demeure toujours le plus important voisin et partenaire pour Skopje, une véritable porte d’accès aux institutions euro-atlantiques et le deuxième plus grand investisseur direct étranger, et vu l’ensemble d’investissements, le premier en fait partenaire économique de ce pays.

Notre message est bien clair et nous aurons l’occasion de discuter de ces questions avec l’ambassadeur Nimetz vers la fin de l’été, début septembre, soit lors d’une visite de ce dernier ici, dans la région, soit en marge de l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies.

5. Méditerranée orientale
Comme vous le comprenez, pour nous la coopération bilatérale avec Israël ainsi que la coopération tripartite Grèce-Chypre-Israël, revêtent une importance particulière. Le 8 août, les ministres de l’Energie des trois pays se préparent à signer un protocole d’accord (MoU) sur les eaux et l’énergie à Nicosie. Cela est particulièrement important.

6. Egypte
Tant lors de mes rencontres avec M. Davutoglu, que lors du Conseil des Affaires étrangères et de la réunion informelle à Majorque, nos discussions ont été monopolisées par les développements en Egypte. La situation en Egypte est en train de prendre une ampleur dramatique. Nous avons formulé notre position avec une très grande attention, en faisant preuve de créativité et de respect à l’égard des droits souverains du peuple égyptien. Toutefois, des efforts systématiques et sincères doivent être consentis par toutes les parties en vue d’éviter l’escalade de la violence. L’Egypte ne doit pas se livrer à une sorte de guerre civile ou quasi guerre civile. Le processus de restauration des institutions démocratique, le processus de mise en place d’un ordre constitutionnel doivent être rapides et transparents et impliquer toutes les forces sociales et politiques égyptiennes, sans aucune exception. Car pour nous, le critère du respect des droits de l’homme, le respect de la démocratie, et bien entendu, la reconnaissance des droits souverains de chaque peuple, de chaque société, revêtent une très grande importance, afin que le message européen soit bien clair.

La position grecque est une position européenne, une position amicale, une position créative, réaliste qui respecte pleinement les critères de la civilisation politique et institutionnelle européenne. L’escalade de la violence doit être évitée.
Le fait que Mme Ashton est allée pour la deuxième fois au cours d’un mois en Egypte et qu’elle a eu hier une rencontre de deux heures avec M. Morsi, revêt une très grande importance. Une communication d’informations devrait être faite par Mme Ashton sur le contenu de ses discussions et j’aurai moi aussi dans les jours à venir un entretien téléphonique avec mon homologue afin que je sois renseigné de première main sur cette question.

Force est toutefois de signaler que le Président de la République de la Turquie, M. Gül, a envoyé un télégramme au Président de l’Egypte afin de le féliciter pour la prise de ses fonctions.

7. Le Liban
L’une des plus importantes décisions qui a été prise à l’unanimité par le Conseil des Affaires étrangères le 22 juillet a été d’inscrire la branche militaire du Hezbollah sur la liste des organisations terroristes. Parallèlement à cela, une déclaration a été faite soulignant l’importance que revêtent l’existence, l’existence institutionnelle et l’unité nationale, religieuse et sociale du Liban. L’UE apporte toujours une aide financière au Liban et poursuit ses contacts avec toutes les forces politiques, et donc, avec tous les partis participant au gouvernement du Liban.

8. Syrie
La crise en Syrie a été également débattue de manière exhaustive. Comme vous le savez, il y a un changement d’attitude de la communauté internationale à l’égard de l’armement de l’opposition. Ce qui nous intéresse actuellement est de contenir d’une certaine façon la crise humanitaire aigue, une crise qui constitue pour nous un souci supplémentaire en raison des pressions exercées par les vagues migratoires.

Notre objectif demeure toujours l’organisation d’une Conférence, ladite Genève 2 qui sera en fait invitée à façonner les conditions d’application des décisions de Genève 1. L’important est d’avoir des interlocuteurs fiables et de mettre fin à la catastrophe humanitaire qui a fait des milliers de morts en Syrie.

