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Discours de M. Droutsas devant le parlement hellénique en réponse à une question d’actualité du parti du LAOS

lundi, 31 mai 2010

Points principaux :

· « Dans ce contexte de crise, nombreux sont ceux qui soutiennent que les difficultés financières actuelles impliquent également l’affaiblissement du prestige du pays au niveau international ». « Car si ces positions ne sont pas fondées, il ne s’agit en fait que de slogans, rien de plus que des cris poussés reflétant justement cette approche populiste à l’égard des questions majeures relevant de la politique étrangère, une approche que nous, en tant que gouvernement, nous efforçons de surmonter ».

· « Toutefois, certains milieux à l’étranger, voire même dans notre voisinage, partagent également cet avis ». « Car si leur intention est de caresser l’opinion publique dans le sens du poil et camoufler leurs propres responsabilités politiques, il s’agit de la propagande de la pire espèce. Car si ces opinions sont fondées sur leurs propres convictions, ils sont malheureusement guidés par des faits erronés ».

· « La Grèce est suffisamment forte sur la scène politique internationale pour pouvoir défendre ses intérêts et jouer un rôle déterminant dans les développements dans la région d’intérêt direct pour la Grèce ». « La Grèce valorise aujourd’hui la puissance que lui confère sa réputation internationale en tant que pays qui exerce une politique étrangère axée sur des principes fermes ». « La puissance qui est axée sur les liens que notre pays entretient avec les Etats amis et sa participation aux organisations internationales. La puissance qui résulte de sa position géopolitique. La puissance acquise à travers la consolidation d’une présence à caractère stratégique au sein des économies et des marchés des régions qui présentent un intérêt direct pour la Grèce. La puissance qui est axée sur le peuple grec lui-même lequel fait preuve de sentiments consensuels et de détermination en vue de relever les défis de notre temps. Enfin, la puissance que lui assure un gouvernement responsable et compétent »

· « La plus grande réserve en matière de prestige international qui n’a pas encore été valorisée se trouve au sein de la société grecque ». « Dans ce pays il existe encore des réserves précieuses, des forces productrices, des « jeunes cerveaux » qui sont prêts à saisir toute occasion pour montrer leur valeur. C’est pour eux que nous entreprenons toutes ces actions, que nous prenons ces mesures et que nous consentons tous ces sacrifices. Afin qu’ils puissent à l’avenir libérer leurs propres forces. Personnellement, j’entretiens l’espoir que ces jeunes personnes seront le plus grand multiplicateur du prestige international de notre pays ».

Texte intégral du discours :

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les députés,

La question d’actualité à laquelle je suis invité à répondre aujourd’hui aborde en fait toutes les principales questions de politique étrangère grecque. Je répondrais sur le fond et notamment sur chaque question.

Permettez-moi tout d’abord de faire une observation : il semblerait que derrière les questions des députés se dissimule une inquiétude, à savoir que le gouvernement se prépare soi-disant à faire de grands compromis s’agissant des questions nationales sous la pression des conditions financières.

Le premier défi que le gouvernement a été appelé à relever dès le début de son mandat était indéniablement la situation financière du pays. Le gouvernement fait face à ce problème non seulement en introduisant des mesures impératives et directes pour protéger le pays des attaques spéculatrices internationales, mais aussi en élaborant et en mettant en œuvre les mesures structurelles nécessaires au niveau du principal axe de notre économie nationale. Et il le fait avec audace politique et responsabilité. Car c’est notre devoir vis-à-vis des générations futures et nous sommes prêts à l’assumer.

Toutefois, je ne m’en tiendrais pas là aujourd’hui. J’aimerais profiter de cette occasion pour me référer aux inquiétudes exprimées au sujet de la politique étrangère du pays.

Dans l’ombre de cette crise, j’ai souvent lu et entendu que les difficultés financières auxquelles nous sommes aujourd’hui confrontés impliquent également une perte de prestige international. Ce point de vue est exprimé, sous différentes variantes, pour conduire, dans certains cas, à des hypothèses extrêmes et certes infondées, à savoir que nous allons renoncer à certains de nos droits souverains, que nous allons revenir sur nos positions de principes, bref, que nous allons tout sacrifier sur l’autel de la dette publique.

