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Allocution de la ministre, Mme Bakoyannis devant la Commission permanente Défense nationale et Affaires étrangères du Parlement

mardi, 04 avril 2006

Monsieur le président,

Mesdames et Messieurs les députés,

Dès le moment où j’ai assumé mes nouvelles fonctions, j’ai déclaré que ma coopération, en ma qualité de ministre des Affaires étrangères, avec les partis et, avant tout, le Parlement, serait sincère et systématique.

Deux mois se sont écoulés depuis que je me suis vue confier le portefeuille du ministère des Affaires étrangères. Pendant cette période, les activités du ministère des Affaires étrangères ont couvert une partie importante des questions principales qui sont au centre de notre politique étrangère.

J’ai discuté des grands dossiers qui préoccupent l’Union européenne avec mon homologue autrichienne, Mme Plassnik, qui préside le Conseil européen, avec le Commissaire en charge de l’élargissement, M. Rehn, avec le Président du Parlement européen et bien sûr avec le Commissaire grec, M. Dimas.

Nous avons accordé une importance particulière aux développements dans les Balkans et notamment à la question du Kosovo. Vous êtes au courant de mes visites à Sarajevo, Belgrade, Pristina.

Sur le plan des relations gréco-turques, j’ai eu l’occasion d’échanger des vues générales avec mon homologue turc, M. Gul.

Nos relations avec les Etats-Unis constituent indubitablement un chapitre important de notre politique étrangère. J’estime que ma récente visite aux Etats-Unis a réellement contribué à promouvoir ces relations.

Lors de ma dernière visite aux Etats-Unis, j’ai eu l’occasion de rencontrer le Secrétaire général des Nations Unies, M. Kofi Annan et d'aborder – outre les dossiers en rapport avec l’avenir de l’ONU – le problème de Chypre, mais aussi la question demeurée en suspens de l'appellation de l'ARYM.

Enfin, comme vous le savez, je pars dans quelques heures pour une importante visite à Nicosie. Les développements de la question chypriote et ses perspectives, à court et moyen terme, seront au cœur de mes discussions avec l'ensemble des dirigeants chypriotes.

Mesdames et Messieurs,

Je considère comme étant un avantage de taille le fait que la Grèce d'aujourd'hui soit parvenue à un large consensus pour ce qui est des principales directions de notre politique étrangère:

• Premièrement, notre position au sein de l'Europe demeure inchangée et nos relations avec l'UE et les autres partenaires de doivent pas être statiques, mais au contraire dynamiques, dans la mesure où nous devons nous aussi contribuer activement à la conception de l’avenir de l’Europe.

• Deuxièmement, la Grèce doit continuer d’affirmer sa présence dans les Balkans et d’être un facteur essentiel à leur stabilité politique, à leur perspective européenne, ainsi qu’à leur développement économique, social et autre.

• Troisièmement, en ce qui concerne la Turquie, notre choix se porte sur l’amélioration constante de nos relations sur la base des règles du droit international et des principes de bon voisinage. C’est dans cet esprit que nous soutenons sa marche vers l’Europe, qui se base toutefois sur des critères et des conditions bien précis.

• Quatrièmement, notre objectif principal est la résolution de la question chypriote. Nous considérons que la réunification de Chypre, en privilégiant les critères d’équité, de viabilité et d’efficacité, sera dans l'intérêt de tous et bien sûr de la stabilité, de la paix et du progrès économique dans notre région.

• Cinquièmement, nous aspirons à des relations étroites d’amitié et de coopération avec les Etats-Unis, sur la base d’intérêts communs, et des principes de compréhension mutuelle et de respect. Il en va de même pour nos relations avec les autres grands pays, mais aussi avec tous les pays, puisque la Grèce exerce une politique stable d’amitié et de coopération.

• Sixièmement, nous nous accordons sur le fait que la Grèce doit, dans la mesure de ses possibilités, avoir une présence importante sur la scène internationale; une présence politique, économique et culturelle. Dans ce contexte, nous avons besoin d’une nouvelle perception en matière de coopération et d’aide au développement international ainsi que de diplomatie économique, et nous verrons les modalités concrètes d’application par notre gouvernement.

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les députés,

Je commencerais par l’Europe. L’idée largement répandue sur notre Continent est l’existence d’un état stationnaire. Le rejet de la Constitution européenne par la France et les Pays-Bas, le dernier élargissement, la difficulté de conclure un accord sur le budget et les problèmes sociaux, qui s’aggravent dernièrement, ont engendré un scepticisme qui prend de l’ampleur.

