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Interview accordée par le ministre des Affaires étrangères, Nikos Dendias au journal Real News et au journaliste Giorgos Siadimas (28.02.2021)

dimanche, 28 février 2021

JOURNALISTE : Le premier ministre avait dit que les discussions débuteront dès que les provocations cesseront. Que pensez-vous du fait que le navire « Çeşme » soit dans l’Egée mais aussi de l’exercice « patrie bleue » dans la même zone qui durera jusqu’au 7 mars ?

N. DENDIAS : Permettez-moi de faire une remarque sur ce que vous avez dit, M. Siadimas, car chaque mot a son importance. Ce qu’avait affirmé le Premier ministre, Kyriakos Mitsotakis et moi-même, était que la Grèce continue d’être en faveur de l’éventualité d’un dialogue constructif. Un dialogue sur la base du droit international concernant le seul différend qui nous oppose à la Turquie : la délimitation de la Zone économique exclusive et du plateau continental en Egée et en Méditerranée orientale.  La condition nécessaire à la reprise du dialogue était la survenue d’une période calme. En décembre dernier, les dirigeants européens avaient souligné la nécessité pour la Turquie de s’abstenir de toute action provocatrice afin que les contacts exploratoires puissent reprendre et se poursuivre sans heurts. Je le souligne car le comportement de la Turquie est sous étroite surveillance. Le fait que le navire « Oruç Reis » ne soit pas retourné en Méditerranée orientale depuis trois mois ne signifie aucunement que la Grèce et l’Union européenne vont accorder l’absolution à la Turquie. En ce qui concerne le navire océanographique « Çeşme » plus particulièrement, nous avons fait une démarche de protestation et avons souligné que non seulement la publication de ce message NAVTEX est irrégulière, mais aussi elle n’est pas conforme à l’effort de désescalade que nous souhaitons. Nous estimons par conséquent que ladite action est non seulement inutile, mais ternit également les relations entre les deux pays. Je dois dire qu’il en va de même de l’annonce de l’exercice « patrie bleue ». Même si cet exercice a lieu chaque année dans les eaux internationales, le fait qu’il se déroule dans la conjoncture actuelle, et qu’il porte l’appellation « patrie bleue » est une action non amicale envers la Grèce et n’est pas conforme au climat de confiance que nous essayons d’instaurer.

JOURNALISTE : Est-ce que la présence du « Çeşme » en Egée et l’exercice « patrie bleue » influenceront le déroulement des contacts exploratoires ?

N. DENDIAS : Il est clair que les déclarations provocatrices et les « démonstrations de force » ne contribuent pas aux efforts en faveur d’un dialogue constructif. La partie grecque souhaite poursuivre ce processus. Nous ne sommes pas ceux qui allons le saboter. Nous avons d’ailleurs proposé des dates pour le déroulement du prochain tour de contacts exploratoires ici à Athènes et nous attendons la réponse de la Turquie depuis des semaines. Nous venons dans un esprit de bonne foi. Mais nous ne sommes pas dupes. Nous ne tomberons pas dans le piège consistant à saper les pourparlers, si l’autre partie en a l’intention. La Turquie n’a plus qu’à montrer concrètement qu’elle souhaite la poursuite sans heurts des contacts, poursuite que les menaces et la tension permanente ne favorisent pas.

JOURNALISTE : Lors du sommet, fin mars, est-ce que les relations euro-turques seront finalement abordées ? Car des pays, comme l’Allemagne, promeuvent un agenda positif pour la Turquie, invoquant les contacts exploratoires, est-ce qu’il est dans notre intérêt qu’une telle discussion ait lieu à ce moment-là ?

