Samedi, 21 Octobre 2017
greek english french
Accueil arrow Actualité arrow A la Une arrow Intervention de N. Kotzias, ministre des Affaires étrangères, lors de l’ouverture de la Conférence sur Chypre (Genève, 12 janvier 2017)

Intervention de N. Kotzias, ministre des Affaires étrangères, lors de l’ouverture de la Conférence sur Chypre (Genève, 12 janvier 2017)

vendredi, 13 janvier 2017

Intervention de N. Kotzias, ministre des Affaires étrangères, lors de l’ouverture de la Conférence sur Chypre (Genève, 12 janvier 2017)Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Je tiens à remercier l’Organisation des Nations unies et le nouveau Secrétaire général, M. Guterres lequel dès le premier jour de la prise de ses fonctions, s’emploie à résoudre la question chypriote. Je voudrais également remercier M. Eide.

Nous entretenons des relations amicales avec un bon nombre de personnes présentes dans cette salle. Je vois des personnes que je connais depuis des décennies, venant non seulement de Chypre et du Royaume-Uni mais aussi de la Turquie, ainsi que des Chypriotes turcs.

Nous nous trouvons dans une région où bien des choses nous unissent et où nous avons tenu de longues discussions. Pourquoi avons-nous tenu des discussions aussi longues ? Parce que nous voulons apporter une solution à un problème historique qui n’a pas été fabriqué notre génération. Nous faisons partie d’une génération qui a de l’espoir et qui veut résoudre cette question. Notre Premier ministre est né en 1974 et depuis sa naissance, sa vie a été marquée par le problème chypriote. Nous sommes donc une génération qui veut une solution.

Nous voulons régler cette question historique et comme j’ai coutume de le dire, l’histoire ne doit pas être une prison mais une école. Nous devons apprendre à résoudre les problèmes et pas à adopter des comportements provocateurs. Telle est notre volonté.

Nous voulons que la solution qui sera trouvée – nous sommes convaincus que nous pourrons y parvenir et que nous devons y parvenir – soit conforme à l’esprit et à la lettre de la Charte et des résolutions de l’Organisation des Nations unies concernant la question chypriote.

Nous voulons résoudre un problème et dans le même temps, nous voulons honorer également les engagements que nous avons pris ces dernières années. La solution que nous sommes en train de promouvoir est une solution de responsabilité historique préparant un meilleur avenir pour Chypre.

Nous avons la chance d’avoir deux dirigeants sur l’île, le Président de la République de Chypre et M. Akinci, qui ont fait preuve de courage politique, de perspicacité et de sérieux à l’égard du règlement de leur problème commun. À partir du moment où notre gouvernement a assumé ses fonctions – mais aussi en tant que pays – notre objectif était la protection des droits de tous les citoyens de Chypre.

Nos principes démocratiques, les principes à l’égard des droits de l’homme, notre histoire à travers les siècles, nous ont appris que nous devons défendre également les intérêts tant de la communauté chypriote grecque que ceux de la communauté chypriote turque ainsi que les intérêts des trois minorités de l’île.

Je voudrais remercier M. Eide tout particulièrement car il a été le premier interlocuteur à répondre à la question de l’existence des trois minorités à Chypre, des minorités que nous devons du point de vue démocratique prendre en compte, en dépit bien évidemment du fait que les deux communautés représentent la majeure partie de la population.

Nous voulons la protection des droits et je voudrais répéter ce que j’avais affirmé lors de la première rencontre que j’ai eue à l’ONU il y a 20 mois : le règlement de la question chypriote doit accorder aux Chypriotes turcs la plus grande égalité des droits possibles. Nos amis Chypriotes turcs, en tant que concitoyens des Chypriotes grecs, doivent considérer Chypre comme leur propre île et que sur cette île ils pourront rêver de leur avenir ainsi que de celui de leurs enfants.

