Dimanche, 9 Mai 2021
greek english french
Accueil arrow Actualité arrow Communiqués - Discours arrow Article du ministre des Affaires étrangères, N. Dendias, paru dans le journal « KATHIMERINI », intitulé « Les prétentions unilatérales ne constituent pas des différends » (15.09.2020)

Article du ministre des Affaires étrangères, N. Dendias, paru dans le journal « KATHIMERINI », intitulé « Les prétentions unilatérales ne constituent pas des différends » (15.09.2020)

mardi, 15 septembre 2020

La paix et la sécurité pour les générations futures, la bonne foi et le dialogue sont et doivent être l’objectif commun des deux voisins. Et notamment, des voisins tels que la Grèce et la Turquie qui ont un lourd passé historique  et un présent complexe dans leurs relations bilatérales.

Dans le cas de la Turquie la question est de savoir quel sera le chemin qui nous conduira là-bas. C’est un chemin semé d’embûches mais nous devons être optimistes et penser que nous pourrons le parcourir. La Grèce est un pays européen moderne qui règle toujours ses différends quels qu’ils soient avec ses voisins par des moyens pacifiques, par le biais du dialogue et des consultations.

Elle comprend que les accusations mutuelles sont la solution facile. Elle comprend également que parler de respect mutuel, de moyens pacifiques pour le règlement de différends, de  bonne foi et de dialogue sont des belles paroles faciles à prononcer. Qui pourrait le nier ?

Néanmoins, que se passe-t-il lorsque les actes démentent les paroles ? Lorsqu’il y a des milliers de violations - dont le nombre augmente à un rythme croissant -  de la souveraineté et des droits souverains en Méditerranée orientale ou en Egée ? Lorsque les activités illégales sur le plateau continental grec   -  le droit au plateau continental, en vertu du droit international, existe d’emblée et ne prend pas d’effet à travers une déclaration quelle qu’elle soit – s’intensifient avec force d’accompagnement militaire ? Lorsque la Turquie, en  violation des principes fondamentaux de la Charte des Nations Unies, brandit la menace d’une guerre contre la Grèce si cette dernière  exerce son droit d’extension de ses eaux territoriales à 12 milles nautiques ?

Toutefois, cette persévérance de la Turquie dans un comportement infractionnel et dans la politique du fait accompli n’est pas un fait générateur de droit, ni ne produit d’effets juridiques. Par contre, cette attitude sape la confiance entre les deux parties. La Grèce le signale sans cesse à la Turquie, en invitant cette dernière à choisir la voie du dialogue et à respecter la légalité internationale.

La Grèce ne profère jamais des menaces directes ou indirectes, elle ne cherche jamais à imposer sa volonté en faisant étalage de puissance, elle ne viole pas, ni n’essaye de contester la légalité internationale et elle ne s’adresse jamais à ses pays voisins en utilisant des expressions peu amènes.

Elle affirme l’évidence, à savoir que les droits souverains dans les zones maritimes ne relèvent pas des perceptions individuelles du droit, ni ne varient en fonction de la taille d’un Etat ou du rapport de force entre Etats. Ces droits sont explicitement prévus et dans un esprit d’égalité pour tous les Etats par le droit coutumier et conventionnel de la mer, ce dernier étant contraignant pour tous les Etats, que cela leur plaise ou non.

Des Etats membres de l’OTAN et de l’UE ne disparaissent pas de la carte si quelqu’un ne les reconnaît pas. Des îles entières ne disparaissent pas de la carte en vue de créer à volonté de nouveaux voisinages, des monstruosités juridiques et des accords illégaux fabriqués de toutes pièces. De même, les droits souverains légitimes des îles, tels qu’ils sont prévus par le droit international ne constituent pas bien évidemment des prétentions maximalistes.

Et, bien évidemment, les prétentions unilatérales ne constituent pas des différends bilatéraux. Un seul différend existe entre la Grèce et la Turquie, celui de la délimitation du plateau continental et de la ZEE.

Nous sommes prêts à relancer le dialogue qui conduira à des négociations sur le règlement de ce différend, faute de quoi  ce dernier sera renvoyé devant la Cour internationale de La Haye. Nous resterons donc sur le chemin de la légalité internationale, chemin suivi également par d’autres pays méditerranéens pour le règlement des différends similaires.

Nous l’avons par ailleurs prouvé, et ce très récemment, en signant des accords sur la délimitation des ZEE avec l’Italie et l’Egypte, au prix de longues et difficiles négociations. Nous voudrions faire de même avec nos autres voisins, y compris la Turquie avec laquelle nous continuerons de coexister paisiblement, en tendant la main de l’amitié et en cherchant à faire preuve de compréhension et de respect mutuels. Nos peuples ont beaucoup à nous enseigner à cet égard.  Mais cela dépend avant tout de la Turquie elle-même.