Mardi, 24 Octobre 2017
greek english french
Accueil arrow Actualité arrow Communiqués - Discours arrow Interview de N. Kotzias, ministre des Affaires étrangères, à la station radio « STO KOKKINO » - Propos recueillis par le journaliste G. Trapeziotis

Interview de N. Kotzias, ministre des Affaires étrangères, à la station radio « STO KOKKINO » - Propos recueillis par le journaliste G. Trapeziotis

mercredi, 19 octobre 2016

JOURNALISTE  : Je voudrais maintenant souhaiter la bienvenue au ministre des Affaires étrangères, M. Nikos Kotzias et le remercier d’être avec nous aujourd’hui.
Monsieur Kotzias bonjour.

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Bonjour à toutes vos auditrices et auditeurs.

JOURNALISTE : Commençons par les « frontières que nous portons dans notre cœur », comme l’a affirmé Recep Erdogan.

Ν. ΚΟΤΖΙΑS :  Je voudrais tout d’abord faire une clarification car la presse qui est en faveur de l’opposition falsifie la réalité sans y réfléchir. Le ministère des Affaires étrangères, comme vous le savez, a émis un communiqué sur les dernières déclarations d’Erdogan, après avoir lu les déclarations de ce dernier en turc sur le site web de la Présidence de la Turquie.

C’est pourquoi dans notre communiqué on ne parle ni de référendum, ni d’autre chose. Il y a eu deux télégrammes,  dont le contenu était incorrect, qui ont été envoyés par le Service de presse d’Ankara et l’Agence de presse athénienne (APE) depuis Istanbul, d’après lesquels Erdogan aurait parlé de référendums. Mais nous n’avons pas émis un communiqué de ce genre.

Les accusations provenant d’une partie de la presse et des médias, d’après lesquelles le ministère est dans un état de déliquescence car nous n’avons pas lu le communiqué émis par Erdogan et nous nous sommes laissés entraîner par les informations communiquées par l’agence APE, sont ridicules.

Nous n’avons pas parlé de référendum. Nous n’avons fait aucune erreur dans notre communiqué et ils nous reprochent quelque chose que nous n’avons pas fait. C’est seulement en Grèce d’aujourd’hui que cela pourrait se passer.

JOURNALISTE : Je pense que celui qui lit attentivement les communiqués du ministère, peut facilement le comprendre car  j’ai moi aussi lu le communiqué émis par la Présidence de la Turquie. Il est tout à fait clair.

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Oui, cela est vrai mais je lis aujourd’hui dans la presse, et même dans le journal « KATHIMERINI », des choses ridicules.  Ils nous accusent d’être dans un état de déliquescence, de ne pas savoir faire la part des choses et ils nous reprochent d’avoir fait ce que les autres ont fait. Par exemple, M. Kefaloyannis, membre du parti de la Nouvelle Démocratie, a posé une question – avec une bonne intention dirais-je  - au parlement européen sur la base du communiqué émis par l’agence APE. Mais ce n’était nous qui avons commis une telle erreur, car nous agissons avec attention et nous consultons la version turque des sites web du ministère turc des affaires étrangères, de la Présidence de la Turquie, etc.

Il faut que l’opposition arrête de dire des absurdités car cette attitude ne nous est guère bénéfique.

JOURNALISTE : Monsieur le ministre, revenons un peu sur les déclarations qui ont été quand même faites par le Président turc. Ce n’est pas la première fois qu’il fait des déclarations de ce genre.

Ν. ΚΟΤΖΙΑS :  Depuis quelque temps déjà, j’avais dis concernant la Turquie, et je l’ai aussi affirmé lors de la réunion du Conseil sur la politique étrangère qui s’est tenue avant l’été, que cette dernière est une puissance nerveuse. Elle est caractérisée par une multitude de contrastes et de contradictions de nature religieuse, sociale, ethnique et les régions avoisinantes sont le théâtre d’agitations et de conflits armés. Je me réfère notamment à la Syrie et à l’Irak.
Et tous ces problèmes rendent le gouvernement de la Turquie nerveux. L’objectif de la politique étrangère grecque est de ne pas laisser cette nervosité gagner sa politique étrangère.

Deuxièmement, il y a en Turquie des puissances révisionnistes. Et par cela on entend, dans les relations internationales, les puissances qui veulent changer le statu quo et, même les accords internationaux.

