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Interview accordée par N. Kotzias, ministre des Affaires étrangères à l’Agence de presse athénienne-macédonienne (22 juillet 2018)

dimanche, 22 juillet 2018

Interview accordée par N. Kotzias, ministre des Affaires étrangères à l’Agence de presse athénienne- macédonienne (22 juillet 2018)« Notre pays est déterminé à transmettre un message vers l’Orient et l’Occident, vers tous ceux qui sont, ou non, nos amis, à savoir que des mesures seront prises contre toute personne qui viole les principes de la souveraineté et du respect à l’égard de notre pays. L’époque où la diplomatie était synonyme d’inertie, est révolue a souligné le ministre des Affaires étrangères, Nikos Kotzias lors d’une interview télévisée accordée à l’agence de presse athénienne-macédonienne.

Interrogé sur les tensions qui existent ces derniers jours dans les relations gréco-russes ainsi que sur la visite du ministre russe des Affaires étrangères à Athènes, M. Kotzias signale à l’agence athénienne-macédonienne qu’il n’est pas inquiet et qu’il forme l’espoir que les problèmes, quels qu’ils soient, seront réglés dans un esprit amical.

«Sergei Lavrov, qui à mon avis figure parmi les diplomates les plus chevronnés de la scène internationale et avec lequel j’entretiens une relation amicale, m’a demandé de l’inviter en Grèce en vue de préparer le voyage du Premier ministre, M. Tsipras à Moscou, qui effectuera cette visite suite à l’invitation de la Russie. Je lui ai adressé cette invitation. S’il le souhaite, il viendra, sinon, il ne viendra pas. Quoi qu’il en soit, il est toujours le bienvenu. S’il pense qu’il doit s’identifier à ceux que nous avons expulsés ou à ceux auxquels on a interdit l’accès au territoire grec, c’est son droit de le faire. En ce qui me concerne, j’ai essayé, comme vous le savez, chose qui est d’ailleurs indiquée dans notre communiqué, de ne pas identifier ces mauvais cas avec la politique officielle de la Russie. C’est à cette dernière de décider si elle veut  s’identifier ou non avec ces personnes».

Le ministre des Affaires étrangères souligne dans son interview à l’agence de presse athénienne-macédonienne : « Je ne m’inquiète pas des relations gréco-russes. En revanche je suis préoccupé par une situation qui est en train de se créer dans notre pays où lorsque je demande le retrait de l’armée turque de Chypre, on me dit que cela n’est pas patriotique et qu’il faut laisser quelques troupes sur place. Lorsque je demande le règlement de la question du nom, de la question de Skopje, ils me disent de ne pas me presser. Lorsque je prends des mesures contre des personnes qui violent le droit international  et les règles d’hospitalité du pays, ils me disent qu’il ne faut pas le faire. Je ne comprends pas pourquoi. Car d’une part, ils utilisent un discours de haine à l’intérieur du pays et à l’égard aussi des petits pays tels que la future Macédoine du Nord, l’Albanie, etc. et d’autre part, lorsque de grands pays violent nos règles, on nous dit qu’il faut le tolérer et nous incliner devant eux. J’ai affirmé lors de la journée organisée par le Conseil scientifique du ministère des Affaires étrangères que ces personnes ne sont pas des patriotes. Ils servent les intérêts des tiers ».

M. Kotzias a toutefois qualifié «  de très positif » le fait que l’opposition grecque n’a pas élevé le ton et a été très prudente dans ses déclarations au sujet des relations gréco-russes.

«Le terrain était favorable à la conclusion d’un accord avec Skopje »

Se référant à l’accord de Prespès, le ministre des Affaires étrangères signale que toutes les conditions étaient réunies pour le règlement du différend avec Skopje. « On nous dit que nous avons agi avec précipitation. Le terrain était favorable. Lorsque toutes les conditions sont réunies il faut faire ce que l’on doit faire. Il existe un autre mouvement dont les partisans soutiennent qu’il ne faut pas régler les problèmes afin de tirer profit de la situation qui se crée en raison de l’existence de ces problèmes. Ma question est la suivante : Voulons-nous d’une ARYM qui soit placée sous l’influence de la Turquie ou d’une ARYM qui aura des relations amicales avec nous ?