Ces idées sont exprimées au niveau interne, par nos compatriotes, que ce soit de simples citoyens, ou des personnalités publiques, ou encore des personnes exprimant publiquement leur point de vue. C’est bien entendu leur droit, un droit démocratique et inaliénable, bien qu’ils doivent supporter le fardeau de la preuve de leurs allégations. Nous écoutons chaque point de vue, avec intérêt, encore faut-il que ce point de vue soit étayé par des arguments. Car si ces positions ne sont pas fondées, il ne s’agit que de slogans – rien de plus que des cris poussés reflétant exactement cette approche populiste à l’égard de questions majeures de politique étrangère, que nous en tant que gouvernement nous efforçons de surmonter.

Ces mêmes idées sont également exprimées par certains milieux à l’étranger, qui plus est dans notre voisinage direct. Ils arguent devant l’opinion publique de leur pays de ce que la Grèce reverra certaines de ces positions immuables. Ils arguent que pour la même raison nos partenaires et alliés doivent faire pression sur nous car nous seront soi-disant plus conciliants sous le poids de la dette publique. S’ils le disent pour caresser dans le sens du poil l’opinion publique et masquer leurs responsabilités politiques, alors on a affaire à une propagande de la pire espèce. S’ils le disent parce qu’ils le pensent vraiment, alors, malheureusement, ils planifient leurs actions et leurs tactiques en fonction de faits complètement erronés.

Ce pays ne risque pas de perdre ne serait-ce qu’un partie de son prestige international et de sa force de négociation. Je n’accepte et n’accepterais jamais que la Grèce est « impuissante ». La Grèce est un pays puissant qui a mal géré sa puissance et ses capacités dans le passé. Nous ne sommes pas en position d’infériorité et nous regardons toujours nos interlocuteurs, droit dans les yeux.

Mesdames et Messieurs les députés,

Contrairement à tout ce qui est dit, j’aimerais aujourd’hui affirmer que la Grèce est suffisamment forte sur la scène politique internationale pour pouvoir défendre ses intérêts et jouer un rôle déterminant dans les développements dans la région d’intérêt direct pour la Grèce.

Cette puissance est toutefois relative. Elle ne s’exprime pas de manière quantitative. Mais elle existe et se manifeste en tant que composante de plusieurs facteurs, qui actuellement existent, oserais-je dire de manière plus considérable que dans le passé.

Aujourd’hui, la Grèce valorise la puissance que lui confère sa réputation internationale en tant que pays qui exerce une politique axée sur des principes fermes.

La puissance qui est axée sur les liens que notre pays entretient avec les pays ami et sa participation aux organisations internationales.

La puissance qui résulte de sa position géopolitique.

La puissance acquise à travers la consolidation d’une présence stratégique au sein des économies et des marchés des régions qui présentent un intérêt direct pour la Grèce.

La puissance qui est axée sur le peuple grec lui-même, lequel fait preuve de sentiment consensuel et de détermination en vue de relever les défis de notre temps.

Enfin, la puissance que lui assure un gouvernement responsable et compétent.

Tous ces concepts – gouvernement, peuple, alliances, position géopolitique, prestige international et influence économique – sont indéniablement des facteurs de puissance pour notre pays.

Si vous me le permettez, j’aimerais commencer par notre prestige international en tant que pays qui exerce une politique internationale fondée sur ses principes. Des principes qui résultent dans le même temps du droit international. En effet, la politique étrangère grecque n’est pas composée d’éléments conjoncturels. Elle est fondée sur des positions, auxquelles nous aspirons avec constance et que nous exprimons clairement et à chaque occasion, comme aujourd’hui pour ce qui est de la question de Gaza. C’est pourquoi notre voix est dotée d’une crédibilité et est prise en compte par nos interlocuteurs.

La question chypriote est un exemple caractéristique de l’application de ce principe. Demeurant attachés à nos principes, aux impératifs du droit international, nous continuerons de soutenir activement les efforts du Président de la République chypriote, M. Dimitris Christofias en vue de parvenir à une solution équitable, durable et fonctionnelle, de conception chypriote, basée sur les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU et sur la pleine application de l’acquis communautaire.

Et étant donné que la question de ces Messieurs les députés se réfère précisément à la question particulière du projet de règlement sur le commerce direct avec les territoires occupés, j’aimerais souligner que la Grèce a soutenu les efforts de Chypre à ce sujet depuis le début, depuis 2004. D’emblée, nous avons exprimé nos objections au sujet de cette proposition de la Commission. D’ailleurs, la proposition est demeurée en suspens, d’une part grâce à nos efforts, d’autre part en raison de ses faiblesses juridiques et politiques intrinsèques. La question n’a en aucun cas été jugée. Nous poursuivrons l’effort en coordination avec Nicosie et nous éviterons un développement qui pourrait entraver les négociations en cours et la réunification future de Chypre.

