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Discours du ministre des Affaires étrangères M. Lambrinidis – Débat et vote sur la décision du Premier ministre de se soumettre à un vote de confiance du Parlement

jeudi, 16 juin 2011

Discours du ministre des Affaires étrangères M. Lambrinidis – Débat et vote sur la décision du Premier ministre de se soumettre à un vote de confiance du Parlement S. LAMBRINIDIS : Mesdames et Messieurs les députés,

La Grèce et l’Europe sont aujourd’hui confrontées à la plus grande crise de leur histoire contemporaine. Elles se trouvent devant un dilemme, qui ne concerne pas tant les politiques que les valeurs. La valeur de la responsabilité de certains Etats membres de remplir leurs obligations vis-à-vis de leurs partenaires et la valeur de la solidarité entre les partenaires sont deux des principes fondamentaux de l’Union européenne. Toutefois, ces principes ont été violés de manière flagrante ces derniers temps. Pour pouvoir sortir de cette crise en ayant établi des bases solides, nous devons « retrouver notre âme » en tant que nation, mais aussi en tant que continent.

Notre pays n'a pas respecté cette valeur qu’est la confiance. Il n’a pas été le seul, certes, mais malheureusement il a été champion en la matière. En 2009, la zone euro affichait les plus mauvais résultats en termes d'endettement, de déficit et de croissance négative. La Nouvelle Démocratie a hérité d’un pays dont les problèmes étaient certes chroniques, mais encore gérables, un pays qui jouissait d’un certain prestige au niveau européen et mondial. Et elle a transmis un pays en faillite.

En même temps que la confiance, notre pays n'a pas respecté la valeur de la solidarité. Le mouvement européen « Je ne paie pas » qui est aujourd'hui dirigé par d'autres Etats membres est un mouvement sans précédent en Europe. Si la solidarité n’existait pas, alors il n’y aurait pas de Cadres communautaires d’appui, il n’y aurait pas d’élargissement, il n’y aurait pas de politique de cohésion, bref, l’Europe ne serait pas celle que l’on connaît aujourd’hui.

Or malheureusement la crise économique n'a pas seulement rendu les peuples introvertis et apeurés, elle a fait en sorte que les pays se retournent les uns contre les autres. Les Grecs, les Espagnols, les Portugais, les Irlandais ont été qualifiés de « PIGS » - « Porcs ». Les Allemands et les Hollandais d' « exploitants impitoyables ».

Chers collègues, aujourd'hui le gouvernement et le peuple consentent des efforts titanesques pour pouvoir retrouver la valeur de la responsabilité. Cet effort ne se borne pas à une lutte menée au niveau interne, il s’étant au niveau diplomatique également.

Au moment où l’Europe n’était pas prête à nous aider, au niveau institutionnel et politique, nous avons réussi à créer à partir de zéro le mécanisme de soutien, nous avons réussi à imposer leur solidarité à travers notre propre responsabilité, nous avons soulevé la question de la gouvernance économique et des lacunes de l'UEM. Le progrès accompli est inespéré.

Nous avons placé au cœur des débats des outils comme la taxe sur les échanges financiers, l’euro-obligation, des mots que personne n’osait prononcer il y a quelques mois et qui aujourd'hui constituent un investissement pour pouvoir créer une vraie Union économique européenne.

En dépit des grandes pressions exercées et des difficultés rencontrées, le gouvernement du PASOK, Mesdames et Messieurs les députés ne s'est pas renfermé sur lui-même. Le Premier ministre, les ministres, les députés, les eurodéputés du PASOK, mais aussi l'exceptionnel corps diplomatique du pays, malgré le coup dur qu'ils ont subi en raison de la crise, jouent depuis longtemps un rôle de premier plan afin que « l’insensibilité » des marchés incontrôlés et le nationalisme ne prévalent pas et que la croissance, l'emploi et l'Etat social puissent être sauvegardés.

Mesdames et Messieurs les députés, tout cet effort est déployé dans un environnement international particulièrement défavorable, notamment pour notre pays. Les gouvernements de la Nouvelle Démocratie ont privé le pays de la seule arme qui aurait pu rendre ce combat plus facile, sa crédibilité internationale. A Bruxelles, au Parlement européen, j'ai vu de mes propres yeux naître le stéréotype des « statistiques grecques » et de l’incrédibilité. Aucun gouvernement de l’Union européenne n’avait jamais confectionné le tissu de mensonges - je sais le mot est fort, mais malheureusement il n'y en a pas d'autre - que la Nouvelle Démocratie a égrenés. Aucun gouvernement de l’Union européenne n’avait autant désinformé son peuple que l’a fait la Nouvelle Démocratie. Aujourd’hui, par son refus de soutenir le grand effort national et suite à la campagne catastrophique récente de M. Samaras à l'UE, où il n'a pas pu...

