Lundi, 20 Novembre 2017
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Réponse du ministre des Affaires étrangères, N. Kotzias, à une question parlementaire des députés de la Nouvelle Démocratie

mercredi, 08 novembre 2017

«1. Je passerai outre le caractère anti-institutionnel de cette pratique voulant que le destinataire de la question soit informé de sa teneur par la presse avant-même que celle-ci ne lui soit transmise en bonne et due forme par les services de la Direction du Contrôle parlementaire du Parlement hellénique.

2. S’agissant maintenant du fond de la question : Les violations de la Turquie ne cessent indéniablement de s’intensifier, ce qui augmente le risque d’un « accident » dans la région de l’Egée. Notamment les violations de l’espace aérien national, qui après une période de recul de trois ans, pendant la période 2011-2013, ont même dépassé, dès les premiers mois de l’année 2017, les niveaux de 2014, année qui a marqué leur nette augmentation. Force est de noter que des violations turques d’une telle intensité – bien qu’à plus petite échelle – ne s’étaient pas manifestées depuis la période 2008-2010. Les violations des eaux territoriales nationales sont également particulièrement préoccupantes, violations qui ont atteint leur taux le plus élevé de la dernière décennie. Cette augmentation des violations de la Turquie est bien entendu corrélée à la situation politique générale dans le pays voisin au lendemain du coup d’état raté du 15 juillet 2016.

3. Pendant cette même période, on a pu entendre des propos virulents teintés de relents révisionnistes propres à la politique qu’exerce la Turquie dans la région. La contestation du Traité de Lausanne est un exemple caractéristique. De manière générale, comme je l’ai souligné à maintes reprises, l’échiquier politique et social en Turquie, notamment après le coup d’état, est caractérisé par une certaine nervosité et un renforcement des tendances révisionnistes, aussi bien au niveau des hauts fonctionnaires du gouvernement, que parmi une grande partie de l’opposition.

4. Malgré cela, ces derniers temps, après la rencontre Tsipras – Erdogan, qui s’est tenue à Pékin (12-15 mai 2017) suite à l’initiative de la Grèce, le ton a baissé, du moins de la part des hauts fonctionnaires du gouvernement turc, notamment pour ce qui est de la question du Traité de Lausanne. Comme chacun sait, lors de cette rencontre, le président turc s’est accordé sur la nécessité absolue de respecter pleinement le Traité de Lausanne. Cela montre clairement que les contacts entre la Grèce et la Turquie sont tout aussi nécessaires qu’utiles pour la désescalade des tensions dans les relations entre les deux pays. Dans ce cadre, la visite à Istanbul du Président de la République, M. Prokopis Pavlopoulos, a revêtu une importance particulière, où en marge de la réunion au sommet de l’OCEMN (21-22 mai 2017) une réunion avec le président turc avait été programmée. Même si cette rencontre n’a finalement pas eu lieu, en raison de l’indisposition du Président turc, la haute valeur ajoutée offerte par la visite du Président de la République n’a en rien été influencée par ce fait. Dans ce contexte de diminution des tensions, le Président de la République et le Premier ministre ont reçu à Athènes, le 19 juin 2017, le Premier ministre turc, Binali Yıldırım.

5. Etant donné que l’escalade des tensions suscite de vives préoccupations, il est plus que jamais nécessaire d’activer la Diplomatie en vue de faire baisser les tons. Car si la Diplomatie se tait, personne ne fera plus écho aux voies irresponsables, avec tout ce que cela pourrait entraîner, quant à un éventuel « accident ».

6. Athènes s’est toujours efforcée de transformer les relations gréco-turques en relations de coopération plutôt que conflictuelles. Le respect du droit international et le maintien des voies de communication ouvertes avec la partie turque est la condition sine qua non à cela, afin de construire des ponts de coopération. Tel a été l’objet de ma dernière visite en Turquie et de mes rencontres avec le Président et mon homologue turcs.

7. A ce stade, j’aimerais souligner que les relations entre la Grèce et la Turquie présentent, depuis au moins un an, des signes clairs de stagnation. Le fait que le Conseil de coopération de haut niveau, qui depuis 2010 s’est tenu deux fois à Athènes et deux fois en Turquie, ne s’est pas réuni depuis 2016 en dit long. Par ailleurs, les contacts exploratoires et les contacts entre les militaires des deux pays ont cessé depuis un an et demi. En outre, la réunion bilatérale entre la Grèce et la Turquie au niveau des ministres des Affaires étrangères n’avait pas eu lieu depuis l’été dernier, lorsque, après le coup d’état en Turquie, j’avais invité mon homologue turc, Mevlut Cavusoglu en Crète. Lors de ma récente visite en Turquie, il a été convenu de convoquer le Conseil de coopération de haut niveau très probablement dans le courant du mois de février 2018, ainsi que de reprendre des contacts entre les deux ministères des Affaires étrangères à tous les niveaux, tous les semestres. Par ailleurs, il a été convenu de reprendre les contacts entre les commissions militaires, afin que des questions (militaires) ayant trait aux mesures de confiance puisse être abordées. A l’appui de l’affirmation selon laquelle les contacts et les pourparlers avec la partie turque ont un effet positif sur la désescalade de la tension, je soulignerais enfin que pendant la période qui a suivi ma visite en Turquie, une diminution notable des infractions – violations de la Turquie a été notée.

8. J’admets que je ne comprends pas exactement le but de la présente question, sans doute parce qu’elle est dénuée de proposition / recommandation pour ce qui est de la politique suivie vis-à-vis de la Turquie. En principe, vous positionnez-vous en faveur de l’interruption de toute discussion et contact avec la partie turque ou avec tous les pays avec lesquels la Grèce a des différends ? Etes-vous partisans d’une politique « d’isolationnisme contemporain » ? Je me dois en tous les cas de préciser que même si la Grèce suivait une telle politique, les problèmes que vous mentionnez continueraient non seulement d’exister, mais ils s’amplifieraient et auraient éventuellement des conséquences encore plus néfastes.

9. Je vous assure, en tous les cas, que le gouvernement grec et le ministère des Affaires étrangères sont très vigilants, au nom de l’entente et du règlement pacifique des différends, quels qu’ils soient, avec les pays voisins. Ils continueront de défendre avec détermination les droits nationaux et les droits souverains de notre pays, comme ils l’ont fait jusqu’à aujourd’hui ».