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Allocution de la ministre, Mme Bakoyannis devant le Comité permanent Défense nationale et Affaires étrangères

mardi, 30 mai 2006

«Monsieur le président,

Mesdames et Messieurs les députés,

Le gouvernement a pris l’initiative, en considérant également la demande du parti communiste grec (KKE) de demander la convocation du Comité, saisissant l’occasion du dernier incident qui s'est produit en Mer Egée. Des incidents de ce type donnent lieu, comme vous le savez, à de nombreuses discussions sur ce qui s'est passé ou ne s'est pas passé, mais aussi sur la politique étrangère du pays en général.

Le Comité Défense nationale et Affaires étrangères est la tribune la plus appropriée pour clarifier aussi bien les événements, que notre politique.

Je suis certaine que le Comité Défense nationale et Affaires étrangères saura traiter ces questions avec lucidité et bon sens.

J’espère donc que cette discussion sera substantielle et constructive.

Mesdames et Messieurs les députés,

Inutile de répéter que nos pensées vont à notre pilote, Kostas Iliakis, qui a perdu la vie en servant la patrie. Nous souhaitons exprimer notre profonde tristesse et notre solidarité à sa famille.

Tous les officiers des forces armées, et bien entendu nos pilotes, qui accomplissent leur devoir en se sacrifiant, peuvent compter d’office sur notre solidarité et notre soutien permanent.

J’aimerais, à ce stade, féliciter le Parlement hellénique pour son initiative de soutenir les enfants du pilote disparu.

Mesdames et Messieurs les députés,

Mon confrère du ministère de la Défense vous a d’ores et déjà informé de la dimension opérationnelle de cet incident tragique qui s’est produit récemment dans l’espace aérien de l’Egée.

Permettez-moi d’évaluer l’événement du point de vue politique.

Il y avait deux choses à faire.

Et ces deux choses ont été faites.

Premièrement, la Grèce a pleinement garanti et confirmé concrètement la responsabilité et la compétence qu’elle a et exerce, conformément aux accords internationaux et à la pratique internationale.

Elle a garanti et exercé ces compétences, aussi bien en ce qui concerne le FIR d’Athènes, que la recherche et le secours en mer et dans l’air.

Deuxièmement, nous avons réagi très vite et avons écarté le risque qu’un incident tragique ne se transforme en crise majeure.

La mobilisation a été rapide à tous les niveaux.

Les résultats ont été rapides.

Pour que la désinformation à ce sujet cesse, j’aimerais préciser que nous avons très rapidement informé tous nos partenaires de l’UE, de l’OTAN et de l’ICAO quant à nos positions officielles. Sur mon ordre, toutes nos missions diplomatiques ont informé de suite les ministères des Affaires étrangères de leur pays d'accréditation.

Samedi dernier, j’ai moi-même informé le Conseil Affaires étrangères de l'UE ainsi que tous les ministres des Etats membres concernant cette question. Ce n’est pas un hasard si M. Solana, tout de suite après l’incident, a fait des déclarations publiques à ce sujet.

Mesdames et Messieurs les députés,

En ce qui concerne la recherche scientifique effectuée par le navire allemand «Poséidon», notre appréciation est tout aussi positive.

C’est à la Grèce qu’un Institut universitaire d’un pays tiers a demandé l’autorisation d’effectuer des recherches scientifiques dans des régions bien précises de la Mer Egée. Et ce, parce que la Grèce a cette compétence. Tout cela est confirmé par la demande de l'université allemande.

Cela est clair.

Ainsi, dans ce cas précis, la Grèce a pleinement exercé sa compétence.
L’autorisation a été délivrée et, en dépit des réactions habituelles de la Turquie, la recherche se déroule sans heurts, selon ce qui a initialement été planifié par l’université allemande de Kiel. C'est elle seule qui a la responsabilité exclusive du déroulement de la recherche.

Je rappelle que lorsque la Turquie a exigé de l’Allemagne qu’elle lui demande à elle aussi une autorisation, elle s’est heurtée au refus catégorique de cette dernière.

Mesdames et Messieurs les députés,

J’aimerais clarifier à ce stade que dans des situations similaires, la faute incombe à notre pays voisin qui effectue des activités militaires massives dans la Mer Egée dénuées de toute logique.

Cette situation doit changer.

Et pour qu’elle change, nous devons avant tout exploiter toutes les possibilités offertes à notre pays par le processus d’adhésion de la Turquie.
Un processus qui constitue – qu’on l’admette ou non - le mécanisme le plus puissant de contrôle continu de l'attitude de la Turquie.