C’est à cette question que nous devons répondre et non pas à la question de savoir si nous avons agi avec précipitation ou non. Voulons-nous d’une ARYM où se développera le fondamentalisme slave et d’où viendront des vagues terroristes vers la Macédoine grecque ou voulons-nous éradiquer les causes et les capacités de renforcement du fondamentalisme slave et du terrorisme à notre frontière au nord ?  Voulons-nous un pays qui sera stabilisé et qui aura des liens économiques, géographiques, sociaux ou voulons-nous un pays qui sera hostile à l’égard de nous et qui cherchera à coopérer avec d’autres ce qui ne serait pas du tout dans notre intérêt ? », souligne-t-il dans son interview accordée à l’agence athénienne-macédonienne.

Répondant à une question de savoir si cet accord était le meilleur que notre pays puisse conclure avec Skopje, M. Kotzias a indiqué : «  On pourrait bien évidemment élaborer un meilleur accord s’il n’y avait pas d’autre partie.  Comme je l’ai déjà affirmé, dans ce cas on n’appellerait pas le pays voisin “Macédoine du Nord”, mais “Alaska du Nord”. Et si de plus, il n’y avait pas eu ces 25 dernières années cette attitude d’abdication et de retraite, tout serait plus facile. Toutefois, nous sommes confrontés à deux questions : la première est que l’autre partie doit aussi y consentir car l’autre partie n’est pas sous notre occupation pour pouvoir lui imposer ce que nous voulons.  Nous voulons que l’autre partie persuade sa société aussi, qu’elle réunisse la majorité des suffrages au sein du parlement, qu’elle remporte le référendum, qu’elle procède à la révision de sa constitution, qu’elle fasse des choses difficiles ».

«Nous avons été mis devant des faits accomplis et nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir pour les corriger»

«Deuxièmement, nous avons été mis devant des faits accomplis et en raison de la nature  de ces faits accomplis on ne pouvait pas continuer les négociations sans prendre en considération ces faits accomplis. Ce que nous avons fait était de les corriger tant que cela était possible. La continuité de l’Etat, principe immuable du droit international, existe. Premièrement, il y a eu un changement de l’appellation,  “Macédoine du Nord”. Certains se réfèrent à ce que dit Zaev aujourd’hui. Mais l’accord n’a pas été encore ratifié et il n’est pas entré en vigueur. Deuxièmement, l’accord prévoit le changement de l’article 49 de la Constitution qui parle d’une nation macédonienne dans les pays voisins, c’est-à-dire des minorités, et cet article est aussi inclus dans l’Accord intermédiaire car il n’a pas été supprimé par les gouvernements précédents. Zaev a accepté de modifier cet article et de copier mot à mot à sa place le paragraphe 18 de la Constitution grecque lequel ne parle pas bien évidemment des minorités à l’intérieur mais se réfère à la défense et à l’assistance accordée à l’Hellénisme de l’étranger et à notre diaspora.

Et j’étais tout à fait d’accord avec lui, c’est-à-dire de rédiger ledit article sur le modèle de l’article grec.  Pour ce qui est maintenant des frontières, il y a une référence spéciale dans l’accord sur l’inviolabilité des frontières ainsi que sur le fait que l’on ne permettra pas que des phénomènes de violence soient manifestés à l’intérieur de chaque pays à l’encontre de l’autre », a  affirmé le ministre des Affaires étrangères à l’agence de presse athénienne-macédonienne.

A la question de savoir comment il interprète le fait que, selon les sondages, six Grecs sur dix sont contre l’accord, M. Kotzias souligne : « Je pense que la majorité des Grecs, tout comme moi, disent, sentimentalement, qu’il serait mieux de ne conclure aucun accord. De plus, je pense que les partis de l’opposition sont un peu alimentés par le non règlement de la question. Et à ce stade, on doit faire une distinction entre ceux qui sont spécialisés dans la création de problèmes, comme l’opposition d’aujourd’hui – la Nouvelle Démocratie et le Pasok qui ont gouverné ce pays pendant des décennies entières après la chute de la junte militaire – et ceux qui apportent des solutions aux problèmes. Le pays a besoin du deuxième groupe et non du premier.

