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Discours du ministre adjoint des Affaires étrangères, M. Droutsas devant le Comité permanent « Défense nationale et Affaires extérieures » du Parlement

jeudi, 15 avril 2010

Monsieur le Président,

Honorables députés,

Notre réunion d’aujourd’hui est importante. Nous avons l’occasion de passer en revue les relations de notre pays avec la Turquie et d’échanger des points de vue sur l’un des plus importants dossiers de notre politique étrangère.

Les principaux axes de notre politique demeurent les mêmes, tout comme nos objectifs. Nous voulons la normalisation des relations avec la Turquie ainsi que l’établissement des relations de bon voisinage. Nous voulons que la question chypriote soit réglée et que l’armée d’occupation turque soit retirée de Chypre. Nous voulons que la Turquie soit notre voisin en tant que membre à part entière de la famille européenne. Mais nous ne voulons pas la Turquie actuelle mais la Turquie qui procèdera aux réformes audacieuses qui sont nécessaires et qui apprendra à vivre en paix avec ses voisins.

Nous développons notre politique avec prudence et en fonction de la nouvelle situation qui a été créée et influe désormais sur nos relations. Les six dernières années la Turquie a entrepris des pas substantiels. Elle a consolidé son économie. Pour ce qui est de son voisinage, la Turquie a procédé à des actions audacieuses, dont l’efficacité sera jugée à l’avenir, tout en profitant du vide créé par la Grèce. Les efforts de normalisation de ses relations avec l’Arménie, le rôle régional avec le Moyen-Orient et les relations turbulentes avec Israël, sa coopération étroite avec la Syrie, l’Irak et l’Iran, les liens économiques avec la Russie et l’intérêt renouvelé des Etats-Unis pour son rôle, sont certains des paramètres que nous sommes en train d’évaluer et que nous devons sûrement évaluer.

Au même titre, nous suivons de près les évolutions à l’intérieur de la Turquie. Les réformes progressent lentement tout en étant toutefois structurelles et fondamentales. Elles sont le matériel de construction de la nouvelle démocratie turque, d’une Turquie – je l’espère – européenne.

Avant de vous communiquer des informations sur ma récente visite à Ankara et les décisions qui ont été prises, j’aimerais me référer au cadre dans lequel nous sommes en train de façonner notre politique.

Déjà, lors de la présentation de notre programme politique devant le Parlement, nous avons clairement manifesté notre volonté de consolider un climat de confiance mutuelle avec la Turquie et d’assurer la continuité de la politique dynamique et réussie de la période 1999-2004.

Cette volonté est axée sur des principes qui régissent depuis toujours notre politique étrangère : les relations de bon voisinage et le respect du droit international.

Cette volonté est axée sur la conviction suivante : la Grèce et la Turquie peuvent et doivent coopérer dans les domaines où cela est possible. Dans le cadre de la coopération et de la concertation que nous voulons établir entre les deux pays, les pratiques illégales et toute sorte de provocations ne sont en aucun cas légalisées. Nos opinions et nos positions sont divergentes sur de nombreuses questions. Personne ne le nie.

En ayant pleinement conscience du parcours historique des relations gréco-turques, nous nous efforçons de créer actuellement un parcours moderne. Nous nous employons à mettre en valeur les perspectives à travers des actions entreprises avec prudence, et ce, en ne négligeant pas les obstacles.

Ce processus apporte des résultats. Des résultats importants. Par exemple, lors de la dernière réunion du Comité directeur – début mars – nous avons identifié les nombreuses perspectives d’une coopération pratique et plus renforcée dans lesdits domaines de « moindre importance » politique mais revêtant une importance majeure. Nous avons réalisé du progrès dans le domaine de l’économie et des relations commerciales, des échanges, du tourisme, de la coopération aux réseaux énergétiques, de la culture, de la protection politique et de la lutte contre les catastrophes, etc. Ma visite à Ankara a doté d’un nouvel élan ces initiatives, et ce, à travers des positions claires et en fonction de l’intérêt mutuel.

Monsieur le Président,
Mesdames et messieurs les députés,

Dans le cadre de la promotion recherchée de la coopération gréco-turque, dans les domaines où cela est possible, depuis octobre 2009 nous nous attachons à rendre plus réguliers nos contacts avec la partie turque et à élargir le champ de notre coopération.

Mes rencontres avec le Président, le Premier ministre et le ministre turc des Affaires étrangères se sont déroulées dans un climat positif. Il y a eu un échange constructif de vues sur les relations bilatérales, la perspective européenne de la Turquie ainsi que sur des questions régionales, telles que les Balkans et le Moyen Orient et d’autres questions relevant de la coopération internationale entre nos deux peuples.

