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G. Katrougalos, ministre délégué aux Affaires étrangères, et ses six homologues européens plaident pour une Europe plus sociale (texte original paru dans le Huffington Post)

lundi, 20 mars 2017

«Il y a soixante ans, les peuples d'Europe ont jeté les bases de l'Union européenne, l'une des institutions les plus abouties au service de la paix, la démocratie, la liberté, la prospérité et la solidarité. L'Europe a eu plus que sa part de réussite. Il y a de nombreux motifs de fierté et beaucoup à célébrer, mais rien de tout cela ne peut être considéré comme acquis. Et aucune des réalisations de l'Europe n'est parfaite.

Notre monde change considérablement. Le nationalisme se propage. Les tensions populistes resurgissent. Absorbés par les intérêts nationaux, nous risquerions de perdre de vue les priorités communes et la solidarité entre Etats membres. L'Union européenne est parfois perçue comme incapable de faire face aux grands défis. La confiance des électeurs européens s'érode, et les fondations même de notre communauté sont remises en cause.

C'est pourquoi nous sommes à la croisée des chemins. Nous ne parviendrons à relancer l'Union européenne qu'en nous orientant maintenant vers une Union plus sociale, plus juste, davantage fondée sur des valeurs. En tant que ministres des affaires européennes de partis progressistes, nous nous sommes dressés pour la démocratie, la solidarité et les droits fondamentaux. Ces valeurs sont au cœur de notre identité européenne et sont les fondements sur lesquels nous devons construire. La confiance ne peut être rétablie qu'en portant une exigence d'égalité réelle, d'équité et de justice sociale en Europe pour tous les citoyens. Le progrès social doit toujours être synonyme de convergence par le haut.

Après des années de stagnation économique, il nous faut tout d'abord relancer nos économies de manière durable sur le plan environnemental et social, en tenant compte de la transition numérique. Progressistes européens, nous avons déjà poussé à davantage d'investissements, mais aussi à une approche économique plus équilibrée qui ne vise pas seulement l'assainissement budgétaire mais également le soutien à la croissance. Nous continuerons à agir dans ce sens, à favoriser une convergence sociale et économique vers le haut à la fois entre les Etats membres et en leur sein, ainsi qu'à soutenir une croissance inclusive. Nous lutterons pour davantage d'équité, en particulier de justice fiscale, et nous ne cesserons de nous attaquer à l'évasion et la fraude fiscales. Nous redoublerons d'efforts pour faire de l'euro un moteur de croissance et de convergence dans l'Union européenne par une réforme de l'union économique et monétaire.

Il est grand temps de faire de notre Union européenne une union sociale, avec des droits des travailleurs renforcés, une véritable égalité femmes-hommes, des emplois sûrs et des revenus garantis, et des mesures fortes pour lutter contre le chômage des jeunes, l'inégalité entre les salaires et les disparités de niveaux de vie et de protection sociale. Nous voulons un salaire minimum dans tous les Etats membres, tout en respectant les pratiques nationales et le rôle des partenaires sociaux dans chaque pays. Nous devons travailler étroitement avec ces partenaires sociaux pour développer une protection sociale et un Etat social qui répondent aux besoins d'économies en évolution rapide. Et nous ne devons plus tolérer le dumping social, où qu'il se produise. Pour toutes ces raisons, nous voulons qu'un pilier social fort de l'Union européenne soit incorporé dans la déclaration de Rome et nous avons lancé la préparation du grand sommet social qui réunira les dirigeants européens en novembre prochain en Suède.

Les droits sociaux et l'inclusion dans l'Union européenne ne sont pas des variables d'ajustement: ils doivent être au cœur du marché unique. La promesse de l'Union européenne, sans équivalent, est celle d'un modèle qui associe croissance économique et protection sociale. Nous avons besoin de plus de cohérence dans nos politiques pour tenir cette promesse. Cela implique de développer encore le marché unique, de réformer nos économies, de consolider les budgets publics mais en tenant toujours compte de l'impact social et en veillant à ne pas nous écarter des objectifs que nous nous sommes fixés.

Par exemple, nous n'avons pas encore atteint notre objectif d'un taux d'emploi de 75%, pas plus que nos objectifs d'investissement dans la recherche et l'éducation ou de réduction des inégalités femmes-hommes ni d'abaissement du taux de pauvreté. En tant que progressistes, nous continuerons de pousser vers le rééquilibrage des politiques européennes pour prioriser la protection sociale et les droits sociaux.

L'Europe doit agir sans relâche pour défendre la démocratie et de l'état de droit, sur notre continent comme ailleurs. Si des violations sont confirmées, cela doit avoir des conséquences. Plus encore, nous devons être à l'avant-garde sur ces sujets, surtout au moment où l'action internationale en matière de changement climatique, de développement durable et de sécurité est mise à mal par des tendances isolationnistes. Une Europe de progrès doit fixer ses propres standards et exiger le même niveau de ses partenaires.

Il nous faut aussi agir face à la crise des réfugiés. L'Europe a toujours été un continent de migrations. Nous sommes déterminés à défendre nos valeurs, comme nous l'avons toujours fait, par une politique d'asile européenne humaine, forte et efficace comportant des mécanismes équitables de partage des responsabilités. Nous devons également travailler avec nos voisins et nos autres partenaires pour nous attaquer aux racines profondes des migrations, et ne pas nous contenter de gérer leurs conséquences. Parallèlement, il est essentiel de renforcer le contrôle de nos frontières extérieures communes avec le nouveau corps européen de garde-frontières.

La sécurité des citoyens européens est une priorité absolue, qui ne peut être garantie que grâce à la coopération et à la transparence. La meilleure solution est une approche commune, en particulier en ce qui concerne la lutte contre le terrorisme international. Nous devons aussi nous battre pour protéger ce qui compte dans nos sociétés - la tolérance, l'ouverture et les droits humains - contre ceux qui veulent y porter atteinte.

Une chose est sûre: l'Europe de demain ne sera pas la même. Les nouveaux défis communs tels que les changements géopolitiques, la numérisation et la transition écologique, appellent de nouvelles solutions communes. Ces nouveaux défis ne doivent pas nous faire peur si nous restons unis.

Mais nous observons qu'il y a différents niveaux d'ambition pour permettre à l'Union européenne de relever ces défis. Les règles du jeu sont claires: nous avons un traité qui s'applique à tous et qui dans le même temps laisse la possibilité aux Etats membres qui le souhaitent de travailler plus étroitement ensemble si un problème particulier peut être mieux résolu de cette façon. Nous sommes convaincus que la construction de solutions communes et des résultats concrets sont la meilleure réponse à apporter aux critiques actuelles vis-à-vis de l'Europe.

Les tendances nationalistes actuelles ne résoudront aucun de ces défis. L'Union européenne est notre réponse à ce monde globalisé et nous la défendrons contre toutes les menaces actuelles et futures».

Signataires:

Harlem Désir, Secrétaire d'Etat français chargé des Affaires européennes

Sandro Gozi, Secrétaire d'Etat italien chargé des Affaires européennes

Carmelo Abela, Ministre maltais de l'Intérieur et la Sécurité nationale

Giorgos Katrougalos, Ministre grec délégué aux Affaires européennes

Margarida Marques, Secrétaire d'Etat portugaise chargée des Affaires européennes

Tomáš Prouza, Secrétaire d'Etat tchèque chargé des Affaires européennes

Michael Roth, Ministre adjoint allemand chargé des Affaires européenne