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Interview accordée par N. Kotzias, ministre des Affaires étrangères, au journal télévisé du soir sur la chaîne ANT-1 (8 janvier 2018)

lundi, 08 janvier 2018

Interview accordée par N. Kotzias, ministre des Affaires étrangères, au journal télévisé du soir sur la chaîne ANT-1 (8 janvier 2018)Propos recueillis par le journaliste Nikos Chatzinikolaou

JOURNALISTE : Nous avons avec nous le ministre des Affaire étrangères, Nikos Kotzias. Monsieur le ministre, bonsoir.

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Bonsoir M. Chatzinikolaou et bonsoir à tous les téléspectateurs.

JOURNALISTE : Je commencerai notre discussion par la question de Skopje, une question d’actualité brûlante. Au cas où un accord ne serait pas atteint, au cas où les deux pays ne parviendraient pas encore une fois après 24, 25 ans à résoudre la question du nom, Skopje adhèrera à l’OTAN sous l’appellation prévue par l’accord intermédiaire, c’est-à-dire sous l’appellation ARYM ou, en revanche, si tel est le cas, notre pays mettra-t-il de nouveau son veto, comme l’avait fait le gouvernement de Karamanlis à Bucarest ? Comme vous pouvez le constater, je vais droit au but.

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Monsieur Chatzinikolaou, nos voisins au nord, Skopje, la direction de ce pays ami, sait qu’il ne peut pas adhérer à des organisations internationales en ce moment, à des organisations comme celles auxquelles vous vous êtes référé, sans qu’une solution ne soit apportée à la question du nom.

JOURNALISTE : Votre réponse, monsieur le ministre signifie-t-elle que dans un tel cas, nous ferons ce que nous avons fait à Bucarest ? C’est-à-dire, mettra-t-on de nouveau notre veto sur l’adhésion de Skopje à l’OTAN ?

Ν. ΚΟΤΖΙΑS: Skopje n’adhérera pas à l’OTAN, s’il n’y a pas d’accord sur la question du nom.

JOURNALISTE : Cette déclaration est bien claire. Je n’insisterai plus là-dessus car je respecte le fait que la gestion de cette question appartient au ministère des Affaires étrangères et au gouvernement et les démarches y relatives devront être communiquées en temps utile et de manière appropriée.
Maintenant en ARYM, à Skopje une discussion est engagée sur l’organisation d’un référendum concernant cette question. Il y a un engagement préélectoral de la part des forces politiques, à savoir que tout accord atteint avec la Grèce doit être approuvé par le peuple.
A votre avis, est-ce que cela pourrait se produire et, en outre, pensez-vous que le résultat d’un accord entre Athènes et Skopje pourrait faire l’objet d’un référendum dans le pays voisin ? Et que pensez-vous de ce que proposent certains, à savoir organiser en Grèce également un référendum sur cette question ?
Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Cette position fait en effet partie du programme préélectoral des partis slavo-macédoniens mais pas des partis albanais. M. Osmani que nous aurons le plaisir d’accueillir demain à Athènes, qui est le vice-Premier ministre du gouvernement et provient du plus grand parti albanais, DUI, avait déclaré qu’il ne serait pas intelligent de faire usage d’un référendum, mais je ne prendrai pas position à cet égard car cela est une question ayant trait aux affaires intérieures de ce pays. Si un accord est soumis au référendum et n’est pas approuvé, je pense que le coût pour le pays lui-même sera plus grand que celui que l’on pourrait imaginer aujourd’hui.

Pour ce qui est des référendums en Grèce, il n’y a aucune raison d’organiser un référendum car nous avons un gouvernement responsable en Grèce, il existe une majorité au sein du parlement grec et l’accord sera approuvé comme prévu. Force est de signaler à tous ceux qui parlent aujourd’hui de référendum, que l’accord intermédiaire de 1995, qui a donné lieu à l’appellation composée comportant aussi le terme « Macédoine », c’est-à-dire Ancienne République yougoslave de Macédoine – là où une erreur s’est produite, à mon avis, parce qu'ils ont utilisé l’adjectif « yougoslave » qui détermine le caractère du régime et précède le terme « Macédoine », au lieu de placer un autre mot avant ce terme – appellation qui a été approuvée par la majorité des gens sans organiser des référendums et sans qu’il y ait eu un vote au sein du parlement.
JOURNALISTE : Monsieur le ministre, vous avez parlé de majorité au sein du parlement. Est-ce que la majorité gouvernementale - on parlera par la suite de l’opposition – a une position unanime à l’égard de la question du nom. Et je pose cette question car à un certain moment, M. Panos Kammenos, votre partenaire gouvernemental et ministre de la Défense, a pris position contre l’utilisation du terme « Macédoine » ou de tout mot dérivé de ce terme, dans l’appellation qui résultera des négociations.

