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Déclarations conjointes des ministres des Affaires étrangères de la Grèce et de la République de Chypre, N. Kotzias et N. Christodoulidis, à l’issue de leur rencontre (Athènes, 5 mars 2018)

lundi, 05 mars 2018

Déclarations conjointes des ministres des Affaires étrangères de la Grèce et de la République de Chypre, N. Kotzias et N. Christodoulidis, à l’issue de leur rencontre (Athènes, 5 mars 2018)Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Bonjour. Inutile de dire combien je me réjouis d’accueillir ici le ministre des Affaires étrangères de la République de Chypre, Nikos Christodoulidis. Un ami avec lequel nous avons assisté à de nombreuses et difficiles négociations, notamment au cours de l’année dernière et nous sommes parvenus à mettre de nouveau sur la table la question de la Sécurité et des Garanties en tant que problème principal de l’aspect international de la question chypriote.

C’est un grand plaisir mais aussi un grand honneur pour nous tous au ministère des Affaires étrangères que le ministre effectue, comme il est d’usage, son premier voyage après la prise de ses fonctions, ici, à Athènes. Cinq jours se sont écoulés depuis la prise de ses fonctions. Aujourd’hui est le 5ème jour. Je voudrais donc le remercier de sa visite.

Je voudrais également signaler encore une fois la coopération excellente que nous avons eue, non seulement moi personnellement mais aussi Nikolas, avec le précédent ministre des Affaires étrangères de Chypre, Yiannos Kassoulidis, lequel a beaucoup contribué au développement des relations entre les deux ministères et nos pays.

Je suis convaincu que nous ferons encore plus de progrès et que nous intensifierons, comme nous en avons discuté, nos relations entre les deux pays ainsi que les relations entre les deux ministères.

Nous sommes convenus d’avoir des rencontres régulières et d’organiser des rencontres au niveau des directeurs politiques et des secrétaires généraux. D’engager aussi des discussions, au niveau des départements,  concernant des questions spécifiques et de valoriser nos brillants scientifiques de part et d’autre, afin de faire face aux problèmes communs de notre région.

Bien évidemment, le principal problème auquel nous sommes confrontés dans la région est la Turquie. Cette dernière est actuellement très nerveuse, elle pense pouvoir ouvrir des fronts partout, violer le droit international. Toutefois, le respect du droit international est une exigence émanant tant de la Charte de l’ONU, que de l’Union européenne elle-même et de son acquis.  

Je dirais que, dans notre cas, la Turquie ferait mieux de respecter le droit international et notamment le droit de la mer.

La Turquie a fait preuve d’une attitude très provocatrice et elle continue de le faire, à l’égard de Chypre et d’autres îles plus petites du territoire grec. Il est manifeste que ces questions seront soulevées au sein des forums internationaux et régionaux auxquels celles-ci doivent être soulevées.

Le problème de Chypre et l'évolution du comportement de la Turquie évolue dans la ZEE chypriote vient confirmer le fait que nous avions toutes les deux raison – la République hellénique et la République de Chypre – quand nous disions que la question chypriote était une question liée aux Garanties et à la Sécurité.

Et contrairement aux arguments avancées par la Turquie, à savoir que nous aurions dû livrer Chypre à la Turquie, afin que cette dernière renonce à son comportement provocateur, je pense que son attitude vient confirmer les inquiétudes à l’égard de ce qui serait arrivé  à Chypre si la Turquie était une puissance qui pouvait en toute légitimité intervenir dans la région et dans la ZEE de la République de Chypre.

C’est pourquoi, en m’adressant à l’Union européenne elle-même,  je voudrais encore une fois dire qu’outre les critères de Copenhague portant sur l’Etat de droit, la démocratie et ainsi de suite, il faut aussi fixer des critères liés à la présence internationale du pays candidat ou de celui souhaitant conclure un accord d’union douanière avec l’Union européenne. En d’autres termes, cet Etat ne peut pas exercer une politique étrangère agressive et ne peut pas ne pas respecter le droit international. Il ne peut pas négliger et contourner le droit de la mer.

