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Interview du ministre des Affaires étrangères, G. Katrougalos lors de l’émission de «News 247» intitulée «Paichnidia Exousias» avec les journalistes V. Skouris et A. Spanou

vendredi, 22 mars 2019

Interview du ministre des Affaires étrangères, G. Katrougalos lors de l’émission de «News 247» intitulée «Paichnidia Exousias» avec les journalistes V. Skouris et A. SpanouA. SPANOU : Nous accueillons le ministre des Affaires étrangères, M. Giorgos Katrougalos. M. le ministre bonjour.
G. KATROUGALOS : Bonjour à vous et à nos auditeurs.
V. SKOURIS : Bonjour.
A. SPANOU : Vous venez de rentrer d’Antalya et vous retrouvez confronté à l’attaque du Consulat russe à Athènes. Quelles informations avez-vous M. le ministre ?
G. KATROUGALOS : Nous sommes un pays sûr, mais malheureusement des incidents isolés de ce genre peuvent se produire dans tous les pays et on ne peut les éviter totalement. Nul besoin de dire que nous condamnons cet incident que nous qualifions d’action inadmissible ; nous avons parlé avec l’ambassade de Russie et les avons assurés du fait que nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour arrêter les auteurs de cette action complètement paranoïaque et avons de toute évidence confirmé les bonnes relations que nous entretenons avec la Fédération de Russie.
V. SKOURIS : Avez-vous reçu des informations du ministère de la Protection du Citoyen, de la brigade anti-terroriste ?
G. KATROUGALOS : Même si j’en avais, je ne vous les communiquerais pas.
V. SKOURIS : Les informations que nous venons de diffuser indiquent qu’à l’origine de cette attaque semble être l’organisation d’autodéfense révolutionnaire.
G. KATROUGALOS : Lorsque nous devrons faire une déclaration publique, nous le ferons depuis le ministère compétent.
V. SKOURIS : D’accord.
A. SPANOU : Quoi qu’il en soit, ces derniers temps, nous constatons de nombreuses attaques, à différente échelle, dirigées contre des missions diplomatiques étrangères. On peut parler désormais d’épidémie dans notre pays. N’est-ce pas ?
G. KATROUGALOS : Il ne faut pas confondre jeter des tracts et jeter des grenades.
V. SKOURIS : Oui, mais aller dans une ambassade étrangère et jeter des tracts, c’est aussi un problème.
G. KATROUGALOS : Pour ne pas semer de doutes et éviter les malentendus : nous condamnons bien évidemment toute action visant à violer l’espace de toute ambassade, qui est un territoire national et qui peut se manifester sous des formes plus anodines, comme celle que je viens de mentionner. Il ne fait aucun doute que les ambassades ont toujours été respectées de tous et ce, depuis l’Antiquité, et nous n’acceptons pas que les bonnes relations que nous avons soient perturbées.
V. SKOURIS : Au niveau des mots, vous condamnez absolument ces actions. Mais dans la pratique, il semblerait qu’il y ait un problème lorsque celles-ci se répètent.
G. KATROUGALOS : Permettez-moi de clarifier une chose. Les attaques à la grenade ne sont pas des actions répétées.
V. SKOURIS : Non pas à la grenade, nous n’avons pas dit cela, Dieu soit loué.
G. KATROUGALOS : C’est la raison pour laquelle nous ne devons pas confondre ces deux actions. Non pas parce que nous ne les condamnons pas, mais parce qu’elles diffèrent. Etre dans un pays où l’on jette des grenades dans les cours d’ambassades et être dans un pays où il pleut des tracts, sont deux choses différentes.
V. SKOURIS : Ne faudrait-il pas peut-être renforcer les mesures de sécurité dans les ambassades ?
G. KATROUGALOS : Nous avons d’ores et déjà pris des mesures dans ce sens et nous avons l’intention d’en prendre d’autres. Mais je le répète, nous le constatons lorsque nous lisons les journaux, à savoir que l’on ne peut éviter à 100% ce genre d’incidents dans le monde où nous vivons.
A. SPANOU : Passons à d’autres dossiers. La presse turque fait l’éloge aujourd’hui de déclarations que vous avez faites hier sur les droits qu’a la Turquie également sur la base du droit international en Méditerranée orientale. Vous attendiez-vous à ce que vos déclarations fassent une telle impression ? Car la condamnation de la Nouvelle Démocratie ne saurait tarder.
