Seul le prononcé fait foi
Athènes, le 31 août 2010
Points principaux :
(Concernant le match de basket opposant ce soir la Grèce à la Turquie):
La Grèce est l’une des plus grandes équipes au monde. Je pense que c’est une occasion unique pour les deux équipes de montrer les possibilités qui existent sur le plan du rapprochement gréco-turc et de l’amitié entre nos deux pays. [...] c’est un match important, les deux équipes se disputent la première place dans le groupe, donc il peut y avoir des tensions. C’est un match de basket important et la tension sera très certainement à son comble.
(Concernant le rapprochement avec la Turquie):
Ce n’est pas pour faire de l’effet. Nous avons dès le début affirmé que l’un de nos objectifs principaux en politique étrangère est notre coopération étroite et notre rapprochement avec la Turquie.
Pour exercer une politique étrangère efficace, il est important de développer une relation personnelle. Et je dois dire que dès le début j’ai pu développer avec M. Davutoglu également une relation personnelle ouverte.
Il y a certes des hauts et des bas, des actions positives mais aussi négatives. Nous voulons essayer. Nous pensons que nous pouvons faire certaines choses pour nos relations, c’est ce que nous nous efforcerons de faire, sans rien laisser passer ; nous réagirons s’il le faut, avec détermination et franchise. Telle est notre ligne de conduite.
(Concernant les relations avec Israël):
La question de nos relations et notre rapprochement avec Israël est une stratégie préméditée et n’a aucun rapport avec la conjoncture actuelle des relations tendues, si vous voulez, entre Israël et la Turquie. Je tiens de nouveau à affirmer que la diplomatie grecque valorise toute occasion qui se présente et que nous-mêmes créons.
Texte intégral de l’interview :
K. K. ARVANITIS : Mesdames et Messieurs, nous disions ce matin que l’actualité d’aujourd’hui porte sur les rencontres entre le ministère de l’Economie et la classe productive, les sondages et les pourcentages très bas des partis, sans exception, 80% de pessimisme, Mme Siouti qui démissionne du cabinet du premier ministre et le match de basket opposant la Grèce à la Turquie qui se déroulera aujourd’hui à Istanbul.
Nous avons eu l’information selon laquelle le ministre adjoint des Affaires étrangères s’y rendrait, il a été question de « diplomatie du basket ». Fanis Papathanassiou est avec nous pour nous dire si ce terme est bien choisi.
K. F. PAPATHANASSIOU : C’est exact, « diplomatie du basket ». Vous savez, c’est beau quand votre ami, le ministre turc des Affaires étrangères vous appelle pour vous dire « Cher Dimitris, j’ai des places pour aller voir ensemble le match de basket ».
K. K. ARVANITIS : Est-ce que les choses se sont passées ainsi ? Monsieur le ministre, bonjour, est-ce que cela s’est passé exactement comme ça ?
M. D. DROUTSAS : Ce coup de fil a eu lieu hier, j’espère que les places seront bonnes, j’en suis sûr, car M. Davutoglu fera tout pour que nous passions une bonne soirée. C’est un match important. Nous suivons tous le championnat du monde de Basket.
K. F. PAPATHANASSIOU : L’intérêt est en effet marqué car les deux équipes se disputent la première place dans le groupe après deux victoires.
M. K. ARVANITIS : M. Droutsas a d’autres choses en tête.
K. F. PAPATHANASSIOU : Très certainement, mais vous savez – et corrigez-moi M. Droutsas si je me trompe – l’intérêt pour le basket est marqué et ce que vous et M. Davutoglu souhaitez est que l’esprit de fair-play domine et non les voix extrémistes des supporters et que ce soit un bon match de basket.
M. D. DROUTSAS : Cela est un fait, mais je ne vous cache pas que mon beau-frère qui s’y connait très bien m’a dit « Attention, c’est un match très important où les deux équipes se disputent la première place, il peut donc y avoir des tensions ». C’est un match de basket important et la tension sera certes à son comble.
M. K. ARVANITIS : Pourquoi est-ce vous, les deux ministres des Affaires étrangères qui...
M. D. DROUTSAS : Je vais en venir. Je pense que c’est une occasion unique. Le championnat de basket, qui est une institution, a lieu tous les quatre ans. La Grèce est l’une des plus grandes équipes au monde. Je pense que c’est une occasion unique pour les deux équipes lors de ce match de montrer les possibilités qui existent sur le plan du rapprochement gréco-turc et de l’amitié entre nos deux pays.
MME KATSIMIS : Monsieur Droutsas, M. Davutoglu vous a appelé, comme à l’époque à Rhodes ? Nous constatons une attaque « amicale », « pour faire de l’effet ».
M. D. DROUTSAS : Ce n’est pas pour faire de l’effet. Nous avons dès le début affirmé que l’un de nos objectifs principaux en politique étrangère est notre coopération étroite et notre rapprochement avec la Turquie. La contribution du premier ministre lui-même, M. Papandréou est d’ailleurs connue. Pour nous cela va sans dire. Pour exercer une politique étrangère efficace, il est important de développer une relation personnelle. Et je dois dire que dès le début j’ai pu développer avec M. Davutoglu également une relation personnelle ouverte. Nous avons commencé il y a quelques mois, au début de l’année à Londres lors du dîner que nous avons eu et où nous avons pu discuter ouvertement de certaines questions. Nous avons développé cette relation, c’est pourquoi j’aimerais dire que ce n’est pas juste pour faire de l’effet. Aller regarder ensemble un match de basket, c’est une autre dimension, mais je dois dire que notre relation est ouverte, c’est une relation de confiance que nous voulons tous deux valoriser.