Ce contrôle s’effectue sur plusieurs étapes.

Est-ce un mécanisme visant à produire des résultats rapides ?

Non.

Faut-il alors sous-estimer ce mécanisme qui, de par nature, ne produit pas des résultats rapides?
Faut-il l’abandonner ?

Sincèrement, je ne pense pas qu’il y ait quelqu’un pour proposer sérieusement une telle chose.

Ici, en Grèce, nous «louons» souvent la Turquie, en affirmant qu’elle applique une stratégie à long terme. Dans un même temps, nous sommes prêts à remettre en cause notre propre stratégie à moyen terme qui a permis aux problèmes gréco-turcs de devenir aussi des problèmes européens.

Nous sommes encore au premier semestre d’un parcours qui durera au moins dix ans, pendant lequel la Turquie sera contrôlée et évaluée de manière continue et progressive, et nous exigeons dès maintenant les résultats d’un travail qui se fait sur dix ans.

Mesdames et Messieurs les députés,

Après des incidents de ce type, nombreux sont ceux qui s’empressent même de contester notre politique concernant la perspective européenne de la Turquie.

Mais la Grèce, comme vous le savez, et cela n’est pas seulement soutenu par le gouvernement mais aussi par la grande majorité des forces politiques, a toute raison d’aspirer patiemment et instamment à l’adaptation de la Turquie à l’acquis communautaire, aux principes, aux valeurs et aux attitudes européens.

Ce choix est de caractère stratégique.

Tel était d’ailleurs, il y a 25 ans, toutes proportions gardées, le choix de la Grèce d’adhérer à la Communauté européenne.

Mais aujourd’hui nous savons qu’il aurait été irréfléchi et dangereux d’avoir abandonné notre objectif dès les premiers revers. Même l’opinion publique, d’après les sondages de l’époque, était contre la perspective européenne de notre pays.

Mesdames et Messieurs les députés,

Les choix stratégiques ne doivent pas être remis en cause de manière précipitée, et qui plus est irréfléchie.

Je répète: nous ne nous trouvons qu’au premier semestre d’un processus d’adaptation de la Turquie qui durera plus de 10 ans et qui s’effectue par le bais de négociations avec l’UE et, je le souligne, avec tous les Etat- membres de l’UE.

Mesdames et Messieurs les députes, une autre question qui se pose ces derniers jours est la suivante : est-ce que la Grèce a déjà soulevé explicitement des questions qui représentent un intérêt particulier pour notre pays dans le cadre de l’UE et sous la forme de conditions imposées ?

Certainement, ces questions ont été soulevées.

Nous les avons incorporées de façon explicite dans toute une série de textes européens à force contraignante, à savoir, le Cadre de négociations, les Rapports de la Commission sur les progrès réalisés, le Partenariat, la Déclaration européenne de septembre dernier, etc.

Tous ces textes constituent l’acquis communautaire politique que la Turquie doit respecter.

Toutefois, il est évident que dernièrement le pays voisin, en raison de problèmes intérieurs, a du mal à répondre aux exigences de l’UE relatives à la mise en place des reformes.

De plus en plus de personnes soutiennent donc que la Turquie ne pourra pas adhérer à l’UE.

Ces mêmes personnes s’empressent d’affirmer que la politique de l’adaptation européenne de la Turquie a échoué et doit être abandonnée, alors que nous n’avons parcouru qu’un vingtième du chemin.

Au même titre, elles disent que nous n’avons pas imposé des conditions strictes et des calendriers étroits à la marche de la Turquie vers l’adhésion.

Je me suis déjà exprimée sur ces questions.

S’il existe une autre politique, autre que celle choisie par la majorité des responsables politiques, à l’exception du parti communiste, j’aimerais l’entendre.

Mesdames et Messieurs les députés,

J’entends les diverses opinions exprimées, surtout par le PASOK, sur l’abandon des textes d’Helsinki.

Je n’ai pas l’intention lors de ce discours d’entrer dans une logique de confrontation quant à cette question.

Je tiens juste à souligner qu’aucun élément réellement prévu par les textes d’Helsinki, et je ne me réfère pas aux interprétations faites à posteriori, n’a été abandonné.

Bien au contraire, les textes d’Helsinki se sont améliorés et ont été renforcés.

