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Deuxième Conférence ministérielle de Rhodes sur la Sécurité et la Stabilité – « Coexistence et Coopération dans un environnement de paix et de stabilité » (Rhodes, 22-23 mai 2017)

mardi, 23 mai 2017

COMMUNIQUÉ CONJOINT

La Deuxième Conférence ministérielle informelle de Rhodes sur la Sécurité et la Stabilité s’est tenue les 22 et 23 mai 2017, sur le thème «  Coexistence et Coopération dans un environnement de paix et de stabilité ». Les participants, les ministres des Affaires étrangères et les hauts fonctionnaires  de l’Albanie, de l’Algérie, de la Bulgarie, de Chypre, de l’Egypte, de la Grèce, de l’Italie, du Koweït, du Liban, de la Libye, d’Oman, du Qatar, de la Roumanie, de l’Arabie saoudite, de la Slovaquie, de la Tunisie, des Emirats arabes unis ainsi que du Conseil de Coopération du Golfe et de la Ligue arabe, ont eu l’occasion de déclarer de nouveau leur volonté en faveur de la promotion, dans l’actuel contexte marqué par de multiples défis en matière de sécurité pour la Méditerranée orientale, d’un agenda positif au profit de leur voisinage d’importance majeure du point de vue stratégique, économique et culturel, en le transformant en un espace plus sûr pour la prospérité de ses peuples.

Guidés par l’ « Esprit de Rhodes », tel que celui-ci a émergé en 2016, lors de la Première Conférence ministérielle informelle de Rhodes et a été à maintes reprises invoqué par les Etats de la région et d’autres Etats, les participants ont approfondi leurs discussions lors de la Deuxième Conférence ministérielle informelle  concernant des questions majeures auxquelles est confrontée la Méditerranée orientale. Leur dialogue a essentiellement porté sur le développement d’initiatives communes  lesquelles contribueront au rétablissement des conditions appropriées en faveur de la stabilité et de la prospérité de la région. 

Les actions qui seront entreprises doivent compléter l’œuvre  accomplie par les organisations internationales et régionales, telles que l’ONU, l’UE, la Ligue arabe et le Conseil de Coopération du Golfe, ainsi que les efforts déployés dans le cadre des structures de coopération institutionnalisées, telles que la Politique européenne de Voisinage et l’Union pour la Méditerranée.

Les participants ont abordé toute une série d’importantes questions  ayant trait à la Méditerranée orientale, lesquelles de par leur nature transnationale, requièrent l’action commune des facteurs régionaux. Plus particulièrement, les discussions se sont concentrées sur trois principales thématiques :

1.      « Les défis communs dans notre région »

S’agissant de l’immigration, les participants ont reconnu que la Méditerranée orientale servait de route migratoire pour un très grand nombre de migrants et de réfugiés illégaux et ils sont convenus de la nécessité urgente de lutter contre ce phénomène à travers une approche globale et au moyen de tous les instruments prévus par la politique étrangère et la politique de sécurité, y compris l’aide au développement.

Dans le même temps, les participants sont convenus de la nécessité de sensibiliser les décideurs politiques, les services de répression et la société civile, à l’égard des réseaux liés à la traite des êtres humains qui exploitent les flux des migrants et des réfugiés vers l’Europe.

S’agissant de la criminalité transnationale et le trafic de drogues, les participants ont reconnu que les régions en crise constituaient un territoire favorable au développement d’activités de ce genre, en menaçant le développement économique, politique  et culturel des sociétés locales. Dans ce cadre, ils ont souligné le fait que Da’esh et d’autres groupes terroristes, tel qu’il est défini par les résolutions y relatives du Conseil de Sécurité de l’ONU, étaient financés par l’exploitation des réseaux de ce type.

S’agissant du terrorisme, les participants ont souligné que son action mortelle avait provoqué un très grand nombre de victimes dans  la région de la Méditerranée orientale, en Europe et ailleurs. Les conflits continus et la radicalisation de plus en plus accrue font perdurer ce phénomène. Les participants sont convenus qu’il faudrait mettre un accent particulier sur la stabilisation des régions touchées par les conflits dès que les atrocités auront cessé.

Les  participants ont mis un accent particulier sur la tolérance religieuse  et la prévention de la radicalisation des jeunes. Le nombre de plus en plus accru des jeunes cultivés mais en chômage, atteste de l’importance de l’égalité des chances pour tous et, par extension, pour la prospérité. Le progrès économique doit aller de pair avec les programmes d’éducation et les initiatives qui promeuvent le dialogue interreligieux et la solidarité entre les citoyens.  Les participants ont de nouveau souligné la nécessité d’adopter une politique d’approche collective et globale en vue de faire face à cette question, ainsi que d’encourager les échanges entre étudiants et enseignants, de soutenir les programmes visant au développement du système d’éducation en renforçant dans le même temps l’efficacité des programmes d’assistance économique et technique.

