M. le Ministre, qu’attendez-vous de votre visite actuelle en Azerbaïdjan ?
Tout d’abord, c’est un grand plaisir de revenir dans la ville animée de Baku. Je l’ai visitée en 2005, lorsque j’étais ministre du Tourisme et il est sensationnel de pouvoir voir de ses propres yeux les progrès fulgurants qui ont été accomplis dans de nombreux secteurs au cours de ces dernières années.
C’est également un plaisir de rencontrer de nouveau mon collègue, M. Mammadyarov, que j’avais déjà rencontré à New York et à Munich. Je rencontrerai de nouveau mon ancien ami Abulfas Garayev, le ministre de la Culture et du Tourisme.
J’aurai également l’honneur de rencontrer les dirigeants de votre pays, ainsi je pense que cette visite est une excellente opportunité pour promouvoir davantage nos relations bilatérales, des relations d’amitié, de confiance et de respect mutuel, dont le niveau est déjà élevé. Dans un même temps, nous poursuivrons notre dialogue politique bilatéral très important qui a été poursuivi pendant de nombreuses années, dans l’intérêt de nos deux peuples.
La présidence européenne imminente de la Grèce au premier semestre 2014 figure sur l’agenda de ma visite. J’ informerai mon homologue, M. Mammadyarov sur nos priorités et nous nous servirons de notre présidence pour promouvoir davantage les relations de l’Azerbaïdjan avec l’UE.
Quels documents et accords doivent être signés pour renforcer notre coopération bilatérale ?
Le cadre institutionnel créé entre la Grèce et l’Azerbaïdjan est déjà considérable. Parmi les accords signés et ratifiés, force est de citer les accords sur la Protection des Investissements et sur la non-double imposition qui fournira non seulement une base solide pour notre coopération économique, mais aussi facilitera la réalisation d’investissements mutuels.
Bien entendu, il y a toujours des domaines présentant des marges d’amélioration et nous travaillerons dans ce sens. Mais je pense que nous devons présentement nous axer sur l’application institutionnelle des accords déjà en vigueur.
La Grèce supporte pleinement l’intégrité territoriale et la souveraineté de l’Azerbaïdjan. Récemment, le groupe de Minsk de l’OSCE n’a fourni aucun résultat sur la résolution pacifique du conflit du haut Karabagh. Pensez-vous que l’UE puisse être un meilleur médiateur dans cette affaire ?
La résolution pacifique des différends, au regard du droit international et de la souveraineté nationale, est un principe fondamental de la politique étrangère grecque et aussi un principe européen.
La Grèce participe également à l’OSCE et nous soutenons pleinement les efforts des co-présidents du groupe de Minsk en faveur d’un règlement pacifique du conflit du haut Karabagh, dans le but de trouver une solution qui soit acceptable par les parties concernées.
Ce qui est le plus important, c’est la volonté, la volonté politique des parties impliquées de négocier une solution. Si la volonté politique est là, le dialogue et les négociations avanceront.
Comment voyez-vous la perspective de la coopération énergétique bilatérale ?
La Grèce est l’un des pays européens les plus proches de l’Azerbaïdjan du point de vue géographique. Il est l’un des pays les plus proches et pour l’Azerbaïdjan et une des plus accessibles portes d’accès aux marchés européens. Nous voulons travailler ensemble avec vous et l’Azerbaïdjan exporte déjà du gaz vers la Grèce, à travers de la Turquie, et donc nous coopérons déjà dans le domaine énergétique sur le plan bilatéral.
Nous voulons renforcer cette coopération à travers du projet TAP, (gazoduc trans-adriatique) , qui transportera le gaz naturel de l’Azerbaïdjan vers les marchés européens via la Grèce, l’Albanie et l’Italie – en approvisionnant les marchés de l’Europe du sud-est sur le chemin.