G. KATROUGALOS : Pourquoi la condamnation de la Nouvelle Démocratie ? Condamnerait-elle le droit international ? Cela me semble absurde.
Ecoutez, quelle est la politique ferme de la Turquie s’agissant des questions qui nous occupent ? La Turquie apparaît traditionnellement comme une force révisionniste qui veut montrer sa puissance afin de contourner les obligations émanant du droit international. Nous avons dû faire face à cette pratique de la Turquie de façon assez efficace avec la République de Chypre dans le cadre des alliances diplomatiques que nous avons développées.
Il est dans notre intérêt d’amener la Turquie à discuter en termes de droit international et non de puissance. Par conséquent, lorsque nous procédons à ces actions qui n’ont pas été pleinement acceptées par l’autre partie – car l’autres partie a d’autres choses en tête – il est manifeste qu’il est dans l’intérêt de notre pays de parler toujours en des termes de droit international et de reconnaître tous les droits de l’autre partie en vertu du droit de la mer, du droit international.
Lorsque nous nous référons au droit international, cela ne veut pas dire que nous réclamons le monopole là où nous estimons avoir des intérêts. Nous voulons que soient appliquées les règles émanant de la légalité internationale.
V. SKOURIS : M. Koumoutsakos, par exemple, vous a critiqué par rapport à la question de la Turquie ayant des droits en Méditerranée.
G. KATROUGALOS : Il ne fait aucun doute que les communiqués de la Nouvelle Démocratie sont empreints d’intérêts partisans et en réalité ils copient les communiqués du parti Enossi Kentroon (Union des Centristes), en l’espèce.
Mais que voulez-vous dire ? Que la Turquie n’a pas de ligne côtière ? Qu’elle n’a pas de droits en vertu du droit de la mer ? Il n’est pas dans l’intérêt de notre pays que cette discussion se déroule à ce niveau, sur la base du droit de la Mer ? Je ne comprends pas comment des doutes peuvent subsister par rapport à ce qui est la ligne politique nationale immuable. Il n’y a aucune incohérence entre ce que je dis et ce que nous avons toujours dit.
A. SPANOU : Pourrait-il y avoir une forme de coopération avec la Turquie en Méditerranée orientale ? D’intérêt énergétique, par exemple.
G. KATROUGALOS : Une minute, lorsque la Turquie décidera de respecter le droit international, qu’elle ne le contestera pas, qu’elle ne provoquera pas et qu’elle ne s’efforcera pas, au moyen de la force, de contourner les dispositions du droit international, alors cette éventualité pourra exister. Pour le moment, ce n’est pas le cas.
De quoi s’agit-il actuellement ? Que le droit international soit pleinement respecté ou non ? Si l’on commence par accepter ce cadre de règles et de discussion, nous pourrons avancer.
V. SKOURIS : Attendez, pourquoi M. Koumoutsakos vous a accusé d’ouvrir des brèches et de lier les questions gréco-turques à l’accord de Prespès ?
G. KATROUGALOS : Quel est le rapport ? Rien n’a été dit. Que veut dire M. Koumoutsakos que je respecte et qui se laisse manifestement entraîner par le climat populiste régnant au sein de son parti. Si vous entendez par-là que nous ne voulons pas que les problèmes perdurent, mais au contraire qu’ils soient résolus, car c’est là le message même de l’accord de Prespès, cela est vrai. Nous voulons résoudre les problèmes, nous ne voulons pas adopter un comportement attentiste.
Mais à l’heure actuelle, la situation n’est pas mûre pour ce qui est de nos relations avec la Turquie pour avoir une éventuelle « percée » similaire à l’accord de Prespès. L’effort que nous déployons n’est pas comparable.
Ce que nous faisons avec la Turquie, ce sont de petits pas en avant. Des pas d’acceptation générale, car ils concernent une politique douce et des questions bilatérales, notamment dans le domaine de l’économie ou des mesures de confiance afin que chaque mois nous puissions promouvoir progressivement un agenda positif. Pour désamorcer les tensions et créer des conditions favorables au dialogue.
A l’heure actuelle, il n’y a aucune chance de résoudre radicalement les différends qui nous opposent à la Turquie. L’espérer n’est pas réaliste. Nous devons toutefois créer les règles et le cadre de la discussion et je le répète pour la énième fois que nous voulons toujours que le cadre de la discussion soit défini par le droit international et non la force.

