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Point de presse du ministre des Affaires étrangères, N. Kotzias aux journalistes accrédités auprès du ministère des Affaires étrangères (Athènes, 15.12.2017)

vendredi, 15 décembre 2017

N. KOTZIAS : C’était une semaine bien remplie. Lundi, comme vous le savez, nous étions au Conseil des ministres des Affaires étrangères de l’Europe. Mardi – mercredi nous avions la visite de mon homologue arménien, avec lequel nous avons conclu d’importants accords.

Mercredi soir et jeudi, nous avions la ministre des Affaires étrangères de la Colombie, laquelle devait rencontrer ce matin des hommes d’affaires ainsi que l’Association des Armateurs.

Aujourd’hui nous avions M. Hahn, je vais vous en parler tout de suite. Lundi, nous avons la visite du ministre des Affaires étrangères d’Afghanistan car l’Afghanistan ouvre une nouvelle ambassade tout comme Antigua-et-Barbuda et ma collègue colombienne m’a dit que son pays ouvrira également une ambassade.

Tous les jours nous avons la visite d’un ministre des Affaires étrangères différent, de nouvelles ambassades ouvrent en Grèce, mardi nous aurons une rencontre bilatérale avec l’Italie et je le plaisir d’annoncer que de nombreuses demandes de participation à toutes nos initiatives internationales nous sont parvenues.

Ainsi, par exemple, concernant la Conférence de Rhodes sur la sécurité et la stabilité, outre les membres participant, 7 membres européens et 12 membres arabes sont venus s’ajouter à la liste et l’ARYM, notre voisin au nord, a accepté notre invitation et il sera le 8e pays européen à participer, ainsi que la Palestine.

Par ailleurs, l’Indonésie, le Vietnam et la Colombie ont demandé à être observateurs, ce que j’ai accepté, pour voir ce processus que nous mettons en œuvre pour un nouvel accord de paix et de stabilité dans la région. J’aimerais donc dire que ce sont des phénomènes tout nouveaux pour la politique étrangère grecque, que de grands pays acceptent d’y participer en tant qu’observateurs seulement.

Hier, nous avons eu une discussion au Parlement au sujet d’Erdogan, vous l’avez sans doute vu. Je pense que la prise de position était très claire. Vous pouvez demander ce que vous voulez.

S’agissant de M. Hahn, je voulais vous dire que nous avons eu une discussion tout aussi intéressante que productive. Son portefeuille, comme vous le savez, est l’élargissement et en cette période nous nous intéressons surtout à l’Albanie et à notre voisin au nord à Skopje. J’ai de nouveau souligné et convenu que tous les critères en vue de l’adhésion doivent être remplis.

Je l’ai informé de l’état d’avancement de la négociation avec l’Albanie et comme vous le savez nous avons eu des discussions et négociations qui ont duré trois jours – voire quatre car il y avait aussi une partie de la journée du dimanche – en Crète avec mon ami, M. Bushati, une personnalité exceptionnelle et nous poursuivrons nos discussions les 19 et 20 janvier à Korçë, à 2 heures environ de Thessalonique d’où nous partirons en voiture.

J’espère que nous clôturerons les questions abordées. Je suis optimiste, quoi que réservé, mais je pense que nous voulons tous que l’ouverture de la négociation d’adhésion avec l’Albanie de la part de l’Union européenne ne fasse pas perdurer ces questions ou que celles-ci ne constituent pas un obstacle. Nous voulons que les problèmes existant depuis longtemps soient résolus ou que les accords passés soient appliqués concrètement en fonction des exigences d’aujourd’hui.

De manière générale, nous espérons que toute cette procédure aboutira à un pacte d’amitié entre la Grèce et l’Albanie. Ou pour le dire plus justement, que nous renouvellerons celui de 1996.

Nos discussions portent sur toute une série de questions, un bon travail de préparation est effectué. Les équipes que nous avons mises sur pieds en vue d’une coopération en décembre sont d’ores et déjà en route. Nous constatons une volonté certaine des deux parties.

Je pense que le slogan selon lequel « l’histoire ne doit pas être notre prison, mais notre école » portera ses fruits dans la pratique.

Notre souhait est de résoudre les problèmes et dès lors que nous les aurons résolus, nous serons des partisans fervents du parcours d’adhésion de l’Albanie à l’Union européenne. Les problèmes qui nous divisent ne sont pas insurmontables au point de ne pouvoir être résolus.

