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Extraits du discours de Mme Bakoyannis devant le Comité « Défense nationale et Affaires extérieures » du Parlement hellénique sur la question du nom de l’ARYM

mardi, 28 octobre 2008

« Monsieur le Président,

Chers collègues,

En restant fidèle à notre objectif ferme de parvenir au plus large consensus possible en matière de questions majeures relevant de la politique étrangère, j’ai demandé, à une étape critique des négociations menées depuis 15 ans sur l’appellation définitive de l’Ancienne République yougoslave de Macédoine, la convocation du Comité « Défense nationale et Affaires extérieures » du Parlement.

Je voudrais vous informer sur les dernières évolutions et perspectives et écouter vos observations et préoccupations.

C’est dans le même contexte que l’on envisage de convoquer le Conseil national sur la politique étrangère.

Chers collègues,

Comme vous le savez, l’envoyé personnel du Secrétaire général des Nations Unies chargé de la question du nom, M. Nimetz, a soumis début octobre un ensemble de nouvelles propositions à la table des négociations. Le ministère des Affaires étrangères a mis à la disposition des chefs de partis politiques ce texte. Je n’entrerai donc pas dans le détail.

Je me contenterais de dire que cette proposition qui – je le souligne – n’est pas définitive et prend en considération certains paramètres importants de la position grecque. Une position qui demeure ferme.

Une appellation composée avec une détermination géographique claire et valable pour tous.

A ce stade, j’aimerais clarifier trois choses :

Premièrement, la partie grecque parle la même langue à l’intérieur et à l’extérieur des frontières, en privé et en public. Par conséquent, les positions grecques sont bien claires pour tous.

Deuxièmement, la négociation est unique et globale. Nous oeuvrons en faveur d’une solution définitive. Nous ne voulons pas laisser planer des doutes. Nous sommes bien conscients que le cœur du problème réside dans les logiques irrédentistes.

Troisièmement, il doit être clair à tous que cela est le seul cadre de la négociation. Il n’est pas question de négociation en dehors de ce cadre fixé par les résolutions y relatives du Conseil de sécurité.

A cela je voudrais également ajouter que c’est autre chose de manifester un intérêt pour les négociations et les soutenir – ce que fait d’ailleurs la Grèce lors des contacts avec ses partenaires et alliés – et autre chose d’essayer, directement ou indirectement, de miner les négociations et sous-estimer leur importance.

Chers collègues,

La proposition en tant que telle, n’est pas satisfaisante. Il y a un certain nombre d’éléments qui sont à rejeter, équivoques ou ambigus. Des clarifications et des corrections sont nécessaires afin que ce texte serve de base pour parvenir à une solution.

Jusqu’à présent, nous n’avons pas communiqué à M. Nimetz nos observations quant aux changements, aux suppressions et clarifications que doit comporter une proposition qui serait dotée d’une dynamique substantielle et pourrait éventuellement conduire à une solution mutuellement acceptable.

Nous lui communiquerons bientôt nos observations. Et ce, en faisant preuve de sérieux, d’un esprit constructif, de détermination et de clarté, ce qui a été toujours l’attitude de la Grèce.

Toutefois, l’autre partie ne fait pas preuve de la même attitude.

M. Gruevski – bien conscient de cette attitude – a suivi une politique visant à cultiver un nationalisme extrême sans précédent.

Un nationalisme datant du XIXe siècle est délibérément cultivé dans le pays voisin, qui allègue des prétextes fallacieux pour démonétiser la Grèce et la faire paraître comme ennemi aux yeux du peuple de l’Ancienne République yougoslave de Macédoine, en falsifiant la réalité et la vérité.

Un incident, qui atteste de cette attitude, est récemment survenu à l’occasion du déroulement des exercices militaires à petite échelle sur un site d’entraînement, opérationnel depuis des décennies, au nord de la Grèce et plus particulièrement dans la région de Florina, à l’ouest de la Macédoine.

Il est impérieux d’améliorer de manière substantielle et ferme l’environnement dans lequel est menée une négociation complexe et difficile.

Nous devons créer des conditions favorables qui n’entraveront pas la réussite des négociations.

Malheureusement, M. Gruevski, a consciemment opté pour l’intransigeance. Et ce, aux dépens de la perspective européenne et euro-atlantique de son pays. Il préfère promouvoir la consolidation et le renforcement de sa domination personnelle dans le pays voisin.

Les récentes élections viennent d’ailleurs confirmer cette attitude. La façon dont elles se sont déroulées a été condamnée par toutes les organisations internationales et par l’Union européenne. La Commission devra bientôt finaliser son rapport sur les progrès réalisés par le pays voisin.