J’ajouterais dans ce contexte un autre point qui, si vous le voulez, constitue la spécificité de ce gouvernement. Nous nous efforçons de renforcer notre crédibilité en jouant un rôle plus actif dans les développements de notre voisinage direct. Car il n’est pas suffisant de brandir nos positions et nos principes que lorsque nous sentons que nos intérêts sont directement en jeu. La politique étrangère n’est pas une guerre de tranchées. Si nous voulons conférer de la crédibilité à notre voix, nous devrons nous mettre en avant, promouvoir nos positions en prenant des initiatives. Nous devrons nous-mêmes créer le cadre dans lequel se développeront les événements ultérieurs.

Telle est la principale philosophie des initiatives que nous avons entreprises, avec notamment, la promotion de la perspective européenne des Balkans occidentaux avec l’ « Agenda 2014 », mais aussi les relations gréco-turques.

Il y a quelques jours, j’ai eu l’occasion d’informer plus amplement le comité permanent Affaires étrangères et Défense sur les résultats de la récente visite du Premier ministre Erdogan dans notre pays. Mon discours et la discussion qui a suivi répondent, à mon sens, de manière suffisante aux inquiétudes exprimées par Messieurs les députés dans leur première question et je ne m’étendrais pas sur le sujet, car je respecte le temps qui m’est imparti, mais je suis à votre entière disposition pour répondre aux questions supplémentaires dans la deuxième partie de cette intervention.

Les liens étroits qui nous unissent avec des pays ami ainsi que notre participation aux organisations internationales attestent de la puissance de notre pays au niveau international.

La Grèce n’est pas seule au monde. Même si cela va de soi, ce n’est pas toujours évident. Notre position ne nous a pas été offerte, elle a été le fruit de conquêtes. La maturité d’adhésion d’un pays à l’économie internationale ne résulte ni du nombre d’Etats avec lesquels il entretient des relations diplomatiques, ni du nombre d’organisations internationales auxquelles il participe. La qualité formelle de membre ne suffit pas. Cette qualité implique certaines obligations, qui sont certes accrues lorsqu’un pays est invité à exercer un rôle institutionnel, comme par exemple la Présidence d’une organisation internationale.

La Grèce a prouvé, dans son Histoire contemporaine, que dans les organisations internationales auxquelles elle participe, elle ne se tient pas seulement exclusivement compte de son intérêt national. A chaque occasion, elle a promu l’intérêt général de l’Organisation et de ses Etats membres, en s’efforçant de créer des consensus.

Je me réfèrerais à deux exemples, encore faut-il que je rappelle à ce stade l’ « Agenda de Thessalonique » qui renvoie directement à la présidence grecque de l’Union européenne en 2003, mais aussi au « Processus de Corfou » qui renvoie à la présidence grecque réussie de l’OSCE l’année passée. Nos partenaires et alliés nous associent à ces réussites et non à une tentative immature de promouvoir notre agenda national au détriment de l’intérêt commun des membres d’une organisation internationale.

La position géostratégique du pays constitue également un élément de puissance de notre pays, qui est situé aux pieds du continent balkanique et dans la partie nord-est de la Méditerranée. La position géostratégique de notre pays, néanmoins, n’est pas une notion statique. C’est une notion que nous, en tant que gouvernement, devons valoriser comme il se doit.

La question est de savoir si nous voulons être une simple province des Balkans ou bien la porte principale de nos voisins du nord vers les marchés du monde et la locomotive de leur activité de production ? Est-ce que nous voulons seulement vendre du soleil et de la mer dans les îles de la Mer Egée ou bien faire de notre pays un facteur géopolitique considérable dans le bassin sensible de la Méditerranée orientale ? Le gouvernement a une conception stratégique sur ces questions. Tout ce que nous avons fait, de la promotion des projets de mise en œuvre de grands canaux énergétiques à travers le continent, jusqu’à la participation de la marine grecque à des missions de paix internationales en méditerranée s’intègrent dans ce contexte.

Pour ce qui est maintenant de l’influence économique de la Grèce en tant que point fort, j’aimerais attirer votre attention sur les activités commerciales de nos entreprises, notamment dans les Balkans et dans le Moyen-Orient.

