Les derniers mois la politique étrangère grecque s’est fixée l’objectif, parallèlement à son rétablissement, de restaurer l’image du pays qui a été entachée par la crise économique. L’objectif est que la diplomatie grecque puisse prendre de nouveau des initiatives et présenter ses idées au sein de son environnement géopolitique, non seulement, tout en redonnant à la Grèce le rôle qu’elle mérite sur la scène internationale.
Et les résultats de ces actions sont d’ores et déjà visibles. On ne peut négliger qu’à cause de la façon dont la crise économique dans le monde et en Europe a été médiatisée, notre pays s’est vu injustement imputé des responsabilités. Bien évidemment, la Grèce a sa propre part de responsabilité mais celle-ci est plutôt liée à notre devoir de rétablir et de revaloriser le fonctionnement de l’Etat. Cette responsabilité est aussi liée à notre obligation évidente de mettre de l’ordre dans nos finances. Nous l’avons reconnu et notre politique va dans ce sens.
Toutefois, il y a trois ans, l’impression a été créée – ce qui est dans une mesure toujours le cas – que la Grèce a été l’une des principales causes de cette crise économique généralise au sein de la zone euro.
Nous sommes en train de changer cette impression tout en accordant à la politique étrangère grecque un rôle dynamique, tant dans notre voisinage élargi qu’au sein de l’Union européenne, et en matière de sécurité, de stabilité et d’efforts consentis dans le monde entier en vue d’établir la paix.
Et nous exerçons cette politique en fonction toujours de la promotion et de la protection de nos intérêts nationaux, de nos droits souverains et nos priorités économiques.
La crise économique a un rôle de catalyseur dans la prise de conscience de la réalité internationale et nous met tous – le gouvernement, les partis, les entités sociales, les médias et les citoyens – devant notre responsabilité de renoncer à la promotion des idées ou à des actions qui pourraient transformer cette faiblesse économique et sa dimension sociale en un problème national ayant des conséquences désastreuses, comme cela fut le cas en 1897 et en 1922.
Par ailleurs, nous prenons des initiatives visant à la mise en place d’institutions solides qui assureront à la fois la mémoire historique et institutionnelle mais aussi la profondeur stratégique de notre politique étrangère. A cette fin, de concert avec l’aide indispensable des scientifiques, des systèmes de gestion modernes des questions en matière de politique étrangère sont mis à la disposition de la diplomatie grecque avec l’aide des technologies avancées. Nous nous mettons de nouveau en contact avec le système euro-atlantique. Nous forgeons des relations stratégiques avec des partenaires historiques et des alliés, tels que les Etats-Unis et nous insufflons une nouvelle dynamique aux relations politiques, économiques et commerciales avec des puissances mondiales telles que la Chine et la Russie. Nous ouvrons de nouveau des voies de rencontre et de coopération avec nos voisins directs, toute en faisant preuve de franchise, et en adoptant le principe de la diplomatie crédible. Nous soulevons les questions avec sincérité et réalisme, tout en demandant à nos interlocuteurs d’en faire de même. De cette manière, nous façonnons un environnement d’entente marquée par la bonne volonté et nous affaiblissons les voix du populisme nationaliste.
Par ailleurs, nous prenons des initiatives politiques visant à la convergence des intérêts économiques de tous les pays de la région, tout en mettant l’accent sur le domaine de l’énergie. C’est dans ce cadre que s’intègrent par exemple nos plans visant à la mise en place des synergies avec les pays européens de la région pour ce qui est de la promotion de l’initiative relative à la zone économique exclusive européenne, tout comme de la promotion du projet du gazoduc TPA, qui peut créer des liens puissants en matière d’énergie avec les pays des Balkans occidentaux, outre la connexion directe de la Grèce au réseau de l’Italie et par extension à celui de l’Europe centrale.
Le terme « notre voisinage » ne se réfère pas seulement aux Balkans, mais aussi à l’Europe du Sud-est, au Moyen-Orient, à l’Afrique du nord, au Caucase et à la Méditerranée.
Nous jouons de nouveau notre rôle stable et stabilisateur, tout en valorisant nos avantages géostratégiques et nous rappelons à tous que la Grèce dispose de l’un des régimes démocratiques les plus solides et de l’un des systèmes de défense les plus puissants en Europe.
Nous insufflons un nouvel élan à la diplomatie économique et commerciale, tout en ouvrant la voie à de nouveaux marchés importants du monde.
A cet égard, nous réorganisons partout dans le monde notre représentation diplomatique en fermant certaines missions à l’étranger qui ne sont plus d’utilité et nous en ouvrons de nouvelles, aux endroits représentant un intérêt économique et commercial pour nous.