Mais c’est plus difficile. Et comme je l’ai affirmé aussi dans mon discours prononcé lors de la journée scientifique, si dans la politique étrangère on ne fait rien, il n’y a normalement aucun problème. Mais si on commence à régler les problèmes, chacun dit comment la solution pourrait être meilleure ou pire. Toutefois, je suis profondément convaincu qu’à travers des actions comme l’organisation de la journée du Conseil scientifique du ministère des Affaires étrangères,  - et c’est justement la raison pour laquelle les médias dont je vous ai parlé, se taisent - le peuple grec comprendra mieux ses intérêts. En outre, des choses horribles sont dites. Par  exemple, une dame dans la rue m’a dit : «  Honte à toi ! Tu as cédé Thessalonique pour qu’elle devienne la capitale de l’Etat de Skopje ».  Des inepties.  Mais comme le dit le peuple grec, savez-vous ce qui est inévitable dans notre pays ? La méchanceté et le manque d’informations justes. Ce n’est pas la faute de la dame. La faute est de ceux qui, intentionnellement, pour promouvoir le discours de l’opposition, sapent un accord qui est considéré comme un chef d’œuvre d’accord diplomatique par les grands journaux de l’étranger ».

«Tous les documents officiels porteront l’indication “Macédoine du Nord” »

Interrogé sur le fait de savoir si dans l’accord il  pourrait y avoir une disposition stipulant que les citoyens de l’ARYM seront appelés « Slavomacédoniens » ou « NordMacédoniens» et non comme ils veulent eux-mêmes être appelés, le ministre des Affaires étrangères signale : « Attention, il faut clarifier les choses : officiellement, sur tous les documents institutionnels, il y aura l’indication “Macédoine du Nord”. Mais si vous pensez que je peux obliger chaque citoyen à s’appeler Macédonien du Nord, je vous demanderai la chose suivante : Un habitant de Skopje dit à son amie qu’il est Macédonien. Qu’est-ce  que nous pouvons faire ? Allons-nous mettre en place un Etat métaphysique qui va l’emprisonner ? Ce que nous avons dit est que chaque citoyen de ce pays a le droit de s’autodéterminer comme il veut.  C’est un droit universel que nous ne pouvons pas changer. Mais dans le même temps, nous pouvons nous aussi les appeler comme nous voulons. Nous pouvons les appeler par leur nom slave, nous pouvons parler d’une langue slavo-macédonienne, d’une nation slavo-macédonienne. Au niveau privé, seul un Etat autoritaire, un Etat dynaste peut contrôler comment cette personne sera appelée officieusement.

Toutefois, sur tout document lié à l’identité d’Etat, à l’identité institutionnelle sera indiquée l’appellation “Macédoine du Nord”.  En d’autres termes, le ministère des Affaires étrangères ne sera pas appelé ministère des Affaires étrangères de la Macédoine ou des Macédoniens, mais ministère des Affaires étrangères de la Macédoine du Nord. Une école, quelle qu’elle soit, sera appelée école de la Macédoine du Nord. Toutefois, en dehors du système constitutionnel, et de la vie publique, on ne peut imposer aux gens la façon dont ils s’autodétermineront.  Certains disent : « ici on n’est rigole pas, ici c’est les Balkans », ou « nous sommes des Orientaux » ou « nous sommes des Occidentaux ». Doit-on commencer à les punir et à les mettre en prison ? Et on doit décider qui nous sommes. Sommes-nous des Occidentaux ou des Orientaux ou un mélange des deux ? Les gens peuvent s’autodéterminer comme ils le veulent… ».

Nous avons assuré la suppression de l’irrédentisme

« Dans une négociation il faut faire des compromis. Ils sont appelés « citoyens macédoniens de  la Macédoine du Nord ». Jusqu’à ce jour, ils franchissaient les frontières de la Grèce et même jusqu’à aujourd’hui en tant que « Macédoniens ». Et tous ceux qui critiquent l’accord prétendent l’oublier ou ne pas le savoir. Et la question n’est pas de savoir comment nous voulons qu’ils soient appelés mais sur la base des faits accomplis et de leurs propres besoins, la question est la suivante : Est-il préférable qu’ils soient appelés Macédoniens ou citoyens de la Macédoine du Nord ?  Telle est la solution alternative. Et force est de rappeler que nous n’avons pas mené une guerre contre eux, nous n’avons pas occupé leur pays, nous ne leur avons pas imposé une constitution d’occupation, mais nous avons mené une négociation dans un esprit amical. Et nous avons pu obtenir ce qui était le plus important pour nous, à savoir la suppression de l’irrédentisme, la reconnaissance des frontières, la reconnaissance qu’il n’existe pas des demandes ou des droits liés à des minorités en Grèce, la reconnaissance qu’ils doivent changer leur appellation en Macédoine du Nord, la reconnaissance que cela doit être valable pour tous les usages et qu’il faudra procéder à des changements constitutionnels…L’accord est conclu entre deux Etats. Il n’est pas contraignant pour les personnes et les individus. Permettez-moi de vous donner un exemple : l’accord intermédiaire interdit toute manifestation d’irrédentisme de la part de l’une ou de l’autre partie.  Lors de la manifestation qui a eu lieu ici à la place Syntagma et lors de celle organisée à Thessalonique, certains partisans de l’extrême droite – non pas les citoyens ordinaires qui ont leur préoccupations et ils ont bien fait de participer à ces manifestations – criaient : «  Apportez-nous des armes pour aller envahir Skopje ». Ce slogan n’est–il pas une manifestation d’irrédentisme ? Et à mon grand étonnement les partis politiques et les dirigeants de l’église  qui ont soutenu ces manifestations n’ont pas condamné ces slogans. Pourquoi ne les ont-ils pas condamnés ?  Est-ce que certains considèrent que les slogans du type «  apportez-nous des armes pour envahir Skopje » est une chose commune en Grèce ? C’est-à-dire si nous entendions ces slogans lors des manifestations en Turquie, à Constantinople et à Ankara, ne considérions-nous pas cela comme une provocation ? Ne condamnerions-nous pas ces phénomènes irrédentistes ? Comment pourrons-nous nous permettre d’avoir des « droits » de ce genre que nous n’accordons pas aux autres ? Moi, franchement, je n’ai jamais entendu des slogans de ce genre à Skopje.