Νous avons d’abord imposé des modalités contraignantes et des conditions relatives à l’adhésion de la Turquie dans tous les textes susmentionnés. Toutes les questions gréco- turques sont devenues européennes.
Non seulement nous n’avons pas abandonné Helsinki, mais dans toute une série de textes, à savoir :

- Les conclusions de décembre 2004
- Le cadre des négociations d’octobre 2005.
- La contre-déclaration de septembre 2005.
- Les rapports de la Commission sur les progrès réalisés en 2004 et surtout en 2005

nous avons réussi à y incorporer toutes les questions d’intérêt pour la Grèce, sous la forme des modalités et des conditions spécifiques qui doivent être remplis par la Turquie.

Toutefois, je vous pose la question suivante : si à Helsinki des calendriers étroits avaient été fixés, comme l’affirment certains, dans le but d’entamer le processus d’adhésion de la Turquie en 2004, pourquoi pendant presque 5 ans aucune action n’a été entreprise ?

Comment ce fait-ils que certains se sont empressés de nous demander de changer cette situation dans les 6 mois, à savoir, au cours des premiers mois de notre mandat?

En outre, si en décembre 2004 nous avions recouru à la Cour internationale, quel aurait été l’objet du différend à régler entre la Grèce et la Turquie ? Est-ce que la Turquie avait donné son accord sur un compromis ? Et si oui, quelles étaient les questions inclues dans ce compromis ?

Cela ne signifie pas que les textes Helsinki ne comportent pas d’éléments positifs. C’est pourquoi, à mon sens, cela ne constitue pas un objet de confrontation. Le texte comportait toutefois bien des ambiguïtés et il n’est pas du tout certain qu’au moment crucial, ces textes auraient été interprétés à la façon dont l’aurait souhaité chaque partie concernée.

En ce qui concerne les conditions que nous avons réussi à garantir s’agissant de la marche de la Turquie vers l’adhésion, jamais dans l’histoire des processus de pré-adhésion d’un pays à l’UE, des conditions aussi strictes et aussi contraignantes que celles imposées la Turquie n’avaient été fixées. La Grèce a été un « co-acteur » dans l’élaboration de ce cadre contraignant de modalités et de critères de l’UE.

Enfin, concernant la dimension européenne de nos relations avec la Turquie, je voudrais souligner que nous commettons une erreur en soutenant que la Grèce a mis tous ces moyens dans l’UE.

Notre politique est exercée à plusieurs niveaux.

Certes, notre objectif principal est de tirer profit de toutes les possibilités offertes par le mécanisme européen d’adaptation de la Turquie.

Au même titre, nous promouvons nos questions dans d’autres domaines aussi, tout en valorisant chaque opportunité qui apparaît.

Nous mettons en avant nos positions. Nous formons des alliances à l’intérieur et à l’extérieur de l’UE.

Nous nous entretenons avec l’autre partie et nous continuerons de le faire, car nous pensons que les contacts réguliers peuvent avoir un impact positif sur nos efforts.

Comme vous le savez, les contacts exploratoires entre la Grèce et la Turquie qui sont extrêmement difficiles et complexes – ce qu’atteste leur grand nombre – se poursuivent.

Les dites questions qualifiées de « basse politique » progressent également de façon constante et efficace. Mais est-ce que ce sont vraiment des questions de basse politique? La coopération économique, l’énergie, le tourisme et tout autre type de coopération qui se développe à un rythme élevé entre les peuples sont-ils vraiment des questions de basse politique ?
Ces questions ne contribuent-t-elles pas aussi, de manière efficace, à l’atteinte de notre objectif qui n’est rien d’autre que l’amélioration et la normalisation des nos relations avec la Turquie ?

Certes, nous avons pris des mesures rapides et pratiques afin d’éviter des épisodes et des tensions. C’est dans ce contexte que l’on envisage la création d’une ligne rouge entre les quartiers généraux de Larissa et de Eski Sehir.

Mesdames et Messieurs les députés,

Je termine ma courte intervention en soulignant que, la Grèce, une fois de plus, aspire à la stabilité et à la paix dans notre région tout en garantissant ses intérêts. Cela est valable pour nos relations aussi.

Nous concevons la perspective européenne de la Turquie d’une part comme un plan d’européanisation de toute la région de l’Europe du Sud-Est, et d’autre part comme un mécanisme de contrôle et d’adaptation du pays voisin aux standards européens.

Dans cette politique, et je veux être bien clair sur ce point la, il n’y a pas de chèques en blanc.

Mais cette politique, bien qu’elle soit notre choix principal - qui n’est d’ailleurs pas seulement le nôtre - n’est pas notre seul champ d’actions.

Comme je l’ai déjà affirmé, notre politique est exercée à plusieurs niveaux.
Nous l’exercerons avec détermination, responsabilité et sérieux, et toujours en fonction de nos intérêts.