N. DENDIAS : Dans un mois à compter d’aujourd’hui, il peut se passer beaucoup de choses. Il y a deux choses dont nous pouvons être sûrs : Premièrement, un rapport sera soumis au Conseil européen, un rapport qui comportera un chapitre consacré à l’attitude de la Turquie vis-à-vis de pays membres de l’UE, comme la Grèce et Chypre. Dans ce contexte, nous attendons que l’ensemble des actions turques dans la région soient consignés, du moins celles de l’année dernière, avec ce qui s’est passé à Evros, les violations continues de l’espace aérien grec, les survols, le navire Oruç Reis », le « pique-nique » à Varosha et j’en passe.  Malheureusement la liste est longue. Ledit rapport devra, à mon sens, inclure des propositions sur l’éventualité d’imposer des mesures restrictives. Il pourrait également inclure des propositions sur certains pas positifs en avant concernant les relations euro-turques, dans la mesure où cela est possible. Deuxièmement, personne ne doit avoir l’impression que la Turquie doit faire preuve d’une bonne attitude pendant encore un mois. Le comportement de la Turquie demeurera à l’ordre du jour du Conseil européen après mars également. Espérons que les discussions au sein de l’UE concernant le pays voisin seront finalement positives. Car, comme je l’ai dit à plusieurs reprises, la majorité du peuple turc compte sur la perspective européenne du pays. Et la Grèce considère comme étant bénéfique le fait que cette perspective demeure « vivante », à la condition toutefois que la Turquie respecte et adopte les valeurs et principes européens.

JOURNALISTE : Vous avez eu une communication téléphonique avec le nouveau Secrétaire d’Etat américain. Quelle attitude attendez-vous des Etats-Unis pour ce qui est de la Turquie et de notre région ?

N. DENDIAS : J’ai eu une longue discussion avec mon homologue américain, M. Blinken. La discussion s’est déroulée dans un climat particulièrement amical, comme cela se doit d’être le cas avec deux pays liés par un partenariat stratégique et partageant des valeurs communes sur la sécurité et la stabilité dans la région. J’ai, entre autres choses, informé le Secrétaire d’Etat américain des évolutions en Méditerranée orientale, y compris des relations avec la Turquie. Mais nous ne nous sommes pas limités à ce sujet. Les relations de notre pays avec les Etats-Unis ne doivent pas être considérées sous ce prisme seulement. Nous avons discuté du renforcement ultérieur des relations bilatérales exceptionnelles, avec comme objectif la signature de l’accord modifié de coopération en matière de défense dès que les conditions le permettront à Athènes, idéalement en automne. Nous avons par ailleurs parlé des profonds bouleversements dans l’environnement élargi et de la façon dont la Grèce peut contribuer à la paix et la prospérité dans la région et constituer dans le même temps un pont entre, d’un côté, le Moyen-Orient et le Golfe, et de l’autre, les Balkans et le reste de l’Europe. C’était d’ailleurs le principal objectif du Forum Philia organisé à Athènes il y a quelques semaines.

JOURNALISTE : L’Italie a récemment invité la Libye à délimiter les zones maritimes entre elles. Avons-nous été informés des limites qu’ils proposent, si celles-ci ont un impact sur nous et comment gérer l’accord illégal et non fondé conclu entre la Libye et la Turquie ?

N. DENDIAS : Permettez-moi de faire trois remarques brèves sur ce point.
Premièrement, la conclusion d’un accord de délimitation d’une ZEE avec l’Italie en juin dernier et avec l’Egypte quelques mois plus tard ainsi que l’accord sur le renvoi de cette même question avec l’Albanie devant la Cour international de justice à la Haye, toujours sur la base du droit international de la mer, semblent avoir déclenché des négociations entre d’autres pays de la Méditerranée. La Grèce salue ces initiatives car elles constituent la consolidation de la position qu’elle prône : la délimitation de ces zones en application du droit international est la seule voie possible pour tous les pays de la région.
Deuxièmement, en ce qui concerne l’accord illégal et non fondé – comme vous avez très justement dit – entre la Turquie et la Libye, dont les coordonnées se trouvent à des centaines de miles nautiques à l’est de la ligne de délimitation entre la Grèce et l’Italie, celui-ci a simplement été condamné par le Conseil européen de décembre 2019 et donc par l’Italie également.
Troisièmement, la Grèce se réjouit à la perspective de renforcer ses relations bilatérales avec la Libye, sous la direction du nouveau gouvernement de transition, et dans ce contexte elle sera le troisième pays européen à rouvrir très rapidement son ambassade à Tripoli.