L’irrédentisme – et la professeure Marilena Koppa l’a bien affirmé lors de la journée consacrée aux aspects juridiques de l’accord  - exprime la volonté d’annexer de nouveau des territoires que l’on ne possède plus. Irrédentisme signifie premièrement, avoir des revendications territoriales et deuxièmement vouloir à tout prix satisfaire à ces revendications. A mon avis, il n’y a plus de revendications. Zaev l’affirme tout le temps, du matin au soir. Maintenant si certains manifestants insensés de l’opposition ou des personnes qui ont des intérêts commerciaux affirment qu’il existe de l’irrédentisme, la société devra prendre des mesures mais des mesures qui ne seront pas bien entendu répressives. Des mesures comme celles prévues pour le changement du contenu de certains manuels de l’école. Le processus y relatif a déjà commencé depuis le 17 juillet. Un mois après l’accord ont commencé les contacts et la mise en place des groupes scientifiques qui seront chargés de cette question. L’irrédentisme constitue aussi le fait qu’ils revendiquaient notre patrimoine, le patrimoine de la Grèce antique. Cela n’est plus le cas. L’aéroport de Skopje a déjà été rebaptisé Aéroport international de Skopje. L’avenue qui reliait nos frontières à celles de Skopje a changé de nom, et les statues ont été ou seront détruites. Je pense qu’il s’agit de questions très importantes car de concert avec le gouvernement Zaev nous livrons un vrai combat pour mettre fin à l’empoisonnement des gens par le fanatisme qui n’a plus de place dans le monde moderne. Nous sommes en faveur de l’amitié. Nous voulons avoir un parcours commun en vue de contribuer au développement de la région et nous voulons que cette région contribue au développement de tous les Balkans… Si vous lisez des livres comme ceux de Michalis Papakonstantinou du parti de la Nouvelle Démocratie mais aussi de M. Skylakakis, Secrétaire général du parti de Mme Bakoyannis et ancien Secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, vous verrez ce qu’ils disent tous. A savoir qu’il y a 25 ans on ne s’est malheureusement pas   aperçu que le monde était en train de changer et au lieu de nous pencher sur les vrais problèmes, on se disputait au sujet de problèmes liés à des formalités. Et malheureusement, on ne s’est pas aperçu qu’on devait faire du pays voisin au nord notre meilleur ami et non pas notre ennemi. On n’a pas pu comprendre que le monde était en train de changer.  Cela est toujours valable pour certains aujourd’hui  », souligne le ministre des Affaires étrangères.

« N’y a-t-il pas toutefois des différences entre la politique exercée aujourd’hui à l’égard de Skopje et la position nationale adoptée par le Premier ministre Kostas Karamanlis en 2008 à Belgrade ? » a-t-on demandé à M. Kotzias :

«Kostas Karamanlis en 2008 a affirmé que le nom du pays que nous appelons à ce jour ARYM devrait être changé.  Si le nom ne changeait pas, ce pays ne pourrait adhérer à l’OTAN. Le nom change aujourd’hui. Le processus et la négociation de Bucarest ne prévoyaient pas des négociations sur le nom ni une proposition d’accord. Ne pas laisser un pays adhérer à cette organisation est une chose et conclure un accord avec un pays en est une autre. Bucarest n’était pas une proposition d’accord. Bucarest était une condition à remplir en vue de l’adhésion de l’ARYM à l’OTAN mais d’abord il fallait conclure un accord ».

