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Séance d’information du ministre des Affaires étrangères, D. Avramopoulos devant le Comité Défense nationale et Affaires extérieures

mardi, 18 septembre 2012

Mes chers collègues, j'ai toujours considéré, tout au long de mon parcours aux différents services de la fonction publique grecque, que les séances d'information tenues à l’intention des comités permanents revêtaient une importance cruciale dans l'élaboration de la politique étrangère complexe et je vous remercie d’avoir accepté notre invitation.

C'est avec un grand plaisir que nous entamons aujourd'hui notre coopération entre le ministère des Affaires étrangères et le Comité Défense nationale et Affaires extérieures. Déjà, jeudi dernier, comme vous le savez, s'est tenue la réunion du Comité Affaires européennes sous la présidence de M. Dimitris Kourkoulas, Secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères, qui est de nouveau avec nous et d'après mes informations, la discussion lors de cette réunion s'est déroulée dans un climat particulièrement constructif et positif. Je pense que, et vous serez d'accord avec moi, en cette période que traverse notre pays, l'Europe et tout notre voisinage, dans cet environnement géopolitique marqué de changements et d’agitations politiques, l'heure est venue que tous les partis adoptent une position commune ce qui sera au profit de notre patrie, au profit de la Grèce.

La conjoncture est en effet difficile. Elle est difficile du point de vue social pour notre pays mais aussi du point de vue des relations internationales. Les changements qui s'operent a un rythme tres rapide dans la region elargie de la Mediterranee et du Moyen-Orient, sont particulierement serieux et il est trop tot pour pouvoir faire des evaluations et des previsions quant aux evolutions et a l'impact reel de ces changements a l'avenir. Il faut bien etudier les actions a engager et agir en fonction d’objectifs bien precis.

La carte géopolitique peut changer dans les années à venir. Cela nous oblige à assurer, en tant qu'Etat et en tant que nation, notre unité et cohésion intérieures, qui sont malheureusement touchées par la crise généralisée actuelle, mais aussi à décider, en élaborant ensemble les politiques à suivre, du chemin que la Grèce devra emprunter, non seulement aujourd'hui, dans les conditions actuelles de la crise mais aussi à un horizon plus lointain, pour les décennies à venir.

Un Comité spécial constitué de scientifiques, d'universitaires et de diplomates entamera bientôt ses travaux et sera appelé, dans le cadre d’un calendrier bien précis, à préparer et à soumettre une proposition sur la politique étrangère de notre pays, qui, après tous ces changements qui ont eu lieu dans le monde et dans notre région élargie, doit être changée. Ce Comité, que nous comptons mettre en place vers le début de l'année prochaine, aura des contacts continus avec les partis politiques, les comités parlementaires compétents, mais aussi, de manière plus générale, avec des entités à l'intérieur et à l'extérieur de la Grèce, afin qu'elle puisse accomplir sa mission et son œuvre. Bien entendu, ce sont le Premier ministre et le parlement qui prendront les décisions finales.

Malheureusement, la crise n'a epargne aucun aspect de l'action de l'Etat et la politique etrangere, bien sur, ne pourrait etre une exception a cela. Toutefois, en depit de la conjoncture negative, j'aimerais clarifier des le debut que le noyau dur des interets vitaux de notre pays dans le domaine de la diplomatie, n'a pas ete touche. La Grece demeure un facteur important de stabilite et de securite dans un environnement geopolitique et geostrategique extremement volatile. Nous avons, a plusieurs reprises, eu, l'occasion de le souligner dans le passe, et, bien entendu, j'avais souleve cette priorite en ma qualite anterieure de ministre de la Defense nationale, afin qu'il soit bien clair que la crise n'influence en aucune maniere le role que reservera a notre pays l'histoire.

En dépit de la crise, notre pays continue de disposer des moyens et de faire preuve de détermination en vue de relever les défis dans son voisinage et sauvegarder sa souveraineté nationale. Toutefois, cela ne signifie pas que le prestige et l'image du pays ont été gravement atteints. La Grèce doit, dans les plus brefs délais, restaurer sa crédibilité et améliorer son image internationale. Cela est pour le ministère des Affaires étrangères une priorité absolue et une condition indispensable afin que le pays sorte de la crise, redresse son économie, rétablit la confiance et, bien entendu, attire des investissements.

