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Discours de la ministre des Affaires étrangères, Dora Bakoyannis devant le Comité Défense nationale et Affaires extérieures du Parlement hellénique

jeudi, 29 janvier 2009

Monsieur le Président,

Mes chers confrères,

L’année qui vient de débuter est synonyme de défis et d’opportunités pour la politique étrangère du pays.

Notre objectif : Faire face aux premiers et valoriser au mieux les secondes.

Cela ne sera pas simple. Cela ne sera pas facile.

Nous sommes appelés à agir dans un environnement international particulièrement volatile, en raison notamment :

? de la récession économique internationale qui influencera indéniablement l'attitude des pays au niveau extérieur.

? de l’instabilité dans le domaine de la sécurité énergétique, dont ont récemment fait les frais de nombreux pays européens et voisins.

? de la détérioration de la situation de sécurité déjà problématique et de la stabilité au Moyen- Orient.

? de l’équilibre particulièrement fragile dans la région du Caucase.

? de l’incertitude institutionnelle prolongée dans l'Union européenne, en raison de la question cruciale demeurée en suspens du Traité de Lisbonne, et

? de la nécessité de faire face aux grands défis communs, comme le changement climatique, le terrorisme international, la prolifération des armes nucléaires, l’immigration clandestine croissante.

Un élément supplémentaire crucial qui influencera les évolutions internationales est la politique que suivra le nouveau gouvernement Obama.

Nous devons souligner que les premières décisions et actions décisives du nouveau Président américain répondent aux attentes exprimées dans son discours politique visionnaire et réaliste.

Je me réfère tout particulièrement à sa mobilisation rapide au Moyen-Orient, où après les évolutions tragiques et dangereuses à Gaza et notamment dans le conflit israélo-palestinien, la communauté internationale doit plus que jamais faire preuve de vigilance et d'une attention particulière.

Mes chers confrères,

La situation à Gaza demeure particulièrement fragile. Pour le moment, les parties directement impliquées ne sont pas convenues d’une trêve; nous sommes en face d’une situation particulière avec deux décisions unilatérales de cessez-le-feu, décisions qui peuvent être renversées à tout moment.

La situation humanitaire demeure dramatique et urgente. Au même moment, l’acheminement de l’aide humanitaire internationale est entravée car les passages vers Gaza restent dans leur ensemble fermés.

L'insécurité, la pauvreté, la douleur et la colère constituent malheureusement un terrain fertile pour les points de vue et attitudes extrémistes.

Elles rendent encore plus difficile la réconciliation inter palestinienne à laquelle aspirent l'Autorité palestinienne et le président Abbas.

Les divergences de vues observées au sein du monde arabe rendent la situation encore plus complexe. Ce qui a indéniablement un impact sur les perspectives de réouverture du processus de paix - pour le moment inactif - qui a débuté il y a quatorze mois, en novembre 2007 à Annapolis.

Dans cet environnement de conflits d’intérêts et de crise particulièrement complexe au Moyen-Orient et à l’extérieur de cette région, la Grèce en tant que pays voisin, mais aussi membre de l’UE, suit avec constance une politique active.

Une politique de contribution substantielle aux efforts visant d’une part à affronter la crise, d’autre part à créer les conditions et circonstances appropriées qui auraient donné une nouvelle impulsion à la perspective de paix dans la région. Je soulignerais que cela peut être atteint sur la base seulement de la co-existence de deux Etats indépendants où règne la sécurité, un Etat Israélien et un Etat Palestinien.

Les relations traditionnelles d’amitié qui nous unissent au monde arabe, notre coopération stable, franche et constructive avec Israël, le fait que nous, en tant que pays, n’avons d’autre intérêt particulier que la stabilité et la paix, mais aussi notre importante présence dans la région – que ce soit par le biais de notre participation à l’UNIFIL, l'envoi d'une aide humanitaire d'urgence à Gaza, ou encore notre présence économique et commerciale – ont contribué à ce que la Grèce soit acceptée comme un interlocuteur fiable ayant un poids particulier dans la région du Moyen-Orient.

Dans le cadre des pourparlers menés lors du récent Conseil des ministres des Affaires étrangères de l’UE, je me suis entretenue avec les ministres des Affaires étrangères de l’Autorité palestinienne, de l’Egypte et de la Jordanie. A l’issue du Conseil, le ministre des Affaires étrangères d’Irak et le ministre adjoint des Affaires étrangères d’Iran ont effectué une visite à Athènes.