Avec mon cher ami, Nikolas, qui porte le même nom que moi, nous avons discuté de la situation en Syrie et de la façon dont les partenariats tripartites que nous avons établis conjointement seront mieux valorisés ; je parle des cinq partenariats déjà existants et du sixième avec l’Arménie que nous allons mettre en route dans la période à venir.

Nous avons également discuté des évolutions au sein de l’Union européenne, des réunions au sommet de Varna ainsi que de  l’invitation adressée à la Turquie et de la nécessité de signaler à cette dernière lors de cette réunion, dès lors qu’elle accepte l’invitation, la question de la violation du droit international.

J’ai adressé une nouvelle invitation à mon homologue de venir à Nauplie, le 11 mai, où nous aurons une réunion des Etats membres balkaniques de l’Union européenne et du groupe Višegrad avec les Etats membres candidats à l’adhésion à l’Union européenne, réunion faisant suite à celle que nous avons eue à Budapest et portant sur l’avenir de l’Union.

Nikola, j’aimerais encore une fois te remercier de ta contribution au développement de la coopération entre nos deux Etats.

Je te remercie de ton amitié et d’avoir accepté mon invitation.

Ν. CHRISTODOULIDIS : C’est pour moi un grand plaisir et un grand honneur de me trouver aujourd’hui en Grèce et d’effectuer mon premier voyage officiel en ma qualité de ministre des Affaires étrangères de la République de Chypre.

Cette visite revêt à la fois un caractère symbolique et une importance capitale. Le caractère symbolique est bien évident et met en avant les liens forts et fraternels qui unissent traditionnellement Chypre et la Grèce, cette dernière étant pour Chypre un soutien, un allié et un partenaire stable pour ce qui est des efforts consentis en vue du règlement de la question chypriote et en général, sur le plan régional, européen et international.

Au-delà des symbolismes, il s’agit d’une visite importante visant à l’échange de vues, à la consultation et à la coordination sur toute une série de questions d’actualité d’importance primordiale et d’intérêt mutuel afin que nos prochaines actions soient encore plus concertées et efficaces.

Je voudrais remercier chaleureusement mon ami, le ministre grec des Affaires étrangères, de son invitation, des rencontres que nous avons eues, du programme de travail varié qui a été préparé avec autant de soin, ainsi que de son accueil très chaleureux.

Le résultat de nos discussions à ce jour confirme, bien évidemment, l’excellent  niveau de nos relations bilatérales et la volonté très claire en faveur du développement ultérieur de notre coopération. C’est dans ce cadre que nous avons échangé des points de vue sur des moyens permettant le renforcement ultérieur du cadre de coopération existant.

Comme vous le comprenez, nos discussions ont été dominées par les évolutions relatives à la question chypriote ainsi que par l’attitude provocatrice de la Turquie telle que manifestée en Méditerranée orientale et ailleurs. 

J’ai informé le ministre grec des Affaire étrangères de la position claire du Président de la République, telle que celle-ci a, à maintes reprises, été transmise au Secrétaire général des Nations Unies, à savoir que si la Turquie met fin à ses actions illégales et les Chypriotes turcs renoncent à leurs demandes inacceptables de ces derniers temps, nous sommes prêts  à engager un dialogue sur les aspects intérieurs de la question chypriote et à explorer dans le même temps la perspective de convoquer de nouveau la Conférence sur Chypre, en présence des cinq membres permanents du Conseil de sécurité et de l’Union européenne.

Il est vrai que les actions, les déclarations et les approches adoptées par la Turquie  et la partie chypriote turque par rapport à leurs vraies intentions concernant la question chypriote et l’éventuelle réouverture des pourparlers, constituent une source de préoccupation tant pour nous que pour la communauté internationale.

Je voudrais signaler que face à cette situation, la République de Chypre fait preuve de retenue et de prudence.

Nous n’avons pas l’intention de nous laisser happer par des approches auxquelles la partie turque voudrait éventuellement nous pousser. Ni ne nous renoncerons à notre attachement à l’objectif principal qui est de mettre fin à l’occupation et de parvenir à la réunification de l’île. Telle est notre manière d’envisager cet état de choses difficile, sans toutefois, omettre de faire ce qui est nécessaire à travers la voie diplomatique, tout en faisant tout ce qui est en notre pouvoir et en valorisant, comme l’a très justement dit aussi le ministre grec des Affaires étrangères, les possibilités offertes par l’Union européenne.

