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Interview de G. Katrougalos, ministre délégué aux Affaires étrangères, à l’agence de presse chypriote (Athènes, 30 novembre 2018)

vendredi, 30 novembre 2018

Propos recueillis par le journaliste A. Zachariadis

Interview de G. Katrougalos, ministre délégué aux Affaires étrangères, à l’agence de presse chypriote (Athènes, 30 novembre 2018)JOURNALISTE : Dans une récente interview accordée au journal chypriote « Politis », le ministre turc des Affaires étrangères a déclaré qu’Ankara était prête à discuter de toutes les formes de règlement de la question chypriote, y compris celle de la confédération mais aussi de la solution à deux Etats. Quelle est la position d’Athènes à cet égard ? Est-ce qu’une discussion est engagée sur un règlement en dehors du cadre de la fédération bicommunautaire et bizonale?

G. KATROUGALOS : La position nationale immuable qui reflète pleinement  les intérêts grecs mais aussi les résolutions y relatives de l’ONU et le droit international est une fédération bizonale, bicommunautaire, dotée de la pleine souveraineté d’un Etat fédéral.
Evidemment, la soi-disant solution à deux Etats – ainsi que la confédération, en tant qu’étape préparatoire de cette « solution » - ne constitue pas une solution mais tout à fait le contraire de celle-ci car elle viendra confirmer la division et la légalisation à posteriori de l’invasion turque.

JOURNALISTE : Sommes-nous près ou loin d’une réouverture des négociations sur la question chypriote ? Il y a aussi un tour de contacts avec Mme Lute qui doit être tenu. Qu’y a-t-il de nouveau concernant le calendrier ?

G. KATROUGALOS : Il est vrai qu’il existe un tour de contacts similaire. Je m’entretiendrai avec Mme Lute le 12 décembre à New York. Notre partie – et par cela j’entends la partie grecque et la partie chypriote –  souhaite de manière ferme le règlement de la question chypriote et elle considère que faire perdurer ce statu quo constitue une violation permanente du droit international. L’avancement des négociations dépend de l’autre partie et notamment de la Turquie. Si et à quel moment il y aura finalement une heureuse issue des négociations dépendra de sa volonté de participer en faisant preuve de bonne foi à un dialogue substantiel, à travers, entre autres, des contacts préparatoires. Cela ne dépend pas des calendriers artificiels.

JOURNALISTE : Est-ce qu’Athènes a été informée de l’éventualité d’une diminution des effectifs ou du retrait de la force de maintien de la paix des Nations Unies à Chypre au cas où les pourparlers ne reprendraient pas bientôt ?


G. KATROUGALOS : Nous sommes au courant des réflexions similaires mais nous pensons que celles-ci sont contreproductives. Il est très important de maintenir le mandat de la force de maintien de la paix des Nations Unies.

JOURNALISTE : Ces derniers temps à Chypre une discussion est engagée sur l’aspect de la sécurité associé à une éventuelle adhésion de la Chypre unifiée à l’OTAN en cas de règlement du dossier chypriote.  Quelle est la position d’Athènes à cet égard ?

G. KATROUGALOS : Notre position ferme concernant la suppression du système obsolète des garanties et le retrait de l’armée d’occupation a été clairement mise en avant à Crans-Montana et c’est dans le même sens que nous continuerons. Quel que soit le système de sécurité qui sera établi sur une Chypre unifiée, il doit être axé sur une résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies et cela présuppose bien évidemment un rôle actif de l’ONU. Tel doit être le critère fondamental de toute discussion engagée concernant la sécurité en République de Chypre.

JOURNALISTE : Est-ce que la Grèce est prête à faire face à une éventuelle obstruction du programme énergétique de la République de Chypre ? Et par quels moyens ?

G. KATROUGALOS : Nous coordonnons avec retenue et détermination nos actions et notre façon de procéder, comme nous le faisons à l’égard des autres questions, avec le plein soutien de la République de Chypre.

Nous sommes par ailleurs parvenus à obtenir le soutien de l’Union européenne et d’autres partenaires importants, et d’une manière pour la première fois aussi claire et stricte, des droits souverains évidents de la République de Chypre. En outre, les partenariats tripartites et les autres formes de coopération que nous avons établies dans la région ont considérablement renforcé notre position en matière de diplomatie et de défense.

JOURNALISTE : Etes-vous préoccupés par le fait que les partenariats tripartites établis par Chypre et la Grèce dans la région pourraient probablement alimenter un sentiment d’isolement chez la Turquie ce qui pourrait faire monter les tensions ?

G. KATROUGALOS : La position actuelle de la Turquie  par rapport à ses voisins, n’est pas le résultat de nos propres actions mais de la contestation de sa part du droit international et de son effort visant à la révision de ce dernier en faisant étalage de sa puissance. Son comportement nerveux indique probablement que sa tactique n’apporte pas de résultats. Pour notre part, nous continuerons d’œuvrer en faveur du dialogue avec le pays voisin et du maintien des canaux diplomatiques indispensables à cet égard.