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Déclarations du ministre des Affaires étrangères, N. Kotzias lors de sa conférence de presse avec son homologue allemand, Η. Maas (Berlin, 29.05.2018)

mardi, 29 mai 2018

Déclarations du ministre des Affaires étrangères, N. Kotzias lors de sa conférence de presse avec son homologue allemand, Η. Maas (Berlin, 29.05.2018)N. KOTZIAS : Je vous remercie de votre invitation, notamment du fait que celle-ci a lieu dans cette enceinte. Je regarde le temps dehors et m’interroge : est-ce moi qui ai invité le ministre allemand des Affaires étrangères à Athènes ? Je ne suis pas sûr que nous ayons le même temps à Athènes quand tu viendras. Il fait vraiment beau ici.

Nous nous réjouissons du fait que notre relation avec l’Allemagne ait évolué de manière aussi positive et que nos vieilles valeurs communes continuent de développer pleinement nos relations mutuelles. Nous pensons que nous pouvons façonner avec l’Allemagne un avenir pour l’Europe – nous bien entendu en tant que plus petit pays avec une longue histoire. Nous avons le sentiment que l’Europe a plus que jamais besoin d’une vision, que l’on devra avoir une approche plus stratégique, axée sur le long terme, ne pas faire seulement notre travail quotidien, mais transposer ce travail quotidien dans un cadre pour l’avenir de l’UE. C’est la raison pour laquelle je suis heureux d’être avec un collègue doté d’une vision et d’une réflexion pour l’avenir de l’Europe. Nous avons beaucoup de points communs et je suis réellement heureux de voir l’emplacement de votre Académie diplomatique, où sont venus nos jeunes diplomates. Ils ont recueilli des expériences très positives et vous avez d’ailleurs dit à leur sujet qu’ils étaient exceptionnels, ce dont je me réjouis particulièrement, en ma qualité de professeur d’université.

Nous et l’Allemagne ou encore l’Allemagne et nous, avons constaté combien l’UE a collaboré pour l’accord sur le nucléaire. Nous pensons qu’il s’agit d’un projet garantissant la paix et la sécurité dans le monde et notamment dans notre région, l’Europe du sud-est et hier, lors de la réunion du Conseil des affaires étrangères de l’UE, nous avons souligné que nous soutenions pleinement toutes ces initiatives et notamment celle-ci. Nous sommes inquiets de l’évolution de l’avenir des relations transatlantiques. Nous sommes pour nous en tenir fermement à nos principes, à nos valeurs, à nos idées pour la coopération future avec les pays émergents du Proche et du Moyen-Orient. Dans le même temps, nous ne voulons pas de rupture dans nos relations avec les Etats-Unis ; nous voulons que celles-ci demeurent comme elles étaient, indépendamment de la personne qui gouverne ce pays et des différends pouvant exister avec l’Europe.

Nous avons par ailleurs discuté des évolutions en Europe du sud-est. Nous avons informé le ministre allemand des Affaires étrangères de nos négociations avec nos amis de Skopje. L’Allemagne a toujours contribué à ce qu’il y ait une bonne ambiance dans cette région. Je sais que l’Allemagne est très intéressée par la stabilité dans cette région. Notre politique concernant la région de l’Europe du sud-est est de garantir un avenir sûr ainsi que son orientation transatlantique et, comme je l’ai dit hier à Bruxelles, après nos entretiens à New York et dimanche à Bruxelles, les deux ministres des Affaires étrangères, à savoir Nikola Dimitrov et moi-même avons fait notre travail. Depuis hier, et jusqu’à demain, les groupes de travail examinent les détails techniques et les questions juridiques et par la suite ce travail sera transmis aux deux Premiers ministres afin qu’ils puissent mener à bien l’accord global. Nous avons par ailleurs discuté de la façon dont nous intensifierons notre coopération en tant que ministères des affaires étrangères. Je vous remercie de votre invitation et de votre accueil.

JOURNALISTE : Une question pour le ministre grec des Affaires étrangères : vous avez tout à l’heure affirmé que les travaux des ministres des Affaires étrangères de la Grèce et de l’ARYM sont arrivés à leur fin et que maintenant c’est aux Premiers ministres de prendre le relais. Pensez-vous qu’une solution pourrait être trouvée d’ici à la réunion au sommet de l’UE en juin ou de l’OTAN en juillet ? Une deuxième question : Avez-vous informé votre homologue de la situation des deux officiers grecs qui sont détenus en Turquie ?

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Je dois le répéter afin que cela soit bien clair. En tant que ministres des Affaires étrangères nous avons accompli notre travail. Depuis hier se tient au sein de notre ministère une réunion d’experts de Skopje, d’Athènes et des Nations Unies. Ce groupe d’experts est en train d’étudier du point de vue juridique et technique les textes de préparation et de faire les dernières retouches. Une fois que ce travail sera de nouveau approuvé par nous, ministres des Affaires étrangères, il sera remis aux Premiers ministres.

