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Entretien de N. Kotzias, ministre des Affaires étrangères, au journal « Real News » (17 décembre 2017)

dimanche, 17 décembre 2017

Entretien de N. Kotzias, ministre des Affaires étrangères, au journal « Real News » (17 décembre 2017)Propos recueillis par le journaliste V. Skouris

JOURNALISTE : Que fera à votre avis Tayyip Erdogan en vue de justifier sa visite à Athènes et d’insuffler un nouvel élan aux relations gréco-turques ?

N. KOTZIAS : La visite elle-même a contribué à la promotion d’une manière plus systématique des relations gréco-turques qui ont traversé une période difficile à cause de la situation prévalant dans le pays voisin après le coup d’Etat. Toute une série d’accords au profit des deux pays ont été signés. Il existe un autre aspect aussi. Il y a quelques jours, je me trouvais en République de Corée. J’ai demandé à aux dirigeant du pays de me dire quel était le plus grand problème dans les relations entre la Corée du sud et la Corée du nord et j’ai reçu une réponse qui m’a vraiment épatée : « le manque de communication ». Dans des conditions difficiles, l’existence de canaux de communication est indispensable afin d’éviter des gestes erronés ou des accidents qui pourraient détériorer les relations.

JOURNALISTE : Pourriez-nous donner quelques exemples concernant les accords conclus ?

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : La visite d’Erdogan a eu des résultats immédiats et aucune justification à posteriori n’est nécessaire à cet égard. Nous sommes convenus de la date à laquelle se tiendront la rencontre au niveau des gouvernements à Thessalonique, ainsi que des réunions préparatoires à tous les niveaux, tandis que de nombreuses rencontres ont précédé la visite du Président turc.

Il a été convenu de relancer les pourparlers exploratoires visant à l’adoption des mesures de confiance militaires. Un accord intéressant a été conclu sur la question migratoire, ce qui pourra remédier à l’encombrement des îles. Il a été convenu de promouvoir conjointement les grands travaux et de renforcer les réseaux de transport entre les deux pays. Le développement de la coopération entre les universités et les centres de recherche et toute une série d’autres projets que l’opposition aime négliger en se lançant dans un verbiage superflu.

JOURNALISTE : Est-ce que le traité de Lausanne peut-être révisé ? La Grèce envisage-t-elle d’y apporter certaines modifications ? Et pourquoi, à votre avis, Ankara campe-t-elle sur cette position ?

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Je pense que le Président Erdogan, au cours de sa visite, a fait une adaptation intéressante de sa position. Il a passé de la révision à la mise à jour. Je pense que quand il fait ces réflexions il pense plutôt à la partie orientale de la Turquie. Ce qui est important est le fait que le Président turc a pour la première fois déclaré officiellement que la Turquie n’avait pas de revendications territoriales à l’égard de la Grèce.

JOURNALSTE : Que répondez-vous à la demande de Tayyip Erdogan au sujet de la possibilité pour les musulmans de la Thrace occidentale d’élire leur mufti ? Est-ce que le Président turc peut se présenter comme le garant des droits de la minorité ?

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Le Premier ministre a de nouveau clarifié au Président de la Turquie -et ce dernier l’a accepté - que la minorité musulmane est constituée de musulmans grecs. De notre côté, nous prenons une série de mesures sociales et économiques qui amélioreront la vie des Grecs de la Thrace, chrétiens et musulmans, ainsi que l’organisation des muftis. Plus particulièrement, pour ce qui est des muftis, la diplomatie turque fait des propositions concernant les muftis grecs alors qu’elle n’a pas à s’en mêler.

Elle propose quelque chose qui ne se fait pas même en Turquie, surtout lorsque ses propres muftis n’exercent pas des fonctions judiciaires. Comme le Président turc l’a admis au cours des discussions, il a formulé une demande et non pas une position politique.

JOURNALISTE : Et pourquoi - certains se demandent pourquoi – chaque haut fonctionnaire turc qui visite la Grèce doit aussi se rendre en Thrace ?

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Je pense qu’il serait absurde de notre part de l’interdire, car ce serait une marque de faiblesse et de peur. Nous n’éprouvons pas ces sentiments et notre politique est dynamique et porteuse de perspectives pour la région. Sous notre gouvernement les choses ne se sont pas passées comme elles se sont passées sous le gouvernement de la Nouvelle Démocratie, où alors qu’il avait été convenu qu’aucun discours ne serait tenu, Erdogan a prononcé quatre discours et il déambulait à Komotini suivi d’une nombreuse délégation, ce qui a eu comme conséquence un retard de quatre heures par rapport au programme défini.