Ce qui par ailleurs intéresserait beaucoup M. Hahn d’entendre de notre part, ce sont les négociations sur le nom menées sous la responsabilité de M. Nimetz ainsi que les conséquences de celles-ci.

M. Vassilakis faisait partie de notre équipe de négociation, laquelle vient de rejoindre une jeune ambassadrice brillante, Mme Sofia Grammata et une dame qui accompagnait la délégation du côté du pays ami.

La discussion devait avoir lieu lundi et mardi, mais cela n’a pas été possible en raison du mauvais temps. En effet, la délégation n’a pu décoller de Skopje pour se rendre  à Bruxelles. Elle a dû faire le trajet Skopje – Vienne, Vienne – Francfort et de Francfort elle a pris le train – j’ai déjà fait ce trajet plusieurs fois -, cela fait 5h30 – 6h00. Par conséquent, elle n’est arrivée que mardi matin.

Si je dis cela c’est parce que j’ai été très surpris de lire lundi les résultats d’une discussion qui n’a jamais eu lieu. Et d’ailleurs certains insistent à évoquer des négociations et des résultats et s’il n’avait pas été question de mauvais temps, ils persisteraient à dire la teneur même de la négociation. Le mauvais temps a juste gâché ce qui avait été préfabriqué.

Nous sommes en faveur du parcours européen que souhaite le peuple du pays ami et nous le soutiendrons. Nous devons résoudre deux choses. Premièrement, mettre en place de nouvelles mesures de confiance, et je ne parle pas seulement des mesures économiques. Il y a le grand projet à Prespès, mais aussi les indications montrant que l’irrédentisme n’est pas un outil nécessaire de la politique étrangère ou de la politique intérieure dans le pays ami.

Et nous voulons discuter des questions liées au nom. Ces questions, comme vous le savez, concernent principalement le type de nom, l’extension de son usage, les acronymes, les dérivés. S’agissant de ces derniers, nous avons les dérivés commerciaux qu’aucune négociation ne pourra résoudre maintenant car c’est une question d’ordre technique. Nous avons une étude élaborée par des professeurs d’université, ce sont deux livres en fait et ces questions doivent être résolues par les autorités les plus compétentes, les chambres, les organismes de droits intellectuels, etc.

Et bien entendu la question du nom nous préoccupe beaucoup. Nos amis à Skopje sont fortement préoccupés par les questions d’identité. Je pense que nous pouvons trouver des solutions à toutes ces questions. À notre avis, nous ne devons pas laisser ces problèmes perdurer. Si nous le voulons et tant que faire se peut, nous devons les résoudre le plus rapidement possible de façon productive et laisser derrière nous tout ce qui a gâché notre relation dans le passé.

Voilà brièvement ce que j’avais à dire. Je voulais faire une petite déclaration mais je me suis dis que puisque vous êtes tous là et que c’est bientôt Noël, nous allons également en Italie pour des discussions intéressantes, vous avez sans doute entendu ce que j’ai dit hier au sujet des ZEE, que nous entendons parvenir à un accord à ce sujet. Nous n’avons pas besoin de conclure tout d’un seul coup. Nous discutons avec l’Egypte, nous avons l’accord avec l’Albanie et nous recherchons un moyen de le mettre en application. Nous avons bien progressé avec l’Italie et je pense que ce voyage nous mènera au bout du chemin. Mais ce n’est pas le principal ou seul sujet de notre réunion, bien sûr.

JOURNALISTE : Donc le voyage en Italie concerne les ZEE ?

N. KOTZIAS : J’ai dit que ce n’est pas notre seul sujet de discussion, mais comme je l’ai dit hier devant le Parlement, je ne suis pas d’accord avec l’approche selon laquelle nous devons délimiter toutes les ZEE et les zones côtières d’un seul coup car cela a mené au fait que, 30 ans plus tard, nous n’avons abouti à rien. De 1986 à aujourd’hui – 31, voire presque 32 ans plus tard. Il est préférable de soutenir une à une nos positions et de les étendre.

JOURNALISTE : Monsieur le ministre, l’année dernière M. Hahn avait publié les conclusions de la Commission sur la question de l’élargissement mais la communication d’informations aux membres du Conseil des ministres des Affaires étrangères  - qui s’est réuni quelques jours plus tard – était très incomplète. Avez-vous attiré son attention à ce sujet pour éviter qu’il ne reproduise la même erreur ?