V. SKOURIS : Une question politique encore : Suite à votre déclaration, ainsi qu’à celle de M. Nikos Pappas concernant la « Makedonia Xakousti » (« Macédoine célèbre », marche militaire), - la Nouvelle Démocratie a aussi diffusé une vidéo y relative – une partie du milieu politique vous accuse d’avoir une conscience politique limitée. J’imagine que vous êtes au courant des déclarations, des articles qui font la une des journaux.

G. KATROUGALOS : J’ai à maintes reprises dit que la politique étrangère ne convient pas pour servir des intérêts des partis. Quiconque franchit même ce Rubicon et conteste le patriotisme de son adversaire politique, ne fait que saper la démocratie, il ne sape pas simplement l’exercice de la politique étrangère.
Je veux que la discussion engagée prenne la forme d’une confrontation politique dans le cadre toutefois de la démocratie et de l’Etat de droit. Et je n’irai jamais contribuer moi-même à la dégénération ultérieure du niveau du dialogue politique.
Ceux qui contestent le patriotisme des autres doivent faire très attention car ils n’obtiendront pas les avantages électoraux escomptés. Cette attitude ne fera que grossir les rangs des puissances antidémocratiques et semi-fascistes
V. SKOURIS : Oui, mais ceux dont vous parlez nous les avons vus à Zappeion où vous avez mis à leur disposition une salle pour qu’ils présentent leur programme dans le cadre des élections européennes -je parle du parti de l’Aube dorée –le jour de la fête nationale du 25 mars.
G. KATROUGALOS : Nous ne pouvons interdire à aucun parti - je ne suis pas au courant de ce que vous dites concernant la salle à Zappeion – même si celui-ci ne s’intègre pas dans le cadre démocratique, de se présenter aux élections.
V. SKOURIS : Je n’ai pas dit cela…
G. KATROUGALOS : Qu’est-ce que voulez-vous dire ? Comment pourrait-on le faire autrement ?
V. SKOURIS : J’ai parlé de la mise à leur disposition d’une salle à Zappeion en cette journée particulière.
G. KATROUGALOS : Je n’en suis pas au courant. Quoi qu’il en soit, l’important n’est pas d’interdire à travers des mesures policières au parti de l’Aube Dorée de se porter candidat aux élections. L’important est de persuader le peuple grec que ce parti a des caractéristiques néofascistes qui n’ont aucune place au sein de l’espace défini par notre constitution et dans le cadre du dialogue politique.
Cela ne signifie pas –je le répète- que nous devons interdire un parti quel qu’il soit. Le milieu politique démocratique doit par contre le condamner et l’isoler.
Α. SPANOU : Un des arguments que l’on pouvait opposer à ce dont on était en train de discuter avant est qu’aujourd’hui, le ministre de la Défense turc, Akar, a fait de nouveau des déclarations du type : « L’Egée est à nous, Chypre aussi », tandis que vous, vous faites des déclarations dans lesquelles vous dites que vous reconnaissez les droits de la Turquie dans la région de la Méditerranée orientale. En d’autres termes, il existe un niveau de discours tout à fait différent entre les deux parties.
G. KATROUGALOS : C’est tout à fait le contraire qui se passe. Lorsque la Turquie avance des arguments de toute sorte, si le cadre du dialogue est le droit international, notre réponse sera : « Quels sont les éléments qui étayent ces revendications ? ».
Je répète, il est dans l’intérêt de notre pays d’avoir une confrontation qui ne soit pas axée sur un verbalisme et un discours à caractère patriotique mais plutôt sur le droit international.
Car dans le cadre du droit international, le gagnant n’est pas celui qui crie le plus mais celui qui peut apporter des preuves, non seulement à travers des arguments juridiques, mais notamment à travers des partenariats diplomatiques, axés sur le multilatéralisme et le droit international en tant que fondement de la diplomatie.
Telle est justement notre manière de procéder. Pour le dire clairement : on doit avoir une politique étrangère puissante qui sera garantie par nos initiatives diplomatiques. On doit contrecarrer l’étalage de force de l’autre partie. Et nous l’avons fait à travers des partenariats tripartites.
Il n’existe pas de meilleure preuve de la réussite de cet aspect de notre politique que la réunion au sommet 3+1 où en effet les Etats-Unis ont confirmé notre rôle en tant qu’exportateur de stabilité dans la région.