Lors de ces rencontres et de mes entretiens avec mes homologues européens, j’ai eu l’occasion de souligner les principaux paramètres de la position grecque.

1. Une première priorité – une question cruciale – est de faire face dans les plus brefs délais à la tragédie humanitaire de Gaza.

Je suis franchement navrée – et je l’ai souligné lors du Conseil de l’UE – que des pas importants dans ce sens n’aient pas encore été effectués.

Malheureusement, nos demandes n'ont pas eu l'écho attendu.

2. La levée du blocus et l'ouverture des passages sont une condition sine qua non pour l’acheminement sans heurts de l’aide humanitaire fournie par la communauté internationale.

Les propositions soumises par l’Egypte à ce sujet constituent une base solide en vue d’un règlement rapide.

3. Aucune aide internationale et soutien ne suffisent à eux seuls à panser les plaies profondes provoquées par la crise récente.

La réconciliation et l’unité du peuple palestinien sont nécessaires pour résoudre les grands problèmes d’aujourd’hui. La réconciliation et l’unité sont un impératif politique pour le progrès du processus de paix.

4. L’Autorité palestinienne et le Président y croient fermement. C’est pourquoi, ils doivent bénéficier du soutien impartial et concret non seulement de l'UE, mais d'autres pays de manière plus générale.

5. Comme je l’ai dit l’ouverture des passages et la fourniture de biens est la première priorité et nécessité. Dans le même temps, il faudra faire face de manière efficace au problème des galeries souterraines, un problème revêtant une importance particulière pour l'environnement plus général de sécurité dans la région.

6. Nos efforts à tous doivent être poursuivis sans plus tarder pour la reconstruction de Gaza, dont les infrastructures ont été fortement endommagées.

7. L’U? se doit d’avoir un rôle décisif au Moyen-Orient. Le défi auquel nous faisons face, en tant qu'UE, est double.

D’une part, nous devons contribuer à panser les plaies provoquées par ce tout dernier conflit en entreprenant des actions et en élaborant des politiques précises.

D’autre part, nous devons agir pour ne pas que le processus de paix ne tombe dans l'inertie. Le nouveau gouvernement américain a déjà envoyé des messages clairs d’un intérêt particulier pour la poursuite de cet effort, ce qui est encourageant.

En plus des discussions sur la question du Moyen-Orient, ces rencontres nous ont permis d’examiner attentivement les perspectives de nos relations bilatérales avec les pays de la région. Nous mettons l’accent sur la promotion de la coopération économique.

A cette fin, la Grèce créera à Erbil, au Nord de l’Irak un bureau des Affaires économiques et commerciales qui, à terme, deviendra une autorité consulaire à part entière.

Mes chers confrères,

Notre décision de ne pas nous occuper seulement des questions d'intérêt purement grec, ce qui serait une approche unidimensionnelle et restreinte, est irrévocable.

Elle est basée sur la conviction inébranlable que dans un monde contemporain où tout est interdépendance, interaction et coopération nécessaire, les pays agissant de manière isolée au vu des évolutions internationales, ne peuvent servir efficacement leur propres intérêts et aspirations.

C’est dans cet esprit que nous relevons le défi de la présidence de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe assumée par notre pays.

Nous sommes déterminés – ce qui a été d’ailleurs notre engagement initial – à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour faire de ce défi une véritable opportunité pour la diplomatie grecque et le pays en général.

Nous avons déjà acquis un véritable savoir-faire en raison des rôles et des obligations internationales que nous avons assumés, à savoir les quatre présidences de l’Union européenne et notre participation réussie pendant deux ans au Conseil de sécurité des Nations Unies. Nous disposons également d’un capital humain hautement qualifié ce qui nous permet de tabler sur une présidence réussie à l’OSCE en dépit des problèmes épineux que nous sommes appelés à gérer.

Nous agirons en tant que médiateur actif, attentif, responsable et honnête.

Nous avons d’ores et déjà soumis en tant que Présidence une proposition détaillée en trois points en vue du règlement plus rapide de la question de la présence de l’OSCE en Géorgie et dans la région de l’Ossétie du Sud.

Il s’agit d’une proposition pratique qui respecte les différentes positions de principe des parties intéressées. Les premières réactions nous encouragent à poursuivre nos efforts en faveur de la convergence de vues et de positions.

Il s’agit d’une entreprise extrêmement difficile car les positions de chaque partie, après la crise en août dernier en Géorgie, ont des points de départ totalement différents.