M. F. PAPATHANASSIOU : Une relation personnelle est en train d’être forgée ces derniers 9 mois. Toutefois, les relations entre les deux pays sont marquées par des hauts et des bas. D’une part, vous vous rencontrez 6 à 7 fois et ces rencontres sont déroulées dans un climat tantôt bon et tantôt moins bon en raison des objections liées à Piri Reis et à Tchesmé, et d’autre part, tous les deux gouvernements manifestent sans cesse leur volonté d’aller de l’avant. Toutefois, ce qui m’a impressionné était la déclaration que vous avez faite le 9 août depuis Ro, à savoir que tout au long de ce parcours du rapprochement gréco-turc, nous prenons en considération et évaluons tous les éléments. Est-ce que quelque chose a changé ?
M. D. DROUTSAS : Je pense avoir dit ce qui va de soi. Tous les éléments sont évalués. Comme vous l’avez tout à l’heure dit, il y a des hauts et des bas dans nos relations, il existe des moments positifs, comme nous l’avons pu constater par l’autorisation permettant de célébrer une messe à Panagia Sumela ce qui constitue un élément positif, important pour l’Orthodoxie et pour l’Hellénisme. Nous avons aussi des éléments négatifs, les expériences négatives que nous vivons presque tous les jours, je ne vous le cache pas, les violations de l’espace aérien grec. En été, il y a eu cet incident avec le navire Piri Reis qui s’est trouvé dans notre plateau continental pour une courte période, tous ces éléments sont négatifs. Nous aurons des hauts et des bas, comme vous l’avez tout à l’heure dit.
M. K. ARVANITIS : Nous avons lu dans les éditions anglaises de la presse turque que les 12 miles nautiques ne constituaient plus de casus belli. Est-ce que cela est bien valable ?
M. D. DROUTSAS : Je vous en parlerai. Il existe ces informations journalistiques, ces articles, mais comme je l’ai déjà affirmé au passé, je n’ai pas l’intention d’émettre des commentaires sur des articles parus dans la presse. Mais, si la Turquie a en fait cette volonté, cela est, bien entendu, un pas positif. Toutefois, je voudrais aussi souligner que normalement cette question n’aurait pas dû être soulevée car, notamment aujourd’hui, en cette époque, cela est à priori inacceptable.
On n’aurait pas dû discuter de cette question, notamment lorsque on l’on parle du parcours européen et de deux partenaires. Toutefois, je voudrais envisager les choses dans un esprit positif, à savoir, s’il existe réellement cette volonté, ce geste est positif car il peut contribuer, au-delà du fond même de la question, au climat, à la psychologie,
M. F. PAPATHANASSIOU : Il existe donc une volonté. Toutefois, cela dit, cette volonté doit être notée et il faut aussi la voir être concrétisée. Je pense que cette rencontre revêt un intérêt particulier car elle se déroule après les derniers développements liés à la consolidation de la coopération entre la Grèce et Israël avec la visite du Premier ministre israélien en Grèce. Cela revêt une importance considérable et bien que le Premier ministre ne veut pas l’affirmer, des messages multiples ont été transmis par cette rencontre vers Ankara aussi.
Nous devons donc envisager cette question dans un cadre plus général. A travers ce geste, la Grèce est entrée de manière dynamique sur la scène politique dans la région élargie de la Méditerranée orientale. Bien évidemment, il existe des dangers que nous devrons prendre en considération à l’avenir mais les relations entre la Grèce et la Turquie ont franchi une nouvelle étape et cette rencontre se déroule dans ce cadre.
M. D. DROUTSAS : Je voudrais de nouveau le souligner : la question de nos relations et notre rapprochement avec Israël est une stratégie préméditée et n’a aucun rapport avec la conjoncture actuelle des relations tendues, si vous voulez, entre Israël et la Turquie. Je tiens de nouveau à affirmer que la diplomatie grecque valorise toute occasion qui se présente et que nous-mêmes créons.
Pour ce qui est de la rencontre d’aujourd’hui avec M. Davutoglu, celle-ci aura lieu tout juste avant le match de basket. Comme vous le comprenez, nos discussions seront dominées par cette question. Toutefois, je voudrais signaler que nous, dans nos relations avec la Turquie et dans le cadre de la politique que nous avons élaborée vis-à-vis de la Turquie, nous avons une ligne de conduite clairement définie que nous suivons.
Comme nous l’avons tout à l’heure dit, il y a certes des hauts et des bas, des actions positives mais aussi négatives. Nous voulons essayer. Nous pensons que nous pouvons faire certaines choses pour nos relations, c’est ce que nous nous efforcerons de faire, sans rien laisser passer ; nous réagirons s’il le faut, avec détermination et franchise. Telle est notre ligne de conduite.
M. K. ARVANITIS : Nous vous souhaitons un bon voyage.
M. D. DROUTSAS : Permettez-moi de transmettre tous mes vœux de succès à l’équipe grecque de basket. Je ne sais pas si je pourrais m’entretenir avec eux ce soir et, bien évidement, je ne voudrais pas les déranger lors de leurs préparations.
Je suis touché par ces jeunes, je les admire, ils sont des véritables exemples pour notre jeunesse et cela est très important. Ces jeunes nous émeuvent, ils incarnent l’assurance, notamment en ces moments difficiles. Pour moi, c’est une joie doublée d’un grand honneur de me trouver ce soir avec eux.
M. K. ARVANITIS : Bon voyage monsieur le ministre. Nous vous remercions.
M. D. DROUTSAS : Je vous remercie également.