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Je pense qu’une erreur est commise et qu’une question erronée donnera lieu à une réponse erronée. La vraie question n’est pas celle soulevée par la Nouvelle Démocratie, mais c’est la question de savoir si nous voulons résoudre ce problème. Est-ce que nous voulons que notre pays cesse d’être prisonnier de l’histoire – car, comme j’ai coutume de le dire, l’histoire ne doit pas être une prison mais une école - et commence à jouer un rôle de premier plan qui contribuera à l’instauration de la stabilité et de la sécurité dans toute la région, renoue, dans la mesure du possible, ses relations sociales et économiques avec la région, ce qui donnera aux pays de celle-ci la possibilité d’adhérer à un plus grand nombre d’organisations internationales.
Telle est la vraie question qui se pose. Tout le reste appartient à la sphère de la politique politicienne. Nous sommes un gouvernement qui résoudra – nous osons et nous résoudrons le problème – dès lors que l’autre partie fera preuve de rationalisme, la question du nom, question qui gaspille les forces tant de la Grèce que celles de la région des Balkans. Nous osons et nous n’avons aucun problème d’assumer des responsabilités historiques. Le problème est que l’opposition actuelle a engendré ce problème – nous n’avons pas engendré ce problème – que l’opposition actuelle a prouvé son incapacité, en tant que gouvernement, à le résoudre.
Maintenant, ce que dit l’opposition, ne m’intéresse guère. En outre, cela prouve son incapacité en tant qu’opposition à adopter une position unique à cet égard. Nous ne lui demandons pas de proposer des solutions. Nous lui demandons de laisser le pays et son gouvernement responsable résoudre la question.

JOURNALISTE : Maintenant, je vous prierai de répondre à ma question. Je vous ai laissé présenter votre position.

JOURNALISTE : Monsieur le ministre, permettez-moi de vous interrompre et de vous rappeler que ma question était…

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Votre question est erronée, c’est la question de la Nouvelle Démocratie. Je vous dis que la question qui préoccupe le pays est le règlement de ses problèmes et non les problèmes de la Nouvelle Démocratie.

JOURNALISTE : Monsieur le ministre, permettez-moi de poser mes questions et vous pouvez les qualifier comme vous voulez. Alors, ma question – et tout ce que dit la Nouvelle Démocratie ou tout autre parti ne me concerne pas – ma question personnelle à Nikos Kotzias, ministre des Affaires étrangères, est s’il sait finalement quelle est la position de son partenaire gouvernemental.
Car j’ai entendu ce dernier affirmer qu’il était contre « l’utilisation d’un mot dérivé du terme « Macédoine » et, par la suite, en sortant d’une réunion au palais Maximos, il a déclaré avoir confiance en vous. Je voudrais donc vous demander si vous vous êtes entendus sur ce sujet.

Ν. ΚΟΤΖΙΑS : Tout d’abord, en ce qui me concerne, j’exprime la politique du gouvernement grec et les membres de chaque gouvernement ont le droit d’avoir des opinions différentes et il est du devoir du gouvernement d’apporter des solutions à ses affaires intérieures et à assurer la majorité au sein du parlement, en vue de mettre en œuvre sa politique. Il n’est pas de son devoir d’imposer sa volonté aux autres.
Je voudrais tout simplement signaler que M. Kammenos n’avait pas affirmé être contre l’utilisation du terme « Macédoine », il a avait dit qu’il était contre l’utilisation du terme « Macédoine » en grec. Cela revêt une grande importance et nous verrons comment cela ressortira dans la négociation.
Mais permettez-moi de répéter que le pays devrait, au lieu de discuter de ce que fait M. Kammenos – car il semble que la Nouvelle Démocratie veut lui attribuer un rôle de leader au sien de la Droite populaire – se poser la question suivante : Est-ce qu’il faut apporter une solution à cette question ? Moi, je réponds que oui, qu’il faut trouver une solution. Est-ce que cela sera dans l’intérêt du pays ? Oui, cela sera dans son intérêt. Cette question demeure en suspens depuis 25 ans et ceux qui étaient au gouvernement à l’époque nous disent maintenant ce que nous devons faire.
Nous n’hésiterons pas à résoudre ce problème au profit de notre peuple et de notre région.

