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Extraits du discours du vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères, E. Vénizélos devant le comité permanent «Défense nationale et affaires étrangères»

mercredi, 11 septembre 2013

La situation en Syrie

Notre pays, tout comme les autres pays membres de l’UE sans distinction, a formulé d’emblée une position qui met l’accent sur deux éléments majeurs qui constituent deux aspects fermes de notre politique :

Premier élément, la condamnation ferme, claire et sévère du recours aux armes chimiques et de toute tentative visant à entraver le travail des experts, des inspecteurs de l’ONU et la nécessité d’avoir une réponse claire de la part de la communauté internationale qui permettra d’éviter que l’utilisation des armes chimiques se répète, un crime abominable, un crime contre le droit international et l’humanité ce qui impose, bien évidemment, de porter les acteurs de ces crimes devant la justice pénale internationale.

Le deuxième élément de la position grecque est que nous devons, quoi qu’il en soit, sauvegarder le processus politique et qu’une solution à la crise en Syrie ne peut être donnée qu’à travers le processus de Genève II.

Dans toutes nos déclarations, nous avons affirmé et nous continuerons de le faire, que la Grèce honorerait ses obligations, premièrement en tant qu’Etat membre de l’ONU – et par conséquent nous croyons en la nécessité de mener toutes les négociations y relatives sous l’égide de l’ONU – et, deuxièmement, en tant qu’Etat membre de l’UE et de l’OTAN et, troisièmement, nous ne négligeons pas, bien évidemment, les obligations découlant des conventions bilatérales en vigueur en matière de sécurité et de défense.

A Vilnius, lors du Conseil informel des ministres des Affaires étrangères, l’UE a formulé une position commune sur cette question, avec un certain retard toutefois. Suite à un débat exhaustif engagé avec tous les ministres, Mme Ashton a annoncé la position commune de l’UE qui est exactement la même que celle soutenue d’emblée par la Grèce.

Le nouvel élément, l’élément auquel s’attendaient la communauté internationale et l’UE était l’initiative russe concernant la « volonté » du régime Assad de placer son arsenal chimique sous contrôle international et d’accepter le rassemblement, le retrait et la destruction de ces armes.

Nous pensons que ce processus peut apporter des résultats, à savoir cette initiative peut être couronnée de succès, s’il existe une volonté de désescalade. Bien évidemment, afin que cette initiative soit menée à bien, elle doit être matérialisée, c’est-à-dire les dits armes doivent être restituées et détruites, et conduire à une participation inconditionnelle au processus de Genève II de tous les acteurs impliqués, y compris donc du régime Assad, afin de parvenir à une solution de transition communément acceptable et largement légalisée, la question de déférer les coupables, auteurs et instigateurs, devant la justice pénale internationale demeurant toujours en suspens.

La Grèce en Syrie doit exercer une politique de principes, ce qu’elle a justement fait dès le premier moment. Une politique qui sera axée sur le respect du droit international, la nécessité de protéger les droits de l’homme. Nous ne pouvons pas rester indifférents devant ces actes atroces qui constituent un crime contre l’humanité. Notre politique doit être axée sur la légalité internationale, le rôle de l’ONU, le rôle du Conseil de sécurité et nous devons honorer nos obligations en tant qu’Etat membre de l’UE et de l’OTAN.

Il existe un réseau de protection des citoyens grecs en Syrie par le biais des consulats honoraires, en coopération avec l’UE, dans le cas où une évacuation serait jugée nécessaire. Les contacts sont permanents avec les personnes intéressées qui sont en effet que quelques dizaines et, bien évidemment, tous les ministères compétents en la matière, le ministère de la Défense nationale, de l’Ordre public, de la Marine marchande, de la Santé, de l’Intérieur, sont prêts à gérer une éventuelle vague de réfugiés en provenance de la Syrie qui gagneront par la suite la Grèce. Car c’est par les frontières terrestres que transite le plus grand nombre de réfugiés, à savoir la Jordanie, le Liban, l’Egypte, à travers le mont Sinaï.

Par conséquent, je pense que ce travail de préparation apportera des résultats et nous avons d’ores et déjà demandé aux Commissaires compétents en la matière – il y a un grand nombre de commissaires impliqués sous la coordination de Mme Georgieva laquelle est responsable de l’acheminement de l’aide humanitaire – de financer nos actions pour ce qui est des questions d’immigration et de santé, si besoin est. Telle est la situation concernant la Syrie.

Les évolutions en Egypte

L’Egypte joue un rôle décisif pour la Grèce pour ce qui est de la Méditerranée orientale. Au niveau bilatéral et à celui de l’UE, nous avons été d’emblée conscients des changements opérés après le 30 juin en Egypte qui sont inscrits dans la suite de la période de transition entamée en 2011 avec la chute du régime Moubarak. Nous sommes bien conscients de la situation et des difficultés que celle-ci implique et pensons que le gouvernement de transition consent d’immenses efforts en vue de stabiliser le pays et de rendre pleinement opérationnelles les institutions démocratiques.

J’ai effectué un déplacement au Caire le 5 septembre, après la visite du ministre belge dans le cadre de sa tournée planifiée dans les pays de la région et après celle effectuée deux jours avant par le ministre chypriote des Affaires étrangères, M. Kassoulidis. Cette visite revêt une importance majeure car elle atteste du soutien tangible de la Grèce au peuple égyptien, de son intérêt marqué à l’égard de l’Egypte dont elle souhaite le retour sur la voie de la paix et de la prospérité.

Nous entretenons des liens historiques et solides – le Patriarcat d’Alexandrie, le Monastère de Sinaï – dans une région d’importance cruciale pour les développements. Je parle notamment du Sinaï nord, mais aussi du Sinaï sud où est situé le monastère, des communautés grecques présentes en Alexandrie, au Caire et au Suez, ainsi que dans d’autres villes, et de la nouvelle présence économique grecque en Egypte qui est très importante.

