Mercredi, 18 Octobre 2017
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Interview accordée par N. Kotzias, ministre des Affaires étrangères, à l’agence de presse DPA

samedi, 21 janvier 2017

JOURNALISTE : Ces derniers mois des discussions intensives se tiennent entre les parties impliquées ? Quel est l’objectif visé par Athènes ?

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Nous voulons une solution à la question chypriote. Quel est le problème ? Le problème est l’occupation de la partie nord de l’île par l’armée turque. Nous avons besoin d’une solution qui accordera aux Chypriotes turcs le maximum de sécurité et aux Chypriotes grecs le maximum de sécurité possible. Chypre doit être un Etat souverain, membre de l’UE et de l’ONU. Par conséquent, l’armée turque doit se retirer de l’île. Aucun droit d’intervention ne doit être accordé à la Turquie. Et le régime des puissances garantes doit être supprimé.

JOURNALISTE : Comment est-ce que cela pourrait être fait ? Comment pourrait-on garantir les droits des deux communautés ?

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Nous sommes en train de travailler sur un traité pour une Chypre fédérale. Les deux groupes ethniques auront des droits égaux. Les Chypriotes turcs auront leur propre Land ou canton ou quel que soit le nom que vous voulez lui donner. Ils seront indépendants et pourront gérer leur sécurité puisqu’ils auront leur propre force de police. A cette fin, une force de police fédérale sera établie laquelle sera composée à 50% de Chypriotes turcs et à 50% de Chypriotes grecs. Outre la police fédérale, il y aura une force de police internationale qui interviendra dans le cas où les forces de la police fédérale ne seraient pas suffisantes.

JOURNALISTE : De combien de flexibilité pourriez-vous faire preuve ? Jusqu’à quel point pourriez-vous déviez de votre position initiale ? Car l’autre partie, la Turquie, dit qu’elle ne partira jamais de Chypre.

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Si nous voulons régler le problème, nous devrons supprimer ses causes. Autrement, il n’y a pas raison de discuter. Le problème est l’occupation illégale de la partie nord de Chypre. J’espère que la Turquie comprendra qu’il est dans son intérêt de régler la question chypriote. Car, jusqu’à présent, la Turquie cherche à allier son souhait de protéger les Chypriotes turcs à ses ambitions géopolitiques dans la région. Toutefois, nous voulons régler la question chypriote et non nous pencher sur la stratégie géopolitique de la Turquie. Cela ne fait pas l’objet de la négociation.

JOURNALISTE : Et les Chypriotes turcs ? Comment est-ce qu’ils pourront se sentir en sécurité ?

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Les Chypriotes turcs jouiront d’une pleine égalité politique. Ils auront le droit de mettre un veto à toutes les questions importantes. Et la Cour suprême sera composée de quatre juges de chaque groupe ethnique. Il s’agit d’une égalité bien plus importante par rapport aux pratiques suivies habituellement dans les Etats fédéraux.

JOURNALISTE : Des accusations ont d’ores et déjà été formulées quant à la personne responsable du manque de progrès des pourparlers. Votre nom a été même mentionné.
Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Nous voulons parvenir à une solution définitive à la question chypriote et ne pas créer encore un problème. Le problème est l’occupation de Chypre. Nous ne voulons pas les puissances garantes et nous ne voulons pas également être une puissance garante. Le droit d’intervention d’un pays tiers constitue une violation du droit international et des résolutions des Nations Unies. C’est pourquoi, j’ai fait une proposition: la signature d’un traité de paix, de coopération et de sécurité. Les trois pays, la Turquie, Chypre et la Grèce pourront lutter ensemble contre des menaces telles que le terrorisme et le crime organisé.

JOURNALISTE : Et si la Turquie veut maintenir ses droits en tant que puissance garante ?

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Permettre le maintien du système des puissances garantes serait une ineptie. Dans ce cas, la Russie pourrait par exemple dire : « Je veux avoir le droit d’intervenir dans les Etats baltes pour protéger la population russophone ». Cela ouvrirait la boîte de Pandore. De plus, on a besoin d’une Chypre souveraine. Autrement, la Turquie pourrait, à travers le régime des garanties, avoir son mot à dire à l’égard des questions relatives à l’Union européenne.