V.SKOURIS : On va vous interroger sur cela…
G. KATROUGALOS : Une minute. J’ai parlé de deux choses. La deuxième est la dissuasion et la limitation de la politique de l’autre partie quand celle-ci veut faire étalage de sa force.
L’aspect positif de cette politique est que de cette manière nous encouragerons la Turquie à discuter dans notre cadre qui n’est pas national mais c’est le cadre de la légalité internationale. Si nous y parvenons, nous mettrons en place un terrain favorable au règlement des problèmes. Si nous n’y parvenons pas, le résultat sera que chaque fois qu’il y a une attaque verbale de la part de l’autre partie, nous réagirons à travers encore une attaque verbale. Mais les différends entre les Etats ne peuvent pas être réglés à travers des disputes verbales.
V. SKOURIS : J’ai lu hier un communiqué émis par le ministère turc des Affaires étrangères, dans lequel il est dit que lors de votre rencontre avec M. Çavuşoğlu ont été abordées des questions liées aux relations bilatérales, et notamment la question de la minorité musulmane turque en Grèce, dans un esprit franc et honnête. Le communiqué rouvre le débat sur la question de la minorité turque, qui plus est en votre présence.
G. KATROUGALOS : Il s’agit d’une ligne politique immuable de la Turquie à laquelle on réagit toujours par notre politique nationale immuable.
La minorité en Thrace est religieuse, non seulement parce qu’elle est reconnue en tant que telle par le traité de Lausanne mais parce que le Président Erdogan lui-même l’a reconnue lors de sa visite à Athènes, lorsqu’il a parlé des différences ethniques, des fameuses différences ethniques au sein de la minorité, entre les groupes d’origine turque, les Pomaques et les Roms. Toutes ces trois composantes de la minorité religieuse sont des citoyens grecs. Et il est de notre devoir, conformément à la constitution, d’assurer que ces composantes jouissent de la même égalité devant l’Etat et la loi. J’ai signalé tout cela lors de la conférence de presse conjointe que nous avons donnée avec M. Çavuşoğlu.
J’ai même affirmé, en réponse à ses affirmations contraires, que j’étais content d’avoir écouté ses affirmations car les problèmes sont bien réels depuis des décennies et que l’on ne doit pas les mettre sous le tapis. Et comment faut-il les régler ? Je le répète une fois encore car c’est un « mantra » que nous répétons tout le temps : sur la base des dispositions du droit international.
V. SKOURIS : S’agissant de la même question, hier vous avez dit avec M. Çavuşoğlu que le 12 avril sera lancée la discussion sur les mesures de confiance. Pourriez-vous nous donner une idée sur la thématique de ce débat ?
G. KATROUGALOS : Ce n’est pas seulement le débat sur les mesures de confiance qui sera lancé mais aussi le débat sur ledit agenda positif.
V. SKOURIS : Ma question suivante est justement sur l’agenda positif.
G. KATROUGALOS : Je vous parlerai donc de l’agenda positif après. En outre, nous entamons un débat préparatoire informel sur la dimension internationale de la question chypriote à l’égard de laquelle nous voulons voir quelles sont les vraies intentions de la Turquie. Car à Crans-Montana nous avions affirmé…
V. SKOURIS : Abordons les questions une par une, monsieur le ministre. Commençons par les mesures de confiance.
G. KATROUGALOS : Pour ce qui est des mesures de confiance, la première chose à faire est de voir où nous en sommes pour le moment. Car il existe d’importantes mesures de confiance qui ont été convenues par le passé, tout d’abord le protocole d’accord Papoulias-Yilmaz qui impose l’abstention des exercices militaires en Mer Egée en été mais aussi au cours des périodes des fêtes religieuses, et à cet égard il n’est pas tout à fait clair si les deux parties perçoivent cela de la même manière.
Il en va de même pour les autres mesures de confiance. Par conséquent, des efforts sont consentis afin de voir quels sont les accords qui existent afin que ceux-ci soient appliqués et il y aussi des discussions au niveau des ministères de la Défense nationale auxquelles participe également notre équipe, pour introduire éventuellement des mesures supplémentaires. Et à cet égard aussi l’objectif est bien évident : désamorcer les tensions et éviter un incident grave.
