Jeudi, 15 Novembre 2018
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Interview de G. Katrougalos, ministre délégué aux Affaires étrangères, au journal « TA NEA » (3 novembre 2018) - Propos recueillis par le journaliste A. Ravanos

Interview de G. Katrougalos, ministre délégué aux Affaires étrangères, au journal « TA NEA » (3 novembre 2018) JOURNALISTE : La mort il y a quelques jours de l’expatrié grec abattu par la police albanaise influera-t-elle de manière négative sur les relations gréco-albanaises et dans quelle mesure cet incident change-t-il la donne ?

G. KATROUGALOS : J’ose espérer que cette mort tragique survenue récemment n’influera pas sur l’état d’avancement positif des relations gréco-albanaises. Malheureusement, le 28 octobre – date de la fête nationale – nous nous attendions à autre chose : la grande fête dans le village de Bularat en l’honneur des soldats grecs tombés au combat sur le front albanais, lesquels enfin reposent en paix après leur enterrement récent. Il y avait partout des drapeaux grecs, des centaines de Grecs étaient présents, avec la ministre de la Culture, Mme Zorbas. Malheureusement, au lieu que cette image pacifique reste gravée dans notre mémoire, nous sommes restés avec ce goût d’amertume dans la bouche à cause de la mort de l’expatrié grec.

Dès le début nous avons clarifié nos priorités : Faire toute la lumière sur cette affaire. Protéger les droits de nos compatriotes grecs. Enfin, protéger nos relations bilatérales, en faisant preuve de respect et sans aucune concession par rapport aux deux priorités précédentes.

On ne s’est pas contenté d’émettre des vœux et des souhaits. Nous avons procédé aux démarches nécessaires et nous continuons de suivre de près les évolutions, tout en faisant preuve du respect évident à l’égard de la justice. Le fait que la demande grecque au sujet de la présence d’un officier de la police grecque lors du déroulement des enquêtes y relatives a été acceptée, est positif et nous nous attendons actuellement à ce que la famille obtienne satisfaction concernant sa demande de rapatriement du corps du défunt. Pour ce qui est de la poursuite de l’enquête, je ne voudrais pas émettre des conjectures. Nous devons de toute façon, des deux côtés de la frontière, être très attentifs et pas seulement, ce qui est bien évident, au niveau des autorités gouvernementales.

Des banderoles comme celle déployée au stade du Partizan sur lesquelles étaient écrits des messages insultants pour l’expatrié grec qui a été tué (« le bâtard grec ») ou des titres faisant la une d’un « journal » connu (« nous avons soif de sang albanais »), ne représentant toutefois qu’une minorité, ils empoisonnent le climat entre les deux peuples. Et, bien évidemment l’extrémisme de l’une partie nourrit l’extrémisme et l’intolérance de l’autre.

JOURNALISTE : Est-ce que le gouvernement albanais à travers son attitude contribue aux relations de bon voisinage ?

G. KATROUGALOS : Comme nous l’avons fait avec tous les pays de la région, nous avons systématiquement œuvré avec l’Albanie en vue de régler nos questions bilatérales et nous ne sommes pas loin de leur règlement global.

Les ministres des Affaires étrangères et les autorités diplomatiques des deux pays ont poursuivi cet objectif de manière constante, au moins au cours de la période récente.

J’espère que nous agirons dans le même climat à l’avenir aussi, étant entendu que les deux parties feront preuve de respect mutuel, éviteront les déclarations provocatrices et ne conjectureront pas, pour ce qui de cet incident tragique, sur les décisions de la justice.

JOURNALISTE : Comme il en est beaucoup question aujourd’hui, dans quelle mesure l’Etat grec est aux côtés des Grecs de l’Epire du nord qui vivent en Albanie ?