La récente décision prise lors du Conseil européen informel ainsi que le fait que la question de la réunion à Varna sera abordée lors du Conseil européen de mars, constituent deux exemples illustrant bien ces possibilités. 

Et il est important que Bruxelles reconnaisse que le comportement de la Turquie pendant cette période ne menace pas exclusivement les intérêts de la République de Chypre, mais aussi les intérêts vitaux de l’Union européenne elle-même, alors que cette dernière investit dans la transformation de la Méditerranée orientale en un couloir énergétique alternatif pour l’Europe.

Dans le même temps, et tel est le message que nous transmettons aussi aux pays voisins, les actions de la Turquie visent à porter atteinte à la politique de coopération régionale réussie entre les pays de la Méditerranée orientale, politique au cœur de laquelle se trouvent les hydrocarbures, qui son aussi le catalyseur.

Avec le ministre grec des Affaire étrangères, nous avons également eu l’occasion de discuter des questions européennes et régionales  cruciales d’intérêt commun, comme les différents plans élaborés dans le domaine de l’énergie dans notre région, les relations de l’Union européenne avec la Turquie, la crise migratoire et les négociations portant sur la sortie de la Grande Bretagne de l’Union européenne.

Lors de la rencontre, l’occasion nous a également été offerte d’échanger des points de vue sur les initiatives régionales de Chypre et de la Grèce en Méditerranée orientale et la promotion des synergies avec des pays de la région. De nouvelles rencontres tripartites devront bientôt être annoncées et effectuées.

Monsieur le ministre, je me réjouis de notre future coopération. Nous sommes unis tout au long de ces dernières années par des liens très étroits, axés sur la lutte contre des défis politiques et diplomatiques, pour ce qui est notamment de la question chypriote.

Notre coopération sera poursuivie de la même manière étroite, constructive et productive et elle sera davantage approfondie dans l’intérêt commun du peuple chypriote et grec, de nos deux pays et de la région en général.
Je vous remercie beaucoup de l’invitation et de l’accueil.

MODERATEUR : Faute de temps, le nombre de questions que vous pourrez poser aux deux ministres sera limité.

JOURNALISTE : La question est adressée aux deux ministres. Voudriez-vous émettre un commentaire sur la réaction de la communauté internationale face à l’agressivité de la Turquie, attitude que l’on pourrait plutôt qualifier de tiède ? Est-ce qu’il y aura une coopération entre la Grèce et Chypre à la lumière des défis communs auxquels sont confrontés les deux pays ? Merci.

Ν. CHRISTODOULIDIS : Il existe d’ores et déjà une coopération et cette coopération apporte des résultats. Nous devons faire très attention et éviter des réactions que la Turquie voudrait éventuellement  voir de notre part ou des réactions qui pourraient alimenter la crise existante. Une crise qui, comme vous le comprenez, provient de la Turquie et vise à servir ses propres intérêts exclusifs.

La Grèce et Chypre sont les piliers de stabilité dans la région et dans ce cadre, à travers la voie diplomatique, ces deux pays œuvrent en vue de faire face à cette situation. Une situation qui intéresse directement l’Union européenne et notamment certains Etats membres de celle-ci, lesquels en coopération avec nous, œuvrent en vue de faire face à la situation qui s’est actuellement instaurée.

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Je voudrais moi aussi dire que je partage les points de vue de mon collègue chypriote. Tout d’abord je pense que la déclaration faite par la Commission européenne, ce qui a par ailleurs été signalé par mon collège dans son intervention introductive, était la meilleure qui n’ait jamais été faite  par cette instance au sujet des questions d’intérêt national direct pour la Grèce et Chypre. Elle est bien meilleure que celle qui avait été faite en 1996 lors des incidents à Imia. Pour dire les choses telles qu’elles sont.

Deuxièmement, il est manifeste que la communauté internationale se montre très prudente à l’égard de la Turquie, car sa manière de penser n’est pas toujours guidée par les mêmes critères que ceux utilisés à l’égard des pays tiers. Comme je l’ai signalé au Conseil des ministres, si la Russie se comportait envers les pays baltes comme la Turquie se comporte envers Chypre, la situation en Europe du nord serait tout à fait différente que celle d’aujourd’hui.

