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Interview du ministre des Affaires étrangères, N. Kotzias à l’Agence de presse athénienne – propos recueillis par la journaliste Sofia Aravopoulou

mercredi, 28 décembre 2016

Interview du ministre des Affaires étrangères, N. Kotzias à l’Agence de presse athénienne – propos recueillis par la journaliste Sofia AravopoulouLe ministre des Affaires étrangères, Nikos Kotzias a qualifié de texte complexe qui aborde une série de questions critiques les conclusions de la présidence slovaque du Conseil des Affaires générales de l’UE qui s’est tenu il y a dix jours environ à Bruxelles et qui a été consacré aux parcours d’adhésion de l’Albanie, de l’ARYM et de la Turquie. Dans une interview accordée à l’Agence de presse athénienne et l’Agence de presse macédonienne (APE – MPE), M. Kotzias s’est dit satisfait de l’adoption des positions grecques s’agissant de l’Albanie et notamment des questions relevant de la minorité grecque et de ses biens patrimoniaux mais aussi des relations de bon voisinage.

Il s’agit d’un texte très complexe qui traite de toutes les questions à savoir la perspective de l’Albanie au sein de l’UE et les relations entre l’Albanie et la Grèce. Toutes les questions relevant de notre intérêt ont été intégrées dans l’avant-projet des conclusions, a indiqué M. Kotzias.

Dans les conclusions de la Présidence slovaque du Conseil des Affaires générales, a expliqué le ministre, contrairement à un texte similaire plus ancien qui avait été rédigé par la Commission et qui était exclusivement axé sur la réforme judiciaire de l’Albanie « sont déclinées les cinq priorités – d’importance cruciale – qui ont été fixées comme étant des priorités absolues à l’examen d’une éventuelle ouverture des négociations d’adhésion entre l’UE et l’Albanie. Ces priorités comprennent la promotion de la réforme judiciaire, la lutte contre le crime organisé, notamment dans le domaine de la production et du trafic et, bien entendu, le respect des minorités ».

«Dans le texte des conclusions», a ajouté M. Kotzias, «a été souligné à l’Albanie la nécessité de protéger les droits des minorités sur tout son territoire et non seulement dans ces zones. Par ailleurs, la protection des droits des minorités a pour la première fois été directement liée aux droits patrimoniaux. En outre, l’importance de tenir concrètement compte, dans toutes les actions de l’Etat albanais, de la nécessité de respecter les droits de propriété de ces minorités, et de prendre des mesures dans ce sens, a été relevée ».

« Il s’agit donc de deux questions très importantes. Notamment la question de la protection des droits des minorités sur tout le continent albanais que nous avons ajoutée depuis l’année dernière. Cette question a été reformulée cette année et étendue aux questions de propriété. C’est une question soulevée autrement par la politique étrangère grecque et qui a désormais été intégrée aux textes de l’UE ».

Interrogé au sujet des relations de bon voisinage de l’Albanie, une question incluse dans le texte des conclusions, soulevant également la rhétorique nationaliste qui a été développée dans ce pays ces derniers temps au détriment de la Grèce, le ministre des Affaires étrangères a mis l’accent sur la « grande clarté » avec laquelle cette question a été soulevée. « Car comme vous le comprenez, l’Albanie est voisine avec l’ARYM, dont la région occidentale est habitée par des Albanais, ainsi la question des relations de bon voisinage ne peut être mentionnée dans ses relations avec ce pays. Il est donc plus que manifeste qu’il est fait référence aux relations de bon voisinage et à l’esprit de nationalisme dont sont parfois animés certains dans la vie publique de l’Albanie à l’encontre de la Grèce ».

Le ministre des Affaires étrangères a, toutefois, voulu souligné que la Grèce souhaite l’européanisation de l’Albanie et son adhésion à l’UE, mais non pas pour lui faire plaisir. « Autrement dit, tous les critères valables jusqu’à présent pour tous les pays membres de l’UE et aussi valables pour l’Albanie, doivent être respectés ». La Grèce, a-t-il indiqué « est tout à fait bien disposée à aider l’Albanie dans son effort visant à satisfaire à ces exigences ».

Interrogé sur la question de savoir si les conditions susmentionnées permettraient d’engager de nouveau le dialogue en vue de la résolution des questions en suspens avec le pays voisin, M. Kotzias a déclaré que « le dialogue se poursuit et d’ailleurs il y a quelques jours, le Secrétaire d’Etat albanais a visité Athènes et a rencontré le secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, l’ambassadeur Dimitris Paraskevopoulos ».