Les messages transmis par Bruxelles sont plutôt décourageants et négatifs pour Skopje. Dans ses déclarations le Commissaire compétent en la matière, M. Oli Ren l’a confirmé. Il semble qu’il n’y a pas la possibilité de proposer une date pour l’ouverture des négociations d’adhésion entre l’Union européenne et Skopje.

Cela dit, la position de la Grèce est bien connue. Tant que des problèmes relatifs aux relations de bon voisinage avec un Etat membre de l’Union européenne et de l’OTAN demeurent en suspens, il n’est pas question d’une perspective d’adhésion.

La crédibilité de cette position a été confirmée à Bucarest et à Bruxelles.

A ce stade, je voudrais transmettre un message sincère et d’amitié au peuple du pays voisin.

Un message de coopération. La coopération a été toujours dans l’intérêt des deux peuples, tant des Grecs qui investissent dans ce pays que d’eux-mêmes qui, en ces temps difficiles, trouvent du travail dans les entreprises grecques qui ont créé un très grand nombre d’emplois dans le pays voisin.

Par ailleurs, en raison de la crise financière et de la récession mondiales, cette coopération revête actuellement une importance de plus en plus accrue. L’Ancienne République yougoslave de Macédoine, pays voisin de la Grèce, peut renforcer sa coopération avec un pays – la Grèce- qui fait partie du groupe puissant des Etats de la zone euro.

Chers collègues,

Skopje transmet des messages et soutient des positions qui s’annulent. Il existe un manque de clarté et de coordination.

Cela se reflète dans les pourparlers où la Grèce a un seul négociateur qui est pleinement habilité par le gouvernement grec dont il jouit de la confiance, il suit des instructions précises et a par conséquent une nécessaire marge de manœuvre, tandis que Skopje a deux négociateurs et comme il est désormais officiellement admis, l’un, M. Dimitrov, représente le Président de la République, M. Crvenkovski et l’autre, M. Protunger, représente M. Gruevski.

Il est évident que ce système de double représentation ne contribue pas à la clarté qui est un élément indispensable dans le cadre d’une négociation complexe.

Mes collaborateurs et moi personnellement avons récemment constaté ce manque de position unique et de coordination. A New York, nous avons été les destinateurs des déclarations et des contre-déclarations entre M. Gruevski et le bureau du Président de l’Ancienne République yougoslave de Macédoine portant sur une éventuelle proposition de M. Crvenkovski d’organiser ou non une rencontre avec notre négociateur en marge des travaux de l’Assemblée générales des Nations Unies.

Comme vous le savez, cette rencontre n’a jamais eu lieu.
Toutefois, même aujourd’hui, après la soumission d’un ensemble de nouvelles propositions des Nations Unies, cette situation ambiguë, des déclarations contradictoires, ou, dans le meilleur des cas, des déclarations et des positions divergentes, demeure dans le pays voisin.

Par conséquent, sont soulevées des questions relatives à la crédibilité et au caractère contraignant des positions exprimées par l’autre partie.

Tant que ces questions demeurent sans clarification, il y aura un impact négatif sur le processus de négociation dont nous devons tous – c’est du moins ce que la Grèce soutient – sauvegarder le caractère sérieux.

La position de Skopje doit désormais être unique, claire et contraignante. Il n’est pas question d’un accord provisionnel.

Chers collègues,

Nous devons protéger le caractère sérieux, la crédibilité et la perspective de la négociation menée sous l’égide des Nations Unies et parvenir à une issue positive.

Nous devons tous faire preuve de sagesse et de responsabilité.

La Grèce continuera de participer de manière ferme et constructive à la négociation menée sous l’égide des Nations Unies. Nous voulons sincèrement parvenir à une solution mutuellement acceptable.

La Grèce ne veut ni tarder ni se précipiter.

Elle a le droit de demander la clarification des règles du jeu. Elle demande à M. Gruevski et à son gouvernement de renoncer aux attitudes provocatrices. Certains hauts fonctionnaires de son gouvernement sont même allés jusqu’à falsifier les déclarations du Secrétaire général des Nations Unies et du ministre russe des Affaires étrangères.

La Grèce – contrairement à M. Gruevski – croit à la perspective européenne et euro-atlantique du pays voisin qui n’a jamais été exclu de notre décision stratégique de voir un jour tous les pays voisins devenir membres de la famille européenne et atlantique.

Au même titre, la Grèce veut parvenir à une solution mutuellement acceptable à la question du nom. Dans l’intérêt des relations bilatérales. Dans l’intérêt de la stabilité et de la coopération régionales. Dans l’intérêt de la perspective européenne et euro-atlantique du pays voisin.

Notre politique est claire et sincère. C’est sur la base de cette politique que nous oeuvrons en faisant preuve de retenue et de détermination. Je vous remercie.