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Interview accordée par le ministre des Affaires étrangères, M. N. Kotzias à la station radio « Alpha 98,9 » - Propos recueillis par la journaliste Gianna Papadakos

jeudi, 30 juin 2016

Interview accordée par le ministre des Affaires étrangères,  M. N. Kotzias à la station radio « Alpha 98,9 » - Propos recueillis par la journaliste Gianna PapadakosJOURNALISTE : Bonjour M. Kotzias.

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Bonjour. Comme vous pouvez le constater, je suis à Athènes…

JOURNALSITE : Vous n’êtes pas partis finalement. Dites-moi, qu’est-ce qui s’est passé…

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : On était à bord de l’avion en attendant le décollage lorsqu’on a appris que l’aéroport d’Istanbul a été visé par une attaque terroriste. On allait à Istanbul d’où on prendrait l’avion à destination de Vietnam.  Moi, j’irais le samedi en Chine et par la suite à Varsovie pour assister à la réunion de l’OTAN.

JOURNALISTE : C’est-à-dire l’avion était prêt à décoller…

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Oui, exactement. On était sur le couloir de décollage lorsqu’on nous a dit que l’avion ne partirait pas à cause des attaques terroristes. Nous avons essayé de trouver d’autres vols depuis d’autres régions de l’Europe ou du Moyen-Orient afin de nous rendre ce soir à Vietnam. Malheureusement, il est difficile de trouver des vols pour Vietnam. Par conséquent, nous avons remis à plus tard ce voyage à Singapour-Vietnam. En Chine je me rendrai normalement le samedi.

JOURNALISTE : Bon, je vois…

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Et je voudrais dire deux choses : tout d’abord exprimer ma profonde tristesse et mon soutien à tous les citoyens de la Turquie qui sont visés par le terrorisme ainsi que notre soutien au gouvernement turque concernant la lutte contre ce problème. La Grèce ne se réjouis pas de ce genre d’attaques. Tout à fait le contraire, il s’agit des actes inhumains qui vont à l’encontre de la nature même et de la vie des personnes et de toute l’humanité. C’est le résultat  d’une idéologie aveugle et de l’extrémisme.

JOURNALISTE :  Oui, exactement. La première chose qu’on nous demande ceux qu’ils nous appellent ici est si, d’après vos informations, parmi les 36 victimes il y a des Grecs…

Ν. ΚΟΤΖΙΑS :  Depuis 11h30 du soir, une demi-heure après, nous avons envoyé une équipe du Consulat général d’Istanbul à l’aéroport lequel est venu en aide aux ressortissants grecs. D’après les informations qui nous sont parvenues par les autorités turques, car vous savez que ces dernières ne donnent pas beaucoup d’informations, parmi les victimes il n’y a pas des Grecs.

JOURNALISTE  :  Ni parmi les victimes, ni parmi les blessés.

Ν. ΚΟΤΖΙΑS :  D’après le Consulat général d’Istanbul, il n’y a aucun blessé d’origine grecque. Et je voudrais féliciter les diplomates grecs et les autres collaborateurs de notre Consulat qui, un peu avant minuit, sont restés vigilants et ont assuré la sécurité de l’hellénisme et des ressortissants grecs – très nombreux d’ailleurs - qui voyagent à Istanbul. C’était, comme vous le savez, la troisième attaque perpétrée à Istanbul…

JOURNALISTE  : Comment expliqueriez-vous le fait que cette région est aussi souvent touchée par des attaques terroristes ?

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Istanbul est une très grande ville, avec 18 millions d’habitants et avec une population très diverse originaire de différentes régions de la Turquie.  Il paraît que le Daesh, l’ISIS ont fait de cette ville leur principal cible pour leurs attaques terroristes pour montrer que personne n’est en sécurité, ni même à Istanbul et en général en Turquie. Je pense que c’est une attaque d’intimidation. Notamment, le terrorisme veut alimenter une peur psychologique et c’est justement  à l’aide de cette ambiance  que cette organisation cherche à imposer ses revendications.

JOURNALISTE  : Du point de vue géopolitique, la région traverse une période tourmentée, n’est-ce pas ?