Ajoutez le rôle politique que joue l’Europe sur la scène internationale et qui est disproportionné par rapport à sa puissance économique, son retard dans la mise en valeur des technologies de pointe, les taux de croissance anémiques de plusieurs États membres ainsi que le taux élevé de chômage et vous aurez le tableau d’un pessimisme généralisé.

Quoi qu’il en soit, l’Europe a prouvé qu’elle pouvait surmonter les crises tout en restant forte sur le plan économique et politique.

Preuve en est, son attractivité pour les États candidats à l’adhésion et le fait que la perspective européenne agit comme un facteur de stabilisation pour tous les pays aspirant à devenir membres, comme par exemple les pays des Balkans occidentaux et la Turquie.

Il n'y a qu'une seule et unique façon d’envisager les problèmes de l'UE: que l’Union continue d’aller de l’avant.

Toutefois, cela n’est pas seulement l’affaire des gouvernements. C’est aussi l’affaire des peuples. Tout le monde s'accorde pour dire qu’il existe un « déficit démocratique », que les conditions de fonctionnement de l’Union sont complexes et peu accessibles à ses citoyens et que le « discours » de Bruxelles ne s’adresse qu’aux bureaucrates. Tel est le défi de taille que les 25 doivent relever. C’est à cette tâche que nous devons nous atteler.

Mesdames et Messieurs,

Il y a quelques jours à Rome, le Premier ministre s’est fixé une priorité de premier rang : aider nos citoyens à s’identifier à l’Union européenne. Il a souligné que si l’Union ne devenait pas l’Union des citoyens, elle n’évoluerait jamais en une entité cohésive et efficace.

Ainsi, nous appuierons toute mesure visant à renforcer la légitimité démocratique de l’Union vis-à-vis de ses citoyens, que ce soit en clarifiant les procédures de prises de décisions, ou en simplifiant les démarches administratives, ou encore en renforçant l'«identité» de l’Union, aussi bien au niveau interne, qu’externe.

Il est nécessaire de valoriser l’Union en tant qu'acteur international de taille ; cette nécessité n’est pas à mon sens incompatible avec une relation transatlantique sincère et mutuellement bénéfique.

Par ailleurs, l’amélioration de notre compétitivité est, non seulement compatible avec le maintien et le renforcement de l’État social, mais constitue également la force particulière du modèle européen.

Le seul gros problème réside dans les divergences de vues quant à la forme finale de l'Union. Certains aspirent à ce qu’elle se transforme en une véritable union de pays, d'autres sont en faveur d'une confédération lâche, sans caractéristiques fédératives très fortes.

La Grèce a comme objectif l’intégration européenne la plus complète possible. Nous rejetons l’inaction et sommes en faveur de tout mouvement qui, tout en servant nos intérêts, conduira à l’unification européenne.

Mesdames et Messieurs les députés,

Notre politique dans les Balkans est claire et nécessite un soutien politique large : une Grèce puissante dans les Balkans avec un rôle stabilisateur et axé sur le développement.

Nous exploitons notre Présidence du Processus de Coopération en Europe du Sud-Est pour les Balkans occidentaux de manière constructive et avons réaffirmé leur perspective européenne. Nous continuons de renforcer la coopération économique et mettons en valeur notre présence économique forte.

Cette période, Mesdames et Messieurs les députés, est cruciale pour les Balkans occidentaux. Outre le référendum imminent au Monténégro, je me réfère surtout à la question du Kosovo. Notre position tient en six points :

• La solution au problème ne doit pas procéder de mesures imposées, mais être le résultat de véritables négociations,

• Elle doit respecter la légalité internationale, telle que garantie par les Nations Unies, ainsi que les décisions y relatives du Conseil de sécurité,

• Elle doit promouvoir la stabilité régionale et la sécurité et être compatible avec les principes de l'UE, compte tenu de la perspective européenne de l'ensemble des Balkans occidentaux.

• Le Kosovo doit être multiethnique et sûr, pour tous ses habitants, qui doivent jouir des mêmes droits,

• Les progrès dans la mise en application des standards ne peuvent être évalués après la détermination du statut,

• Les monuments serbes, les lieux de culte orthodoxes, etc. doivent être protégés efficacement.

Enfin, nous souhaitons que l’UE joue un rôle substantiel dans tout le processus visant à définir le futur statut du Kosovo.

J'ai souligné ces positions, avec notamment la garantie de la stabilité dans la région, lors de toutes mes rencontres, dans les Balkans, au Conseil informel de Salzbourg, mais aussi à M. Ahtisaari lors ma rencontre avec lui.