Nous avons pris et annoncé des décisions importantes.

J’aimerais me référer notamment à la décision de créer un Conseil de coopération de haut niveau entre la Grèce et la Turquie, sous la direction des deux Premiers ministres des deux pays. Notre ambition est que ce Conseil devienne le vecteur principal de la promotion de la coopération gréco-turque dans des domaines importants et que cette coopération soit relevée au niveau ministériel. Pour ce faire, à la première réunion du Conseil participeront non seulement les ministres des Affaires étrangères mais aussi les ministres de l’Economie, de l’Environnement, de l’Energie, des Télécommunications, de la Culture et du Tourisme, de l’Education, etc. La première réunion se tiendra sous la présidence des deux ministres à Athènes, lors de la visite qu’effectuera mi-mai M. Erdogan sur invitation du Premier ministre grec. Nous sommes convenus de nous réunir dans le cadre du Conseil de coopération de haut niveau une fois par an, au niveau des Premiers ministres, et d’organiser deux rencontres au niveau des ministres des Affaires étrangères en vue d’évaluer et de coordonner l’évolution de notre coopération.

En marge de la réunion, se tiendra un forum d’affaires avec la participation de nombreux hommes d’affaires. A cet égard, la partie turque a manifesté un intérêt marqué.

Pour ce qui est de la coopération sur des questions régionales et internationales, il a été annoncé la reprise des consultations politiques au niveau des Secrétaires généraux des deux ministères des Affaires étrangères. La systématisation de nouveau de nos contacts au niveau le plus élevé devrait à notre sens contribuer dans un premier lieu à la compréhension des positions des deux parties sur des questions d’intérêt international, et probablement à l’indentification des opportunités offertes pour entreprendre des initiatives communes portant sur des questions de notre région.

Les contacts exploratoires visant à la délimitation du plateau continental sont intensifiés. Nous sommes en train de fixer la date de la prochaine réunion qui se tiendra avant la visite du Premier ministre turc. A la tête de la délégation grecque sera nommé l’ambassadeur honoraire Pavlos Apostolidis, ancien Secrétaire général du ministère des Affaires étrangères.

Comme nous l’avons, à maintes reprises, signalé, les contacts exploratoires sur la délimitation du plateau continental ne doivent pas devenir un processus sans fin. Au contraire, on doit fixer un calendrier précis. Si nous ne réussissons pas à parvenir à un accord dans un délai raisonnable, nous devrons saisir la Cour internationale de la Haye de cette affaire.

Enfin, nous avons annoncé cinq nouvelles mesures de confiance qui s’intègrent dans cette même logique que je vous ai décrite, à savoir l’intensification des contacts et de la coopération entre les forces armées en vue de l’amélioration du climat psychologique et de la communication.

Les décisions et les initiatives citées ci-dessus constituent non seulement des développements mais mettent aussi en chantier d’autres évolutions. Elles apportent une valeur ajoutée et elles seront bien entendu jugées en fonction des résultats apportés mais aussi en fonction de l’attitude générale qu’adoptera Ankara. Par ailleurs, ces décisions et ces initiatives ont été conçues dans un esprit sincère en vue de renforcer la concertation entre les deux pays ainsi que les perspectives de leur coopération pratique. Je n’aurai de cesse de répéter l’évidence : l’intention de cette coopération sera concrétisée seulement dans les domaines où une convergence de vues et d’intérêts est constatée.

Il est évident que sans progrès dans le domaine des relations de bon voisinage avec la Turquie, nous ne pourrons pas parvenir à la pleine et substantielle normalisation de nos relations bilatérales. Les comportements infractionnels vis-à-vis de notre pays qui vont à l’encontre des règles internationales, sont inacceptables et entravent nos efforts en faveur du rapprochement sincère et efficace entre les deux pays. Je l’ai encore une fois signalé à la partie turque. Nous attendons que nos efforts trouvent un écho tangible en faveur du renforcement de la confiance et dans ce contexte, les survols, les violations et les harcèlements n’ont pas de place. Notre principe inflexible est le plein respect de l’intégralité territoriale et des droits souverains et des responsabilités de notre pays sur la base des règles du droit international.

Avec M. Davutoglu, nous avons également échangé des vues sur la question chypriote. Notre position est que les pourparlers devront être poursuivis sur la base du progrès acquis. Nous devons parvenir à une solution « chypriote » à la question chypriote. J’ai signalé à M. Davutoglu qu’il allait de soi que cette solution devrait permettre la participation efficace et sans heurts de la République chypriote à l’UE. L’acquis communautaire doit être pleinement respecté. Enfin, j’ai réitéré la nécessité du retrait immédiat des forces turques de l’île.