Je pense, que nous avons tendance, dans ce contexte de crise, à oublier que nous avons acquis d’importantes parts de marché dans ces pays dans différents secteurs de l’économie. Une grande partie de nos forces économiques a été placée dans les pays d’Europe du sud-est et qui plus est à des périodes ou d’autres pays, compétitifs, n’auraient pas osé.

Dans ce contexte, l’occasion m’est donnée de répondre à la partie de question concernant l’amélioration de la situation des Grecs en Albanie.

La présence forte et permanente de la Grèce en Albanie, les grands programmes de développement et les travaux d’infrastructure que nous subventionnons contribuent à la création des conditions nécessaires permettant de maintenir nos compatriotes dans leur foyer et le retour de ceux qui ont dû partir par nécessité.

Pour renforcer la position des Grecs de l’étranger et la perspective de retour d’autres, il est tout important de résoudre les problèmes de propriété en Albanie. A cet égard, le ministère grec des Affaires étrangères cofinance des programmes de l’OSCE concernant le recensement des patrimoines sur la côte sud de l’Albanie.

En tout cas, la perspective européenne de l’Albanie revêtira une importance cruciale pour l’avenir des relations gréco-albanaises. Le progrès du pays dans ce sens garantit également les intérêts de la minorité nationale grecque. L’Albanie s’est engagée vis-à-vis de l’UE, entre autres, pour recenser la population en 2011, comme le soulignent à juste titre les députés ayant soumis leur question. Et nous estimons particulièrement le fait que dans le questionnaire préparé par les autorités albanaises a été comprise la question de l’origine ethnique, qui constitue une demande ferme de la minorité nationale grecque.

Enfin, comme vous le savez, le principal facteur de puissance international d’un pays est son peuple et son gouvernement. Et permettez-moi de dire qu’à chaque fois que le peuple grec a fait preuve de consensus intrinsèque, d’unanimité, il a pu affronter avec succès les défis de son histoire. J’aimerais y inclure les Grecs de l’étranger. L’avantage comparatif unique de la Grèce et de l’hellénisme dans la concurrence internationale est les générations consécutives d’immigrés grecs, les plus récentes, mais aussi les plus anciennes, qui se sont installés dans d’autres pays et ont prospéré dans leurs nouvelles patries.

Il en va de même pour les chefs politiques du pays. Je ne voudrais pas apparaître ici mesquin et me borner à mon parti. La majorité des forces politiques en Grèce discutent et s’accordent sur les principales lignes de la politique étrangère ; cela constitue un acquis de notre culture politique, ce que j’ai à maintes reprises souligné.

Un exemple probant est la question du nom de l’Ancienne République yougoslave de Macédoine. Le gouvernement grec suit la politique ferme que nous avons tracée ensemble avec la grande majorité des forces politiques de notre pays. Nous avons défini et fait clairement savoir le cadre de résolution du litige portant sur le nom sur lequel la partie grecque peut s’accorder : un nom, avec détermination géographique et pour tous les usages.

Et puisque vous soulevez ce point dans votre question, la réponse est oui, le nom « Macédoine du Nord » compte parmi les idées que le médiateur de l’ONU, M. Nimetz a de temps à autre exprimées. Il est clair qu’il s’intègre dans le cadre défini par nous et peut constituer une base de discussion pour la partie grecque.

Malheureusement, cela ne suffit pas que la Grèce seulement exprime sa volonté en faveur de la résolution de ce litige demeuré en suspens. L’autre partie, par son attitude et ses déclarations récentes n’a pas encore prouvé qu’elle souhaitait franchement négocier. Et cela peut être ressenti au sein de la communauté internationale tout entière.

Mesdames et Messieurs les députés,

La plus grande réserve en matière de prestige international qui n’a pas encore été valorisée se trouve au sein de la société grecque. Elle se trouve emprisonnée dans un tissu de népotisme, de corruption, d’irresponsabilité sociale, d’égoïsme et de permissivité qui malheureusement ont prévalu ces dernières années et ont détruit la cohésion sociale ainsi que le mécanisme de production de l’économie.

Mais dans ce pays il existe encore des réserves précieuses, des forces productrices, des « jeunes cerveaux » qui sont prêts à saisir toute occasion pour montrer leur valeur. C’est pour eux que nous entreprenons toutes ces actions, que nous prenons ces mesures et que nous consentons tous ces sacrifices. Afin qu’ils puissent à l’avenir libérer leurs propres forces. Personnellement, j’entretiens l’espoir que ces jeunes personnes seront le plus grand multiplicateur du prestige international de notre pays.

Je vous remercie.