C’est un agenda de mesures qui ne règlent pas la situation mais empêchent sa détérioration.
V. SKOURIS : Et l’agenda positif ? La ligne Izmir-Thessalonique deviendra-t-elle opérationnelle en été ?
G. KATROUGALOS : Nous avons d’ores et déjà assuré la mise en service depuis le 2 juin de la première ligne entre Lavrio – Izmir et nous essayons actuellement de faire en fait avancer cet agenda positif afin de mettre en place d’autres liaisons, aériennes et maritimes aussi.
Nous sommes convenus d’organiser un forum d’affaires à Istanbul, avant le grand forum dont l’organisation a été déjà convenue dans le cadre de la rencontre entre Ergodan-Tsipras, lequel sera organisé en marge de la réunion du Conseil de coopération de haut niveau.
V. SKOURIS : Quand est-ce que ce dernier se tiendra ? Vous avez parlé de Thessalonique.
G. KATROUGALOS : La discussion doit avancer afin de voir que nos voisins respectent de manière tangible ce dont nous sommes convenus. On doit donc procéder pas à pas pour mettre en place ce cadre de coopération.
V. SKOURIS : Cela pourrait-il se faire cette année ?
G. KATROUGALOS : Cela pourrait se faire cette année mais pas avant l’automne.
Il y a également d’autres mesures symboliques : par exemple le 15 août sera célébrée une messe en l’église de Panagia Soumela, ce qui constitue un événement politique majeur et revêt aussi un caractère symbolique.
Α. SPANOU : S’agissant de la question chypriote, pourrait-on s’attendre à ce qu’une nouvelle initiative soit bientôt entreprise ?
G. KATROUGALOS : Il ne s’agit pas d’une initiative. Qu’est-ce que nous voulons faire ? Nous voulons préparer d’une manière très systématique la réouverture de la négociation. Comment cela pourrait-il se faire ? Après avoir à priori clarifié les aspects techniques et, notamment, en prenant en considération l’approche de l’autre partie à cet égard.
Force est de rappeler que notre responsabilité – car cela doit être la seule responsabilité de notre pays dans le cadre de la négociation – est la dimension internationale de la question chypriote.
Dans ce contexte ont été abordées de manière particulièrement détaillée toutes les questions liées au retrait de l’armée d’occupation, sans parvenir toutefois à un accord. L’autre partie n’a pas encore présenté ses réflexions concernant la forme que pourrait prendre ce nouveau dispositif relatif à l’application de l’accord qui sera signé après la suppression du cadre colonial des garanties.
V. SKOURIS : Avez-vous parlé d’une conférence internationale ?
G. KATROUGALOS : J’ai parlé de dimension.
V. SKOURIS : Excusez-moi.
Α. SPANOU : Apparemment l’impact de l’Accord de Prespès est vivement ressenti dans le nord de la Grèce. En fait, les membres du gouvernement sont accueillis partout par des huées.
G. KATROUGALOS : Une minute, avant d’aborder le volet politique de votre question, j’ai une contestation d’ordre factuel. Il est vrai qu’il y a dans tous ces derniers cas un petit groupe de personnes – par plus de dix – lesquelles se rassemblent pour manifester leur désapprobation de manière organisée. Il ne s’agit pas d’une réaction spontanée.
Je pense, par contre, que c’est justement la faible participation et la planification préméditée de ce genre d’actions provocatrices qui atteste qu’il n’existe pas de réaction généralisée contre l’accord.
Je reconnais, car telle est la réalité, qu’il existe une réaction sentimentale contre l’accord chez un grand nombre de nos compatriotes. Mais il ne faut pas mettre sur le même pied d’égalité cette réaction sentimentale et cette attitude d’intimidation antidémocratique, semi-fasciste dont font preuve quelques personnes à l’égard des membres de notre gouvernement, car cela pourrait nous emmener à considérer toute personne qui s’oppose à l’accord de Prespès comme intimidatrice et je ne voudrais pas utiliser des qualificatifs plus forts.
Α. SPANOU : En dépit de cela, cette réaction sentimentale dont vous parlez et qui est tout à fait normale, n’est-elle pas très puissante dans le nord de la Grèce ?
G. KATROUGALOS : Cela pourrait être expliqué. A quoi cela est dû ? Cela est dû au fait que notre fierté nationale a été blessée par les mémorandums imposés à notre pays pendant des années ce qui peut facilement donner lieu à une lecture embrouillée d’un accord positif.