N. KOTZIAS : S’agissant de l’élargissement, la Commission a des critères limités pour ce qui est de certains pays. Lorsque le rapport de la Commission est parvenu au Conseil, nous avons ajouté les critères nécessaires. Par exemple, le rapport sur l’Albanie a seulement soulevé la question judiciaire mais cela a été complété avec un total de cinq questions qui sont les vraies questions.

Nous voulons que l’Albanie résolve ces problèmes. Nous voulons contribuer à leur résolution et nous voulons que nos relations se développent. Vous savez, il y a certains pays qui initialement n’avaient pas soulevé ces questions, mais qui y réfléchissent de nouveau de manière sévère – bien plus sévèrement que nous y avions réfléchi.

JOURNALISTE : Vous parlez d’un veto ?

N. KOTZIAS : J’ai dit ce que j’avais à dire.

JOURNALISTE : M. Hahn a publié un tweet sur son compte, qualifiant la Grèce d’un partenaire clé dans la question de l’élargissement. Un commentaire à ce sujet ? Cela nous a fait très bonne impression.

N. KOTZIAS : Je pense que M. Hahn reconnaît et atteste d’une réalité, à savoir que le rôle de notre politique étrangère est revalorisé et actif et nous n’attendons pas passivement que les grands pays ou la Commission prennent des décisions. Athènes a un rôle actif et ce n’est pas le seul domaine dans lequel nous avons un tel rôle à jouer.

JOURNALISTE : Dernièrement nous observons aussi bien à Athènes qu’à Skopje un certain optimisme concernant la question du nom. C’est d’ailleurs ce que vous aviez dit lors de la précédente conférence de presse, à savoir que cette question peut et doit être résolue au premier semestre de l’année 2018. Aujourd’hui, après la première rencontre avec M. Nimetz, êtes-vous personnellement optimiste ?

N. KOTZIAS : Je pense que nous devons être un peu plus rapides dans les procédures de négociation, que cela ne s’éternise pas. Autrement dit, la décision de l’équipe était d’organiser la prochaine réunion à la fin du mois de janvier. Cette date me semble trop éloignée.

Nous avions dit novembre au début, puis les négociateurs sont tombés malade, ce qui nous a conduits à décembre, puis fin janvier, ce qui veut dire que nous nous revoyons trois mois plus tard. Si l’on continue ainsi, les objectifs qu’ils se sont eux-mêmes fixés deviendront plus difficiles à atteindre.

JOURNALISTE : Avez-vous peur de quelque chose ?

N. KOTZIAS : Je n’ai jamais eu peur dans ma vie. Cela est bien connu. Je n’ai aucune raison d’avoir peur de qui que ce soit ou de quoi que ce soit.

JOURNALISTE : Le premier ministre Zaev a accordé une interview à l’Agence de presse athénienne et a dit qu’il espérait et planifiait de venir à Athènes. Avez-vous une information à ce sujet de la part du cabinet du Premier ministre ?

N. KOTZIAS : Je pense que notre Premier ministre est toujours ouvert pour rencontrer, lors des fora internationaux, les leaders des autres pays et notamment de nos voisins au nord, mais une visite officielle normale peut se faire une fois que nous aurons avancé dans les négociations.

La rencontre doit revêtir un sens et avoir une substance, même si nous ne disons pas tout publiquement. Car il y a certaines choses que vous devez aborder avec quelqu’un. Mais les choses doivent avoir avancé pour faire des réunions. Autrement dit, si vous voyez qu’une rencontre officielle est annoncée, cela voudra dire que d’importants pas en avant ont été faits.

JOURNALISTE : (Hors micro).

N. KOTZIAS : J’ai dit, lorsque la procédure de la négociation sera terminée, que cela prend deux – trois mois pour que cela soit certifié par l’ONU et que les demandes de notre pays ami parviennent aux organisations internationales. Car 2019 est un cycle électoral. Il faut donc que d’ici l’été, je ne dis pas forcément dans six mois, cela peut être sept ou huit mois, nous ayons résolu cette question. Si nous ne le faisons pas, en 2019 cela ne sera pas possible, ce qui nous mène à 2020. Ce sera donc reporté.  Je n’ai jamais dit que nous devons la résoudre maintenant, mais s’ils veulent que nous résolvions cette question et que s’ouvre la procédure de négociation de l’UE, cela doit se faire maintenant.

