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Discours de la ministre, Mme Bakoyannis au Comité permanent « Défense nationale et Affaires extérieures » du Parlement hellénique sur les évolutions en Géorgie

jeudi, 28 août 2008

« Monsieur le Président,

Chers collègues,

Notre discussion d’aujourd’hui sur la situation effervescente et critique à tous les égards pour la sécurité internationale, la stabilité et le développement dans la région du Caucase, revêt une importance particulière.

Quelques heures avant, des incidents et des évolutions d’importance majeure sont survenus, déclenchés par la reconnaissance de l’indépendance des régions sécessionnistes d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie.

Une communication a précédé cette décision, à savoir que Moscou suspend sa coopération avec l’Alliance atlantique dans une série de domaines, y compris le déroulement des exercices militaires communs.

Il a été également décidé de reporter la visite à Moscou du Secrétaire général de l’OTAN, M. Scheffer, prévue en octobre.

Ces décisions de la Russie ont été vivement critiquées et condamnées non seulement par les Etats-Unis et l’OTAN mais aussi par l’UE à travers une communication de la Présidence française.

Notre pays a contresigné cette communication tout en exprimant son regret et son inquiétude au sujet de ces évolutions.

La Présidence de l’OSCE – ainsi que beaucoup d’autres pays- a adopté une attitude similaire. Force est de rappeler que la Grèce assumera la présidence de cette organisation en 2009.

Dans un même temps, on constate une forte mobilisation dans la région de la Mer Noire.

Quarante-huit heures après la reconnaissance des régions séparatistes et à travers les déclarations mais aussi les informations diplomatiques, on peut tirer la conclusion suivante : à l’étape actuelle, il existe, à beaucoup d’égards, une tendance de mobilisation maîtrisée-contrôlable au niveau politique, ce qui se traduit soit par d’actions, soit par de prises de position.

Pour ce qui est de cette question, la décision de la Géorgie de dévaloriser et de ne pas suspendre ses relations diplomatiques avec Moscou est significative de cette tendance.

En général, je dirais qu’il existe sans aucun doute une ambiance pesante et tendue. Heureusement, la plupart des parties font preuve de retenu.

Chers collègues,

Il est clair que nous sommes en train de traverser une période particulièrement critique et instable dont on ne connaît la durée, ni l’intensité et les conséquences.
Dans ce contexte, les Balkans, le Moyen Orient et le Caucase deviennent des régions d’importance stratégique particulière. Il s’agit des régions vulnérables situées dans notre voisinage proche et élargi. La position et le rôle de la Grèce revêtent une importance de plus en plus accrue. La Grèce devient un centre d’intérêt ainsi que le destinateur des points de vue divergés. L’impact des tensions et des conflits d’intérêt dans notre voisinage ne peuvent que se faire sentir dans notre pays.

C’est pourquoi, je pense que nous devons tous adopter une approche très attentive à l’égard de ces évolutions, à savoir :

- Faire preuve de retenue

- Procéder à une évaluation approfondie des évolutions et des perspectives et ce, en faisant preuve de modération

- Ne pas se presser et laisser la situation évoluer

- Ne pas recourir à de propos et d’actions non réfléchis qui n’ont aucun avenir

En vue des discussions importantes qui seront menées au sein de l’UE, tant lors du Conseil européen exceptionnel du 1er septembre qui a été convoqué par la Présidence française que lors du Conseil informel des ministres des Affaires étrangères qui se réunira les 5 et 6 septembre à Avignon, France, il serait utile, à mon opinion, de me référer, ici au sein du Parlement hellénique, à la position de notre pays sur les évolutions actuelles.

Premièrement, force est de souligner qu’en période de tension et d’instabilité, la priorité principale de tout gouvernement responsable est de suivre un parcours stable et sûr.

Telle est le devoir qui revient en premier lieu au gouvernement. Toutefois, l’ensemble des forces politiques du pays sont également appelées à assumer leurs responsabilités. Et, notamment dans les circonstances actuelles, le populisme n’a pas de place. Parvenir à un consensus et à une convergence les plus larges possibles est un avantage commun précieux.

Pour suivre un parcours solide et sûr, la politique étrangère du pays est axée :

- Premièrement, sur les principes fondamentaux et le respect du droit international, ce qui constitue une approche suivie depuis toujours et de manière ferme concernant toute une série de questions d’intérêt immédiat comme la question chypriote mais aussi d’intérêt régional et plus élargi, à savoir le Kosovo, la question de Taiwan et le principe de respect d’une seule Chine.

- Deuxièmement, sur la participation active de notre pays à l’Union européenne, à l’Alliance atlantique et aux organisations internationales parmi lesquelles l’ONU, gardien de la légalité internationale, joue un rôle de premier plan.

- Troisièmement, sur les relations mutuelles bilatérales d’amitié et de coopération avec nos partenaires, alliés et amis.