La Grèce est le cinquième investisseur étranger en Egypte. D’importantes industries manufacturières et banques de la Grèce sont installées dans le pays. Et nous avons, bien évidement, des intérêts communs.

Force est de signaler qu’au cours de la dernière période, avant le changement de la situation en Egypte, nos relations ont été en régression, pour ce qui est notamment de la question des zones maritimes et de l’application du droit international de la mer. Comme nous l’avons déclaré avec mon homologue égyptien à l’issue de notre rencontre, il faut signaler l’importance de la décision qui a été prise concernant la réouverture du dialogue entre les experts au niveau bilatéral, le droit de la mer étant le cadre de référence, afin de parvenir à un accord sur la délimitation des zones maritimes, à savoir du plateau continental et de la zone économique exclusive en Méditerranée orientale.

En outre, ma visite effectuée après celle de M. Kassoulidis, vient confirmer que, au-delà des relations bilatérales, la Grèce et Chypre sont prêtes à établir une coopération tripartite Egypte-Grèce-Chypre en Méditerranée orientale qui portera sur toutes les questions politiques et autres, si besoin est.

L’occasion m’a été offerte de m’entretenir avec le Président de la République intérimaire, le Président de la Cour constitutionnelle et le Premier ministre. Nous avons eu de longues consultations avec le ministre des Affaires étrangères et la délégation. J’ai rencontré l’un des candidats à la présidence lors des élections qui ont été déroulées, à savoir le chef du parti Al-Nour qui est le plus grand parti salafiste ayant recueilli 27% des voix lors des élections législatives et lequel a accordé son soutien au gouvernement de transition et il est également représenté au sein du « Comité des 50 » chargé de l’élaboration de la constitution.

Je pense que cette visite a été particulièrement réussie pour nos intérêts nationaux ainsi qu’au niveau de nos relations bilatérales et tripartites (Egypte-Grèce-Chypre). Dans le cadre de ma visite au Caire, je me suis également entretenu avec le Secrétaire général de la Ligue arabe et son équipe qui joue un rôle très important, comme vous l’avez également constaté, dans la crise syrienne. Car hier, il y a eu à Paris une rencontre du Secrétaire d’Etat américain, J. Kerry avec les pays du Golfe et l’Egypte. Par ailleurs, la Ligue arabe dans son ensemble a une position très claire à l’égard de la réponse qui devra être donnée concernant le recours aux armes chimiques ainsi que la nécessité d’organiser, sans conditions, la conférence de paix, ladite Genève II, en vue de parvenir à une solution politique définitive à la question syrienne.

Le processus de paix au Moyen-Orient

A Vilnius, le Secrétaire d’Etat américain a longuement briefé ses collègues européens sur le processus de paix au Moyen-Orient. Même si la Syrie est actuellement un dossier important et l’Egypte une grande question d’actualité, selon la conception arabe et tel que l’exprime la Ligue arabe, le conflit israélo-palestinien demeure toujours le grand dossier, tout comme le processus de paix que nous soutenons et voulons voir aboutir en une solution à deux Etats.

Relations gréco-turques

Lundi s’est achevé encore un tour, le 55e tour – de 2002 à aujourd’hui – des contacts exploratoires entre la Grèce et la Turquie sur des questions ayant trait aux zones maritimes en mer Egée. Nos positions sont claires. Nous discutons – et j’aimerais le dire clairement devant le Comité – de l’Egée et de la Méditerranée orientale, nous discutons du plateau continental et de la zone économique exclusive. Et donc de toutes les zones maritimes, conformément aux dispositions prévues dans le droit international de la mer. Il fallait que cette question soit toujours claire et maintenant c’est tout à fait clair, c’est très important et je tiens à le souligner personnellement. La rencontre a eu lieu entre le Secrétaire général du ministère turc des Affaires étrangères, M. Sinirlioglu et l’Ambassadeur M. Apostolidis, qui est le chef de la délégation grecque chargée de ces questions.

Ancienne République yougoslave de Macédoine

Lundi, j’ai rencontré l’envoyé spécial du Secrétaire général des Nations Unies en charge de la question du nom de l’Ancienne République yougoslave de Macédoine, M. Matthew Nimetz, qui avait formulé une dernière version de ses propositions. Il coordonne depuis des années ce processus qui dure depuis 18 ans, au moment de l’entrée en vigueur de l’Accord intérimaire. Ayant personnellement participé très activement à l’élaboration des traités qui ont abouti à l’Accord intérimaire, je sais combien l’existence d’un cadre de référence est importante et j’ai exprimé mes hommages à la Grèce pour les efforts déployés par le Secrétaire général et M. Nimetz lui-même. Il est important que ce processus soit transparent.

Notre position, telle qu’elle a été formulée – une position qui bénéficie du large consensus national – est que nous acceptons une appellation composée avec déterminatif géographique qui englobe le terme géographique du nom et non le terme politique du nom. Nous voulons une solution qui soit pour tous les usages (erga omnes) afin de parvenir à un règlement définitif et de pas ressasser la question devant les organisations internationales, lors de réunions, rencontres, etc. En d’autres termes, nous ne voulons pas d’une solution « à la carte », qui soit différente selon les usages ou les utilisateurs, etc.

Je pense que la clarté de nos propos et de notre position et l’analyse que nous avons faite avec M. Nimetz lui seront d’une précieuse aide lors de ses discussions à Skopje et par la suite lors de nos réunions autour de cette question. La suite aura lieu très probablement à New York la dernière semaine de septembre.