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Allocution du Dr E. Lianos Liantis, Secrétaire spécial de la Diplomatie religieuse et culturelle, lors de la conférence internationale sur le thème « L’Holocauste : approches intemporelles et interdisciplinaires » (Athènes, 4 octobre 2017)

mercredi, 04 octobre 2017

Il est particulièrement important que la Faculté de Théologie sociale ait choisi d’apporter sa contribution aux manifestations célébrant le 180e anniversaire de la fondation de l’Université nationale et capodistrienne d’Athènes en organisant une conférence sur les différents aspects de l’Holocauste.

La société grecque, tout comme le milieu scientifique du pays, ont beaucoup tardé à s’apercevoir de l’ampleur de la tragédie de l’Holocauste, à cause notamment de l’intensité des développements internes qui ont suivi la libération de 1944 et, plus particulièrement, de la guerre civile qui a déterminé la vie intellectuelle et politique de la Grèce jusqu’à la consolidation de la Troisième République hellénique.

Par ailleurs, à l’époque, au début des années 80’, a été écrite l’œuvre littéraire la plus importante sur l’extinction des Juifs grecs. Il s’agit du roman de Giorgos Ioannou « En ces jours-là… ».

En 1955, le philosophe juif allemand, Theodor Adorno, a utilisé l’un des aphorismes les plus classiques pour décrire la production intellectuelle et l’Holocauste, en affirmant qu’après cela, écrire un poème serait un acte de barbarie.

A travers cette phrase, il a remis en cause l’usage des matériaux intellectuels de la civilisation occidentale contemporaine car justement – d’après son analyse – l’Holocauste n’a pas été une incompatibilité momentanée, mais l’aboutissement d’un parcours politique et culturel.

Environ trente ans plus tard, Emil Fachenheim a écrit que « nous ne pouvons pas comprendre l’Holocauste ; nous ne pouvons que comprendre son caractère incompréhensible».

Cette constatation résume la façon d’aborder l’Holocauste à travers une nouvelle « Via Negativa » (voie négative). L’apophatisme en tant que méthode d’approche théologique de l’incompréhensibilité de la divinité, réapparait au cours de la seconde moitié du siècle dernier en tant que méthode d’étude philosophique de l’identité de l’Holocauste. Toutefois, dans le même temps, parallèlement à l’évolution de l’analyse philosophique a également été développée la Théologie de l’Holocauste, tant dans le monde juif que chrétien. A la question « Comment Dieu a permis la Shoah ? » et à la question qui en dérive « Comment croire en Dieu après la Shoah ? » ont été apportées des réponses par d’importants théologiens, membres du clergé et chercheurs. Et c’est justement pour cela que les facultés de théologie grecques doivent étudier la Shoah et apporter des réponses théologiques en fonction de la tradition orientale. Je pense que la conférence d’aujourd’hui apporte une contribution dans ce sens.

Ces dernières années en Grèce, des actions remarquables ont été entreprises pour commémorer l’Holocauste, qui, comme l’a tout récemment indiqué le ministre grec des Affaires étrangères, « constitue un crime sans précédent dans l’histoire portant sur le génocide d’un peuple dont la seule faute était sa diversité par rapport aux autres nations qui ont fait leur apparition bien plus tard dans l’histoire ».
A cet égard la participation de notre pays en tant que membre à part entière de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (en anglais IHRA), la plus grande organisation dans le monde qui rassemble des agences gouvernementales et des experts dans le but de façonner et de promouvoir l’éducation, la mémoire et la recherche sur l’Holocauste, de s’entretenir sur des questions liées à l’Holocauste, y compris à l’antisémitisme et de soutenir les engagements de la Déclaration de Stockholm de 2000, rêvet une importance particulière.

L’IHRA a été lancée en 1998 en tant que «Task force» de coopération internationale pour l’éducation, la mémoire et la recherche sur l’Holocauste par l’ancien Premier ministre de la Suède, Göran Persson. Ce dernier a décidé de fonder une organisation internationale qui promouvrait l’éducation sur l’Holocauste dans le monde entier et il a demandé à Bill Clinton, Président des Etats-Unis de l’époque et au Premier ministre britannique, Tony Blair, de participer à cet effort. Persson a également développé l’idée d’un forum international rassemblant des gouvernements qui s’intéressaient à discuter des actions éducatives concernant l’Holocauste. Ledit forum a eu lieu à Stockholm du 27 au 29 janvier 2000.

Au forum ont participé des représentants de 46 gouvernements, parmi lesquels 23 Chefs d’Etat et 14 vice-premiers ministres ou ministres. La Déclaration du Forum international de Stockholm sur l’Holocauste a été le résultat des débats dudit Forum et constitue le fondement de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste.

L’IHRA compte actuellement 31 pays membres, 11 pays avec le statut d’observateur et 7 partenaires internationaux permanents, parmi lesquels l’ONU et l’UNESCO. Les membres sont liés par les engagements pris dans la Déclaration de Stockholm et se sont engagés à appliquer des politiques et des programmes nationaux visant à soutenir l’éducation, la mémoire et la recherche sur l’Holocauste. Le gouvernement de chaque pays membre désigne et envoie une délégation aux réunions de l’IHRA, qui est constituée tant de hauts fonctionnaires gouvernementaux, que d’experts nationaux, parvenant à établir une relation productive entre les deux niveaux.

Force est de rappeler que l’Holocauste n’a pas commencé par des exécutions. Il s’est manifesté à travers des discours, pour passer par la suite à la violation des droits fondamentaux, le point d’orgue étant le génocide. Telle est la raison pour laquelle l’IHRA pense qu’il est absolument nécessaire de lutter contre toutes les formes de discours incitant à la haine, y compris l’antisémitisme. L’Holocauste nous montre les conséquences éventuelles des politiques qui privent les hommes de leurs droits fondamentaux et portent atteinte à la dignité humaine.

L’Holocauste et la recherche menée dans ce domaine peuvent nous enseigner beaucoup de choses sur le rôle de la mémoire dont nous avons tant besoin aujourd’hui.