Ce que je dis toujours et que j’ai répété à M. Nimetz lors de mes dernières rencontres et à M. Hahn également c’est que le gouvernement et moi-même mettions la main sur le cœur et disions « Nous voulons une solution ». Qu’ils y répondent eux-aussi avec la main sur le cœur. Car si nous voulons une solution, c’est une question de décision. Ce n’est pas une question de trouver la juste formulation ou encore un quelconque secret. Ou encore qu’un professeur vienne avec une idée fantastique. À la table des négociations, tout le monde sait quelles sont les questions, leurs méthodes de résolution et leur contenu.

Par conséquent, je pense que nous devons le faire très vite. Mais cela dépend d’autres facteurs également. Notamment de l’état d’esprit de ces pays, de la détermination de leurs directions à parvenir à un compromis. C’est pourquoi, comme vous avez pu le voir, je souligne toujours le fait que cette culture qui est la culture européenne et celle de notre civilisation, est la culture du consensus, du compromis, des bons et non des mauvais compromis, pour que toutes les parties puissent sortir gagnantes. Et surtout que nous puissions nous échapper de cette prison de l’histoire. Je pense que cela sera bien. Encore un autre bon compromis.

Nous ne ferons pas de mauvais compromis et je pense que l’autre partie également ne le veut pas.

JOURNALISTE : J’aimerais savoir si la question de l’élection du mufti à Thrace a été soulevée à un moment donné lors de la visite du Président Erdogan ?

N. KOTZIAS : Nous ne discutons pas de ce genre de questions avec M. Erdogan. Je dirais que pour la première fois M. Erdogan – et j’estime que cela est exceptionnel en ce qui concerne Thrace – a admis les choses suivantes :

Tout d’abord, il a admis qu’il y a une population musulmane qui n’est pas d’origine turque, mais ce sont des Pomaques et des Roms. Et d’ailleurs, j’ai le sentiment – je ne peux pas vous dire les chiffres car je ne suis pas venu parler de cela – que les Roms représenteront la majorité de la population musulmane du nord de la Grèce dans deux décennies. Il est donc très important qu’il l’admette car il reconnaît que les Roms n’ont aucun rapport avec tout ce qu’il aurait aimé dire.

Deuxièmement, il y a la déclaration selon laquelle la Turquie comprend et accepte le fait que la question de la minorité musulmane est une question interne et que personne ne peut jouer le rôle de protecteur de la minorité musulmane et c’est pourquoi il a dit : « Nous n’exprimons pas une position politique, mais nous adressons une demande émanant de l’intérêt que nous avons de manière générale pour les populations musulmanes ».

Je pense que ces deux positions étaient particulièrement bonnes et son attitude, de ce point de vue, était particulièrement bonne. Pas pour le tout mais de ce point de vue, car la dernière fois que M. Erdogan était venu en Grèce il avait fait quatre discours sans que cela n’ait été convenu, les Turcs étaient venus d’Istanbul, même le secrétaire de son parti, l’AKP était à Komotini. Cette fois-ci il n’y a pas eu de telles mobilisations, c’est la raison pour laquelle nous n’avons pas vu ces importantes foules, si vous regardez les photos de 2004 c’était autre chose.

Par ailleurs, dans les choses positives, il y a le fait qu’il n’a pas été visiter des villages à population majoritairement musulmane, comme il l’avait fait la dernière fois, il s’en est tenu au programme et c’est pourquoi nous n’avons pas eu ces quatre heures de retard que nous avions en 2004. Je pense que, comme l’opposition a dit que ce que ferait Erdogan à Thrace serait le critère sur la base duquel serait jugée sa visite – elle l’a dit avant que tout ne commence –cette visite s’est avérée être la visite officielle la plus coordonnée et la plus avisée qu’une personnalité politique turque n’ait faite à Thrace.

Et ce, parce que parfois l’on me demande « Mais pourquoi vont-ils à Thrace ? », ma réponse est que nous n’avons pas peur, ni n’avons quelque chose à cacher. Nous sommes fiers du fait que la population musulmane à Thrace prospère – en dépit des nombreuses difficultés et des mesures sociales, économiques et autres qui sont requises – et se développe, contrairement à ce qui s’est produit avec la communauté grecque à Istanbul pendant les années ’50. Je l’ai dit moi-même ainsi que le Premier ministre à M. Erdogan en personne.

JOURNALISTE : Je vais m’en tenir un peu à la visite Erdogan. Vous avez dit hier au Parlement que le seul changement était l’interview qu’il n’a pas accordée à l’agence de presse athénienne mais à « Skaï » et il y a eu une intervention – comme vous l’avez dit – du producteur turc. Avez-vous été informé de ce fait par l’autre partie ou bien vous-êtes vous basé sur des articles publiés ?