2.      « Education, Culture  et Environnement »

Le domaine de l’éducation a fait partie des premières priorités de la coopération. Des pas initiaux ont été faits depuis la Première Conférence ministérielle informelle, dans le but de créer un réseau universitaire pour l’échange d’opinions et d’idées, ainsi que pour la promotion des contacts entre les jeunes et les membres du milieu académique. Les participants ont souligné le rôle de la culture dans la lutte contre l’extrémisme et dans la promotion de la tolérance religieuse et raciale.

Les participants ont examiné les défis environnementaux liés à l’écosystème sensible de la région de la Méditerranée. La Mer méditerranée  a été reconnue en tant que facteur favorisant le rapprochement qui contribue dans une large mesure à la survie et à la prospérité des peuples. Les participants ont qualifié la région de principale route de transit  pour le commerce et de centre émergent pour la production d’énergie.

S’agissant de la sécurité maritime tout au long de cette  importante, du point de vue stratégique, voie maritime de la Méditerranée, les participants sont convenus de l’importance de la liberté de la navigation maritime et de la protection de l’environnement maritime.

S’agissant de l’énergie, les participants ont souligné les perspectives positives de nouveaux projets dans cette région très prometteuse de la Méditerranée orientale,  à travers lesquels seront assurés l’approvisionnement en énergie et la diversification des sources d’énergie. L’augmentation de la part des sources d’énergie renouvelables dans le bouquet énergétique, contribuera à apaiser les pressions exercées sur l’environnement  et sur le développement durable de la région.

3.      «  Renforcement de la sécurité et de la stabilité »

Les participants sont convenus de la nécessité d’une réflexion et d’une action collectives sur la base d’un agenda positif consacré à la promotion des consultations qui pourraient conduire à la prochaine génération d’idées et dans le but aussi de faciliter le façonnement d’un environnement dominé par le concept de la sécurité stable.  Dans ce contexte, ils ont discuté de la perspective de doter la Conférence d’un caractère de forum de dialogue permanent, en tant qu’instrument flexible, simplifié  et « doux », ayant toutefois une valeur spéciale.

Sa mission sera de promouvoir les valeurs communes, en surmontant les différences, à travers d’initiatives communes et constructives, en tant qu’investissement dans la paix, la sécurité et la stabilité de la région. 

En conclusion, les participants ont souligné la nécessité de respecter le droit international en tant que facteur fondamental qui contribue à la stabilité et à la sécurité dans les relations internationales. Le respect du droit international implique l’égalité souveraine des Etats, l’inviolabilité des frontières telles que celles-ci ont été définies par les traités, le Traité de Lausanne et l’abstention de toute ingérence dans les affaires intérieures d’autres Etats.
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Avec la conviction que les défis actuels en matière de sécurité dans la région de la Méditerranée orientale requièrent une action coordonnée, les pays participants ont décidé de mettre en place un groupe de travail constitué de diplomates de haut rang. Ce groupe de travail étudiera l’expérience internationale des organisations de sécurité internationales, telles que l’OSCE. En outre, ce groupe élaborera un plan, en conformité avec les résolutions des Nations Unies et avec l’aide des organisations internationales, en vue de relever les défis de la région, tels que a) le terrorisme, b) l’autoritarisme dans les relations entre les Etats, c) le fanatisme idéologique, religieux et cosmo-théorique et d) les interventions venant de l’extérieur.

Les participants ont décidé de mettre en œuvre une série d’initiatives communes et plus particulièrement :

-       De mettre en place un Comité directeur, en faisant nommer une personne de liaison dans chaque ministère des Affaires étrangères, dont la mission sera de coordonner toutes les questions de la Conférence de Rhodes.  Le Comité directeur sera un réseau ayant pour objet l’application des actions décidées lors des conférences ministérielles. Le Comité organisera des réunions thématiques dans le but de préparer la troisième Conférence de Rhodes  qui se tiendra vers la fin du mois d’août en 2018.

-       De promouvoir la coopération entre les Centres d’analyse des ministres des Affaires étrangères et d’autres ministres compétents en la matière, dans le but de lutter contre le terrorisme, l’extrémisme, le crime organisé et les réseaux de trafic de drogues. Dans ce cadre, des conclusions et de bonnes pratiques seront acquises  par le Centre Hedayah, le Muslim Council of the Elders et le Centre Sawab, dans les Emirats arabes unis, concernant la lutte contre l’extrémisme, les origines sectaires des conflits et contre la propagande extrémiste diffusée à travers les réseaux sociaux. Les participants ont exprimé leur estime profonde à l’égard de l’université d’Al Azhar et de l’institut de formation religieuse  Dar Al Ifta pour le rôle important qu’ont joué  dans la lutte contre les discours extrémistes et terroristes,  ainsi que pour leurs actions par le biais de leurs observatoires visant à lutter contre l’extrémisme et  à travers l’émission de décrets religieux (fatwa) s’opposant aux affirmations extrémistes et diffusant des messages de l’Islam modéré.

Les participants ont reconnu l’éventuelle contribution de certains programmes d’ONG dans la lutte contre la radicalisation, comme il est constaté par les résultats des programmes relatifs portant sur le renforcement du rôle des femmes dans les régions agricoles de la Tunisie.  