***[intervention hors micro]

S. LAMBRINIDIS : Chers collègues, aussi bien au Parlement européen, que dans cette enceinte, j’essaie toujours d’étayer mes propos de chiffres, des chiffres qui parfois ne sont pas agréables, parfois peuvent déranger, mais je suis tout à fait ouvert à ce que l’on vienne me démentir, que l’on me dise « ce que tu dis n'est pas vrai ». Mais si ce que je dis est vrai, alors je ne tolèrerais aucunement que mes intentions soient contestées, car cela serait injuste pour vous mais aussi pour moi.

Je répète donc que la récente campagne de M. Samaras à l'Union européenne, que j'ai pu suivre de très près, a révélé non seulement qu'il n'a pas été en mesure de négocier avec force et courage – ainsi qu’il l’affirme avec autant d'arrogance je dirais - mais aussi qu'il n'a su convaincre ses interlocuteurs conservateurs de l'efficacité de sa « formule économique magique ». Et vous avez tous pu le voir dans les communiqués faits par la suite par M. Barroso, M. Van Rompuy, le Premier ministre français, etc.

Aujourd'hui, donc, la Nouvelle Démocratie risque de donner le cout de grâce à notre crédibilité et de contribuer à ce que nos partenaires abandonnent la Grèce. La crédibilité, toutefois, est l’outil le plus crucial et c'est à ce niveau là que nous avons livré notre bataille au plan international, chacun dans son propre camp.

Des négociations aussi cruciales que difficiles nous attendent, Mesdames et Messieurs les députés. Nous devons assurer que nos partenaires continueront à nous soutenir. Le nouveau gouvernement doit remplir une seule et unique mission : créer une nouvelle Grèce qui sera de nouveau sur pied. Notre pays doit relever un défi national : redevenir fort sur tous les fronts.

Mesdames et Messieurs les députés, la politique étrangère est marquée par la continuité et je me mettrais à son service en m'efforçant de parvenir au consensus de toutes les forces politiques, car comme chacun sait l'union fait la force.

Les objectifs et les principes de la politique étrangère grecque sont immuables, fermes.

Promotion des intérêts, élargissement des influences, sauvegarde des droits de la Grèce.

Création d’un espace de paix, de stabilité et de croissance dans notre voisinage et développement des relations de bon voisinage et de coopération régionale.

Respect du droit international et résolution pacifique des différends.

Nous avons plus que jamais besoin d’une politique étrangère active, audacieuse et dynamique. Nous devons cultiver nos relations avec nos voisins et créer de nouvelles alliances.

Nous devons axer nos efforts sur cet immense réservoir de connaissances, de contacts, de croissance, de dévouement à la patrie qu’est la diaspora grecque de l’étranger.

Nous participons activement a l’UE et a l’OTAN, mais nous devons investir dans l’approfondissement des relations avec d’autres acteurs importants, tels que la Russie, un pays que j’ai l’intention de visiter bientot. Nous voulons etablir des relations politiques et economiques avec les puissances emergentes, comme la Chine, le Bresil et l’Inde.

Nous devons mettre l’accent sur l’extraversion de l’économie grecque, soutenir nos entreprises, mettre en valeur le tourisme et attirer des investissements.

Enfin, nous devons rehausser l’image internationale du pays. Il est d’une importance vitale de lutter contre les opinions toutes faites et de faire comprendre à tout le monde que ceux qui investissent dans l’échec de la Grèce, dans l’échec de l’Europe, sortiront vaincus.

Mesdames et messieurs les députés,

Notre région et notre époque sont marquées par des défis. L’inertie n’est pas justifiée. La Grèce doit jouer un rôle de premier plan et devenir une force d’équilibre dans la région.

Il est dans notre interet de voir les Balkans ou sont actives des centaines d’entreprises grecques, adherer a l’Union europeenne. En 2003, nous avons trace leur perspective europeenne a travers la strategie de Thessalonique. En 2009, aussitot que Georges Papandreou a assume la gouvernance du pays, il a presente l’Agenda 2012, « Thessalonique II ». Nous avons insuffle un nouvel elan au debat sur l’adhesion des Balkans occidentaux a travers des calendriers et des motivations bien definis visant a la pleine democratisation, a la croissance economique, a la lutte contre le crime organise, a la pleine protection des droits des minorites dans notre region ce qui revet une importance majeure pour nous.