Une première étude sur la stratégie, le développement et la promotion de notre image nationale mais aussi de l'identité de la Grèce contemporaine a été élaborée au ministère des Affaires étrangères. Le ministère des Affaires étrangères peut contribuer au rétablissement de l'image de notre pays. Toutefois, le ministère des Affaires étrangères, a besoin, dans cet effort, du soutien, de l'aide et de la coopération des autres composantes du système politique et l'un des objectifs de la réunion d'aujourd'hui était justement de soutenir la politique étrangère de la Grèce en vue d'atteindre les objectifs fixés. Et vous serez d'accord avec moi que nous tous dans cette salle, toutes les forces politiques, avons une part de responsabilité et serons jugés par les historiens, comme l'expérience l'a montré, en fonction de notre contribution aux efforts visant à écarter les dangers et, le plus important, à atteindre les objectifs bien précis pour le redressement du pays. L'objectif est de coordonner la stratégie pour la valorisation de la position de notre pays, à travers un message commun qui sera spécifié en fonction du domaine d'activité par les entités compétentes, par exemple, le tourisme ou les investissements.

Chers collegues, la situation financiere, je l'ai tout a l'heure dit, a, sans aucun doute, limite nos capacites par rapport au passe. Le ministere des Affaires etrangeres dispose de hauts fonctionnaires capables et chevronnes qui se depassent en vue de mener a bien leur mission, en depit du fait que la conjoncture financiere, la crise tendent a les decourager et a affaiblir leur role. Je suis en position de connaitre, apres ces trois mois a ce poste, que le personnel de tous les departements, le premier etant le service diplomatique, se trouve sur la premiere ligne de combat dans le cadre de ces efforts nationaux collectifs afin que notre pays puisse retrouver son orientation et, le plus important, assumer de nouveau le role qui lui appartient.

Nous devons, toutefois, moderniser le cadre institutionnel du ministère des Affaires étrangères et, bien entendu, rationaliser ses dépenses. C'est dans ce cadre que nous suspendons le fonctionnement de nos représentations à l'étranger, en transférant ces compétences à nos ambassades se trouvant dans les pays voisins. Et, ce n'est pas la première fois que l'on fait une chose pareille. En effet, dans cet effort d'économiser des ressources à cause de la crise, on avait suspendu le fonctionnement de certaines de nos représentations sans pour autant affaiblir notre présence. Aujourd'hui, les progrès fulgurants dans les domaines des transports et des nouvelles technologies nous aident à procéder à ce genre d'actions. Dans le même temps, nous sommes en train d'étudier - en dépit du fait que certains de nos services à l'étranger seront fermés - l'éventualité d'ouvrir d'autres services plus flexibles et avec moins d'effectifs, qui seront investis d’une mission plus précise, à savoir promouvoir les investissements mais aussi construire des ponts avec des pays qui, dans le passé, ne faisaient pas partie du champ de notre politique étrangère.

Pour tous ces motifs, chers collegues, le Comite sera regulierement tenu informe de toutes ces questions et son opinion sera prise en compte et valorisee afin que tous les efforts que nous deployons soient au profit de la dimension nationale de notre politique. Par ailleurs, les batiments qui ne sont pas utilises a l'etranger seront vendus par l'Etat afin de faire entrer des capitaux dans le tresor public.

Permettez-moi maintenant d'aborder les questions vitales et cruciales relevant de la politique etrangere grecque. Commencons par la question chypriote. La question chypriote demeure en tete de liste de nos priorites. La crise economique n'influera pas sur notre position. Comme vous le savez, le cadre du reglement de la question chypriote et son contenu sont fixes par les resolutions du Conseil de securite et par la participation de Chypre a l'UE. Je pense qu'Ankara a commis une erreur strategique car elle n'a pas saisi l'occasion offerte par la presidence chypriote de l'Union europeenne et la decouverte d'hydrocarbures dans la zone economique exclusive, en vue de normaliser ses relations avec la Republique de Chypre et parvenir a une solution mutuellement acceptable et profitable a la question chypriote. Malheureusement, l'Etat profond est tout puissant et ancre dans le passe. Force est de signaler que nous avons une coordination etroite avec Chypre. Force est de rappeler que ma premiere visite officielle a ete a Nicosie, tandis que la semaine derniere je me suis entretenu ici, a Athenes, avec mon homologue Erato Marcoullis.