Il existe dans une certaine mesure en Turquie des puissances qui se sont exprimées à travers une série de déclarations du Président lui-même de la Turquie, lesquelles souhaitent ardemment la révision des accords du 20e siècle qui ont défini les frontières mêmes de la Turquie après la chute de l’empire ottoman.

A mon avis, c’est une erreur de leur part de contester le Traité de Lausanne et en agissant ainsi ils ne pensent pas à la Grèce en ce moment – ils pensent toujours aux questions de l’Egée bien évidemment – mais à Mossoul, ville qu’ils revendiquaient depuis le 20e siècle, et à leur nécessité urgente –entre guillemets – de participer au bloc occidental et aux plans pour reprendre Mossoul.

JOURNALISTE : Ce qui passe à Mossoul ces derniers jours est évident, avec l’attitude de la Turquie…

Ν. ΚΟΤΖΙΑS :  Dans les régions où se trouvent les grandes réserves de pétrole et les populations d’origine turque. Et, bien évidemment, cela est aussi lié à un effort visant à éviter la création d’une zone  s’étendant de l’Irak jusqu’en Syrie et de la Syrie jusqu’en Méditerranée, qui servirait de plaque tournante permettant le transit de grands gazoducs et oléoducs, en contournant ainsi la Turquie, en dépit du fait que le point de départ de ces pipelines est situé à l’ouest de la Turquie. Car jusqu’à présent tous les pipelines, à l’exception d’un seul, sont acheminés vers l’Europe à travers la Turquie.

Toutefois, si l’Irak et la Syrie sont reconstruits et deviennent deux Etats fonctionnels et intégrés dans le système international et, de plus, si une zone centrale est construite dans cette région, il est évident qu’il y aura des routes alternatives pour ces pipelines et cela rend encore plus nerveuse la Turquie.

Permettez-moi de dire qu’il faut adopter une approche modérée et non exagérée.  Je vois souvent l’opposition agir comme si elle était l’arme au pied. Dans le même temps, on ne doit pas sous-estimer l’importance que revêt ce genre de révisionnisme. Il faut, comme je dis toujours, garder notre calme et faire preuve de retenue et de détermination.

Il ne faut pas assumer une telle responsabilité, c’est-à-dire, il ne faut pas donner aux groupes qui sont en conflit à l’intérieur de la Turquie la possibilité de percevoir la Grèce comme l’ennemi commun.

JOURNALISTE : Pensez-vous que les prises de position de la Turquie ces derniers temps  ont comme objectif dans une certaine mesure de mettre en danger l’accord entre l’Union européenne et la Turquie sur la question des réfugiés ? Car les Turcs essayent actuellement  d’atteindre divers objectifs à travers la question des réfugiés.

Ν. ΚΟΤΖΙΑΣ :  Les Turcs sont toujours méfiants à l’égard de l’Union européenne. Ils s’inquiètent à l’idée que cette dernière ne mette pas en œuvre l’accord et, deuxièmement, qu’elle ait toujours en tête d’utiliser cet accord comme moyen de pression de la politique européenne vis-à-vis de la Turquie.

D’autre part, au sein de l’Union européenne, il y a certains Etats, comme je l’ai affirmé dans une interview que j’ai récemment accordée, qui pensent ou espèrent que cet accord ne sera pas mis en œuvre ou qui veulent que l’accord ne soit pas mis en œuvre, car en réalité, ils étaient dès le début opposés à ce genre d’accord.

La politique étrangère grecque doit éviter que la Turquie annule cet accord et elle ne doit pas permettre aussi que certains pays européens révoquent une décision commune.

JOURNALISTE : Que pensez-vous des réunions au sommet qui se tiennent ces derniers temps – et elles sont assez fréquentes -  des réunions des ministres des Affaires étrangères, de vos homologues, auxquelles vous participez vous aussi bien évidemment, sur la question syrienne ? Car nous constatons, du moins ceux qui suivent de près l’actualité internationale, une certaine nervosité, notamment dans les relations entre la Russie et les Etats-Unis, et je ne perçois pas de volonté particulière en faveur de l’atteinte d’une solution substantielle à cette question.