Il appartient maintenant aux sociétés de décider sur ce gazoduc. La Grèce et ses partenaires régionaux dans ce projet – l’Italie et l’Albanie – ont déjà conclu un accord trilatéral, garantissant notre plein soutien au projet du TAP. Cet accord a d’ores et déjà été ratifié par le Parlement hellénique. Il appartient désormais au consortium du Shah Deniz d’opter pour le TAP, qui est un projet financièrement viable qui sera une décision qui sera dans l’avantage mutuel de la Grèce et de l’Azerbaïdjan et dans l’intérêt de nos relations bilatérales, de nos économies et de nos peuples.
Y a-t-il des projets touristiques intéressants qui seront appliqués en Azerbaïdjan ?
Je suis bien conscient que le gouvernement d’Azerbaïdjan n’a épargné aucun effort ces dernières années pour développer le tourisme. Et l’Azerbaïdjan a beaucoup à offrir à ses visiteurs : beautés naturelles, architecture impressionnante, une histoire et une culture riches. La Grèce, d’un autre côté, a déjà une longue expérience en matière de tourisme, car nous avons commencé à développer ce secteur – qui arrive en second rang après la marine marchande – il y a 60 ans.
L’Azerbaïdjan et la Grèce sont prêts à élargir leur coopération dans le domaine du tourisme. Dans un mois, le 28 mai, la compagnie aérienne Aegean Airlines lancera son vol direct d’Athènes à Baku et le transport – les vols directs – sont essentiels pour accroître le nombre de touristes dans les deux sens. Dans le même temps, la section consulaire de l’ambassade de Grèce ici à Bakou a reçu des instructions pour faciliter au mieux la procédure de demande de visas pour les visiteurs d’Azerbaïdjan que nous nous réjouissons de recevoir cet été en Grèce.
Et durant ma réunion avec le ministre du Tourisme, mon ami M. Garayev, je réaffirmerai la volonté de la Grèce de continuer et de renforcer notre coopération dans le domaine du tourisme, que nous avons mise en place il y a huit ans.
Comment évaluez-vous la situation sociale et économique actuelle en Grèce? Quelle expérience avez-vous acquise de la crise ?
Je suis heureux de pouvoir répondre que la Grèce est sur la voie de la reprise. Selon certaines prévisions, 2013 sera la dernière année de la récession et 2014 sera marqué par la croissance.
Mais comment en sommes-nous arrivés là ? Nous avions l’assistance et la solidarité de nos partenaires internationaux et européens, nos partenaires de la zone euro. Nous mettons en œuvre un programme d’ajustement économique qui ne comprend pas seulement des mesures d’austérité, mais aussi des réformes fiscales et structurelles plus ambitieuses.
Mais finalement c’est le peuple grec qui a consenti le plus gros effort pour lutter contre la crise. Il a porté un lourd fardeau et au beau milieu de la crise a donné un grand mandat au gouvernement actuel de la coalition, un mandat dont l’objectif était d’asseoir notre position au sein de la zone euro – ce que nous avons déjà réussi – et rendre la Grèce plus compétitive sur la scène économique internationale.
Quelles expériences avons-nous acquises ? Pour être franc, je ne pense pas qu’il y ait un aspect de la vie en Grèce qui n’ait pas été touché par la crise. Tout le monde, indépendamment de sa profession ou de sa position sociale, a du revoir ses priorités, ses idées, son attitude et son avenir. C’est un voyage difficile, mais par le biais de ce processus nous jetons les bases d’une Grèce plus puissante et plus compétitive.
En ma qualité de ministre des Affaires étrangères, il est manifeste que la crise est une question qui me préoccupe vivement car elle a un impact sur nos relations avec nos partenaires et nos voisins ainsi que sur notre environnement géopolitique. Nous souhaitons la coopération avec tous nos voisins. Nous encourageons nos voisins en Europe du sud-est à prendre de nouveau des engagements vis-à-vis de leur perspective européenne. Nous soutenons toutes les initiatives visant à réduire les tensions en Méditerranée orientale, notre voisinage sud. Ainsi, la Grèce demeure un facteur de stabilisation pour notre voisinage élargi. Et il va sans dire que la crise a dicté la nécessité impérieuse pour la Grèce d’assumer ce rôle.
Avril 28, 2013