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Interview accordée par le ministre des Affaires étrangères, Nikos Kotzias au journal allemand Die Welt

jeudi, 23 mars 2017

JOURNALISTE: Monsieur le ministre, la crise des réfugiés a particulièrement affecté la Grèce. Qu’attendez-vous de l’Europe?

N. KOTZIAS: Que nous allons enfin discuter des causes des flux migratoires et non seulement de leurs conséquences. Les causes sont les guerres en Irak, en Syrie, en Libye et dans d’autres pays. En tant qu’ancien de la Gauche, je peux difficilement comprendre pourquoi il n’y a pas de mouvement anti-guerre en Europe, comme à l’époque avec la guerre du Vietnam.

JOURNALISTE: Qu’attendez-vous précisément comme soutien envers votre pays?

N. KOTZIAS: Les Européens ont déjà fait beaucoup de choses. Mais nous avons un besoin urgent d’être soutenus par les pays de l’UE pour lutter contre la crise des réfugiés. La plupart des pays européens n’accueillent qu’un petit nombre de réfugiés qui se trouvent en Grèce et le soutien octroyé concernant le traitement des demandes d’asile était bien loin de ce qui avait été promis. La Grèce a fait preuve de beaucoup d’humanité concernant l’accueil des réfugiés. Mais une nouvelle vague de migrants cet été nous aurait mis beaucoup de pression. La Grèce a atteint les limites de ses capacités.

JOURNALISTE: Est-ce que la Grèce a l’impression d’être abandonnée à son propre sort?

N. KOTZIAS: L’un des grands problèmes de l’UE est qu’elle n’est dotée d’aucune stratégie de gestion des crises. Il y a des pays qui essaient et font preuve de solidarité, comme l’Allemagne. Il y en a d’autres qui souhaitent une Europe à la carte et ne tirer que les avantages. Or, les décisions communes doivent être appliquées conjointement. Autrement, l’Europe ne peut fonctionner.

JOURNALISTE: Le Commissaire européen aux Affaires intérieures, M. Avramopoulos examine l’éventualité de traduire les objecteurs devant la cour européenne.

N. KOTZIAS: Nous devrons montrer que le modèle européen est meilleur que la politique pour les réfugiés en Amérique et en Asie. Avons-nous réussi ? Non. Et pourquoi pas ? Parce que nous n’avons pas réfléchi aux problèmes à long terme. C’est une faiblesse très importante de l’Europe.

JOURNALISTE: Pensez-vous que d’ici septembre de cette année 160.000 réfugiés seront relocalisés dans tous les pays de l’UE?

N. KOTZIAS: Je suis optimiste de par nature. Mais c’est un scénario très optimiste.

JOURNALISTE: L’UE veut que les réfugiés qui sont d’abord arrivés dans votre pays soient renvoyés en Grèce par d’autres Etats-membres. Est-ce réalisable?

N. KOTZIAS: Je ne pense pas que la Grèce ait la capacité et les ressources économiques d’accueillir des réfugiés qui seront renvoyés par les pays au nord de l’UE. Il y a certains pays européens qui pensent pouvoir utiliser l’Italie du sud ou la Grèce comme « boîtes fermées » dans lesquelles ils pourront stocker les réfugiés. Cela n’est pas un mode de pensée européen.

JOURNALISTE: Vous êtes personnellement impliqué dans les négociations sur le règlement de la question chypriote. Les pourparlers stagnent de nouveau. Où est le problème?

N. KOTZIAS: Le principal problème est bien entendu l’occupation de la partie nord de Chypre par l’armée turque. Ankara a violé les accords de Zurich et de Londres, qui prévoyaient que les forces garantes – à savoir la Grèce, la Grande-Bretagne et la Turquie – doivent convenir d’actions communes après s’être mutuellement concertées. La Turquie a agi unilatéralement et a occupé la partie nord de l’île. Et naturellement, elle n’y est pas restée que quelques jours puisque 43 ans se sont écoulés entre-temps.

JOURNALISTE: Qu’attendez-vous de la Turquie?

N. KOTZIAS: La Turquie doit comprendre que Chypre n’est pas un Etat en cours de création, comme c’était le cas pendant les années 1959-1960. Chypre est un Etat membre des Nations-Unies et de l’Union européenne. Nul pays tiers n’a le droit d’intervenir là-bas. La Turquie doit respecter le droit international et retirer son armée. La solution à la question chypriote réside dans la garantie d’un maximum de sécurité possible et des droits des trois petites minorités et la communauté chypriote turque. Elle consiste aussi à apporter à la communauté chypriote grecque le maximum de sécurité et de droits possibles. La sécurité pour les Chypriotes grecs, c’est le retrait de l’armée turque et la fin de toute forme de droits de garanties, qui permettent à la Turquie d’intervenir à Chypre. L’armée turque doit se retirer. Le système des forces garantes doit être aboli. Nous voulons un système fédéral qui créé des droits égaux.

JOURNALISTE: La Turquie ne souhaite pas retirer pleinement son armée. Quelle pourrait être une solution de compromis?

N. KOTZIAS: Il n’est pas possible que 33 600 soldats turcs qui sont aujourd’hui stationnés dans la partie nord de Chypre se retirent tous immédiatement, en un seul jour. Cela pourrait se faire progressivement. Un exemple à suivre pourrait être le retrait de l’armée soviétique de l’Allemagne de l’Est qui a duré au total quatre ans.

JOURNALISTE: Est-ce faisable?

N. KOTZIAS: Il faut voir cela. Je peux facilement imaginer qu’Ankara exigera finalement le maintien d’une unité d’élite de l’armée turque. Cela bien évidemment n’est pas possible. Afin que la question chypriote soit réglée il doit y avoir une clause de caducité (sunset clause) laquelle stipulera que dans un délai raisonnable, à une date bien précise, toute l’armée turque, jusqu’au dernier soldat, devra avoir quitté la partie nord de l’île.

JOURNALISTE: Quel est le rôle du Président de la Turquie, Erdogan, dans les négociations?

N. KOTZIAS: Son rôle est très important.

JOURNALISTE: Cela pourrait causer des problèmes, vu notamment que des nationalistes turcs exercent des pressions sur Erdogan, alors que ce dernier a obligatoirement besoin de la réforme constitutionnelle.

N. KOTZIAS: Le Président Erdogan est une grande personnalité. Je voudrais explicitement souligner cela. Il a considérablement contribué au façonnement de la Turquie et il est parvenu à redresser l’économie turque. Malheureusement, aujourd’hui il ne fait pas preuve d’un comportement similaire.

JOURNALISTE: Pourtant ce n’est qu’un côté de la médaille.

N. KOTZIAS: J’espère que les modèles de comportement adoptés après la tentative de coup d’Etat changeront après le référendum de mi-avril sur la réforme constitutionnelle. Nous avons d’emblée condamné de manière claire la tentative de coup d’Etat. Mais nous avons également affirmé que pour nous l’important était de défendre les principes démocratiques et non pas les intérêts personnels.