Je considère comme étant tout aussi importante la rencontre qui aura lieu demain dans notre pays, à l'initiative du ministère grec des Affaires étrangères, entre les pays du Processus de Coopération en Europe du Sud-Est et les pays du Groupe de Contact, et qui portera sur le processus en cours visant à définir le futur statut du Kosovo.

Mesdames et Messieurs les députés,

Pour clore ma réflexion sur le dossier des Balkans, j’aimerais dire deux mots sur la question de l’appellation finale de l’ARYM. A ce sujet, aussi bien moi, que le Premier ministre avons fait clairement connaître nos positions, lors de nos récentes rencontres. Nous sommes en faveur d’une solution mutuellement acceptable.

Je rappelle que notre gouvernement a entrepris des actions, de sorte que la question du nom soit, pour la première fois, incluse dans le chapitre relatif aux critères politiques pour l’adhésion de l’ARYM à l’Union européenne.

Mesdames et Messieurs,

Notre position au sujet de nos relations avec les Etats-Unis est claire, sincère, dynamique et systématique. La Grèce ne s’autoproclame pas «partenaire stratégique».

Elle est un partenaire stratégique, par nature, pour tous ceux qui souhaitent coopérer avec un pays dont l’économie est égale à celle de plusieurs pays de notre région, un pays qui a investi 9 milliards de dollars dans les Balkans, qui a une flotte navale correspondant à 55% du tonnage de l’UΕ, un pays possédant des institutions démocratiques fortes et une position géostratégique privilégiée.

Sur la base de cette acceptation, que mes interlocuteurs ont partagé, j’ai développé l’ensemble des positions grecques au sujet des principaux dossiers qui préoccupent notre pays et la région élargie.

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les députés,

En ce qui concerne nos relations avec la Turquie, nous sommes parvenus, au cours de ces deux années, à élever les dossiers qui intéressent particulièrement la Grèce, à savoir les questions gréco-turques au rang de questions euro-turques, et ce, pour la première fois de façon aussi claire. Elles constituent désormais des critères pour la perspective européenne de la Turquie.

Vis-à-vis de la Turquie, notre politique est claire : elle est amicale, en faveur de sa perspective européenne, sans pour autant dévier des principes et des règles qui sont valables pour tous ceux qui souhaitent adhérer à l’Union européenne.

Comme je l’ai souligné à mon homologue américaine, l'avenir européen de la Turquie est entre ses mains [de la Turquie]. Son parcours fait l’objet d’un contrôle, non seulement en tant que destination finale, mais aussi lors de ses différentes étapes. La pleine application, jusqu’à la fin 2006, du Protocole d’Union douanière est l’une de ces étapes, comme chacun sait.

L’Union européenne a fixé des conditions d’adhésion pour tous les pays ayant posé leur candidature jusqu’à présent. Les exigences européennes constituent des critères d’adaptation à l’Europe et ne se retournent pas contre la Turquie.

Ankara doit donc savoir que l’inaction et les tactiques d’obstruction n’aident pas. Et malheureusement, elle semble ne pas avoir entièrement compris qu'adopter une attitude constructive est également dans son intérêt.

Cela est également valable pour ce qui est de son attitude vis-à-vis de la Grèce. Le cadre européen qui a été formé après le 3 octobre doit être mis en valeur. Persister dans des pratiques de mise en doute et de tension, comme les menaces d'usage de la force, sont non seulement anachroniques, mais aussi contre-productives. Dans l'environnement européen, elles n’ont d’autre objectif que de conduire à une impasse.

Mesdames et Messieurs les députés,

Inutile de dire que la question chypriote constitue l’une des priorités de premier rang de notre politique extérieure. Nous nous accordons tous sur le fait que la solution à cette question doit être équitable, fonctionnelle et par conséquent viable.

Nous tenons bien entendu compte de toutes les propositions de l’ONU, mais on ne peut ignorer le rejet en masse par le peuple chypriote du dernier plan Annan.

On ne peut également ignorer le fait que Chypre fait désormais partie de la famille européenne. Quelle que soit la solution apportée, celle-ci devra être conforme à l’acquis européen, aux dispositions en vigueur dans tous les États membres de l’UE. La Turquie, qui aspire à adhérer à l’UE, a tout intérêt à comprendre cette réalité.

Nous avons systématiquement travaillé ces dernières semaines, dans toutes les directions, afin de porter notre position à la connaissance de tous.