Bien évidemment, s’agissant de la Syrie, je tiens à faire une référence à la situation des groupes chrétiens, notamment des Chrétiens orthodoxes. A cet égard, j’espère que les deux métropolites enlevés et portés disparus il y a déjà 100 jours soient vivants et qu’ils soient libérés. Nous sommes très préoccupés par les informations contradictoires qui sont de temps en temps divulguées, mais, il n’y a pas malheureusement d’informations provenant des sources diplomatiques qu’ils soient différentes de celles provenant des sources journalistiques.

9. Moyen-Orient
Lors du Conseil des Affaires étrangères, les 28 ministres des Affaires étrangères et Mme Ashton, ont eu l’occasion de s’entretenir, dans le cadre d’une téléconférence, avec le Secrétaire d’Etat américain, M. Kerry, sur le processus de paix au Moyen-Orient. Nous soutenons bien entendu cet effort et espérons qu’il apportera des fruits. Il s’agit d’un long processus lié aux évolutions politiques intérieures de chaque partie. Nous sommes près à offrir nos bons offices et notre soutien, si besoin est.

10. Etats-Unis
Le Premier ministre, comme vous le savez, effectuera un déplacement le 8 août aux Etats-Unis, à Washington, en vue de s’entretenir avec le président Obama et j’aurai également l’occasion de visiter New York, à la tête de la délégation grecque, lors de l’Assemblée générale de l’ONU, la dernière semaine de septembre. Aujourd’hui, j’aurai une rencontre avec l’ambassadeur sortant des Etats-Unis et dans quelques jours nous accueillerons son successeur.

11. Russie
Inutile de souligner que nous accordons une très grande importance aux relations gréco-russes et j’espère avoir l’occasion, probablement lors de l’Assemblée générale, de m’entretenir avec M. Lavrov.

12. Azerbaïdjan
La diplomatie énergétique, comme vous le savez, constitue notre première priorité. A Bruxelles, j’ai eu une rencontre privée de longue durée, avec mon homologue d’Azerbaïdjan. L’accord signé sur le gazoduc TAP et l’accord d’acceptation de la part des trois pays, à savoir la Grèce, l’Italie et l’Albanie, marquent une nouvelle étape dans nos relations bilatérales avec l’Azerbaïdjan.

L’Azerbaïdjan est bien conscient que la Grèce est désormais un canal de communication avec l’UE. Cela doit être lié au fait qu’à ce jour l’Azerbaïdjan et la République de Chypre n’entretiennent pas des relations diplomatiques. Nous voulons contribuer à l’établissement des relations diplomatiques entre ces deux pays et à l’élargissement des perspectives de coopération car les gisements de la mer Caspienne sont beaucoup plus importants de ceux connus actuellement sous l’appellation de Shah Deniz 2.

13. Réparations de guerre
Tout au début de mon mandat, j’ai eu l’occasion de recevoir le ministre des Affaires étrangères fédéral, M. Guido Westerwelle – la première visite effectué par un chef de diplomatie d’un pays étranger après la prise de mes fonctions – lequel voulait, par sa présence ici, soutenir les efforts consentis par la Grèce pour sortir de la crise économique. Bien évidemment, nous avons abordé toutes les questions inscrites dans le cadre de nos relations. Et lors de notre rencontre privée, j’ai soulevé bien entendu la question des réparations de guerre et du prêt d’occupation. Vous êtes au courant de la position grecque que j’ai eu l’occasion de décliner lors du récent débat sur l’interpellation du SYRIZA à la session plénière du parlement et vous savez quel est le cadre économique dans le quel nous agissons. Pour ce qui est de cette question, lorsque nous faisons une démarche, nous devons savoir quelle sera la démarche suivante que nous aurons la possibilité de faire avec efficacité. Je ne voudrais pas m’appesantir sur cette question. Je le ferai plus tard, si besoin est, au cours du débat.