Ce que nous demandons est l’adoption d’une approche ferme à l’égard de l’orientation démocratique de la communauté européenne et internationale, à l’égard de la défense du droit international et de la prévention contre des politiques étrangères agressives qui mettent en danger la coexistence pacifique entre les peuples et les Etats.

JOURNALSITE : Une question adressée aux deux ministres. En vue de la réunion au sommet de Varna, en quoi consisterait une cessation des provocations de la part de la Turquie pour la partie chypriote et grecque? Est-ce que, par exemple, le non-renouvellement du Navtex serait un geste satisfaisant pour notre partie ?

Ν. CHRISTODOULIDIS : Comme je l’ai tout à l’heure indiqué, il y aura une évaluation lors du Conseil européen de mars. Le fait que cette question soit inscrite à l’ordre du jour constitue une évolution positive.  Une évolution qui montre que nos partenaires au sein de l’Union européenne comprennent cette nécessité. Cela dit, le non-renouvellement des avis aux navigateurs de la part de la Turquie ne constitue pas à lui seul une évolution satisfaisante. J’ai déjà affirmé que, outre ces actions illégales, la Turquie doit s’abstenir des déclarations qui ne transmettent pas des messages positifs et ne créent pas un terrain favorable à l’exploration des perspectives pour règlement de la question chypriote.

J’aimerais clarifier que de tous les Etats membres de l’Union européenne, la République de Chypre et la Grèce sont les deux pays qui souhaitent plus que tout autre pays que la perspective européenne de la Turquie avance. On ne peut changer la géographie. La Turquie est un pays voisin de Chypre et de la Grèce et c’est justement dans ce cadre que nous voulons que la perspective européenne de la Turquie avance. Toutefois cette perspective implique des obligations très spécifiques de la part de cette dernière.

Par conséquent, la façon dont le parcours d’adhésion de la Turquie avancera dépend exclusivement d’Ankara elle-même.

MODERATEUR : Question suivante par la chaîne de télévision ERT.

JOURNALISTE : Monsieur le ministre, la première question est adressée à vous. Pensez-vous que l’incident avec les deux militaires à Evros était prémédité et qu’il a influé de manière négative sur le climat des relations gréco-turques ? Vous avez affirmé que la Turquie devait mettre fin à son comportement provocateur afin d’entamer de nouveau la discussion sur les aspects intérieurs de la question chypriote.

Que répondez-vous à la partie chypriote turque et à la partie turque qui imposent en tant que condition à la réouverture des pourparlers le suspens des plans énergétiques de Chypre ? J’ai même entendu M. Ozersai parler de limiter les pourparlers à l’exploitation en commun des ressources naturelles en tant que condition préalable à la réouverture des pourparlers.

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Permettez-moi de répondre à  la première question. Même si la deuxième question est très intéressante, c’est à Nikola d’y répondre. La Turquie doit appliquer les dispositions du droit international et surtout celles du droit international coutumier et ne pas faire d’un simple processus quotidien un grand problème politique et juridique.

Ν. CHRISTODOULIDIS : Comme je l’ai indiqué dans l’introduction de mon intervention, pour que les pourparlers puissent de nouveau être lancés, concernant l’aspect intérieur de la question chypriote,  la Turquie doit mettre fin à ces actions inacceptables et, dans le même temps, les Chypriotes turcs doivent renoncer à des interventions de ce genre. Et je me réfère tout particulièrement  à la question des hydrocarbures.

Il est évident, et j’aimerais le répéter, que les actions de la Turquie ne visent, d’aucune manière, à servir les intérêts de nos compatriotes chypriotes turcs.  Ces intérêts sont sauvegardés dans le cadre des convergences auxquelles nous sommes parvenues à ce jour au cours des pourparlers, mais aussi grâce aux actions entreprises par le gouvernement chypriote lui-même.

Par conséquent, s’ils veulent véritablement que les négociations soient de nouveau lancées, que des perspectives concernant le règlement de la question chypriote soient explorées, ils doivent renoncer à des approches de ce genre.

MODERATEUR : Merci beaucoup.