N. KOTZIAS : Nous avons eu un débat au Parlement sur la question de savoir si cette visite avait été préparée et assortie d’un agenda et j’ai fait une comparaison. J’ai dit que la précédente visite n’avait pas été préparée – je leur ai lu les télégrammes de l’époque – et l’agenda n’avait pas été respecté.

Ici, il y a eu préparation et agenda. Mais il y a eu un changement qui en fait a rompu l’accord. Et quel était ce changement ? Alors qu’il avait été convenu que le Premier ministre grec accorde une interview à Anadolu et le Président turc à l’Agence de presse athénienne, la première partie de l’accord a été respecté, mais pas la seconde.

Selon les informations recueillis, le Président de la République turc aurait, dans l’avion qui faisait le trajet Thrace - Thessalonique, réalisé avoir fait une erreur d’écouter certaines personnes. J’ai transmis cela comme une information provenant de ces sources. Il ne me l’a pas dit à moi, mais la question reste entière, à savoir comment et pourquoi le président Erdogan n’a pas respecté l’accord.

Pour plus de précisions : je ne reproche à personne de lui avoir fait une interview, mais cette question est un fait. Je n’émets aucune appréciation, mais le fait est qu’il a rompu l’accord. Et pourquoi l’a-t-il rompu ? Car personne ne s’attendait à ce que l’accord soit rompu sur ce point, mais plutôt sur un autre : par exemple qu’il n’irait pas dans les villages de Thrace prononcer un discours. Il a été discipliné sur cette question, une question difficile.

Les Turcs ont donné cette explication. Je ne reproche rien au journaliste, pour être clair, mais la question demeure. Pourquoi y avoir une tentative de revirement  sur la question de savoir, si la visite a été programmée et planifiée (?) – ce qui s’est avéré être le cas pour nous – alors que cela n’a pas été le cas pour ceux qui nous critiquent.

JOURNALISTE : Monsieur le ministre, ces derniers temps vous-mêmes et le ministre de la Défense nationale, M. Kammenos êtes la cible de critiques de la part de journalistes et groupes médiatiques.

Pouvez-vous nous faire un commentaire et pour quelle raison pensez-vous que cela se produit ? Car les attaques dont vous êtes la cible sont pour le moins…

N. KOTZIAS : …idiotes si je puis m’exprimer ainsi. J’ai l’impression que l’opposition prévoyait à un moment donné d’envisager le gouvernement comme une parenthèse, un gouvernement qui ne resterait au pouvoir que deux-trois mois.

Ces deux-trois mois sont devenus six, douze, deux ans et trois ans en janvier. Et tout porte à croire que cela va durer. Donc, ils essaient de trouver d’autres moyens de porter atteinte ou de casser la majorité gouvernementale et c’est dans ce contexte-là je pense qu’ils s’attaquent à M. Kammenos.

Par ailleurs, l’opposition a vu une série de sondages montrant que la politique étrangère actuelle jouit d’un grand prestige auprès du peuple grec et dans les lignes mêmes de l’opposition, notamment parmi sa mouvance patriotique. Elle veut entraver cela. Et donc la politique étrangère fait de moi une cible également.

Le troisième point est qu’elle a des difficultés à faire une politique d’opposition crédible et a recours à des fabrications. En d’autres termes, j’ai observé le processus suivant : il n’y a pas de scandale et du point de vue juridique – je ne suis pas avocat, mais j’ai un doctorat en droit constitutionnel – il n’y a pas de scandale sans transaction économique.

Deuxièmement, il a basé ce scandale sur une source qui s’est avérée ne pas être la source. En fait, cette source provient du camp de la Nouvelle Démocratie. Elle n’était pas la source telle qu’elle apparaissait initialement à travers le gouvernement de l’Arabie saoudite ou de la famille royale. C’était un Grec qui a travaillé avec le ministère saoudien des Finances. Lorsqu’ils ne voulaient plus travailler avec lui, il a été en Grande-Bretagne. Il a estimé qu’il était dans son intérêt professionnel de retourner en Arabie Saoudite, mais il était loin d’être l’informateur secret que demande un Conseil ministériel.

Et je n’aurais pas fait des recherches à ce sujet si cela ne m’avait pas paru stupide d’entendre que la famille royale d’Arabie Saoudite demande ce qu’elle veut à différents étrangers. Quiconque est familier avec la diplomatie sait qu’une telle chose n’arrive pas.