La semaine prochaine la question chypriote sera au cœur de l'agenda lors de mes rencontres avec le Secrétaire général de l'ONU et mes homologues, en marge de l'Assemblée générale des Nations Unies à New York. Nous continuerons de soutenir les droits souverains de la République de Chypre et les efforts déployés en vue de poursuivre le processus de négociation convenu car, les pourparlers dans le cadre de l'ONU constituent la seule voie à suivre.

Pour ce qui est de la Turquie, la Grèce soutient fermement la stabilité et la sécurité dans la région élargie et son objectif est d'avoir des relations de coopération et de bon voisinage avec tous ses voisins, y compris la Turquie et ce, toujours sur la base du respect des principes du droit international et de la souveraineté nationale.

Par ailleurs, c'est dans ce cadre que nous avons soutenu avec constance la perspective européenne du pays voisin, la condition stricte à cela étant toutefois le respect des critères et modalités fixés par l'Union européenne par le biais de ses décisions unanimes. Au niveau bilatéral, le Conseil de coopération de haut niveau avec la Turquie constitue un mécanisme de promotion utile pour ce qui est des questions de moindre importance politique qui revêtent toutefois une importance cruciale. Je vous assure que les rencontres se poursuivront et bientôt M. Davutoglu, ministre turc des Affaires étrangères, visitera notre pays dans le but de fixer l'agenda de la prochaine réunion du Conseil de coopération, qui se tiendra cette fois à Ankara et à Istanbul.

Toutefois, les progres accomplis dans les domaines tels que le commerce et le tourisme, bien que mutuellement profitables, ne sont pas suffisants pour instaurer la confiance et la pleine normalisation des relations greco-turques. La violation de l'espace aerien national, la violation des regles regissant le trafic aerien et la violation des eaux territoriales grecques se poursuivent, tandis que dans le domaine de l'immigration clandestine nous devons avoir une cooperation plus renforcee. L'objectif est de mettre definitivement fin a toutes les violations, les contestations de la souverainete et de la juridiction grecques.

Il faut en finir avec ces attitudes qui appartiennent au passé et qui vont à l'encontre des dispositions du droit international et des processus de sécurité internationaux en alimentant des conflits et des tensions. Il faut lever le casus belli, une relique du passé qui s'oppose de manière flagrante à la Charte des Nations Unies.

Dans le cadre de notre volonte de realiser des progres dans le domaine des relations greco-turques, s'integrent egalement nos efforts visant au reglement du differend concernant la delimitation du plateau continental avec la Turquie et c'est pourquoi les contacts exploratoires se poursuivront. Nous devons epuiser toutes les possibilites offertes par les contacts en vue de parvenir a des solutions fermes, durables et profitables, pour defendre pleinement nos droits souverains.

La question de la zone economique exclusive n'est pas examinee de maniere isolee mais dans le cadre elargi de la delimitation des zones maritimes, conformement aux dispositions du droit international, et, surtout, de la Convention internationale sur le droit de la mer de 1982. L'objectif strategique de la Grece est de delimiter toutes les zones maritimes avec tous ses voisins, ce qui contribuera a la consolidation de la stabilite et du developpement dans notre region.
La Grèce ne renonce à aucun de ses droits souverains et, bien entendu, la délimitation de la zone économique exclusive ne peut être l'exception. Dans ce cadre, l'établissement de la zone économique exclusive dans l'espace maritime grec constitue un droit souverain que notre pays est déterminé à exercer, après avoir accompli un travail de préparation dans le cadre de sa stratégie élargie.