La perspective europeenne de la region peut servir de catalyseur pour regler les graves problemes regionaux qui influent sur la stabilite regionale. Nous esperons que le gouvernement de Skopje le comprendra a un certain moment. Nous soutenons sa perspective euro-atlantique, nous serons son meilleur allie tout au long de ce processus. Toutefois, nos relations doivent etre axees sur des bases bien solides des relations de bon voisinage. Le reglement de la question du nom est une condition determinante, tel que declare par l’OTAN et l’Union europeenne.

Nous avons formulé des propositions constructives dans le cadre des négociations menées sous l’égide des Nations Unies : une appellation avec déterminatif géographique et pour usage à l’égard de tous, une appellation erga omnes. Nous attendons une réaction. Toutefois, les statues érigées par le gouvernement à Skopje constituent une provocation et viennent influer de manière négative sur le processus, tout en cultivant l’irrédentisme, la plus grande menace qui pèse sur les Balkans. Nous avons dans les plus brefs délais averti les instances européennes et, moi personnellement, et avant-hier le commissaire chargé de l’élargissement, a condamné ouvertement et de manière catégorique ces actions.

Mesdames et messieurs les députés, au lendemain de la prise de mes nouvelles fonctions, j’ai visité la République de Chypre, j’ai souligné les liens fraternels qui unissent nos deux pays et j’ai envoyé un message, à savoir que la Grèce et Chypre livrent de concert cette bataille en vue de parvenir à une solution juste à la question chypriote. Nous serons aux côtés du Président Christofias. Toutefois, il doit être clair à l’égard de tous qu’Ankara détient la clé de la solution. Elle doit changer d’attitude, ce qui déterminera sa solution avec l’Europe, car il est évident que tant que l’occupation se poursuit, l’adhésion ne pourra pas avoir lieu.

Nous voulons établir des relations de bon voisinage avec la Turquie, des relations qui seront régies par le respect de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et des droits de chaque pays. Nous avons entamé cet effort en faveur de la normalisation des relations gréco-turques, mais en 2004 cet effort a été interrompu. En 2009, M. Georges Papandréou conjointement avec le Premier ministre de la Turquie ont jeté les bases pour un nouvel effort.

Nous avons mis en place le Conseil de coopération de haut niveau ce qui a eu des effets tangibles sur la vie quotidienne des citoyens, nous avons soutenu la perspective d’adhésion de la Turquie, mais à la condition sine qua non qu’aucun compromis ne sera fait pour ce qui est des obligations que la Turquie a assumées à l’égard de l’Europe et de ses Etats membres, nous avons intensifié les contacts exploratoires sur la délimitation du plateau continental dans le cadre fixé par le droit international. Maintenant, la Turquie doit faire preuve de sa volonté en faveur de l’amélioration des relations bilatérales – comme elle l’affirme – et de l’avancement de son parcours d’adhésion. Elle doit traduire cette volonté dans des actes. Le progrès n’est pas possible dans un climat alourdi en raison des menaces et des provocations militaires.

Mesdames et messieurs les députés,

La Méditerranée orientale est au milieu d’une révolution, d’une « explosion » de la démocratie, que nous devons soutenir en dépit des dangers, de l’incertitude et de la volatilité qui la caractérisent. Mais dans certains pays on assiste à une suppression violente des droits fondamentaux des citoyens et même à une extermination organisée des citoyens.

La Grèce a d’emblée pris des initiatives, elle participe au Groupe de contact et a établi des contacts soutenus avec tous les facteurs d’influence.

Nous avons des contacts intensifs avec nos partenaires des Etats arabes et d’Israël et nous approfondissons de nouveau nos relations. L’Europe doit investir dans le processus de transition. Il s’agit d’un investissement nécessaire pour la stabilité en Méditerranée orientale ce qui sera au profit de l’Europe elle-même.

L’Europe doit exercer des pressions afin de parvenir enfin à une solution juste à la question du Moyen-Orient. Les Palestiniens doivent avoir la patrie indépendante qu’ils méritent et Israël doit avoir la sécurité qu’il mérite aussi.

Mesdames et messieurs les députés,

En guise de conclusion, je voudrais inviter toutes les forces politiques à participer à un débat ouvert, substantiel sur les questions relevant de la politique étrangère. Tant à travers les comités du parlement que par le biais du Conseil national sur la politique étrangère, nous pourrons parvenir à des positions convergentes, ce qui renforcera la voix et la position de la Grèce. Je suis convaincu que tout le monde dans cette salle est d’accord à cet égard.

Je vous assure, chers collègues de tous les partis, que je serai ouvert à la discussion et au consensus. Cet effort est national et la victoire sera également nationale, si nous arrivons à changer le climat dominant en Europe.

Merci.