JOURNALISTE : Les pourparlers avec Skopje ont de nouveau commencé. Quelles sont les conditions nécessaires à une issue positive ? Est-ce que la Grèce pourrait accepter l’adhésion de l’ARYM à l’OTAN sous son appellation temporaire ?

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Le 6 décembre nous avions discuté à l’OTAN des relations de cette dernière avec les Etats des Balkans occidentaux. J’ai dit à mes collègues qu’ils ne devraient pas donner l’impression que l’ARYM pourrait adhérer à l’OTAN, si celle-ci le souhaite bien évidemment, sans adopter une culture de compromis et de consensus et sans mettre en œuvre les décisions prises par l’OTAN à cet égard. Certains, en laissant l’ARYM faussement espérer que cela est possible, l’empêche de comprendre à temps cette vérité.

JOURNALISTE : Dans quelles conditions et quand pourra-t-on arriver à une solution globale avec l’Albanie ?

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Il faut que nous soyons sincères entre nous. Moi, je suis sincère. A savoir, ce ne sont pas des paroles en l’air ce que nous disons. Je suis très sérieux dans ce que je dis. Nous n’avons pas le regard tourné vers le passé et l’intérieur mais vers l’avenir et la scène politique internationale. En janvier, nous aurons une rencontre à Korçë et j’espère que nous poursuivrons les pas positifs entamés depuis longtemps, auxquels un élan important été insufflé lors de la réunion en Crète.

JOURNALISTE : Pensez-vous qu’il sera possible de délimiter les ZEE avec l’Egypte, l’Italie et l’Albanie au cours de 2018 ?

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : On verra. Je l’espère et nous œuvrons dans ce sens. Mais cela ne dépend pas seulement de nous. Cela dépend des tiers, de leur voisinage et de leurs différends intérieurs. Nous devons sûrement faire preuve de sérieux, de retenue, de patience et de détermination et nous devons aussi être bien préparés.

JOURNALISTE : Quand est-ce que les discussions sur la question chypriote pourront-elles démarrer à votre avis ? Et sur quelle base et en fonction de quel calendrier ?

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Seulement si les conditions que nous avons fixées en novembre 2016 sont remplies. Nombreux ont été ceux qui les ont négligées, mais la vie nous a donné raison. Tout au long des travaux de préparation de la visite d’Erdogan en Grèce, il y a eu des pas positifs dans ce sens et nous sommes aussi convenus, avant la prochaine réunion, de tenir entre nous les discussions indispensables.

JOURNALISTE : Le Parti Communiste de Grèce (KKE) insiste sur le danger que représente une éventuelle guerre dans la région, à laquelle pourrait aussi participer notre pays. Partagez-vous ce point de vue ?

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Il existe de l’instabilité et de l’insécurité dans notre région. L’objectif de notre politique étrangère est l’instauration de la paix et de la stabilité. Mes anciens compagnons le contestent depuis trois ans. Ils disent que nos objectifs ne sont pas la paix et la stabilité, mais « la promotion des investissements de la classe moyenne et de la guerre ». Je crains qu’ils surestiment la classe moyenne en Grèce et sont en toute admiration devant elle. Si on avait une classe moyenne qui s’opposait aux investissements dans des dizaines de pays, on n’aurait pas le modèle de capitalisme que nous avons aujourd’hui.

JOURNALISTE : Quelles sont vos préoccupations en vue de l’ouverture des discussions sur les changements au sein de la zone euro ?

Ν. ΚΟΤΖΙΑS: Ce qui m’inquiète est le fait que nous discutons de l’un ou de l’autre changement ce qui nous empêche de nous pencher sur le fond de la question, à savoir que la zone euro et son système institutionnel constituent un système parallèle en dehors du cadre des traités. Il a fallu 50 ans pour démocratiser l’UE et, par la suite, la politique monétaire et toutes les questions connexes ont été placées en dehors de ce cadre relativement démocratisé. Le Parlement européen ne participe même pas aux processus de la zone euro.

La question principale sur laquelle on devrait se pencher est la façon dont on pourra placer la zone euro dans le cadre des traités et sous le contrôle exercé par le Parlement européen, par le biais de ses initiatives et conformément au principe de l’égalité entre les Etats membres. C’est pourquoi je pense que l’initiative entreprise récemment par la Grèce en vue de discuter de ce genre de questions conjointement avec neuf autres Etats membres de l’UE et les pays candidats est très importante.