-      De développer un agenda positif concernant des questions ayant trait à la mer, en mettant particulièrement l’accent sur la sécurité,  la protection de l’environnement maritime et le règlement des questions maritimes.  Ils sont également convenus de valoriser certains domaines innovants susceptibles d’insuffler un élan aux économies des pays participants, y compris les domaines de l’aquaculture, de la pisciculture,  du tourisme maritime, du tourisme de croisière ainsi que de la biotechnologie maritime.  

-       De renforcer et d’étendre, comme l’a proposé Chypre, les formes de coopération tripartite existantes dans les domaines du développement bleu et de l’économie bleue, y compris la formation technique maritime, sur la base de la coopération continue entre l’Université de Nicosie et de l’Académie des Sciences, de la Technologie et des Transports maritimes d’Alexandrie.  Les participants promouvront la création d’un réseau composé d’instituts de recherche et de formation maritimes qui sont actifs dans leurs pays, en coopération avec d’autres facultés universitaires, dans un grand nombre de domaines liés à la mer, allant de la biotechnologie jusqu’à la navigation. 

-        D’explorer davantage la proposition de coopération entre les centres nationaux de recherche et de sauvetage en mer dans la région de la Méditerranée orientale, en mettant l’accent sur l’échange d’expertise et les bonnes pratiques, dans des domaines tels que la prévention et la gestion des catastrophes naturelles, la sécurité des plateformes pétrolières et le déroulement d’exercices communs de recherche et de sauvetage.

-       De préparer et d’organiser un forum commun sur l’immigration. Son objectif pourrait être d’explorer les moyens permettant de prévenir la traite des êtres humains, le trafic de drogues et d’armes et de lutter contre le crime organisé et notamment contre les filières criminelles impliquées dans le trafic de migrants.

-       De poursuivre les efforts visant à mettre en place le réseau universitaire, projet  qui a été convenu lors de la Première Conférence ministérielle de Rhodes. Les participants ont salué la volonté du Liban d’assumer la responsabilité principale de la promotion du processus y relatif.

-       D’organiser, dans le domaine de l’éducation, des séminaires intensifs adressés aux jeunes chercheurs et aux étudiants  de troisième cycle de tous les pays participants, lesquels porteront sur un large éventail de domaines, tels que le développement, l’environnement, la lutte contre le terrorisme, la tolérance religieuse, la reconstruction de l’après-guerre, l’éducation civique et la solidité des instances démocratiques. Le lieu d’organisation de ces séminaires changera tous les deux ans.

-      De développer une coopération plus systématique dans le domaine de la recherche, à travers l’échange d’élèves, d’étudiants, d’enseignants et de chercheurs, et ce avec l’aide probablement d’un petit nombre de bourses qui seront octroyées. Dans ce cadre, la mise en place de programmes de recherche portant sur la région de la Méditerranée orientale, sur son économie, ses sociétés et son histoire, pourrait être envisagée.

-       De développer des partenariats  structurés entre les académies des sciences nationales.

-       De promouvoir des synergies entre les réseaux des instituts culturels,  régionaux et sous-régionaux,  (par exemple, l’ EUNIC).

-      De faciliter l’intensification des échanges entre les jeunes des Etats participants en tant que moyen de promotion de la tolérance, de la compréhension mutuelle et de la suppression des malentendus et des stéréotypes négatifs. Dans ce cadre, les participants ont pris note de la proposition de Chypre d’accueillir en 2017 un forum de jeunesse, avec la coopération de l’Organisation des Jeunes de Chypre(ONEK). 

-       D’organiser une réunion entre les ministres des relations économiques internationales dans l’un des champs économiques suivants : a) tourisme, b) transports, c) un secteur industriel, soit  dans le domaine des nouvelles technologies,  soit dans un domaine présentant déjà un potentiel à cet égard, ou dans un domaine qui réunit toutes les deux conditions, tels que l’industrie pharmaceutique.

-      D’élaborer une feuille de route en vue d’encourager la coopération entre les petites et moyennes entreprises.  

-       D’organiser à Athènes, sous  l’égide de l’Académie diplomatique et du ministère grec des Affaires étrangères, une réunion de jeunes diplomates des Etats participants, laquelle portera essentiellement sur l’échange de vues et la promotion de la compréhension mutuelle et de la communication.

-       D’intensifier leur coopération dans le domaine de la culture, et particulièrement dans celui du cinéma et de la musique. A cet égard les participants ont salué l’annonce faite par l’Egypte concernant la projection d’une sélection de films  des pays participants lors du Festival du Cinéma méditerranéen d’Alexandrie qui se tiendra  du 7 au 12 octobre 2017. Ils ont aussi salué la table ronde thématique qui aura également lieu pendant ce festival, laquelle portera sur la façon dont les défis actuels, tels que l’immigration, sont présentés par l’industrie cinématographique.

Enfin, les pays participants qui ont récemment signé la Convention du Conseil de l’Europe sur les infractions liées aux biens culturels, à laquelle adhéreront probablement d’autres Etats qui ne sont pas membres du Conseil de l’Europe, ont invité ces derniers à signer la Convention.

Il a été convenu que la prochaine Conférence de Rhodes aura lieu au cours de la dernière semaine du mois de juin 2018.