ARYM : « Une solution à ce que l’on appelle la question du nom doit être trouvée. La Grèce exige que soit respectée l’Histoire et qu’il n’y ait pas d’irrédentisme ».

Interrogé sur la question du rôle positif des mesures de confiance qui a été noté entre la Grèce et l’ARYM, dans le cadre des conclusions de la présidence slovaque du Conseil des Affaires générales de l’UE, M. Kotzias a réitéré ce qu’il a coutume de dire à ses interlocuteurs internationaux concernant les relations entre la Grèce et Skopje, à savoir que « l’histoire n’est pas une prison, mais une école et cette école doit enseigner la vraie histoire ».

Il a indiqué que « la partie grecque a d’emblée veillé à développer de bonnes relations avec tout le monde. J’ai souligné que le pays voisin fait bien d’exister. Nous souhaitons sa stabilité et nous sommes le seul pays à n’avoir exprimé aucun avis sur les évolutions internes en ARYM, en respectant son autonomie, son indépendance et sa souveraineté. Je pense donc que le rôle positif des mesures de confiance dans les textes de l’UE est à juste titre souligné et reconnu ».

En ce qui concerne plus particulièrement les mesures de confiance – avec notamment le gazoduc, la ligne ferroviaire Monastiri – Florina et les coopérations entre la police, les pompiers, les universités et les centres de recherche des deux pays – M. Kotzias a souligné leur valeur ajoutée, en soulignant qu’il « s’agit d’une coopération tout aussi plurielle qu’intensive qui vise à détruire les préjugés selon lesquels la Grèce souhaite soi-disant déstabiliser l’ARYM. Au contraire, ce qu’exige la Grèce c’est que soit respectée l’Histoire et qu’il n’y ait pas d’irrédentismes ». Sur cette même question, il a indiqué : « comme je le dis toujours, je suis très fier de savoir que l’Egypte a une ville prénommée Alexandria – qui sera d’ailleurs reliée au port d’Alexandroupolis – mais tout le monde ne pense à Alexandrie (Egypte) que parce qu’ Alexandre le Grand est passé par là, cela signifie qu’ Alexandroupolis ou que l’histoire grecque leur appartient ».

« Par conséquent, l’irrédentisme doit être anéanti, tout comme le nationalisme en général, qui est en recrudescence dans certaines régions des Balkans. Les mesures de confiance aident donc beaucoup à cet égard. Lorsque j’ai fait cette proposition au départ, je me suis heurté aux critiques de tout le monde, tant au niveau international que de la part du pays voisin. Aujourd’hui, tout le monde veut oublier le fait qu’il s’agit d’une proposition grecque, puisque celle-ci apparait comme une proposition de tous les acteurs. Cela est de toutes les façons un exemple de succès ».

«Le problème que nous avons donc et qui est sûrement lié à l’irrédentisme, est qu’il faudra trouver une solution à ce que l’on appelle la question du nom. Et étant donné que beaucoup considèrent la question du nom comme une question secondaire, je me dois de rappeler que cette question constitue une condition préalable à l’adhésion du pays voisin à l’UE et à l’OTAN. D’ailleurs, l’accord intermédiaire qu’invoquent plusieurs parties a été conclu dans le but d’accorder un peu de temps aux propositions sur la question du nom. Nous avons formulé, pour notre part, des pensées sur cette question et attendons d’écouter l’autre partie ».

TURQUIE : « La Grèce veut contribuer au cheminement européen de la Turquie.

Le fait de savoir si la Turquie aura ou non une perspective et un parcours européen ne dépend pas de nous et de l’UE, mais de ses choix personnels ».

« La Grèce est en faveur d’une Turquie européenne et plus démocratique », a indiqué M. Kotzias, en commentant les conclusions de la Présidence slovaque du Conseil des Affaires générales de l’UE et la proposition autrichienne portant sur le « blocage » des relations UE – Turquie.

« Nous avons soutenu les forces qui se sont opposées aux tentatives de coups d’Etat par l’armée. Nous sommes opposés à ces coups d’Etats, mais du point de vue de la Démocratie et du fonctionnement correct, efficace et démocratique des institutions. Et non d’un autre point de vue. Nous estimons que la voie de l’adhésion de la Turquie à l’UE ne doit pas se fermer », a déclaré le ministre. Toutefois, il a ajouté que « la perspective et le parcours européen de la Turquie ne dépend pas de nous et de l’UE, mais de ses choix personnels et de sa volonté. Dans le respect du droit européen et international, si elle assimile les normes européennes, elle sera toujours la bienvenue », a –t-il souligné en précisant : « je souligne toujours que la Grèce veut contribuer à ce que la Turquie poursuive son cheminement vers l’UE. Son choix sera le sien ».