Nous avons demandé aux autorités et personnes compétentes du pays et ils ont répondu que « cela n’arrive pas ». En tout état de cause, un soi-disant scandale a été fabriqué de toutes pièces et une fois qu’eux-mêmes sont profondément convaincus qu’il s’agit d’un scandale, ils se demandent qui en est responsable.

S’agissant d’Erdogan, la même chose s’est produite. Un soi-disant échec de sa visite a été inventé avant même que celle-ci ne débute. Autrement dit, nous avons à faire ici à des capacités prophétiques de l’opposition. Une fois que l’opposition était convaincue que la visite réussie était un échec, elle devait rechercher le responsable de cet échec.

C’est une sorte d’opposition qui n’a aucun rapport avec la politique, mais avec la psychologie, les psychanalystes – je le dis très sérieusement. Les attaques dont j’ai été la cible se basaient sur l’argument selon lequel M. Kammenos – et ils m’ont lié à M. Kammenos – a critiqué le troisième secrétaire – qui est un grade au-dessus de l’attaché – à Ryad et moi je n’ai pas défendu l’employé du ministère des Affaires étrangères, comme j’aurais dû le faire.

Ce que j’ai fait, et vous le savez, est que j’ai ordonné une enquête administrative sous serment (EDE) qui s’est achevée pas plus tard qu’hier et dont nous verrons les conclusions. J’ai également renvoyé l’affaire devant le Procureur. Comment puis-je juger les acteurs ? Mais ce que j’ai dit hier devant le Parlement et j’aimerais que vous le reteniez c’est que ces auteurs qui me critiquent parce que je n’ai pas défendu un troisième secrétaire qui est en poste depuis trois, quatre ans, ont insulté les hauts fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères.

La dernière insulte était dirigée contre notre Ambassadeur à Ankara. Ils ont dit de manière irréfléchie que ce dernier jouissait d’un traitement favorable de ma part. Je n’ai pas compris. Il s’agit d’un ambassadeur qui, comme je l’ai dit au Parlement hier, est resté à Belgrade pendant les attaques aériennes et dont l’attitude peut nous rendre fiers. Il s’agit d’un ambassadeur qui a été expédié au Pakistan pendant sept ans par des milieux ici au ministère et qui ne l’ont pas fait revenir. On parle d’un ambassadeur en Afghanistan, un ambassadeur qui nous vient avec une nouvelle ambassade, un ambassadeur qui a conçu les remarquables mesures de confiance et qui contribué pour la première fois au ministère des Affaires étrangères après des décennies à ce que des directives soient données à toutes les ambassades. Nous parlons d’un ambassadeur qui a fait ses preuves sur tous les plans, un ambassadeur qui n’est pas un jeune ambassadeur et je ne sais pas quoi d’autre… Et il n’est pas le seul à ne pas être défendu, la même chose s’est produite avec des ambassadeurs renommés qui n’appartiennent pas à notre parti.

Cela a commencé avec l’histoire de l’Ambassadeur, puis continué avec la théorie selon laquelle « le ministère savait tout ». La théorie selon laquelle « le ministère savait tout » a deux facettes. Premièrement, il y avait un scandale et nous étions au courant et le « savait tout » présuppose que je sois d’accord avec leurs inepties.

Et deuxièmement, ils ne voient pas que les télégrammes de l’ambassade de Ryad et les emails que j’ai lus pour la première fois dans la presse ne s’adressent pas au ministère. Ici nous avons à faire à un phénomène exceptionnel : je lis les emails et les télégrammes paraissant dans les journaux le 11 du mois de novembre par exemple, dans le quotidien TA NEA, je les lis dimanche 12. Je sors des négociations avec les Albanais, m’envole pour Bruxelles depuis Crète et là-bas je lis un email dans le journal TA NEA que je n’avais jamais vu de ma vie et je fais des recherches et ni moi, ni la direction A6 compétente ne sont les destinataires de ce courriel, ni même le ministère lui-même. Et ce n’est pas le seul document.

Vous comprenez bien que cela constitue en tout état de cause un problème. Car l’autorité chargée de la supervision à travers laquelle sont entreprises toutes les actions, conformément  à la Constitution, la loi, les statuts du ministère, est la direction compétente et le ministre. Qu’ils vérifient donc les télégrammes qu’ils ont entre les mains pour voir à qui ils sont adressés.

JOURNALISTE : Merci beaucoup.

N. KOTZIAS : Je vous remercie également.