Ils doivent avoir le sentiment que cette île leur appartient et qu’elle n’appartient à personne d’autre, sauf au peuple chypriote dont les Chypriotes turcs font partie. Les Chypriote turcs doivent se sentir en sécurité. Et surtout, comme j’ai coutume de le dire, toutes les générations, actuelles et futures des Chypriotes turcs, tout comme celles des Chypriotes grecs, doivent avoir le droit de rêver. De rêver d’elles-mêmes sur cette île, dans leur patrie.

En outre, les Chypriotes grecs doivent et ont le droit de se sentir en sécurité. Ils doivent avoir le droit de sentir qu’il n’y a aucun danger pour eux sur cette île et qu’avec leurs compatriotes, les Chypriotes turcs et les trois minorités ils sont les maîtres de l’île.
Pour nous, Chypre constitue aujourd’hui un phare de stabilité dans une région instable mais elle peut devenir, avec les deux communautés, une force de paix pour le Moyen-Orient. Elle peut aussi servir d’exemple montrant notre capacité à régler même des questions qui nous semblent difficiles.

Les problèmes existent non seulement pour les décrire mais aussi pour les résoudre. Bien évidemment, au fil du temps il y aura d’autres problèmes. Mais nous devons premièrement résoudre les problèmes existants.

Nous voulons donc une solution et c’est pourquoi nous coopérons pour parvenir à l’unification de Chypre. Nous pensons qu’une Chypre unifiée insufflera un élan à la croissance économique. Car tous les pays sont mis à l’épreuve à cause de la crise qui affecte la région. Les guerres en Syrie et en Irak, la situation en Libye, l’instabilité élargie qui prévaut concernant le développement économique et social de nos peuples. Des Chypriotes et de nous-mêmes.

Nous pensons que nous devons parvenir à la meilleure solution en fonction du critère suivant : une solution juste, conforme au droit international et européen qui sera dans le même temps convaincante afin que les deux communautés votent en faveur de cette solution et que cette dernière soit ratifiée à travers les référendums qui se tiendront par la suite.

En Grèce, nous pensons – et nous l’avons affirmé – que le régime des garanties est obsolète. Nous pensons – et je pense personnellement – que ce régime appartient à l’époque coloniale. Nous l’avons laissé derrière nous. Et il n’y a aucun besoin de demander le maintien de ce régime. Aujourd’hui, les relations entre les Etats sont régies par l’interdépendance et l’exercice positif de la puissance douce (soft power).

Nous pensons que la crainte ou le danger du recours à la violence de la part des tiers doivent être supprimés de la carte de Chypre. Nous pensons que nous devons nous mettre d’accord sur le règlement définitif de la question de la sécurité à Chypre.

Et cela signifie le retrait des armées, sous l’égide de l’ONU et en coopération avec l’OSCE qui pourrait probablement jouer un rôle constructif à cet égard. Nous pensons que Chypre doit disposer d’un régime de sécurité intérieure.

Comme vous le savez, nous n’avons jamais, lors des discussions ou en public, parlé de l’aspect intérieur de la question chypriote. Cela nous intéresse mais nous n’avons pas le droit de le faire, car nous avons affaire ici à un Etat indépendant et souverain. Toutefois, nous sommes concernés par la sécurité de tous les citoyens. Nous sommes profondément convaincus, moi personnellement et mon gouvernement, que ce plan que les deux dirigeants promeuvent avec courage crée une situation tout à fait différente de celle de 1963. La création de deux Etats à Chypre, l’autonomie dans une large mesure des Chypriotes turcs, leur auto-administration, constitue la meilleure garantie d’une bonne gouvernance pour ce qui est de leurs affaires. Qu’il s’agisse de leurs propres affaires ou de celles portant sur l’ensemble de Chypre.

Je pense également que la meilleure garantie des droits des citoyens, collectifs et individuels, est l’Union européenne. Et je tiens à remercier le Président Juncker dont nous savons que le programme est très chargé, tout comme la Haute représentante de l’UE, Mme Mogherini de leur présence et de leur contribution.