G. KATROUGALOS : L’une des priorités immuables de notre politique étrangère est la protection de nos compatriotes partout dans le monde et notamment dans les régions où la présence des minorités historiques date depuis des siècles, comme dans la région de l’Epire du nord. J’ai reçu, moi personnellement, il y a quelques jours le Président nouvellement élu du parti d’Omonia au ministère des Affaires étrangères avec lequel j’ai discuté dans un climat particulièrement chaleureux. La protection des droits de la minorité constitue l’un des éléments que nous avons définis de concert avec nos partenaires en tant que critères pour la perspective européenne de l’Albanie. Dans ce cadre, nous nous attendons à ce que les autorités du pays voisin procèdent à l’adoption des instruments règlementaires pour la pleine application de la récente loi sur la protection des minorités.

JOURNALISTE : Passons maintenant à la question majeure qui domine actuellement la scène politique. Que constitue pour le parti de SYRIZA la révision constitutionnelle ?

G. KATROUGALOS : La première proposition de la gauche pour la révision constitutionnelle marque déjà un événement historique important. La révision constitue le point d’orgue de notre travail de réforme progressiste et elle vise à deux objectifs : Premièrement, réformer du point de vue structurel l’Etat en passant du clientélisme dominant depuis la transition démocratique à sa démocratisation, à travers le renforcement des pouvoirs du parlement et l’introduction de contrepoids institutionnels qui ne seront pas réservés à l’élite mais seront activés avec la participation du peuple.

Et, deuxièmement, cette révision renforcera la protection des libertés individuelles et politiques et les droits sociaux, mais aussi les mécanismes de l’Etat social pour faire barrage aux attaques qui lui sont livrées par le néolibéralisme.

JOURNALISTE : Le pays ne devient-il pas otage en raison de votre proposition concernant l’élection du Président de la République ? N’est-il pas exagéré d’introduire ce processus électoral semestriel ?

G. KATROUGALOS : Tous les partis politiques font bien de chercher à dissocier l’élection du Président de la République de la dissolution du parlement. D’autre part, nous devons préserver le rôle unitaire symbolique du Président de la République qui agit en tant que régulateur du régime.

Cette deuxième priorité n’est atteinte que si ce dernier n’est élu que par la majorité gouvernementale. A travers la formulation ancienne, le législateur voulait « forcer » les partis, sous la menace de la tenue des élections, à parvenir à un consensus. Cela n’a pas apporté de résultat.

Nous pensons donc que le processus que nous préconisons constitue un stimulant allant dans le même sens, à savoir que dès lors que la majorité requise des 3/5 n’est pas obtenue, des votes se tiendront chaque mois jusqu’à ce que ladite majorité soit obtenue ou jusqu’à l’écoulement des six mois depuis le début du processus électoral ce qui imposera l’organisation d’un scrutin direct.

Justement parce que l’épuisement de ladite période de six mois est, comme vous l’avez dit « exagéré », nous pensons que les partis voudront l’éviter, en choisissant dès le début des candidats par le biais desquels des consensus politiques pourront être trouvés.

JOURNALISTE : Après la proposition de la révision constitutionnelle, sur quelle base est désormais axée la relation du gouvernement avec l’église ?

G. KATROUGALOS : La relation de l’Etat avec l’église est finalement axée sur la base qu’imposent les démocraties modernes mais aussi l’Evangile : rendre à César ce qui est à César et rendre à Dieu ce qui est à Dieu.

La neutralité religieuse de l’Etat est explicitement garantie, tandis que l’Orthodoxie continue d’être reconnue, pour des raisons historiques et factuelles, comme la religion dominante du pays.

JOURNALISTE : Est-ce parce que vous avez craint une rupture totale que vous avez hésité à supprimer l’article 3 de la Constitution ?

G. KATROUGALOS : Bien au contraire. Nous avons prouvé à plusieurs égards que nous sommes audacieux. Nous sommes toutefois également une puissance consensuelle mûre. La pleine suppression de l’article 3 n’aurait pas eu un résultat différent du point de vue réglementaire par rapport à la modification que nous avons proposée, tandis que ladite suppression pourrait déclencher une guerre de symbolismes et non de fond.

Avec tout le respect qui est dû à l’église, ce qui est une chose évidente, nous ne voulons en aucun cas qu’il y ait en Grèce une expression politique du milieu religieux, comme il a failli se passer au cours de la période de la suppression de la mention de la religion sur les cartes d’identité.

Dernière mise à jour mardi, 06 novembre 2018