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Interview accordée par N. Kotzias, ministre des Affaires étrangères, au journal Real News

dimanche, 22 janvier 2017

Interview accordée par N. Kotzias, ministre des Affaires étrangères, au journal Real News JOURNALISTE: De quoi dépendra monsieur le ministre, l’atteinte d’une solution à la question chypriote dans la période à venir ?

Ν. ΚΟΤΖΙΑS: Cela sera possible si l’on trouve un dénominateur commun qui permettra d’accorder le maximum de droits possibles aux Chypriotes turcs et la plus grande sécurité possible aux Chypriotes grecs. S’agissant de la sécurité, cela requiert la fin de l’occupation de l’île, la suppression du régime des garanties, un régime de type colonial, et le retrait des armées étrangères de Chypre. Autrement dit, personne ne peut exercer des droits d’intervention sur Chypre. La Turquie doit comprendre que dans le monde d’aujourd’hui un pays tiers ne peut contrôler un Etat membre de l’UE.

JOURNALISTE: Jusqu’à quel point monsieur le ministre Athènes peut-elle faire marche arrière, concernant la question des garanties et notamment le maintien de l’armée turque sur l’île ?

Ν. ΚΟΤΖΙΑS: Chypre doit devenir une fédération bizonale, bicommunautaire, avec une pleine souveraineté en tant que membre de l’UE et de l’ONU. Les intérêts géopolitiques d’un pays tiers ne peuvent être le critère pour le règlement de la question chypriote. Ceux qui ont une opinion différente, et ont, bien évidemment, le droit d’avoir une opinion différente, doivent nous dire de quelle façon ils définissent la « question chypriote ». A leur avis, s’agit-il d’un problème qui n’est pas lié à la question de la souveraineté et de l’occupation ? Ou, souhaitent-ils une solution axée sur « une souveraineté limitée et une occupation limitée ». Quoi qu’il en soit, il serait plus utile qu’ils disent directement leur opinion plutôt que de commettre un outrage, comme ils le font jusqu’à maintenant.

JOURNALISTE: Si l’armée turque se maintient sur l’île, monsieur le ministre, l’armée grecque se maintiendra-t-elle aussi ? Et, de la même manière, si une base turque est établie, une base grecque sera-t-elle également établie ?

Ν. ΚΟΤΖΙΑS: Contrairement aux autres parties, la Grèce, tout comme la République de Chypre, a soumis une série de propositions. Parmi ces propositions, figure l’ « Accord de stationnement provisoire » des armées étrangères sur l’île. C’est assimilable (mais pas identique) à l’accord conclu entre l’Allemagne en voie d’unification et l’Union soviétique. Cet accord établissait le régime juridique régissant le retrait des armées soviétiques ainsi que le mode de suivi de ce retrait. Pendant la même période, la même chose sera valable pour l’armée grecque également. Force est de souligner, bien évidemment, que l’Armée grecque de Chypre est stationnée sur l’île d’une manière légale, tandis que l’armée d’occupation est beaucoup plus nombreuse et illégalement stationnée.

JOURNALISTE: Etes-vous préoccupé par la présidence tournante ? Est-que cela est une source d’inquiétude pour vous ?

Ν. ΚΟΤΖΙΑS: S’agissant de l’aspect intérieur de la question chypriote, cela fait l’objet d’une négociation qui relève exclusivement de la responsabilité de la République de Chypre et des deux communautés. Nous, contrairement aux autres, nous ne sommes pas exprimés sur cet aspect tout au long de cette négociation de quasiment deux ans. Et nous avons bien fait. C’était mon choix bien conscient de parler seulement de l’aspect extérieur à l’égard duquel, conformément aux traités internationaux, nous avons (toujours) une responsabilité, des obligations et une compétence. C’est pourquoi nous sommes convenus et avons participé à la réunion tripartite des puissances garantes sous l’égide de l’ONU, ce qui a été par ailleurs a) convenu par le Président Anastassiadis le 1er décembre 2016, b) convenu d’emblée dans l’ordre du jour écrit qui a été rédigé avant de nous rendre à Genève et c) annoncé préalablement par le S.G. de l’ONU. De même, il y a eu trois textes de l’ONU, jusqu’à l’après-midi du 12 janvier, lesquels indiquaient que le 13 janvier 2017, la discussion serait tenue au niveau des hommes politiques.