Je tiens egalement a souligner que la Grece demeure le defenseur ferme des droits du Patriarcat ?cumenique et de la communaute grecque en Turquie, tout en suivant de pres toutes les evolutions qui nous concernent. Ces dernieres annees, la direction politique de la Turquie dans le cadre des reformes interieures elargies et du parcours d'adhesion du pays, a procede a certaines gestes positives, notamment a l'egard du Patriarcat ?cumenique, dans le but de reparer les injustices du passe. Toutefois, il y a beaucoup encore a faire et j'aimerais evoquer la question de la Faculte de theologie de Halki et de la creation des conditions qui permettraient et faciliteraient le retour des membres de la communaute grecque chez eux.

Pour ce qui est de notre voisinage, l'Europe du Sud-est, les Balkans, les axes principaux de la politique de la Grece en Europe du Sud-est est l'approfondissement de la cooperation regionale, le renforcement des relations de bon voisinage et, bien entendu, la promotion de l'integration de toute la region de l'Union europeenne. Cette politique vise a la consolidation de la paix et de la stabilite, a la conciliation et a la croissance en Europe du Sud-est.

Lors de la présidence grecque de l'Union européenne, au cours du premier semestre de 2014, nous œuvrerons en faveur du renforcement du processus d'élargissement et nous nous emploierons à insuffler un nouvel élan à la perspective européenne des Balkans occidentaux qui constitue l'objectif fondamental de notre politique. Nous saurons toujours que cette région qui a été marquée par des crises, des guerres civiles, des fanatismes peut devenir une oasis d'amitié, de sécurité, de coopération et un exemple à suivre pour cette région. A cette fin, toutefois, il faut travailler beaucoup et le plus important, chercher à trouver dans la région élargie des interlocuteurs qui auront la même vision que nous de cet environnement géopolitique.

A ce stade, j'aimerais proposer au President d'organiser une reunion conjointe des Comites des Affaires etrangeres et europeennes avec la participation cette fois des deputes europeens grecs, en vue de discuter de toutes les questions ayant trait aux evolutions en Europe et a la presidence grecque, ce qui s’integrera egalement dans la suite de la seance d'information tenue la semaine derniere devant le comite competent par M. Kourkoulas.

En ce qui concerne l'Ancienne République yougoslave de Macédoine maintenant. Pour ce qui est de ce pays voisin, la résolution définitive de la question du nom est un objectif crucial de notre politique étrangère et revêt une importance capitale pour notre pays. Nous soutenons le processus des négociations menées sous l’égide des Nations Unies et y participons de bonne foi. La Grèce a prouvé à la table des négociations qu’elle a parcouru la distance qui lui revient et force est de noter que cela n'était pas facile. Ce dont nous avons besoin, c'est un interlocuteur fiable, comme je l'ai dit auparavant, qui relèguera au passé le « syndrome balkanique » du 19e siècle et qui, au lieu d’utiliser la question du nom à des fins opportunistes politiques internes, en cultivant la logique nationaliste qui est préjudiciable pour son propre pays, prenne conscience de la valeur, de la vraie valeur de notre parcours commun dans la famille européenne.

Les relations avec l’Albanie font également partie de nos priorités. Ce pays voisin livre sa propre bataille pour parvenir à une croissance et au progrès et les phénomènes nationalistes font rage ces derniers temps. Notre avenir commun nous unit et c’est ainsi que nous imaginons nos relations avec l’Albanie. La profondeur de ces relations confirme l’énorme potentiel qu'elles comportent. Sur le plan économique, nous rappelons que notre pays demeure le plus grand investisseur étranger et en dépit de ces moments difficiles que nous traversons, en raison de la crise économique, nous participons toujours autant, par le biais du secteur privé, à la croissance et au progrès du pays. Les discussions sur l’interconnexion des réseaux énergétiques entre les deux pays au moyen du gazoduc TAP confèrent une dimension stratégique aux relations. Lors de l’Assemblée générale de l'ONU qui se tiendra la semaine prochaine, je rencontrerai mon homologue albanais.