La dernière rencontre du Président de la République de Chypre avec le Secrétaire général des Nations Unies à Paris a permis de donner naissance à une nouvelle dynamique allant dans le sens de la résolution du problème. Nous ne voulons en aucun cas que cette dynamique se perde. C’est aujourd’hui que commence ma visite en Chypre et je suis certaine que nous coordonnerons encore mieux nos actions avec les dirigeants chypriotes.

La politique de la Grèce et de Chypre tend une main amicale aux Chypriotes turcs. Nous avons non seulement approuvé le protocole financier, mais aussi nous nous sommes efforcés de garantir que les ressources initialement prévues dans leur globalité n'allaient pas se perdre. Nous sommes en faveur d’une aide financière fournie aux Chypriotes turcs et, de manière générale, de l’améliorations de leur niveau de vie, lorsque cela a lieu conformément aux décisions des Nations Unies et sans remise en cause de la République de Chypre.

Mesdames et Messieurs les députés,

Le gouvernement de la Nouvelle Démocratie a fait des pas en avant, pour ne pas dire des avancées spectaculaires, sur le plan de la présence internationale du pays, de la diplomatie économique, de la coopération et de l’aide au développement.

Nous devenons un carrefour énergétique de première importance. Après 13 longues années, l’accord entre la Russie, la Bulgarie et la Grèce portant sur l'oléoduc Burgas-Alexandroupolis a finalement été conclu. La construction de la conduite de gaz naturel reliant Baku, Azerbaïdjan, Karacabey, la Turquie et Komotini, avec sa liaison sous-marine vers l’Italie a d’ores et déjà commencé. Les liaisons des réseaux électriques Grèce – Turquie et Grèce – Bulgarie ont été achevées.

Nous avons systématiquement développé nos relations avec les nouveaux grands acteurs internationaux, à savoir l’Inde, la Chine, la Russie et avons réchauffé nos relations avec les pays de la Méditerranée, du Moyen-Orient et avec le monde arabe de manière plus générale. Il en va de même avec les pays de la Mer Noire, de la Mer Caspienne et de l’Asie centrale.

Nous avons totalement mis à jour le domaine de la diplomatie économique, au niveau institutionnel, technologique et stratégique et les résultats n’en sont pas moins spectaculaires. Je rappelle la première conférence intergouvernementale méditerranéenne en matière de développement et d’investissement, à laquelle ont participé des représentants de 17 gouvernements, 450 entreprises et organismes financiers internationaux.

Je rappelle encore que nos exportations vers la Turquie ont augmenté de 23%, une première depuis de nombreuses années, et que le déficit de notre balance commerciale a été réduit de 21%.

Force est également de rappeler notre présidence réussie de la Coopération en Mer Noire ainsi que la hausse de nos exportations en Europe du Sud-Est de presque 11% en 2004-2005, tandis qu’en 2001-2004 cette hausse atteignait en moyenne 1,12%. Enfin, on ne saurait omettre l’activation réussie et tant attendue du Plan grec de restructuration économique des Balkans (ESOAB). Le ciblage de nouveaux marchés, au moyen de la recherche, des visites, de la publicité etc., comme le Japon, la Chine, l’Inde et les Etats-Unis ont permis d’accroître nos exportations de 19%.

La diplomatie économique est enfin devenue un paramètre essentiel de notre politique extérieure et nos diplomates sont dorénavant jugés aussi sur la base de leur réussite dans ce domaine.

Enfin, Mesdames et Messieurs les députés, je rappelle que la Grèce a joué un rôle impressionnant pour sa taille dans le domaine de la coopération internationale et de l’aide au développement. Nous avons réformé tout le système, l’avons rendu transparent et efficace, nous avons institué des critères et avons clarifié les modalités de coopération et de contrôle pour les Organisations non gouvernementales avec lesquelles nous collaborons. Nous avons apporté une contribution de quelque 500 millions d’euros, rendant ainsi notre présence perceptible aussi dans le domaine humanitaire.

Mesdames et Messieurs les députés,

L’avantage de la politique extérieure grecque, ces dernières années, réside dans le fait que les forces politiques en présence ont tracé une stratégie nationale commune.

Au cours de ces deux dernières années, le gouvernement de la Nouvelle Démocratie, avec la contribution de M. Pétros Molyviatis, s'est efforcé de concilier les opinions, d’unir les forces, dans un effort commun visant à servir les intérêts nationaux de la manière la plus efficace qui soit. Telle est notre orientation principale et notre objectif est d'assurer le consensus quant à l'exercice de la politique étrangère.

Et maintenant, Mesdames et Messieurs les députés, je me tiens à votre disposition pour répondre à vos questions.