La solution concernant l’appellation des produits


Nous avons interrogé le ministre des Affaires étrangères  sur le désaccord exprimé par les hommes d’affaires de la Grèce du nord au sujet de l’appellation des produits.

« Il faut que nous soyons francs à cet égard. La plupart des objections sont exprimées par les hommes d’affaires à Athènes. Car les hommes d’affaires à Thessalonique, comme vous avez pu le constater lors de la conférence à laquelle a participé le Premier ministre, ont salué l’accord. Et pourquoi l’ont-ils salué ? Car certains se comportent comme si les produits du pays voisin portaient à ce jour l’appellation de “l’Alaska du Nord” et tout d’un coup ils porteront l’appellation “Macédoine du Nord”. Cela est incorrect et faux. Les produits de ce pays portent à ce jour l’appellation « produits de Macédoine ». Et désormais, une fois que l’accord sera ratifié, ils porteront l’appellation « produits de la Macédoine du Nord ».

Est-ce qu’il existe un calendrier ?

« Cela deviendra automatiquement valable pour les produits de la Macédoine du Nord.  C’est la question liée à la marque commerciale de ces produits et non pas au pays d’origine et de production qu’il faut régler et cela prendra du temps. Car il y a des produits en Grèce qui sont correctement appelés produits macédoniens  et des produits de l’ARYM qui sont aussi appelés sur le marché du pays voisin « produits macédoniens ».  Il existe 3.500 entreprises des deux côtés  - tel a été le nombre enregistré par l’Université de Thessalonique et nous avons ici le rapport -  dont la désignation sociale comporte l’adjectif « macédonien ».  C’est pourquoi nous avons décidé de mettre en place un comité placé sous la surveillance de l’Union européenne et de l’ONU. Nous sommes un Etat membre de l’Union européenne. Nous n’avons aucune raison d’être inquiets.  Permettez-moi de vous dire encore une chose : ces produits ne porteraient pas à ce jour ces appellations. Maintenant nous devons régler cette question. Nous devons la résoudre. Ceux qui voyaient le problème et n’ont rien fait, nous reprochent de vouloir apporter une solution ».

Nous avons demandé au ministre des Affaires étrangères de nous dire ce qui lui fait croire que 140 pays dans le monde qui ont jusqu’à ce jour reconnu l’ARYM en tant que « Macédoine » accepteront la nouvelle appellation.

« Regardez la vidéo de la chaîne BBC qui montre comment cette chaîne appelait l’ARYM avant l’accord et après l’accord. Les chaînes BBC, CNN, toutes les grandes chaînes internationales appelaient l’ARYM « Macédoine » tout court et sur la carte de la Grèce ne figurait aucune région appelée Macédoine. Après l’accord, l’ARYM est appelée Macédoine du Nord et sur la carte figure la Macédoine grecque en tant que Macédoine.  Et je vous pose la question suivante : qui est le plus patriotique des deux, une carte sur laquelle n’apparait pas la Macédoine grecque et Skopje est appelé « Macédoine » ou  une carte sur laquelle Skopje est appelé Macédoine du Nord et la Grèce du Nord « Macédoine » ? … Ecoutez, la lettre adressée hier par Zaev  à l’OTAN revêt un grand intérêt. Dans cette lettre il est dit que le pays demande d’adhérer à l’OTAN sous l’appellation Macédoine du Nord. Quel Etat membre de l’OTAN ou Etat membre de l’Union européenne peut-il  d’ores et déjà appeler un Etat d’un nom autre que celui avec lequel ce pays veut être admis à une organisation ? Et, en outre, parmi les engagements pris par l’ARYM figure aussi celui d’après lequel le pays voisin informera tous les Etats qui l’ont reconnu sous l’appellation « Macédoine » que son appellation est désormais Macédoine du Nord et qu’à partir de ce moment il veut être appelé par ce nom. Même la Turquie, si elle veut continuer à appeler ce pays « Macédoine », elle devra violer l’accord au sein de l’OTAN, l’accord au sein de l’ONU et tous les accords conclus par l’Etat lui-même de la Macédoine du Nord avec toute tierce partie ».

