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Interview du ministre délégué aux Relations économiques internationales, Euclide Tsakalotos au journal Vima, édition du dimanche (11 avril 2015)

mardi, 14 avril 2015

Nous vous communiquons ci-dessous le texte de l'interview du ministre délégué aux Relations économiques internationales,  Euclide Tsakalotos, parue le 11 avril au journal Vima, édition du dimanche :

Euclide Tsakalotos : « Mesures contre la richesse cachée et la fraude fiscale ».
Le ministre délégué aux Relations économiques internationales assure que les problèmes de liquidité seront normalisés lorsque la négociation apportera certains résultats. « On ne peut continuer de faire baisser les salaires et les retraites même si nos créanciers demeurent inébranlables dans leurs positions », affirme  M. Euclide Tsakalotos. Dans son interview parue au journal Vima, édition du dimanche, le ministre délégué aux Relations économiques internationales, annonce la prise des mesures contre l'évasion fiscale, la corruption et la richesse cachée, afin que le gouvernement parvienne à un accord de principe avec les partenaires, tout en expliquant toutefois que la phase la plus critique sera la grande négociation de juin sur la dette ».

Question : Après deux mois de négociations, le gouvernement adoptera les premières mesures afin d'éviter le danger de cessation des paiements. Pourquoi n'avez-vous pas réagi plus tôt?

« Le gouvernement précédent avait déjà limité la liquidité afin d'entraver nos efforts. Nous avons tout de suite entamé un tour de contacts avec les dirigeants européens et nous avons atteint un premier accord dans moins d'un mois.  Il n'y pas eu de retard donc. Les résultats de l'accord du 20 février ne sont pas encore visibles car au fur et à mesure que l'accord se concrétise d’autres questions surgissent qui doivent faire l’objet d’une négociation. Les processus sont très longs et cela accentue les problèmes de liquidité. C'est un sacrifice que nous devons consentir afin de pouvoir obtenir en contre partie d'autres choses qui sont plus importantes. Si nous consentions à leurs demandes, nous obtiendrons de la liquidité, mais nous n'aurions aucune perspective de redressement. La poursuite de la négociation nous donnera une bouffée d'air dont nous avons besoin jusqu'à l'atteinte d'un accord final ».

Question : Est-ce que le gouvernement est devenu prisonnier de ses promesses préélectorales et il ne peut pas prendre des mesures telles que la réduction de la TVA dans les grandes îles grecques qui constituent d'importantes destinations touristiques ?
«  A l'encontre de ce qu'ont fait les gouvernements précédents, nous avons toujours le privilège de poursuivre les objectifs de notre programme préélectoral sans détours et alibis. Les processus démocratiques ne sont pas un jeu d'impressions préélectorales et de désaveux post-électoraux. Nous, à travers notre programme préélectoral, avons pris des engagements, nous avons eu le soutien de la société et cela sera notre dernière ligne de résistance.

Question : Quelles sont les principales mesures qui peuvent soutenir votre engagement en faveur d'un budget équilibré?

« Notre engagement est de parvenir à des excédents primaires de l'ordre de 1 à 1,5%. La pratique suivie jusqu'à présent était de parvenir à ces excédents au prix d'énormes sacrifices consentis par les plus faibles. Les excédents proviendront de ceux qui ont la capacité financière et lesquels toutes ces années évitaient à y contribuer. Ce seront des mesures contre la fraude fiscale, contre la corruption et contre la richesse cachée. Un premier pas dans ce sens sera, par exemple, l'amélioration de la recouvrabilité de la TVA ou le règlement de la question qui perdure depuis longtemps liée aux licences des chaînes  de télévision et de radio privées. La crise humanitaire est désormais aussi intense que nous sommes obligés à ne plus tolérer l'enrichissement facile de certains à l'heure où la majorité écrasante de la société est épuisée.

Question : Les problèmes de liquidité ont provoqué l'asphyxie de l'économie. Comment pourrait-on faire face à cette situation?