JOURNALISTE: Avez-vous des assurances de la part de l’Europe quant à la non- acceptation d’une solution qui permettrait à Ankara de mettre sous tutelle la direction de la République de Chypre ?

Ν. ΚΟΤΖΙΑS: L’UE ne peut accepter des droits d’intervention et par conséquent des garanties sur son territoire. C’est pourquoi il y a déjà des avis juridiques à cet égard. Mais aussi, personne dans le monde d’aujourd’hui ne peut accepter cela pour un Etat membre de l’ONU. Ceux qui s’opposent avec virulence à notre politique, doivent nous expliquer la raison pour laquelle ils ont une opinion différente et avancer des arguments qui l’étayent.

JOURNALISTE: Pensez-vous qu’Erdogan peut prendre des décisions sur des solutions de compromis avant la tenue d’un référendum sur ses compétences ?

Ν. ΚΟΤΖΙΑS: Je pense qu’Erdogan est un homme intelligent, avec de l’expérience et un dirigeant important de la Turquie. Il sait que les problèmes sont résolus à travers des compromis. Non à travers des compromis boiteux mais constructifs. C’est à lui de faire ses choix concernant la question chypriote et il sera jugé, tout comme nous sommes aussi jugés. Notre jugement, bien entendu, doit porter sur des faits réels et non pas sur des questions métaphysiques.

JOURNALISTE: Outre Ankara, y a-t-il d’autres puissances impliquées dans la négociation qui ne souhaitent pas le règlement de la question chypriote ? Ou bien qui veulent une solution comme celle que souhaite la Turquie ?

Ν. ΚΟΤΖΙΑS: Certaines puissances pensaient qu’il était facile de faire pression sur la Grèce pour que celle-ci fasse marche arrière. Aujourd’hui, ces puissances semblent très énervées et ont transmis cet énervement à toute une série de porte-voix qui font dans l’art de la calomnie. Ils ont, voyez-vous, découvert que nos intérêts nationaux fondamentaux, Chypre, l’acquis européen et la loi internationale ne peuvent constituer un champ politique sans principes. Des compromis en vue de parvenir à une solution nous en faisons et en ferons, et nous nous devons de le faire. Mais nous ne ferons pas de compromis quant au noyau dur du problème.

JOURNALISTE: Que comprendra le Pacte d’amitié et de coopération Grèce – Turquie – Chypre, Monsieur le ministre ? Quels seront ses principes fondamentaux ?

Ν. ΚΟΤΖΙΑS: Nous avons proposé l’abolition des conditions de garanties et de l’alliance. Nous avons proposé un pacte d’amitié sur la base de l’expérience historique mondiale que nous avons rigoureusement étudiée. En vertu de ce pacte, les trois pays coopèreront face à des menaces communes contemporaines, comme la menace écologique, le terrorisme et le crime organisé. Il y aura également un mécanisme de coopération commun et de promotion d’un agenda positif. Ce qui sera exclu, ce sera le droit d’intervention d’un pays au détriment d’un autre ou à l’intérieur de ce dernier. Certains acteurs internationaux veulent s’approprier l’idée de ce Pacte et le « valoriser » à l’encontre de son esprit même, en tant que nouveau traité de garanties. Nous ne le permettrons pas.

JOURNALISTE: Si la question chypriote n’est pas réglée, êtes-vous inquiet des réactions d’Ankara ? Certains parlent d’un processus de « taiwanisation » ou d’annexion des territoires occupés mais aussi d’escalade des tensions en Egée.

Ν. ΚΟΤΖΙΑS: Nos pays, la Grèce et la Turquie, se sont accordés sur le fait que la question chypriote n’est pas liée à nos relations bilatérales. Autrement dit, ces questions ne sont pas corrélées ni lors de la négociation, ni à cause de ses résultats, quels qu’ils soient. Cet alarmisme n’a que pour but de faire du chantage sur le peuple chypriote.

JOURNALISTE: En cas d’absence de solution est-ce qu’Ankara peut, en coopération avec les territoires occupés, exploiter les hydrocarbures ?