Nous avons d’emblée souligné, sans laisser planer aucun doute, que nos actions seraient régies par deux principes inviolables pour la Grèce :

- Le non recours à la violence en tant que moyen de règlement de conflit

- Le respect de l’indépendance et de l’intégrité territoriale des Etats

Par conséquent, la Grèce a soutenu de manière claire:
- Que la crise en Ossétie ne devrait pas avoir lieu et qu’il était évident que les actions et les évaluations qui ont été faites, étaient erronées
- Qu’il était impératif de mettre fin à cette crise à travers la pleine et immédiate application du « Plan en six points » qui a été rapidement promu par la Présidence française et le Président Sarkozy lui-même et que Moscou et Tbilissi se sont engagés à respecter.

Dans ce cadre, nous avons soutenu de manière claire le plein et immédiat retrait des troupes russes et le retour à l’état de choses précédent.

- Que tout de suite après le retour au statu quo ante, un dialogue et une négociation substantiels devaient être engagés en vue de parvenir au règlement définitif des dits « conflits gelés dans la région du Caucase ».

- Nous avons reconnu dans un esprit de pragmatisme- ce qui fut d’ailleurs le cas- que cette situation de tension aurait des conséquences négatives sur les relations Russie-OTAN. Toutefois, nous avons clarifié que nous devrions, en tant qu’Alliance, utiliser toutes les possibilités et les voies de communication avec la Russie et ce, dans le cadre du dialogue institutionnalisé au sein du Conseil OTAN-Russie.

- Tout en réaffirmant notre plein soutien et engagement aux décisions de Bucarest, nous avons pris position en faveur de l’intégrité territoriale et du parcours euro-atlantique de la Géorgie dans le cadre de la contribution de cette dernière à la stabilité régionale.

- Lorsque la Russie a procédé de manière unilatérale à la reconnaissance des régions sécessionnistes, nous avons conjointement avec l’UE condamné cette décision, en faisant preuve de notre attachement au plein respect du droit international et de l’intégrité territoriale des Etats,

- En coordination avec la Troïka des présidences de l’OSCE, nous avons participé à l’élaboration de la décision relative à l’envoie de 20 observateurs dans la région en crise et nous nous sommes déclarés disposés à verser une contribution de l’ordre de 10%, ce qui est le taux plafond qui correspond aux Etats participant à des missions similaires de l’OSCE.

- Nous avons accordé une importance particulière à la dimension humanitaire de la crise tout en entreprenant dans les plus brefs délais toutes les actions nécessaires.

S’agissant plus particulièrement de l’aide humanitaire :

Dès les premiers jours de la crise, nous avons envoyé une aide humanitaire à bord d’un avion de type C-130. Il a été également décidé d’octroyer une aide économique de 100 000 euros par le biais du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés afin d’assister les refugiés.

En outre, l’octroie d’une aide humanitaire se poursuit.

D’une part, par le biais de contributions financières versées aux organisations internationales qui ont été mobilisées dans cette région et d’autre part à travers une aide humanitaire envoyée directement par notre pays.

Enfin, j’aimerais souligner que le ministère des Affaires étrangères a d’emblée procédé aux actions nécessaires pour assurer la protection de la communauté grecque en Géorgie et dans la région de l’Ossétie du Sud.
Par conséquent, nous appliquons une politique intégrée, systématique et cohérente qui englobe tous les paramètres :

- Les principes fondamentaux qui régissent depuis toujours la politique étrangère grecque

- Nos engagements en tant que membres de l’UE, de l’OTAN, de l’ONU et de l’OSCE.

- Nos relations bilatérales, les priorités et les intérêts grecs

A ce point, j’aimerais souligner que l’intérêt principal de la Grèce est la paix, la sécurité et la stabilité à ses frontières, dans son voisinage, dans la région élargie et dans le monde. C’est ainsi que nos intérêts particuliers, politiques et économiques, sont protégés.

La situation est difficile, chers collègues. Toutes les décisions doivent être prises après mûre réflexion, ce que fait notre gouvernement à travers un dialogue ouvert et honnête avec les alliés, les amis et les partenaires. A ce point, j’aimerais ajouter que vu les circonstances actuelles ces discussions sont particulièrement difficiles.

Nous nous acquitterons de toutes nos obligations. Les accords que nous avons signés avant l’éclatement de la crise, demeurent valables. La Grèce n’a jamais manqué à sa parole. C’est pourquoi elle est un allié crédible, ferme et sincère.
Par ailleurs, il est clair que les dernières évolutions nous préoccupent. Nous aurons l’occasion d’aborder toutes ces questions en détail conjointement avec nos partenaires lors des prochaines réunions critiques de l’Union européenne et de parvenir à des décisions.

Chers collègues,

Nous ne sommes ni dans une situation de guerre froide, ni nous traversons la période de l’après guerre froide. La communauté internationale traverse une période transitoire d’instabilité et est confrontée à de nouvelles données, ce qui marque la transition progressive vers des équilibres nouveaux.

En ces périodes de crise notamment, les pays comme la Grèce sont souvent confrontés à de nouveaux défis et sont appelés à faire face à de questions complexes. Toutefois, il y a aussi des opportunités.
Nous sommes appelés à relever ces défis et profiter des opportunités existantes.
Chers collègues,

Cette tâche est difficile. En ces temps difficiles, notre gouvernement suit un parcours solide et sûr.