JOURNALISTE : Pensez-vous qu’il n’y ait rien à reprocher à P. Kammenos pour ce qui est de l’affaire de la vente de matériel militaire ? Et, si oui, pourquoi n’acceptez-vous pas la proposition de la Nouvelle Démocratie concernant la mise en place d’un comité d’enquête ?

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : La Nouvelle Démocratie a suivi sa pratique habituelle : elle fabrique de toutes pièces une affaire, en invoquant à l’appui de ses affirmations une « source » soi-disant indépendante qui s’avère par la suite être proche de l’opposition. Elle fait la même chose avec la visite d’Erdogan. Avant même le début de la visite, la Nouvelle Démocratie, le PASOK et l’extrême droite dirigée par son chef « déchu », ont révélé son échec. Ils ont révélé une affaire inexistante, un échec inexistant sans nous dire en quoi consistait cet échec. Par la suite, ils ont commencé à imputer des responsabilités dans tous les sens. Mais quand il n’y a pas d’affaire, à quoi cela sert-il d’imputer des responsabilités ?

JOURNALISTE : Toutefois, l’opposition vous accuse personnellement d’avoir porté atteinte aux intérêts du pays en insistant sur le fait que du matériel militaire a été mis à la disposition des terroristes de l’ISIS…

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : La Nouvelle démocratie ferait mieux de ne pas considérer qu’en ressassant les mensonges qui paraissent dans la presse partisane elle exerce de la politique étrangère. Force est de rappeler les affaires de la République tchèque et celle de l’Espagne. Ces pays nous ont demandé pardon alors que l’opposition proférait contre nous des accusations mensongères en nous reprochant d’avoir pris des mesures.

Et pour ce qui est des résultats du voyage de M. Tsipras aux Etats-Unis, l’opposition a agi d’une façon absurde, mais lorsque ses membres sont allés discuter avec des fonctionnaires subalternes du State Department, ils ont perdu la voix. La Nouvelle Démocratie exerce une politique irresponsable, en se vautrant dans la boue de la vie politique intérieure. Pour ce qui est de Daesh, il s’agit d’une affaire concernant la période 2012-2014 et c’est donc à l’opposition de nous dire si cela est vrai ou non.

JOURNALISTE : Aujourd’hui, le Congrès de la Nouvelle Démocratie prend fin. Comment la qualifieriez-vous en tant que parti ?

Ν. ΚΟΤΖΙAS : Il s’agit d’un parti de la droite, avec des racoleurs de l’extrême droite. Aujourd’hui, contrairement aux époques antérieures, elle ne pense pas suffisamment à ce qu’elle dit et ne prend pas le temps de réfléchir sur elle-même. Bien évidemment, cela ne concerne pas tous ceux qui se trouvent parmi ses rangs. Mais c’est la tendance dominante, une tendance à laquelle les caractéristiques positives, quelles qu’elles soient, de la droite populaire n’ont pas été incorporées.

JOURNALISTE : Que pensez-vous du Mouvement pour le changement ? Quelles sont vos premières impressions après la prise des fonctions de son chef, Fofi Yennimatas ?

Ν. ΚΟΤΖΙΑS: Ils doivent décider de ce qu’ils veulent devenir. Un «bouche-trou» de la Nouvelle Démocratie ? Des fonctionnaires servant des intérêts ? Des défenseurs des intérêts populaires ?
Ils doivent choisir leur camp. Pour le moment, le discours dominant est celui des anciens professionnels de la politique et des compagnons de la Nouvelle Démocratie, des personnes du passé qui prétendent représenter la nouveauté au sein du parti. J’étais, par ailleurs, surpris par le fait que leur porte-parole parlementaire lors du récent débat sur la politique étrangère, s’est aligné sur un grand nombre de positions de l’Aube dorée.

JOURNALISTE : Voyez-vous des points en commun ?

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Je constate que quant à la politique étrangère, ils disent souvent exactement les mêmes choses, en avançant des arguments sans intérêt. Leur objectif est de saper l’acceptation existante de notre politique par la majorité écrasante du peuple. Leur problème est que les insultes proférées contre moi et les mensonges ne peuvent servir de substitut de leur politique étrangère complètement absente.

Ce qui me préoccupe est le fait que l’opposition, faute de plan et de programme, a fait de l’isolement et de l’inertie un principe suprême. Pour ce qui est du terme « le nouveau patriotisme » qu’ils utilisent récemment, c’est un terme introduit par moi-même dans le débat des années 90’. Mais c’était un terme ayant un contenu substantiel et il ne s’agissait pas de paroles en l’air.