JOURNALISTE : Si vous aviez entendu mes commentaires de ce matin à la radio, vous sauriez que je ne suis pas foncièrement contre le point de vue disant que c’est un problème qu’il convient de résoudre et que l’occasion nous est donnée maintenant de le faire.

Ν. KOTZIAS : Ce que doit faire le gouvernement est de garantir la résolution rationnelle et équitable dudit problème.

JOURNALISTE : J’aimerais toutefois vous rappeler – vous le savez mieux que moi – pour la petite histoire, que l’on parle d’un déterminatif géographique avant le mot « Macédoine ». Et j’aimerais savoir si cela est valable ou bien si l’on examine d’autres déterminatifs. Par exemple, je vous ai entendu tout à l’heure qualifier les partis de ce pays de « slavo-macédoniens » et je me suis rappelé, car je suis un vieux Grec ayant vécu dans les années ’90, que le tant regretté Konstantinos Mitsotakis discutait du nom « Slavomacédoine ». Un autre nom est aussi mis sur la table, il s’agit de « Nea Makedonia » (Nouvelle Macédoine). Par conséquent, ma question est tout aussi simple que claire : Discute-t-on seulement d’un déterminatif géographique ou bien d’autres [appellations] ?

N. KOTZIAS : Le gouvernement a déclaré discuter d’un nom composé avec usage unique. Le nom « Slavomacédonien » s’adressait aux Slaves qui constituent l’une des composantes de l’Etat que l’on prénomme aujourd’hui « ARYM ». Les Albanais sont intégralement opposés à ce que cet Etat soit appelé « Slavomacédoine », car ils estiment que ce nom les supprimerait en tant que composante de cet Etat.
Il y a par ailleurs une série de propositions qui ont été soumises soit par l’ancien ministre des Affaires étrangères du Portugal, en 1992, soit par Vance et Owen, qui ont proposé « Nova Makedonija », certains en deux mots, d’autres en un mot. Toutes ces propositions ont été enregistrées et c’est un objet sur lequel se porteront nos choix, et nous avons abouti à des choix en tant que Conseil ministériel, lors de la discussion que nous aurons avec les officiels du pays voisin. Je ne pense pas qu’il faille commencer maintenant la discussion sur l’une ou l’autre des appellations. Je répète : un nom composé, unique pour tous les usages.

JOURNALISTE : Monsieur le ministre, je vais invoquer les propos de la Nouvelle Démocratie s’agissant de cette question : certaines personnes de la Nouvelle Démocratie pensent que la question de Skopje pourrait mener à une chute du gouvernement. En d’autres termes, ils affirment que si Panos Kammenos et le parti AN. EL. n’adoptent pas la proposition à laquelle vous aboutirez, nous n’aurons pas de vote de confiance. Votre commentaire à ce sujet.

N. KOTZIAS : Tout d’abord, je voudrais dire que cela n’a aucun rapport avec la Constitution grecque. Le vote de confiance, comme vous le savez, est déterminé de différentes façons et non pas selon si l’on est d’accord ou non sur l’une ou l’autre question.

Deuxièmement, soyez sûr que la majorité sera atteinte au Parlement sur l’approbation de l’accord qui sera bon et productif et j’espère que l’autre partie répondra de manière positive.

Troisièmement, j’aimerais dire que l’opposition de la Nouvelle Démocratie souhaiterait que le gouvernement démissionne et considère que ce dernier est une parenthèse. A cela je rétorquerais que trois années se sont écoulées depuis notre première victoire électorale historique, alors qu’ils s’attendaient à ce que nous soyons évincés au bout de deux mois. Cela montre, à mon avis, une certaine pauvreté – et je suis navré de le constater – au sein de l’opposition, qui sous prétexte de ne pouvoir être unifiée et trouver une position commune autour de la question de Skopje, essaye de soulever à nouveau la question des élections. En d’autres termes, nous avons une discussion sur les questions économiques et politiques, ils veulent des élections. Nous discutons de l’Etat social, « vous êtes une parenthèse, partez » répondent-ils. Nous discutons de questions nationales, « vous allez abandonner » rétorquent-ils.

J’aimerais vous dire une chose simple : ce sont ces forces de l’opposition qui ont créé le problème. Elles étaient incapables de le résoudre et ne veulent aujourd’hui pas discuter sur le fond mais seulement sur la forme – les questions procédurales – et par conséquent, elles ne sont pas aptes à prendre le pouvoir car elles ne résoudront aucun problème.