Ν. KΟΤΖΙΑS :  Vous êtes une excellente journaliste et je comprends que votre question est rhétorique. Lorsque j’ai assumé les fonctions de ministre des Affaires étrangères, la première chose que j’ai expliquée à nos partenaires était que la Grèce était située au milieu d’ un triangle d’instabilité et d’insécurité, dont au sommet se trouvait l’Ukraine où une  guerre était menée entre les régions de l’Ouest et le gouvernement de Kiev, avec d’un côté la Libye où une lutte était livrée contre les extrémistes de différentes fratries et du Moyen-Orient, notamment de la Syrie et de l’autre côté l’Irak. J’avais dit que la Grèce était une zone de stabilité, à la fois géopolitique et géostratégique à laquelle notre gouvernement veille à ce qu’elle soit sauvegardée à travers des alliances qu’il forge dans la région et par conséquent il serait une grande erreur de ne pas utiliser et valoriser la position de la Grèce en tant que point de départ de ces vagues d’instabilité de la région et d’essayer, comme le font certains, de changer la direction de ces vagues afin de viser Athènes et le reste du pays.

JOURNALISTE  : Et, malheureusement, les faits tragiques vous ont donné raison.

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Oui, en dépit des accusations formulées contre moi par la presse internationale et par d’autres…

JOURNALISTE : Oui, il y a eu des critiques mais dans la pratique…

N. ΚΟΤΖΙΑS : …mais nous devons ouvrir la voie et, en politique, il faut avoir de l’intuition, notamment en politique étrangère, on doit voir plus loin que son nez. Et je pense que notre attitude et notre politique, les liens d’amitié que nous avons développés, notamment avec la Bulgarie mais aussi l’entente et la concertation que nous avons avec d’autres pays balkaniques, les triangles de stabilité mis en place entre la Grèce - Chypre - Israël, Grèce – Chypre - Egypte, Grèce – Chypre - Liban et avec la Jordanie, ainsi que la conférence que nous organiserons à Rhodes avec la participation de six pays européens et de six pays arabes les 8 et 9 septembre, toutes ces pratiques contribuent à la stabilisation de la région et font de la Grèce un pôle de stabilité par rapport, malheureusement, aux phénomènes que nous voyons dans d’autres pays.

JOURNALISTE : Cela est-il désormais accepté par l’Union européenne ? Maintenant que nous avons également le Brexit…

N. KOTZIAS : Je pense que oui, vous avez vu lundi nous avons eu une invitation, Nous nous sommes rencontrés à Varsovie avec dix autres Etats et je me demande pourquoi certains de nos collègues nous reprochent de parler aux Polonais qui sont anti-européens. Comme si, nous ne devions pas, en tant qu’Etat membre de l’Union européenne, parler avec toutes les parties. Je vous rappelle que lundi matin, avant la réunion de Varsovie, M. Steinmeier avait vu les Polonais et les trois autres pays du groupe de Višegrad, à savoir la République tchèque, la Slovaquie et la Hongrie. Nous nous sommes compris avec Steinmeier. La politique de la Grèce est de ne pas laisser les fossés en Europe se creuser davantage. De ne pas permettre d’autres morcellements. La Grèce, qui n’est ni un pays puissant, ni un grand pays, ni un Etat membre nouveau de l’UE – elle a été le dixième Etat à adhérer à ce qui était alors la CEE et aujourd’hui l’UE – a un rôle particulier à jouer. Il est certain qu’ils nous font confiance et nous pouvons contribuer à créer des ponts. D’ailleurs, en Pologne où je me trouvais, j’ai dit la chose suivante en réponse à différentes argumentations : un adage grec dit que nous trouvons souvent devant nous un tas de pierres. Ces tas de pierres, nous pouvons les utiliser de trois façons différentes et la Grèce rejette les deux premières. La première consiste à jeter des pierres aux autres partenaires de l’UE, la deuxième consiste à ériger des murs et à ne pas parler aux autres – ce que me suggère aujourd’hui un journal de faire – la troisième consiste à construire des ponts de compréhension et d’amitié, qui confèrent un rôle particulier à un pays de taille moyenne, comme la Grèce.

JOURNALISTE : Les murs, bien entendu, en tant que rhétorique ont trouvé leur place au Royaume-Uni et nous voyons les résultats.

N. KOTZIAS : Vous avez tout à fait raison. Notre intention n’est pas de ne pas parler aux autres Etats membres de l’UE sous prétexte que nous partageons des vues différentes. Dans une famille, il y a toujours des points de vue différents. Le rôle particulier de la Grèce résulte de la confiance que lui témoignent les autres pays, une confiance qui ne cesse de croître.