14. Présidence hellénique de l’UE
Permettez-moi de parler brièvement de l’imminente présidence hellénique de l’UE au cours du premier semestre de 2014. La présidence hellénique est la cinquième présidence qu’exerce notre pays depuis son adhésion à l’UE et coïncide avec les élections européennes. Par conséquent, il s’agit d’une présidence qui durera moins de six mois, en termes parlementaires, car la législature du parlement européen expirera pendant cette période.

Et, bien entendu, notre présidence coïncide avec le débat politique et social sur l’avenir de l’Europe, sur son parcours, sa stratégie, son inertie à l’égard d’un grand nombre de questions, sur la nécessité de développer une autre narration à l’égard des peuples européens qui vivent au quotidien la réalité de la crise. Nombreux sont les pays qui traversent cette crise dans un contexte de récession européen plus élargi. Pour nous, la récession de six ans et le taux de chômage extrêmement élevé, notamment celui des jeunes est une expérience dominante, mais le problème de la récession et du chômage, notamment le chômage des jeunes, touche toutes les sociétés et les économies européennes. Cette situation « brouille » ce que l’on appelle vision européenne, et bien entendu, il nous faut une nouvelle narration pratique, précise et, si vous me le permettez, progressive.
A cet égard, le rôle de l’Europe politique méridionale – constituée de pays du sud, la France étant toujours le facteur déterminant pour les relations de pouvoir, pays qui participe également à l’axe franco-allemand et influe sur les relations de pouvoir européennes extérieures – revêt une très grande importance. A cet effort participent des partis, des forces politiques, des intellectuels et des dispositifs de formation de l’opinion publique. Il est très important de mettre en évidence la nécessité de fixer des priorités claires, de nouvelles priorités. Cela a également influé sur notre décision relative aux priorités politiques.

Le conseil ministériel se réunira jeudi, dans l’après-midi, en vue d’officialiser les priorités de la présidence hellénique et la visite du premier ministre italien, M. Enrico Letta a été une très bonne occasion pour engager une discussion sur la succession des présidences exercées par les pays de la région méditerranéenne, par les pays du sud lesquelles revêtent une très grande importance afin d’assurer une continuité qui rendra durable cette perspective.

•    Par conséquent, notre première priorité sera la croissance et, qui plus est, la croissance avec emploi car il existe toujours le danger de la croissance sans emploi, et, bien entendu, la cohésion sociale. Je n’entrerai pas dans le détail car nous débattrons cette question lors de la réunion du Comité des Affaires étrangère conjointement avec le Comité des Affaires européennes.
•    La deuxième priorité est l’immigration et la sécurité.
•    La troisième priorité, une priorité impérieuse, est le changement de la gouvernance économique de l’UEM. Cela est pour nous d’importance majeure car il est lié à la viabilité de nos données budgétaires.
•    La quatrième priorité est en fait la première en raison de son caractère horizontal, à savoir une politique maritime globale. Cela signifie croissance, environnement, navigation maritime, pêche, zones maritimes, plateau continental, zone économique exclusive, zones halieutiques en Méditerranée. Il est très important de mettre en évidence le fait que la Méditerranée constitue une richesse européenne, internationale et régionale et l’UE a besoin d’une politique maritime globale.

Je ne vous parlerai pas aujourd’hui de nos travaux de préparation sur le plan organisationnel, mais le rôle du parlement et de la diplomatie parlementaire ainsi que les relations entre le parlement hellénique et le parlement européen, tout au long aussi des élections européennes, revêtent une importance primordiale.

J’arrête ici et j’entrerai dans le détail sur la base de vos questions et remarques. Je vous prie de répondre à une invitation-demande de ma part qui est de façonner de concert les conditions qui nous permettrons de parvenir à une unité nationale et à un consensus politique et parlementaire plus élargi dans le domaine, toujours délicat et décisif à la fois, de notre politique étrangère.Je vous remercie.