La diplomatie est une politique d’initiatives visionnaire et dynamique, mais aussi une politique d’interventions dont l’objectif est de promouvoir les intérêts nationaux et de pénétrer dans les centres de prises de décisions importants dans tous les domaines : l’économie, la culture, les affaires, l’éducation, la technologie, la recherche, les centres de stratégie internationaux. Elle participe à la mise en œuvre des développements sur les questions internationales importantes qui – directement ou indirectement – influencent la Grèce. Et ici s’intègre une nouvelle conception sur l’hellénisme œcuménique qui, au-delà de son rôle évident qui est de conserver et de renforcer l’identité nationale, peut nous permettre d’intervenir dans les zones d’influence internationales.
Nous avons ouvert de nouvelles voies d’entente avec le pays voisin, la Turquie et avons encouragé les relations entre nos deux pays et les communautés d’affaires. Grâce au Conseil de coopération de haut niveau, nous avons jeté les bases d’une nouvelle période de coopération, en clarifiant le fait que nos relations peuvent se développer sur la base du respect du droit international et de la souveraineté nationale.
Nous avons également souligné l’importance que revêt, pour nos relations bilatérales et la création d’un environnement de sécurité et de stabilité, le règlement de la question chypriote, conformément aux résolutions du Conseil de sécurité. Nous avons indiqué par ailleurs la réalité de la participation de la République de Chypre à l’Union européenne.
A nos voisins, l’ARYM, nous avons envoyé un message sur la signature d’un mémorandum de coopération en montrant ainsi notre volonté de trouver une solution selon le principe inviolable du respect historique et culturel mutuel, une condition nécessaire à l’atteinte d’un règlement à la question du nom. Une solution qui sera pour tous les usages (erga omnes) et ne laissera aucune marge de manœuvre pour les aspirations nationalistes anachroniques et irrédentistes.
Nous soutenons la perspective d’adhésion des Balkans occidentaux aux structures européennes et euro-atlantiques, en soulignant les risques que comporte la résurgence de phénomènes, tels que les nationalismes extrémistes et le populisme.
Nous marquons par ailleurs notre présence dans la région élargie de la Méditerranée et répondons présent aux évolutions au Moyen-Orient et dans les pays du Printemps arabe. D’emblée, nous parlons avec fermeté et constance sur la nécessité de trouver une solution politique à la crise syrienne qui respecterait la souveraineté du peuple ami syrien et mettrait fin au conflit civil.
Nous développons et approfondissons la relation stratégique avec Israël et dans le même temps réaffirmons au quotidien la proximité et la relation de confiance qui nous lie au monde arabe. Nous cultivons et enrichissons la coopération avec l’Egypte et rétablissons les liens avec les pays comme la Libye.
La conclusion est que la crise financière et l’instabilité régionale ainsi que la volatilité environnante créent une nouvelle donne et de nouvelles opportunités. La Grèce s’efforce de gérer tout cela avec succès, non seulement dans son intérêt, mais aussi dans celui de l’Europe, qui est l’élément le plus important et le plus fiable de notre région.
Le droit international est la moelle épinière de la politique étrangère grecque, ainsi que les principes et valeurs de l’UE et la promotion des intérêts vitaux grecs et européens. L’axe central étant, la notion et le principe de la diplomatie honnête, une nouvelle conception politique sur les relations internationales qui abolit le stéréotype de l’incompatibilité entre les notions de diplomatie et honnêteté. C’est par des discours francs que la diplomatie ouvre de nouvelles voies vers la compréhension et le respect mutuels, en consolidant le principe de la confiance mutuelle.
La Grèce du 21e siècle n’est pas la Grèce balkanique d’hier. Elle est la Grèce de l’Europe. Elle est le pays de la civilisation démocratique, de l’Etat de droit, de l’économie ouverte, de la séparation des pouvoirs et de la tolérance culturelle.
Et la Grèce honore ces principes.
Tels sont les messages qu’Athènes envoie au monde par la voie diplomatique. Elle montre ainsi la voie à suivre, à savoir comment un pays en crise peut devenir un modèle de dépassement de soi. Comment il peut devenir un modèle et un facteur pour la consolidation de la paix – si nécessaire à notre époque -, le respect culturel mutuel, la stabilité et le développement.
Les citoyens grecs exigent, à juste titre, des politiques visant à renforcer le sentiment de dignité et de fierté nationales. Cette nouvelle conception de la diplomatie grecque sert de levier pour surmonter la crise et restaurer aussi bien l’image, que le prestige de notre pays dans le monde.
A l’ère de l’internationalisation, la politique étrangère se retrouve dans l’ensemble de notre système national pour rencontrer le citoyen et influencer plusieurs aspects de sa vie. Notre époque, au regard de la révolution qui s’est produite ces dernières décennies dans le domaine des transports, de la communication, de la mobilité des jeunes et de la diffusion de l’information, contribue considérablement à la création d’un environnement de compréhension, de coexistence et de promotion des droits de l’homme.
La conception contemporaine de nos relations extérieures et la stratégie de la politique étrangère grecque viennent couvrir un éventail élargi d’idées politiques, de propositions et d’initiatives, visant à conférer de nouveau un rôle à la Grèce pour aider à façonner un environnement de sécurité et de stabilité, en renforçant ainsi son prestige international, la fierté et la dignité du peuple grec.
Mai 19, 2013