Nous, en tant que Grèce, savons quel est le coût que doit payer celui qui enfreindra les règles de l’UE et nous savons que cette dernière dispose d’un arsenal d’instruments pour imposer ce qui lui semble correct. Il ne s’agit pas de la littérature. Ces sept dernières années nous en avons été les témoins et pensons que l’UE dispose des moyens lui permettant de défendre ce qui a été convenu à l’égard de toute personne, au sein de l’UE ou de Chypre, qui ne s’y conforme pas. Je pense qu’il en va de même pour l’ONU.

En outre, je pense que ce que je lis concernant la mise en place des forces de police civile, d’une force de police fédérale et d’une force de police internationale est très important car celles-ci garantiront la sécurité de toutes les parties. J’ai essayé en ma qualité d’universitaire aussi, d’étudier les problèmes qui engendrent de l’insécurité pour les deux communautés. Autant que je sache, les problèmes liés à l’insécurité qui existent à l’intérieur de Chypre sont réglés à l’aide de la police et de la justice. La recrudescence de phénomènes négatifs, l’intervention de l’armée, les bombardements ou toute autre chose ne sont pas des actions requises.

C’est pourquoi nous pensons que nous avons besoin d’une Chypre indépendante et souveraine, jouissant de tous les droits et ayant toutes les obligations émanant de sa qualité d’Etat-membre de l’ONU et de l’UE. C’est pourquoi nous pensons que cela vaut la peine – et nous débattrons à fond de cette question lors de nos négociations et consultations – d’appliquer des accords de ce genre, à l’instar des accords sur le stationnement de l’armée allemande en 1990 lors du retrait de l’armée soviétique de l’Allemagne de l’Est. Cet accord sur le stationnement – à caractère temporaire – constitue un bon exemple.

En outre, nous avons soumis une proposition d’amitié entre Chypre, la Turquie et la Grèce. Comme j’ai coutume de le dire à nos amis turcs – que je respecte beaucoup – Allah a lancé les dés et nous a envoyé dans ce coin du monde où nous devons coexister de manière constructive. Nous devrons nous conformer même – si l’on veut – aux règles spécifiques qui régissent notre société, notre tradition et notre religion.

Je pense également que l’avenir de Chypre dans son ensemble est au sein de l’UE, tout comme celui de la Turquie. Je saisis cette occasion pour répéter que la Grèce est un ami et un allié ferme de la Turquie et soutient son parcours européen. S’il est un pays au sein de l’UE qui croit en cette perspective pour la Turquie, c’est bien la Grèce.

Je pense que dans la mesure où nous pouvons régler nos problèmes – je suis convaincu que l’on y parviendra – Chypre, la Grèce et la Turquie formeront, à travers un pacte d’amitié, un trio puissant au sein de l’UE, dans le monde auquel nous appartenons, dans un monde où une résolution ferme du Conseil de sécurité de l’ONU, sauvegardera la souveraineté d’une Chypre unifiée.

Ce n’est pas tous les jours que des occasions de ce genre se présentent dans la vie : de l’amour qui mène au mariage jusqu’au débat que nous engagerons ici et qui aboutira à une Chypre unique et souveraine qui sera un acteur responsable sur la scène politique européenne et internationale.

Je tiens de nouveau à remercier le S.G. de l’ONU, M. Guterres, l’envoyé spécial du S.G. de l’ONU, M. Eide, M. Juncker et Mme Mogherini, mes amis de la délégation turque, les délégations chypriotes ainsi que la délégation britannique, pour les discussions que nous avons eues, pour nos préoccupations communes et pour nos sentiments.

La politique, comme j’ai coutume de le dire, requiert du rationalisme mais aussi du sentiment. C’est avec les deux que nous réglerons la question chypriote.