JOURNALISTE : Et nous ne devons pas nous isoler, auquel cas des rhétoriques qui ne sont positives ni pour l’Europe, ni en général gagneront du terrain. Une autre question, puisque vous avez parlé de M. Steinmeier, que vous connaissez depuis longtemps…

N. KOTZIAS : Nous avons étudié dans la même université, bien que des journaux aient voulu me faire assumer des CV qui n’étaient pas le mien.

JOURNALISTE : J’aimerais savoir, M. le ministre, comment sont les relations avec l’Allemagne en ce moment crucial ?

N. KOTZIAS : Votre question est très intéressante. Je vais vous faire une confidence que je n’ai jamais faite. Et vous savez je parle très peu publiquement. Aujourd’hui j’aimerais exprimer ma solidarité au peuple turc. Nous avons élaboré toute une série d’instruments nouveaux de la politique étrangère. L’un de ces instruments, ledit « plan d’action » qui signifie de réunir toutes les questions de coopération avec un pays que nous estimons important pour nos intérêts, des questions allant de la culture à l’éducation en passant par les investissements et l’économie dans la coopération avec un pays que nous considérons comme important pour nos intérêts. Nous sommes dans la phase de l’élaboration de l’accord commun sur un tel plan d’action et après l’été nous sommes convenus que le ministre des Affaires étrangères de l’Allemagne se rendra à Thessalonique pour que nous signions ce grand accord, le plan d’action conjoint avec l’Allemagne pour les prochaines années. Nous sommes entrain de développer nos relations, sur un pied d’égalité et dans le respect des deux parties, à savoir le respect notamment de l’Allemagne à notre égard. Je dois vous dire que M. Steinmeier est un ministre des Affaires étrangères particulièrement prudent et sage, un de ceux dont a besoin l’Union européenne. Nous nous entendons bien et je dirais entretenons une relation amicale et nous employons non seulement à l’amélioration et la systématisation des relations entre nos deux pays, mais aussi pour nos visions communes sur les grands dossiers, comme la question migratoire et l’avenir de l’Europe. Ce n’est pas un hasard si je me suis entretenu longuement avec M. Steinmeier, lorsque je me trouvais à l’aéroport de Varsovie, dès mon atterrissage, où ce dernier m’a informé de la rencontre à Prague avec les quatre pays du groupe de Višegrad qui, dans l’intervalle, étaient arrivés à Varsovie.  En d’autres termes, nous avons une communication très régulière et nous informons mutuellement de nos actions et points de vue. Il n’est pas le seul, en effet cette communication je l’ai avec un très grand nombre de mes collègues.

JOURNALISTE : Très certainement M. le ministre, mais vous avez fait des études dans la même université, cela est important.

N. KOTZIAS : La confiance joue un rôle important, vous avez raison.

JOURNALISTE : J’aimerais terminer sur une note positive. Lorsque vous reviendrez de Chine, vous nous direz ce qui se passe là-bas.

N. KOTZIAS : J’irai tout d’abord en Chine, puis de Chine, je me rendrai au Sommet de l’OTAN, puis je reviendrai à Athènes pour une journée et demi seulement car je me rends en Mongolie au Sommet Europe – Asie et de là à Bruxelles.

JOURNALISTE : Vous faites de nombreux déplacement et c’est bien. Qu’en est-il du rythme de délivrance des visas depuis la Russie, car en parlant de tourisme…

N. KOTZIAS : Toutes les demandes sont satisfaites.

JOURNALISTE : …le rythme est satisfaisant ?

N. KOTZIAS : Toutes les demandes sont satisfaites et d’ailleurs nous avons comblé les lacunes existantes. Car nous avons modernisé notre logiciel, nous avons recruté du personnel local, nous avons envoyé dix personnels administratifs de nos ambassades à l’étranger. J’aimerais remercier le ministre Toskas pour les quinze policiers grecs très bien formés. Nous avons un personnel cinq fois plus nombreux. Permettez-moi de dire quelque chose : en dépit de la tristesse et du chagrin qui nous accable aujourd’hui et du soutien que nous devons au peuple ami de la Turquie, souhaitons bonne fête à nos bons amis, Petros et Pavlos qui embellissent la vie d’un grand nombre d’entre nous … J’ai beaucoup de bons collaborateurs à l’Université et ici au ministère [qui portent ce nom].

JOURNALISTE : Merci beaucoup monsieur le ministre. Bon voyage et tous nos vœux de succès.