A mon avis, au fur et à mesure que le temps passe, les habitants de la Grèce du Nord seront convaincus des avantages économiques engendrés par cet accord. La Grèce du nord deviendra le centre, le cœur de l’économie d’un espace économique balkanique unique qui comptera 50 millions d’habitants et après tout cela les habitants de la Grèce du nord pourront, en toute tranquillité, examiner les avantages très importants qu’apporte l’accord de Prespès pour notre pays.
Cela a, à mon avis, mis en avant l’intégrité du Premier ministre en tant que personne qui place les intérêts du pays au-dessus de l’aspiration de parvenir à des bénéfices politiques précaires. Je pense que cela sera pris en considération. C’est un investissement dans l’intérêt national de la Grèce mais aussi la preuve attestant de l’intégrité du Premier ministre en tant qu’homme politique d’envergure paneuropéenne.
V. SKOURIS : Est-ce que la date – le 2 avril - du voyage de M. Tsipras à Skopje est définitive ?
G. KATROUGALOS : Oui, apparemment, ce voyage aura lieu au cours de la première semaine du mois d’avril.
A. SPANOU : Qu’est-ce qui va se passer avec les statues, l’échange ?
V. SKOURIS : Va-t-on en fabriquer de nouvelles, comme Angeliki l’a dit ?
G. KATROUGALOS: C’est à eux de décider. Ils décideront peut-être de les ramasser, de faire…
V. SKOURIS : Qu’est-ce que nous allons leur donner en échange ? Je parle de l’échange après le fiasco avec la statue du « Dromeas » (le coureur).
G. KATROUGALOS : Il n’y a eu aucun fiasco avec la statue du Dromeas. Il y a des tentatives visant à créer, à des fins médiatiques, des impressions négatives à l’égard de nos efforts d’établir de bonnes relations. Et vous, journaliste chevronnée, ne devez pas servir ces objectifs.
V. SKOURIS : Bien évidemment que non monsieur le ministre. Angeliki ne fait pas ce genre de choses.
Α. SPANOU : Dites-nous ce qui va se passer. Va-t-on leur donner une statue ?
G. KATROUGALOS : Elle est mon amie. J’ai dit tout à fait le contraire. Je répète, nous essayons de trouver les moyens qui nous permettront d’organiser de concert, avec des personnes avec lesquelles nous n’avions le moindre contact, la promotion de nos intérêts communs ainsi que la stabilisation de la région.
Nous envisageons aussi de faire des actions qui montreront à nos peuples que ce climat a été en fait amélioré. Ces actions doivent être entreprises avec précaution.
Α. SPANOU : Comme vous ne répondez pas à cette question, veuillez nous parler des élections européennes. A quoi aspire le parti de SYRIZA ?
G. KATROUGALOS : Il aspire à un très bon résultat similaire à celui que nous avons eu lors des élections précédentes.
V. SKOURIS : Première question et très importante pour ce qui est de ce dossier. M. Kotzias vous a accusé hier, à travers le parti PRATTO, d’avoir fait des arrangements avec la Turquie concernant la question de la minorité musulmane en Thrace. Je voudrais votre commentaire à cet égard et savoir si vous pensez que votre coopération avec le parti PRATTO est en danger.
G. KATROUGALOS : Monsieur Nikos Kotzias n’aurait jamais affirmé que notre gouvernement sert les intérêts de la Turquie. Ce n’est pas cela qui est dit dans le communiqué. Je pense qu’il faut le lire avec attention.
Pour ma part, j’ai émis un communiqué concernant des questions auxquelles je devrais répondre à mon avis et qui portaient sur des démissions des membres du mouvement PRATTO du ministère des Affaires étrangères. J’ai fait les clarifications qui, à mon avis, devraient être faites.
Ma relation avec Nikos Kotzias date depuis plus de 30 ans et je parle avec lui en privé des questions qui, à mon avis, ne doivent pas être abordées en public.
A. SPANOU : Par conséquent, pensez-vous qu’il n’y a pas de rupture dans la relation entre les partis PRATTO et SYRIZA ?
G. KATROUGALOS : Mais, moi je me suis référé dans ma déclaration au parti PRATTO, en tant que mouvement allié qui coopère avec SYRIZA et si on lit attentivement le communiqué émis par PRATTO, on verra que dans le dernier paragraphe il est dit que le parti PRATTO fait toujours partie du groupe démocratique élargi.