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Tout d’abord, vous avez raison et je vous remercie de l’avoir constaté.  Nous avons aussi en tant que gauche européenne, un problème, à savoir nous n’avons pas réussi à développer en Europe un mouvement contre la guerre. Nous avons concentré tous nos efforts sur le problème majeur des réfugiés  et de l’immigration économique tandis que la lutte contre la guerre ne fait pas partie de notre politique et de nos actions. La cause de la question des réfugiés et des nouveaux flux migratoires est la guerre, en Syrie, en Irak et en Libye, et c’est pourquoi je voudrais signaler deux choses.

Nous œuvrons constamment en faveur de la stabilité et de la sécurité dans la région, mais aussi en Egypte, indépendamment du régime établi dans ce pays. Nous soutenons la mise à disposition de fonds de la part de l’ONU et de l’UE, pour le Liban et la Jordanie afin de mettre en place les cinq zones industrielles convenues pour retenir les réfugiés près de la Syrie.

Pour ce qui est de la question syrienne, il y a un an, j’avais dis lors d’un Conseil européen que la Syrie rappelle la chanson « Everybody loves somebody » mais d’une mauvaise façon puisque chacun  bombarde l’autre.

Neuf pays différents sont impliqués et bombardent le même pays. Quel est le résultat de ce bombardement multilatéral et diversifié ? Les choses sont très simples. Il n’y a pas de fin à la guerre civile. Pourquoi ? Car une guerre civile, comme l’histoire l’a montré, prend fin pour deux raisons.

Premièrement, parce que l’une des parties impliquées n’a pas des ressources suffisantes pour poursuivre la guerre civile et deuxièmement, parce que l’une des parties, soutenue par une fraction de la population, se fatigue et abandonne le combat. Mais ici en Syrie on assiste au phénomène suivant : les ressources sont, dans une certaine manière, inépuisables, car les acteurs étrangers approvisionnent constamment la Syrie en armes, en munitions, etc.

Et deuxièmement : en dépit du fait que la société syrienne est dans un état de fatigue et a subi des destructions, les ressources humaines ne sont pas épuisées, car il y a des troupes en provenance de pays tiers ou des « combattants » terroristes issus de nombreuses régions de l’Occident qui rejoignent la Syrie.

Par conséquent, il y a un flux constant de ressources, comme on a coutume de dire dans le contexte des relations internationales – qui ne s’arrête pas, même si cela devrait  normalement être le cas. Par conséquent, il nous faut une politique contre la guerre qui soit rationnelle, une politique qui conduira à la cessation des hostilités entre les différentes parties. Malheureusement, les parties impliquées, n’assument pas  de manière tangible leur responsabilité à l’égard des vies humaines.

Nombreux sont ceux qui parlent d’une guerre qui a commencé au nom de la protection des droits de l’homme. Mais comment peut-on parler de droits de l’homme à l’heure où 350 000 à 400 000 personnes ont perdu la vie et où 12 à 14 millions de personnes ont perdu leur foyer et se sont vues obligées de fuir la région où elles habitaient ? On assiste ici à une totale dissolution des sociétés et de la notion des droits de l’homme.

JOURNALISTE : Je pense que les masques sont tombés. Je me réfère à ce que les occidentaux qualifiaient de printemps arabe.

Ν. ΚΟΤΖΙΑS :  Je n’éprouve aucune sympathie pour ces régimes, ni pour la façon dont l’Occident est intervenu : le plus important maintenant, parallèlement à la lutte et à notre soutien à la question des réfugiés et à l’immigration économique, est de faire cesser la guerre en créant un mouvement contre la guerre.

Force est de rappeler qu’au-delà de la lutte héroïque menée par les peuples du Vietnam, du Cambodge et du Laos qui ont obligé les trois grands empires,  la France, la Grande Bretagne et les Etats-Unis, à quitter l’Indochine, le mouvement contre la guerre a aussi joué un rôle majeur, un mouvement qui à l’intérieur des Etats-Unis a paralysé la capacité des puissances belliqueuses à  recueillir les voix nécessaires au sein du Congrès.

Nous avons besoin d’un mouvement contre la guerre en Occident et en Grèce aussi.

JOURNALISTE : Et c’est sur ces mots que nous finissons notre entretien. Monsieur le ministre nous vous remercions de cette interview. Je vous souhaite bonne journée.

Ν. ΚΟΤΖΙΑS :  Et à vous aussi.

JOURNALSITE : Merci.