Pendant tout temps, nous avons soutenu l’effort du pays voisin, initialement pour son intégration euro-atlantique et désormais pour son intégration européenne. Il y a toutefois des questions qui doivent être traitées. La question de l’accord de 2009 pour la délimitation des zones maritimes doit être réglée en appliquant tout ce qui a été convenu. Comme je l’ai dit tout à l’heure, les tendances nationalistes extrémistes en Albanie sont préoccupantes ; d’une part par ses revendications sans fondements au détriment de notre pays, d’autre part par l’exercice de pressions sur la minorité nationale grecque, ils essaient de ternir l’éventail élargi des intérêts communs des deux pays. Nous estimons que les relations actuelles, même si elles sont bonnes, offrent de très grandes possibilités d’amélioration.

Notre objectif est donc de réactiver ces relations. A cet égard, j’ai invité mon homologue à visiter Athènes prochainement et aujourd’hui sa visite qui sera effectuée dans deux semaines a été confirmée. La présence de la minorité nationale grecque en Albanie contribue certes fortement à cet effort, une minorité dont les droits doivent être respectés. La perspective et le parcours européens de l'Albanie sont une garantie supplémentaire dans ce sens.

Mes chers collègues,

J'en viens maintenant au Moyen-Orient et à l’Afrique du Nord, dont j'ai parlé dans mon introduction. C’est un espace historique et géographique important pour la Grèce du point de vue politique et économique. Le paysage politique change à un rythme effréné ces deux dernières années dans un bon nombre de ces pays. Les conséquences de ce que l’on appelle le « Printemps arabe » sont de plus en plus manifestes aujourd’hui. Les principes fondamentaux de notre approche sont premièrement que le processus de transition politique de ces pays est leur affaire. Deuxièmement, les sensibilités et les particularités de chaque pays, chaque peuple, doivent être comprises et respectées de nous tous qui voulons apporter notre aide.
La Grèce est prête à offrir aux nouveaux dirigeants qui ont été élus démocratiquement tout soutien possible dans leurs efforts. Dans cet esprit, comme vous le savez, j'ai récemment visité l'Egypte, un partenaire stratégique dans la région, avec mes collègues de Chypre, Italie et Malte, où nous avons eu une rencontre très intéressante avec le Président Morsi.