V. SKOURIS : La question est de savoir si ce parti continuera de coopérer avec SYRIZA en tant que mouvement. Telle est notre question.
G. KATROUGALOS : En ce moment, le noyau du parti démocratique en Grèce est SYRIZA. Il n’y a aucun sens d’avoir un groupe démocratique en Grèce sans la participation à ce dernier de l’entité politique qui exprime sa position.
Α. SPANOU : La position grecque à l’égard du parcours d’adhésion de la Turquie va-t-elle changer ?
G. KATROUGALOS : Non. C’est l’une des composantes stables de la politique grecque à laquelle tous les partis consentent. Par ailleurs, lors du récent vote au sein du parlement européen portant sur le gel des négociations d’adhésion, les députés européens grecs, dans leur majeure partie, de la Nouvelle Démocratie et du SYRIZA, entre autres, ont voté contre.
V. SKOURIS: M. Georgiadis ou M. Syriggos qui est désormais candidat de la Nouvelle Démocratie – il est par conséquent une figure politique – nous ont dit qu’il n’existe plus de perspective d’adhésion pour la Turquie et ils ont, en partie, raison à cet égard. Aucun pays n’acceptera la Turquie au sein de la famille européenne.
G. KATROUGALOS : Faire des prévisions concernant le changement radical de l’environnement est une chose et changer la ligne politique nationale en est une autre. Cela atteste d’une attitude énormément irresponsable.
Comment est définie la position politique nationale ? Elle est définie en fonction de nos intérêts. Elle n’est pas définie par la conjoncture. Car autrement à chaque changement de conjoncture on aurait un changement de ligne politique nationale. Cela atteste d’une grande légèreté. J’espère que M. Syriggos n’a pas affirmé cela et je ne me rappelle pas à quelle autre personne vous vous êtes référé.
V. SKOURIS : M. Georgiadis. Mais c’est bien cela qu’ils ont dit.
G. KATROUGALOS: Ces affirmations, si elles sont bien réelles, attestent d’une attitude de légèreté. J’espère que cela n’est pas le cas.
V. SKOURIS : Angeliki tu as dit quelque chose concernant les aspirations. Faut-il insister? Je parle des aspirations du parti de SYRIZA pour ce qui est des élections européennes.
Α. SPANOU: Il faut insister là-dessus car il nous a parlé du meilleur résultat possible. Mais, quelle défaite pourrait être à votre avis gérable ? Une différence de trois, quatre, cinq points ?
G. KATROUGALOS : Mais notre objectif n’est pas de perdre les élections.
Α. SPANOU : Je vous parle d’un scénario hypothétique. Votre objectif est la victoire. On le sait bien. Est-ce que votre aspiration est de devenir le premier parti ?
G. KATROUGALOS : Mais qu’est-ce que vous voulez que je vous réponde lorsque vous parler d’un scénario d’après lequel notre objectif serait une défaite électorale ? Est-ce que vous me demandez de vous dire ce que je considère comme étant une défaite décente ? A chaque élection on va pour l’emporter. Cela n’est-il pas évident ?
A. SPANOU : Et si on ne l’emporte pas ?
G. KATROUGALOS : Cela s’appelle la démocratie. Si on ne gagne pas, on perdra. Mais l’objectif est toujours de gagner.
Et quoi qu’il en soit, nous pensons que lors de ces élections mais aussi lors des élections cruciales du mois d’octobre, nous serons vainqueurs pour la simple raison que le peuple grec sera confronté à un dilemme qui n’est pas seulement similaire à celui au sein de l’Europe : c’est le dilemme entre le progrès et la régression.
Sociétés ouvertes ou nationalisme ? En Grèce, le souvenir de la gouvernance de la Nouvelle Démocratie est encore très vivant pour ce qui est des droits, de la sécurité professionnelle, de la manière dont un parti envisage notre vie quotidienne, un parti qui place les intérêts de la minorité au-dessus des intérêts de la majorité.
Je ne pense pas que devant ce dilemme le peuple grec aura une mémoire défaillante ou des tendances suicidaires.
V. SKOURIS : Merci beaucoup.
G. KATROUGALOS : Merci à vous. Bonne journée.
V. SKOURIS : Bonne continuation.