JOURNALISTE : Monsieur le ministre, certains disent et écrivent – j’ai pu lire certains articles à ce sujet qui m’ont préoccupé – qu’au travers de la procédure de résolution de la question du nom, un nouveau parti pourrait naître à droite de la Nouvelle Démocratie, un parti nationaliste, une « ligue du Nord », selon le modèle italien.

J’aimerais votre commentaire au sujet de ces articles.

N. KOTZIAS : Il résulte des analyses faites jusqu’à présent qu’un tel parti n’est pas en passe de naître. Je comprends toutefois que cette crainte est le reflet d’un conflit interne au sein de la Nouvelle Démocratie entre les puissances qui, à leur façon, ont voulu contribuer à la résolution de ce problème – et je les salue – et les puissances qui se rapprochent des positions de l’extrême droite et craignent que si la question de Skopje est soulevée, un conflit interne peut être créé qui provoquera un effet domino et des scissions au sein de la Nouvelle Démocratie.

C’est la raison pour laquelle je comprends les interrogations sur les questions de savoir si M. Kammenos est d’accord ou pas d’accord – car ce sont davantage des questions de mobilisation au sein de la Nouvelle Démocratie, d’oppression de la question. Personnellement, je dirais que je comprends bien ce conflit…

JOURNALISTE : Monsieur le ministre, vous êtes une personne franche; il est clair que certains jouent politiquement sur la question du nom.

N. KOTZIAS : Ils sont dépourvus de leadership.

JOURNALISTE : Il est clair par exemple que M. Kammenos fait des paris politiquement parlant s’agissant de la question du nom, tout comme M. Leventis ces derniers jours.

N. KOTZIAS : Nous discutions de la Nouvelle Démocratie et je crois que ni M. Kammenos, ni M. Leventis n’appartiennent à la Nouvelle Démocratie.

JOURNALISTE : Comme vous l’avez mentionné.

N. KOTZIAS : Je redis donc qu’elle a un problème interne, que je comprends, mais en raison de ce problème interne je ne dois pas répondre aux questions qui sont engendrées par leur problème.

En ce qui concerne les partis qui abordent cette question, j’aimerais faire deux remarques, si vous me le permettez.

La première est qu’il est logique qu’il y ait des points de vue différents s’agissant de la question du nom. C’est une question qui a tourmenté le pays, une question qui revêt une grande importance, une question liée à leur identité, une question d’héritage historique. Autrement dit, un point de vue qui défend une appellation différente n’est pas de l’extrême droite.

Mais ce point de vue commet l’erreur suivante, celle de considérer que nous sommes aujourd’hui le jour du baptême, que le bébé vient de naître et que nous allons le baptiser. Malheureusement, le bébé a 25 ans, il a été baptisé et ce bébé devenu désormais jeune fille vient…

JOURNALISTE : [L’Etat] a été reconnu par 130 pays sous l’appellation « Macédoine »...

N. KOTZIAS : Très juste et donc je disais que ce bébé devenu désormais jeune fille vient voir si celle-ci va porter, en même temps que son nom, celui de son mari, autrement dit un nom composé. Ce nom composé nous l’avons donné depuis 1995, pas nous en tant que gouvernement, pas moi personnellement, mais la Grèce avec l’appellation « Ancienne République yougoslave de Macédoine ». Tel avait été le compromis auquel nous étions parvenus.

Par conséquent, je reçois tous les jours – et il est intéressant de le relever – 100 à 200 emails et sms me disant de ne pas donner le nom de « Macédoine ». Si nous étions en 1992, nous aurions pu en discuter. Mais en 2018 et compte tenu de la réalité actuelle, nous sommes en présence d’une appellation bien distincte, reconnaissable au niveau international, à laquelle nous voulons ajouter, donner un nom composé qui puisse se distinguer de la Macédoine grecque.

JOURNALISTE : Vous êtes très clair. Je vous remercie monsieur le ministre.

N. KOTZIAS : Je vous remercie aussi M. Chatzinikolaou. Si nous étions à l’époque de la cité antique d’Athènes, vous auriez sans aucun doute été un grand professeur dans les écoles de rhétorique.

JOURNALISTE : Comme toujours, vous avez beaucoup d’humour.

N. KOTZIAS : Je dis ce que je pense.

JOURNALISTE : Je vous remercie beaucoup monsieur le ministre.