Lors de mon récent voyage à Moscou, j’ai eu l’occasion d’engager une discussion exhaustive sur notre proposition avec mon homologue russe, M. Lavrov. Au cours du mois de février j’effectuerai également une visite à Tbilissi.

S’agissant d’une autre question d’importance humanitaire majeure, nous avons eu les premiers résultats positifs.

Je me réfère au grave problème d’approvisionnement de la région de l’Ossétie du Sud en gaz naturel par le gazoduc qui traverse la ville de Tbilissi. Notre mobilisation intense qui a favorablement été accueillie, a contribué de manière déterminée au règlement de ce problème.

Au-delà de la région du Caucase qui sera de toute façon au centre de notre attention, le dialogue nécessaire sur l’architecture européenne de sécurité en Europe constitue un autre domaine où nous espérons réaliser des progrès.

Comme vous le savez, cette question a été soulevée tant par le président de la Fédération russe, M. Medvedev que par le Président français, M. Sarkozy.

Leurs positions ne sont pas convergentes. Toutefois, elles convergent sur le lancement de ce dialogue.

La Grèce croit qu’il serait utile d’engager un dialogue élargi sur l’architecture européenne de sécurité dans le cadre de l’OSCE. Toutefois, cela dépend du consentement unanime des Etats participants.

Néanmoins, en ce qui nous concerne, nous entreprendrons des efforts tant au niveau des représentants permanents que celui des hauts fonctionnaires.

La consolidation de la sécurité et la protection de la stabilité et de la paix constitue, chers collègues l’objectif stratégique principal de la politique de la normalisation des relations gréco-turques suivie par notre pays avec constance.

L’année dernière – et je le redirais depuis cette tribune – était une année de stagnation pour nos relations avec le pays voisin, ce pour quoi la Grèce n'était pas responsable.

Cela a été confirmé par les violations commises ces deux derniers mois par l’armée turque dans la mer Egée.

Bien que ces activités aient diminué en nombre, leur nature est un sujet de préoccupation.

Nous n’avons ni négligé, ni sous-estimé ces faits réels.

Ces faits font d’ailleurs l’objet d’une évaluation continue et détaillée par les ministères des Affaires étrangères et de la Défense qui chaque fois procèdent à toutes les actions nécessaires.

Au même titre, toutefois, et je suis catégorique sur cette question, nous ne prendrons pas le chemin de l’exagération.

Nous ne nous laisserons pas entraîner par cette tentative – non intentionnelle, j’ose espérer – qui vise à créer une atmosphère de crise imminente.

Contrairement à ce que d’aucuns prétendent, la modération, la détermination et le rattachement ferme à un objectif stratégique ne sont pas des défauts.

Ce sont des qualités, chers collègues.

Il s’agit des conditions indispensables pour la gestion modérée d’une situation difficile et complexe, comme l’évolution des relations gréco-turques ces 35 dernières années. Une évolution qui ne peut du jour au lendemain enregistrer une hausse, devenir positive.

Indépendamment de l’application variable de la politique revendicatrice turque, cette dernière demeure inchangée. Tout le monde le sait.

Qu’est-ce que cela signifie ? Que nous ne devons pas chercher à améliorer la situation par le biais des contacts et de initiatives ? Que nous ne devons pas aspirer à la meilleure application possible des mesures de confiance ? Que nous ne devons pas promouvoir la coopération bilatérale avec la Turquie dans d’autres domaines aussi d’intérêt mutuel ?

Devons-nous renoncer à la politique de soutien de la perspective européenne de la Turquie, une politique axée sur un principe ferme d’après le quel « A pleine adhésion, pleine adaptation » ?

Y a-t-il quelqu’un dans cette salle qui pense que tous les paramètres, les hypothèses de travail n’ont pas été évalués ou étudiés dans leur moindre détail ?

A ceux qui avancent des arguments dans un esprit populiste pour faire de l’effet, notre gouvernement répond avec détermination et en faisant preuve d’une attitude responsable.

La normalisation des relations gréco-turques sur la base ferme du respect du Droit international, des règles et traités internationaux demeure le choix stratégique de la Grèce.

Il s’agit d’un choix qui vise à la protection efficace de nos intérêts. Un choix de stabilité et de paix.

Dans le cadre de notre choix stratégique, nous ne négligeons pas, ni ne sous-estimons le fait que le processus d’adhésion de la Turquie présente des signes manifestes de fatigue.

Nous savons que 2009 sera une année critique durant laquelle la Turquie devra entreprendre des actions substantielles pour se conformer aux conditions et modalités de sa perspective d’adhésion.