L’accord sera soumis au vote au sein du parlement hellénique aussitôt que le processus à Skopje sera achevé

Dans quelle mesure est-il réaliste de penser que l’accord sera finalement approuvé en ARYM vu que le dernier sondage d’opinion montre que 54% des habitants de ce pays est contre l’accord ? a-t-on demandé à M. Kotzias.

« J’ai vu ce sondage mais il y a trois jours un autre sondage montre que 70% des habitants sont en faveur de l’accord.  Dites-moi quelle est la société qui a effectué ce sondage et quels intérêts représente-t-elle et je ferai un commentaire à cet égard. Mon opinion personnelle est que la majorité du peuple voisin veut que le pays adhère à l’OTAN, pour ne pas dire l’élément albanais dans sa majorité, et l’élément slavo-macédonien dans sa majorité veut que le pays adhère à l’OTAN et à l’Union européenne.

S’ils décident de n’y pas adhérer, chose que je ne veux pas, je ne le pense pas, je ne pense pas que cela arrivera mais si tel est le cas, je pense qu’il sera évident que cela n’est pas de notre faute….

La ratification aura lieu en même temps que le référendum et par la suite les changements constitutionnels devront avoir lieu. Vous devez comprendre combien il est difficile pour un pays de changer son nom et sa constitution. Et combien ce geste de l’autre partie est important – certains me reprochent d’avoir reconnu les difficultés auxquelles ils  sont confrontés – et combien cela est difficile pour eux car ils veulent à la fois entretenir de bonnes relations avec nous et avoir la perspective d’adhérer  aux institutions euro-atlantiques. Et si vous voulez, pour que nous nous mettions à leur place, ils procéderont à tous ces changements sans savoir si à la fin la Grèce ratifiera l’accord ».

« Tous veulent que ce soit nous qui réglons le problème pour avoir le droit de nous accuser »

Que pensez-vous en réalité de l’attitude de la partie grecque ?


« Je pense qu’une fois que le changement de la constitution sera ratifié en ARYM, le jour suivant l’accord devra  être porté devant le parlement hellénique, devant le Comité des Affaires étrangères et par la suite devant la plénière », a-t-il répondu M. Kotzias.

Et si l’accord n’est pas ratifié, y aura-t-il tout de suite des élections ?

« Cela n’arrivera en aucun cas », estime M. Kotzias. « C’est dans l’intérêt des deux pays  - et la majorité dans les deux pays s’en apercevra  - d’en finir avec cette histoire. Et permettez-moi de vous dire encore une chose : les critiques exercées par l’opposition tombent comme grêle. J’ai dit quelque chose au parlement et je le répèterai. J’ai le sentiment que tout le monde veut que ce soit nous qui réglons ce problème pour avoir le droit de nous accuser. Cela les arrange », a-t-il ajouté le ministre.

Mais que se passe-t-il avec votre partenaire gouvernemental, M. Kammenos qui réagit à cet accord ?

«Je pense qu’il a le droit d’avoir sa propre opinion tout comme j’ai le droit d’avoir la mienne », affirme M. Kotzias en ajoutant : « Attendons de voir comment les choses évolueront.  Je pense que lorsque l’accord sera soumis au vote au sein du parlement, il y aura aussi une majorité du peuple qui aura compris les points positifs de l’accord, elle aura vu que personne ne passera Thessalonique pour Skopje, elle aura vu que les lâches et les peureux fabriquent de toutes pièces des scénarios alarmistes tandis que les patriotes courageux sont ceux qui ont raison ».

Mais si le parti des Grecs indépendants vote contre l’accord et quitte l’alliance gouvernementale ?  Prévoyez-vous un changement de gouvernement en Grèce et par la suite une éventuelle annulation de l’accord ?


« Je ne vois pas un éventuel changement de gouvernement et aucun gouvernement ne peut aussi facilement annuler des accords internationaux qui ont été confirmés par les 28 autres Etats », a souligné M. Kotzias tout en indiquant : « Tout cela est pour impressionner l’opinion publique. Et je répète : ils condamnent un accord qui est bien meilleur que tout autre accord. L’opposition sait que c’est un très bon accord mais ils le critiquent car cela sert leurs propres intérêts. Dans le fond ils sont contents. C’est nous qui travaillons d’arrache-pied et prenons le risque et eux prétendent être des innocents…Comme j’ai coutume de le dire, l’histoire est une école qui nous apprend des leçons et nous aide à nous développer. L’histoire n’est pas une prison.  Nous devons briser les chaînes que nous nous sommes forgées à nous-mêmes ».