Deuxièmement, je voudrais dire clairement : cet accord avec nos chers amis et voisins au nord n’a pas été conclu en raison de leur volonté de devenir membres de l’OTAN et de l’UE. Ils le veulent, bien évidemment, et nous les soutenons bien sûr. Cet accord a été surtout dû au fait que la sécurité et la stabilité dans notre région est aussi dans notre intérêt national tout comme il est dans l’intérêt de l’avenir des Européens et de l’Union européenne.

Cette question ne porte pas seulement sur leur adhésion à l’OTAN, etc. Il ne s’agit pas d’une solution qui serve à atteindre un but spécifique – bien évidemment cet objectif sera atteint – mais c’est un accord qui aurait dû être atteint depuis des décennies. Dans le passé aussi, et je parle en ma qualité de ministre des Affaires étrangères à la quatrième année de mon mandat, avant notre gouvernement de gauche, il y a eu de nombreuses possibilités de parvenir à une solution ce qui aurait à l’époque été bien plus facile puisque l’histoire complique les choses.

Et je déclare, ce que je vais aussi déclarer clairement devant le parlement grec : si nous arrivons à résoudre le problème après tant d’années de difficultés, il sera difficile de comprendre la raison pour laquelle les deux parties n’ont pas pu parvenir plus tôt à un accord. Les deux parties en sont responsables. Je ne voudrais pas lancer des accusations, je voudrais juste souligner que le règlement de ce problème est dans notre intérêt, dans leur intérêt et dans l’intérêt de tous, y compris de l’Allemagne.

S’agissant de la question des officiers, nous n’avons pas débattu de cette question aujourd’hui. Nous en avons souvent discuté avec la partie allemande et je pense que lors du repas nous en discuterons de nouveau. Quoi qu’il en soit, l’affaire des deux officiers montre que la Turquie dispose d’une civilisation politique bien différente de celle de la Grèce. Comme vous le savez, nous avons tout récemment arrêté des citoyens turcs qui ont illégalement traversé la frontière. Ils ont été traduits immédiatement devant la justice, ils ont été condamnés pour avoir violé la loi et ont été renvoyés à la Turquie. Nos deux officiers sont en prison depuis à peu près trois mois, sans qu’il y ait un procès et sans que ces officiers soient renvoyés à la Grèce. Il arrive souvent à notre frontière que des soldats et des officiers perdent leur orientation et traversent la frontière de l’un ou de l’autre côté. Nos deux pays sont des Etats membres de l’OTAN, ce qui signifie que nous sommes des alliés, des partenaires et non pas des ennemis. C’est pourquoi nous ne pouvons pas accepter ce totalitarisme et cette violation des coutumes internationales et de nos relations traditionnelles à nos frontières, ni ne pouvons faire preuve de compréhension à cet égard. Je pense qu’il s’agit d’un problème indicatif de cet écart entre nos civilisations politiques.

JOURNALISTE : Une question seulement, adressée aux deux ministres. Vous avez éventuellement discuté de la crise concernant la formation d’un gouvernement en Italie. Pensez-vous que cette crise pourrait avoir des répercussions sur l’ensemble de l’Europe ? Quelle seront les répercussions sur les réformes imminentes au sein de l’UE ou sur l’euro ? Pensez-vous qu’il y aura des conséquences négatives ?

Ν. ΚΟΤΖΙAS : Comme vous le savez, nous partageons avec l’Italie une histoire politique commune datant depuis 2 300 ans et c’est pourquoi on dit souvent que les Grecs et les Italiens ont « une faccia, une razza » (même tête, même race). Nous avons de nombreux points en commun et l’un de nos points en commun est aussi le haut niveau d’endettement, ce dont nous ne sommes pas fiers mais telle est la réalité. Et l’Italie a un taux d’endettement bien plus élevé, huit fois plus élevé que le nôtre. Quoi qu’il en soit, nous voulons une Italie stable, démocratique et pro-européenne. Nous sommes préoccupés par le danger d’instabilité et par des éventuelles répercussions que cela pourrait avoir sur leur situation budgétaire ainsi que par le fait que cela pourrait provoquer des problèmes supplémentaires à la Grèce.

Et je dois vous dire que l’Italie, il y a des décennies, était le pays le plus pro-européen de l’Europe, de la Communauté européenne, de l’Union européenne et que de nombreuses incitations et idées provenaient de l’Italie. Et malheureusement, l’Italie ces dernières années, en dépit du fait qu’elle avait un excellent Premier ministre qui est aussi un cher ami à moi, Paolo Gentiloni, n’est plus le pays où sont nées les grandes idées pro-européennes. Force est de rappeler et vous le savez déjà, que tout le monde en Italie, allant des forces les plus conservatrices jusqu’aux communistes, a été favorablement disposé à la construction européenne. Pour l’avenir de l’Europe, l’Italie a été et demeure – je l’espère – une grande puissance pro-européenne et pionnière de l’intégration européenne ultérieure. Sinon, cette Italie va vraiment nous manquer.