Toutefois, les évolutions dans la région ont souligné d’importants défis. Je me réfère bien entendu surtout à la crise syrienne qui influence directement la sécurité internationale. Nous condamnons fermement le recours à la violence du régime contre le peuple syrien et sommes particulièrement préoccupés par les informations faisant état de l’affluence de combattants étrangers et de l’usage d’armes lourdes parmi l’opposition et la situation n'est pas loin de dégénérer en guerre civile sanglante. Nous pensons que le régime a perdu sa légitimité et doit ouvrir la voie à la mise en œuvre des exigences démocratiques du peuple syrien.
A ce stade, notre priorité est de protéger les populations chrétiennes de la région, qui sont mises à rude épreuve aux côtés du peuple syrien. Nous sommes en étroit contact avec le Patriarcat d'Antioche. Malheureusement, l’escalade des tensions en Syrie a déjà influencé les pays voisins et menace de déstabiliser notamment le Liban, mais aussi la Jordanie en raison de l’afflux massif de réfugiés syriens. Selon les estimations, environ 100 000 réfugiés ce dernier mois ont quitté le pays pour gagner la Turquie ou la Jordanie. En tant que communauté internationale et notamment en tant qu’Union européenne, il est impératif que nous soutenions ces pays afin qu’ils puissent gérer les besoins humanitaires énormes qui ont surgi.
A ce stade j’aimerais souligner que l’approfondissement de nos relations avec Israël est un paramètre important de notre politique au Moyen-Orient. C’est une évolution naturelle, bien que tardive, puisque les intérêts des deux pays sont complémentaires et notre relation offre de grandes perspectives de coopération mutuellement profitable.
D’aucuns ont estimé que le développement de notre coopération avec Israël marque un changement de position quant au processus de paix. C'est une mauvaise interprétation et il n’est pas question de se retourner contre qui que ce soit dans la région. Notre rôle est clair, nous développons des coopérations au service de la paix et de la sécurité. Jamais la Grèce, au cours de ces 50 dernières années, n’a eu un rôle déstabilisateur, ni au niveau des relations bilatérales, ni au cœur des crises qui étaient ou sont en cours. Nous sommes un facteur positif et ce rôle nous est reconnu par la communauté internationale. Tout le monde le sait et nous avons clarifié cette position lors de nos discussions avec tous ces pays.
C’est une initiative qui vise à l’instauration de l’amitié, du développement et du bon voisinage dans la région. D’ailleurs, la théorie des axes bilatéraux ou multilatéraux, qui se retournent contre d’autres pays, est obsolète et contre-productive pour ces mêmes personnes qui en sont adeptes. La volatilité dans la région renforce notre conviction que la résolution du problème palestinien est plus que jamais nécessaire, sur la base des deux Etats reconnus mutuellement. Nous pensons que ce n’est que par le biais de négociations substantielles entre les parties impliquées que nous pourrons instaurer la paix et la stabilité dans la région.
En ce qui concerne l’Iran, la question du programme nucléaire de l'Iran, une question d'intérêt mondial revêtant une importance géostratégique. Nous pensons que nous devrons épuiser toutes les possibilités pour pouvoir trouver une solution diplomatique par le biais de la coopération avec l'Iran, dans le but de restaurer la confiance.
La grande question énergétique maintenant. J’aimerais souligner que la découverte de grands gisements de gaz naturel à l'est de la Méditerranée change la carte énergétique de la région, mais aussi de l'Europe, permettant de diversifier les sources énergétiques et les voies de transit. L’exportation du gaz naturel d’Israël et de Chypre vers l’Europe via la Grèce renforcera la coopération entre les trois pays, en créant de nouvelles perspectives de développement et en accélérant la sortie du pays de la crise.
Mesdames et Messieurs, mes chers collègues, la crise nous dicte de ne laisser aucune occasion inexploitée et de créer de nouvelles opportunités et champs de coopération avec d’importants partenaires, traditionnels ou nouveaux. Nous ne devons pas laisser la crise nous confiner dans notre environnement balkanique, car tout ce que je vous ai dit au début est confirmé dans la pratique. C'est pourquoi, notre principale priorité est la réhabilitation de l’image internationale du pays et pour ce, nous aurons besoin de vos idées et assistance. Pour ce qui est de nos relations avec les Etats-Unis d’Amérique, l'approfondissement ultérieur des relations gréco-américaines, qui traversent l’une de leurs meilleurs périodes, constitue une priorité stratégique de notre politique étrangère. Il est important de dire que dans la conjoncture actuelle de la crise économique, nous partageons une vision commune de développement pour l’économie mondiale. Et bien entendu, la question de la communauté grecque à l’étranger se pose. L’image positive de la Grèce doit être restaurée en Amérique du nord également puisque la diaspora grecque est le pont qui nous unit. Nous partageons aujourd’hui les sentiments d’amertume et de découragement des Grecs de l’étranger concernant l’image du pays projetée dans le monde entier. Sans doute les sentiments de ceux vivant hors des frontières de la Grèce sont plus forts. Nous valoriserons à cette fin la prochaine assemblée générale des Nations Unis en établissant une série de contacts à New York également et dans d’autres grandes villes d'Amérique. Le Secrétaire d'Etat en charge de la Diaspora grecque, M. Tsiaras se trouve à San Francisco et Los Angeles.
J’aimerais à ce stade faire une parenthèse sur la relation entre la diaspora grecque et la Grèce métropolitaine. Des instructions ont d’ores et déjà été données au Secrétaire d’Etat compétent qui coordonne de gros efforts visant à réformer le cadre constitutionnel régissant le Conseil des Grecs de l'étranger (SAE) et l’expérience, l’assistance et les connaissances seront nécessaires dans le cadre de cette initiative. Nous avons besoin d’un outil puissant et les Grecs de l'étranger sont l’outil idéal. Encore faut-il que le Conseil des Grecs de l’étranger se transforme en un centre d’intervention, de prise de décisions, qu'elles concernent l'économie, la politique ou un tout autre domaine. Notre capital humain à l'étranger demeure inexploité.
Par ailleurs, lors de cet effort, nous prévoyons d'abolir le caractère « politique » de ce Conseil car les Grecs de la Diaspora ne peuvent se payer le luxe d’être divisés par des politiques visant à servir les intérêts des partis et ce Conseil doit devenir un organe national à portée internationale. Nous avons besoin d’un modèle qui soit moderne et flexible, qui puissent réellement libérer les énormes possibilités offertes par les Grecs de l’étranger. Je propose, pour en discuter, de tenir une séance spéciale au Parlement.
En ce qui concerne la Russie, qui est une puissance économique, militaire et énergétique d’envergure internationale et dont le poids ne cesse d’augmenter, nous souhaitons valoriser nos contacts politiques au plus haut niveau. Dans de nombreux domaines, comme la coopération économique, le commerce, les investissements, le tourisme et l’énergie, les opportunités sont énormes et doivent être valorisées dans l’intérêt des deux parties.
Il en va de même pour la Chine, à l'ère de la mondialisation, nous pouvons agir de façon plus dynamique, pour les Grecs, l’environnement en Chine est favorable pour les Grecs. Les relations avec un pays qui a le poids de la Chine revêtent une importance stratégique pour la Grèce, tant au niveau des questions nationales cruciales, qu’au niveau de la coopération économique bilatérale. Comme l'a d'ailleurs montré l'investissement de Cosco, la Chine accorde une importance particulière à la position géopolitique de notre pays et il existe des possibilités d'étendre cette coopération.