« Il existe des problèmes de liquidité à court terme qui seront normalisés lorsque la négociation aboutira à certains résultats. Nous sommes le seul pays à s'acquitter depuis de nombreux mois de ses dettes en utilisant ses propres ressources, ce qui ne peut bien évidemment continuer à long terme. Les problèmes de liquidité à long terme proviennent de l'exposition au risque de crédit du système bancaire et influent dans une plus large mesure sur l'économie réelle. Ces problèmes doivent être résolus de manière radicale. Par conséquent, une fois que nous surmonterons la situation difficile en raison de la négociation, nous devrons restaurer notre politique de développement à travers de nouveaux instruments dans la mesure où le système bancaire ne peut pas remplir sa principale mission qui est le renforcement du développement. Notre objectif est de mettre en place une banque de développement et de renforcer le rôle des coopératives afin de trouver des sources de liquidité pour le secteur privé ».

Question : Quels sont les plans du gouvernement dans le domaine du système de sécurité sociale?

« Notre objectif est d'éviter les réductions des retraites et c'est pourquoi nous n'allons pas appliquer la clause du déficit zéro.  On ne peut continuer de faire baisser les salaires et les retraites même si nos créanciers persistent dans leur position. Nous pourrions envisager des changements dans certains cas extrêmes de retraites anticipées sur lesquels nous sommes d'accord, mais jusque-là. La question de la sécurité sociale est très sérieuse et doit être examinée de manière approfondie, mais nous devons prendre en compte  les conditions dans lesquelles nous sommes appelés à prendre des décisions, Il est évident que, si l'on essaye d'étudier la viabilité du système de sécurité sociale avec un taux de chômage de plus de 20%, la seule conclusion que l'on peut tirer est qu'il faut imposer des coupes dans les retraites. Mais cela n'est pas logique, à moins que l'on insiste de manière obsessive sur une politique néolibérale.

L'EXPERTISE DE L'OCDE EN MATIERE DE CREATION D'EMPLOIS ET DE REDUCTION DE LA BUREACRATIE

« Les réformes structurelles sont indispensables ».

Question : Bien évidemment, la négociation ne finit pas avec la réunion imminente de l'Eurogroupe. La négociation se poursuivra sur le programme à moyen terme et probablement sur un nouveau troisième programme.

« La grande négociation sur la dette de juin sera la plus critique. Le règlement de la dette de manière satisfaisante sera d'importance cruciale afin que la dette devienne viable et notre pays soit libéré des  énormes dépenses liées au service de la dette, notamment en période de récession comme la période actuelle. Il est également d'importance vitale d'atteindre un accord sur des excédents primaires bas à l'encontre du 4,5% qui était prévu dans le mémorandum. Si ces objectifs sont atteints, nous aurons une marge de manœuvre financière suffisante.  Et si à cela on ajoute un programme sérieux et bien ciblé en matière de dépenses d'investissement, nous pouvons désormais parler d'un modèle de développement viable ».

Question : En été, la Grèce aura probablement besoin d'un nouveau plan d'aide afin de rembourser les obligations de la BCE. Quelles sont les solutions envisagées?

« Si nous pouvons mettre en place ce modèle, les plans d'aide de nos partenaires, les échéances des obligations et toutes ces questions qui actuellement apparaissent très difficiles, deviendront des problèmes de moindre importance pour lesquels nous trouverons les solutions appropriées. Notre objectif est de surmonter de manière définitive les modèles de développement irrationnels des décennies précédentes et c'est pourquoi je pense qu'à la fin les partenaires comprendront qu'il est dans leur propre intérêt aussi de contribuer afin que cet effort soit couronné de succès ».

Question : Quels sont les axes des changements qui sont étudiés de concert avec l'OCDE?

«  Les réformes structurelles sont nécessaires et c'est pourquoi nous avons demandé à l'OCDE d'apporter son expertise. Tout d'abord, dans le domaine de l'emploi, nous voulons trouver les moyens qui nous permettront de créer de nouveaux emplois, notamment pour les jeunes. S'agissant de l'administration publique, nous étudions la réduction de la bureaucratie et du coût administratif, ainsi que la lutte contre la corruption. Dans le domaine budgétaire, nous étudions l'amélioration du cadre de répartition des dépenses et les moyens de contrôle de la fraude fiscale et de l'évasion fiscale à travers un système international d'échange d'informations. En matière d'environnement des affaires, notre objectif est de lutter contre les cartels ».