Ν. ΚΟΤΖΙΑS: Le problème de l’autre partie est que les hydrocarbures ne se trouvent pas dans la partie nord de Chypre, mais au sud. Que le droit international soutient les positions de la République de Chypre. Ainsi Dieu l’a voulu. J’espère - et y travaille – qu’il y aura une solution à la question chypriote et que, par extension, de tels problèmes ou menaces ne surgiront pas.

JOURNALISTE: Dites-nous franchement, qui ne souhaite pas que Nikos Kotzias, ministre des Affaires étrangères, soit à la table des négociations ? Est-ce que ces personnes sont à l’intérieur du pays, ou à l’extérieur ?

Ν. ΚΟΤΖΙΑS: Depuis deux ans où nous sommes à la tête du gouvernement, nous suivons une politique étrangère active et multidimensionnelle. Nous avons créé des alliances et aidé le pays à sortir la tête de l’eau. Certains s’étaient habitués à autre chose et cela ne leur plait pas. Ils s’y feront. Pour celui qui ne réfléchit pas à comment la Grèce pourrait gagner une négociation mais qui au contraire cherche à se soumettre à différentes pressions, je ne suis très certainement pas le « ministre de son cœur ».

JOURNALISTE: Vos relations avec Alexis Tsipras et N. Anastassiadis ?

Ν. ΚΟΤΖΙΑS: Amicales et patriotiques.

JOURNALISTE: N. Kotzias pourra-t-il rester ministre des Affaires étrangères si la solution, quelle qu’elle soit, inclut le maintien de l’armée turque au-delà de la période transitoire ?

Ν. ΚΟΤΖΙΑS: La solution à laquelle nous conviendrons – et nous souhaitons une solution – sera bonne et par conséquent votre question n’aura pas lieu d’être. Si une solution n’est pas atteinte, cela ne sera pas de notre faute. Donc la réponse reste la même. Dans tous les cas, nous ne seront pas les vecteurs de solutions boiteuses.

JOURNALISTE: Est-ce que la solution ou l’absence de solution à la question chypriote peut influencer positivement ou négativement la négociation sur la revue du programme ?

Ν. ΚΟΤΖΙΑS: Je ne pense pas qu’aujourd’hui, et je le souligne, il y ait une seule personne qui veuille lier ou qui puisse lier ces deux questions.

JOURNALISTE: D. Trump est officiellement président des Etats-Unis. Est-ce que les équilibres dans la région changeront ? Et qu’en sera-t-il des relations entre Washington et l’Europe ?

Ν. ΚΟΤΖΙΑS: Je pense que l’administration Trump entreprendra deux grands changements. Premièrement, elle renforcera l’aspect géoéconomique de la politique étrangère des Etats-Unis et par extension elle le renforcera vis-à-vis de l’aspect « purement » géopolitique. Deuxièmement, elle essayera de faire un revirement de la politique de Nixon il y a 45 ans. À cette époque, les Etats-Unis avaient tenté de détourner la République populaire de Chine de l’Union soviétique et de coopérer avec elle contre cette dernière. Maintenant, elle va tenter de changer ce rapport triangulaire. La base du triangle à l’opposition étant la Chine et la Russie étant avec eux. Ils considèrent que l’UE traverse une crise d’identité et se trouve dans une phase de faiblesse. Nombreux sont ceux à Washington qui se demandent où va l’UE et ce qu’elle veut exactement. Je pense que l’UE ne doit pas faire l’erreur de ne pas recenser et analyser les vrais problèmes. Des questions auxquelles Trump a tenté d’apporter ses réponses.

JOURNALISTE: Et l’UE ?

Ν. ΚΟΤΖΙΑS: L’Europe a un problème. Ce n’est pas qu’elle ne peut pas surmonter l’un ou l’autre question, comme celle du Brexit, de la crise des réfugiés ou encore la crise économique. C’est que sa capacité à gérer les crises est en crise. Elle n’a pas de vision pour le 21e siècle, les memoranda et les sanctions ont remplacé ses valeurs et elle tend à limiter son identité à ces mesures et outils. C’est pourquoi nous avons besoin d’une discussion franche sur la question de savoir quelle UE nous voulons pour le 21e siècle et comment nous mettrons en œuvre notre projet, quel qu’il soit.