A cela s’ajoute également la nécessité d’appliquer le protocole additionnel d’Ankara sur l’union douanière. Cette question fera d’ailleurs l’objet d’une évaluation par la Commission européenne et le Conseil, à la fin de l’année.

Un dernier mot sur la Turquie avant d’aborder les évolutions et les perspectives relatives à la question chypriote.

La Grèce et la Turquie sont deux pays voisins dans cette région difficile. Nous sommes membres d’une Alliance et d’autres organisations internationales. Nos relations ne peuvent qu’être axées sur le plein respect du droit international, de la légalité internationale et du bon voisinage.

Cela est d’ailleurs indispensable dans la perspective d’une relation entre partenaires, une relation qui sera établie lorsque la Turquie européenne et démocratique deviendra, ce que souhaite la Grèce, membre de l’Union européenne.

Les provocations inacceptables et les revendications arbitraires ne vont pas de pair avec ces perspectives positives de paix, de stabilité et d’intérêt mutuel.

Face à ces provocations, la Grèce fera preuve de modération et de détermination et œuvre de manière soutenue afin que ces perspectives deviennent réalité.

Pour la pleine normalisation des relations gréco-turques et un avenir de paix et de coopération dans notre voisinage élargi, il faut mettre fin à l’injustice et à la situation actuelle inacceptable à Chypre.

En 2008, nous avons salué le lancement d’un nouvel effort dans le cadre des Nations Unies, à savoir l’ouverture des négociations directes entre les deux parties. La Grèce continue de coopérer de manière étroite avec la République chypriote afin qu’il y ait une issue positive.

Ces négociations connaissent des périodes d’accélération et de ralentissement. Il s’agit d’un processus très difficile.

La question épineuse de la forme du gouvernement a été réglée. La négociation sur la question sinon plus complexe des biens a commencé hier, avec un échange de documents.

Nous espérons que ce nouvel effort conduira à un accord sur la réunification de l’île sur la base d’une fédération bizonale et bicommunautaire, dotée d’une souveraineté, d’une personnalité juridique internationale et d’une citoyenneté, en mettant fin à l’occupation turque inégale.

Une telle solution ne peut que prendre en considération la participation de la République chypriote à l’Union européenne en tant qu’Etat membre ainsi que les valeurs et principes européens.

Chers collègues,

Notre objectif est une Chypre réunifiée où les deux communautés coexisteront de manière harmonieuse et pacifique, en tirant profit de la participation de Chypre à l’UE, sans la présence de forces d’occupation et de garanties désuètes en dehors de toute logique européenne.

Nous évaluons avec la plus grande attention ce témoignage choc d’Attila Olgac. L’infirmation après coup de l’aveu ne vient pas changer ce qui est largement reconnu.

A savoir, que l’invasion turque illégale à Chypre a été marquée par des actes de violation flagrante du Droit international et humanitaire.

Par conséquent, il faut appliquer pleinement les arrêts de la Cour européenne des Droits de l’Homme et la Turquie doit entreprendre toutes les actions nécessaires et coopérer pour faire pleinement la lumière sur les personnes disparues pendant l’invasion turque.

Enfin, je mentionnerais brièvement la question de l’Ancienne République yougoslave de Macédoine.

La prochaine réunion des négociateurs dans le cadre des Nations Unies se tiendra à New York le 11 février.

Dans ce climat caractérisé par des actes de nationalisme, d’intolérance et d’intransigeance de la part du gouvernement Gruevski, je ne pense pas que cette réunion aura une issue substantielle. Par ailleurs, cette rencontre est plutôt une prise de connaissance car le nouveau négociateur de l’autre partie y participera pour la première fois.

Cela dit, il va sans dire que la position relative à une appellation composée avec détermination géographique valable pour tous, demeure stable.

En guise de conclusion, je voudrais rappeler que les actions provocatrices récentes dénuées de sérieux de la part des dirigeants de Skopje nous ont amenés à prendre la décision de ne pas débloquer un seul euro dans le cadre de l’ESOAB pour l’Axe routier 10.

Chers collègues,

Cette année nous serons confrontés à des problèmes, des difficultés et devront relever des défis.

Nous sommes déterminés à surmonter ces difficultés avec sérieux et détermination, deux éléments indispensables dans l’exercice de la politique étrangère de notre pays.

Nous comptons sur l’attitude responsable des forces politiques du pays.

Nous comptons sur un climat de compréhension et de consensus nationaux.

Ces éléments ont toujours été nos armes afin que nos efforts communs soient couronnés de succès.

Je vous remercie.