Pour ce qui est de la question particulièrement importante de l’immigration illégale, il va sans dire qu’elle ne pourra être réglée qu’à travers la coopération et la contribution de tous. La contribution de la partie turque sera importante. Notre pays participe aux opérations conjointes de la FRONTEX et soutient le renforcement des initiatives européennes en vue de lutter contre les pressions de l’immigration illégale. Nous encourageons la Turquie à coopérer et à surmonter les obstacles, à renoncer aux méthodes obsolètes. Avant tout, elle doit honorer ses engagements, à savoir appliquer pleinement l’Accord de réadmission gréco-turc et conclure un accord de réadmission UE-Turquie.

Monsieur le président, Mesdames et Messieurs les députés,

Lors de ma visite à Ankara, j’ai eu l’occasion de me référer à l’attachement de la Grèce, et j’entends par-là des gouvernements grecs de ces dernières années, en faveur de l’adhésion de la Turquie à l’UE en tant que membre de plein droit. Autrement dit, en tant que pays qui jouira des droits et s’acquittera de toutes ses obligations conformément aux principes, aux valeurs, aux pratiques et à l’acquis de l’Union européenne.

Tout pays désireux devenir membre de l’UE devra remplir les conditions définies par cette dernière : il devra satisfaire l’ensemble de ses critères, embrasser ses principes et valeurs et prouver, en pratique également, qu’il les embrasse, les respecte et les applique. C’est dans ce contexte que nous attendons de la Turquie de faire les pas nécessaires, afin qu’elle prouve sa détermination à entrer, concrètement et non en théorie, dans la famille européenne, qu’elle embrasse ses instances et ses valeurs.

Néanmoins, la condition du processus d’adhésion est le respect des principes de bon voisinage et la résolution pacifique des différends. La Turquie doit adapter son attitude vis-à-vis de la Grèce afin de répondre aux critères majeurs susmentionnés.

Dans le même cadre des obligations européennes de la Turquie s’intègre également le respect de l’ensemble des droits de l’homme, des droits des minorités, y compris des libertés religieuses. Nous suivons les performances de la Turquie dans ces domaines, notamment ceux concernant les droits de la diaspora grecque et de ses associations caritatives.

Nous sommes satisfaits de la dynamique qui semble se dessiner en faveur des affaires de la Diaspora grecque, émanant notamment de la jurisprudence des tribunaux internationaux. L’Etat grec intervient et continuera d’intervenir, comme il est de son devoir, en faveur de ces affaires en tant que garant des droits de la Diaspora grecque.

Dans le même esprit, nous suivons, identifions et notons les lacunes existant dans le domaine du respect des libertés religieuses, qui, comme le respect des droits de l’homme, sont une obligation pour chaque Etat.

Lors de ma récente visite en Turquie, j’ai eu l’occasion, la joie et l’honneur de rendre mes hommages au Patriarche œcuménique Bartholomée à Constantinople et d’échanger des vues avec lui.

La rencontre s’est déroulée, comme toujours, dans un climat particulièrement chaleureux. J’ai réaffirmé au Patriarche œcuménique le soutien sans faille de la Grèce en faveur de la promotion des affaires préoccupant le Patriarcat depuis longtemps ainsi que la nécessité de les résoudre dans les plus brefs délais, notamment la question du caractère œcuménique, de la personnalité juridique de la Faculté théologique de Halki – des questions que j’ai soulevées cette fois-ci également devant mes interlocuteurs à Ankara. Le patriarcat œcuménique est une institution précieuse pour la Turquie elle-même aussi. Un phare spirituel qu’elle se doit de protéger.

Il convient de garder à l’esprit que la Turquie semble tenter des amorces de dialogues avec les communautés non musulmanes, suite aux impératifs y relatifs des résolutions internationales. Bien entendu, nous attendons des résultats tangibles. Comme nous l’avons souligné à plusieurs reprises aux chefs turcs, l’heure est à la mise en œuvre de décisions précises et non aux déclarations de bonne volonté et d’intention.

Monsieur le président, Mesdames et Messieurs les députés,

Dans les relations Grèce – Turquie, une méthode, une stratégique, des positions claires sont nécessaires. Des initiatives visant à façonner les développements – là où cela est possible et mutuellement avantageux.

Cette politique est dotée d’une vision d’avenir. Une politique dotée de conditions, de limites et de règles.

Je vous remercie pour votre attention et j’attends avec intérêts vos pensées et vos idées.