Mesdames et Messieurs, mes chers collègues,
Dans le domaine de l’économie et des efforts de développement collectifs consentis aujourd’hui par notre pays, le ministère des Affaires étrangères, comme je l’ai dit au début de mon propos, peut y contribuer en tant que force à effet multiplicateur. Des domaines comme le renforcement du tourisme, l'ouverture à l'internationale et la promotion des investissements et des exportations sont en tête de liste de nos priorités et de notre mission. Le ministère des Affaires étrangères est en étroite coopération avec tous les ministères avec lesquels il coopère, le ministère du Tourisme, le ministère du développement ainsi qu'avec des organismes compétents en Grèce, afin que ce domaine, et notamment celui du tourisme, puisse conserver son dynamisme. Dans le même temps, des mesures ont été prises permettant de faciliter les procédures de délivrance des visas par nos autorités consulaires. Les résultats jusqu'à présent sont impressionnants et les chiffres parlent d'eux-mêmes. La diplomatie économique exercée par le réseau des Bureaux des affaires économiques et commerciales dans le monde entier est tout aussi importante. Ce sont des fenêtres d’opportunités pour la Grèce.
Mesdames et Messieurs, mes chers collègues,
La liste des initiatives sur lesquelles nous travaillons au ministère des Affaires étrangères est longue. Notre objectif est de redonner à notre pays la place qu'il mérite sur la scène internationale. J’espère que nous aurons l’occasion d’en débattre et que cette séance nous donne l’occasion d’une véritable participation.
En conclusion, j’aimerais souligner que dans les conditions de crise actuelles, notre politique étrangère peut et doit – nous devons en prendre conscience – ouvrir des voies de développement économique, contribuer à la création d’un environnement de sécurité et de coopération dans la région et, plus important encore, apporter de l’espoir. Comme je l’avais dit dans mes déclarations de politique générale, nous ne devons pas oublier que la force de notre pays était et sera toujours plus grande que sa taille géographique ou sa solidité économique. La Grèce est toujours plus indépendante et plus forte quand elle est moderne et contemporaine, quand elle n'a pas de phobies ou de sentiments d'insécurité, quand elle ne confond pas l'intérêt national et l'intérêt des partis. C’est dans cet esprit que je m'acquitterais de ma mission et que je coopèrerais avec le Comité et le Conseil national de politique étrangère qui est un autre outil important et qui se réunira pour la première fois le 8 octobre, après l’Assemblée générale des Nations Unies.

Je vous remercie de votre attention, notamment de l'intérêt honnête et réel que vous avez manifesté pour une politique étrangère efficace et qui contribuera dans cette conjoncture difficile à restaurer l’image internationale de notre pays et à lui redonner le rôle important qu’il doit jouer dans son environnement géopolitique et dans le monde entier.

Merci beaucoup.