JOURNALISTE : Nous souhaitons la bienvenue au ministre des Affaires étrangères, M. Giorgos Gerapetritis. Bonjour, bienvenue. Cela ne fait même pas douze heures que vous êtes en Grèce.
G. GERAPETRITIS : Cela fait moins de huit heures que je suis en Grèce et je vous prie de m'excuser si je ne suis pas toujours très percutant ni dans un état de parfaite lucidité, en raison de la fatigue et de la tension accumulée.
JOURNALISTE : Bon, reprenons là où les deux dirigeants se sont arrêtés hier, avec leurs déclarations en public – c'est la dernière chose que nous avons. Cela fait trois ans, Monsieur le Ministre, que nous sommes dans une période calme. Nous reconnaissons un seul et unique différend, la ZEE et le plateau continental, mais d'après ce que j'ai compris de ce que nous avons entendu ces trois dernières années, nous n'avons pris aucune mesure pour résoudre cette question.
G. GERAPETRITIS : Je tiens tout d'abord à souligner, - après vous avoir remercié chaleureusement pour votre invitation - qu'après chaque grande réunion, je me rends à la télévision publique afin d'informer les citoyens grecs de ce qui s'est passé. J'informerai également la commission parlementaire compétente lundi. Je tiens à dire que la réunion d'hier s'inscrit dans le cadre d'une stratégie de la diplomatie grecque, du ministère grec des Affaires étrangères, visant à établir des canaux de communication ouverts, à définir des règles et à instaurer un dialogue structuré avec la Türkiye.
C’est ce que nous avons mis en place comme vous l'avez dit à juste titre il y a trois ans, afin de pouvoir développer une relation véritablement fonctionnelle. Il existe deux niveaux, celui de la politique douce, de la « basse politique », et celui de la « haute politique ». Au niveau de la basse politique, il est très évident qu'hier, les deux dirigeants ont procédé à une évaluation globale de la manière dont le dialogue gréco-turc s'est déroulé au niveau du dialogue politique, de l'agenda positif et des mesures de confiance. Les résultats sont importants à plusieurs niveaux. Ils ont rendu la relation, entre les deux pays, fonctionnelle, une relation de bon voisinage. D'autre part, il est évident que des questions importantes et épineuses subsistent dans les relations entre les deux pays. D'ailleurs, pour être tout à fait honnête, nous ne nous attendions pas à ce que ces questions disparaissent comme par magie. Nous faisons un effort assez sincère pour aborder ces questions. Vous savez, parfois, le simple fait de discuter et de ne pas être d’accord et de discuter à un niveau satisfaisant est déjà une victoire. Et je tiens à dire que pour nous et pour le Premier ministre, il est extrêmement important que ces questions soient soulevées sans provoquer de crises.
Nous voulons une relation normale avec la Türkiye. La géographie est une donnée immuable. Nous poursuivrons cet effort.
JOURNALISTE : Peut-on dire que le calme est assuré pour la période à venir, sans dire pour combien de temps, mais pour la période à venir ?
G. GERAPETRITIS : Je pense que dans les circonstances actuelles, caractérisées par une situation géopolitique extrêmement complexe et instable, il est important d'entretenir des relations qui apaisent les tensions. Cela va se poursuivre. Hier, les dirigeants et le Conseil de haut niveau ont décidé de maintenir les canaux de communication et de les étendre à d'autres niveaux. Hier, nous avons eu l'occasion, dans le cadre d'une mission interministérielle de haut niveau, de discuter avec nos homologues turcs de toutes les questions qui figurent à l'ordre du jour et qui concernent le commerce, la migration, la protection civile et la culture. Je pense que grâce à cette communication, grâce à ces canaux, nous pouvons faire preuve d’un optimisme mesuré quant au fait qu’aucune crise ne sera provoquée. D’ailleurs, nous sommes tous conscients que durant la période précédente, y compris au cours des trois dernières années, malgré le calme relatif qui a prévalu, il y a eu des motifs de tensions et de crises. Ce qui a toutefois fonctionné comme un véritable antidote, c’est précisément l’existence de ces canaux, permettant de désamorcer immédiatement la situation. Et je pense qu’en définitive, le fait d’aborder les échanges avec bonne foi, avec une disposition constructive, et de disposer à tout moment de la possibilité de communiquer au plus haut niveau avec son voisin, constitue la condition nécessaire pour préserver le calme.
JOURNALISTE : Permettez-moi de revenir à ce que je vous ai demandé au début. Nous parlons, nous, d’un seul et unique différend. M. Erdoğan a déclaré hier qu’il existait « des problèmes interdépendants en mer Égée ». Voulez-vous nous dire ce qu’il entendait par-là ? Nous parlons d’un seul différend, mais au cours de ces trois dernières années, y compris hier, nous n’avons pas trouvé, du moins à ma connaissance, de points de convergence pour avancer vers un règlement des questions liées à la ZEE et au plateau continental. Ou bien en avons-nous trouvé ?
G. GERAPETRITIS :Comme vous le savez, la diplomatie grecque reconnaît un seul et unique différend susceptible d’être porté devant une juridiction internationale : la délimitation de la zone économique exclusive et du plateau continental. Pour pouvoir parvenir au stade où cette question pourrait être abordée, une condition préalable indispensable est la définition du cadre de la discussion. Tout ce qui va au-delà de ce que je viens de mentionner est inacceptable pour la partie grecque, car cela touche à des questions de souveraineté et, comme j’ai eu l’occasion de le souligner à maintes reprises, les questions de souveraineté ne font pas partie du dialogue. D’autre part, ce que nous avons entendu hier de la part du Président turc, c’est qu’il n’existerait pas de questions insolubles et que, malgré d’importantes divergences, les différends peuvent être résolus.
Et je pense que la plus importante de ses déclarations était que la résolution de ces questions devait se faire sur la base du droit international. Je tiens à souligner que, depuis la Déclaration d'Athènes en décembre 2023, il y a eu une reconnaissance commune – d'autant plus importante qu’elle émane également de la partie turque – selon laquelle nos différends doivent être réglés sur la base du droit international. Il s’agit d’une position constante de la Grèce. Nous adoptons une approche très systématique sur cette question, fondée sur le principe que le droit international, et en particulier le droit de la mer, constitue le seul socle sur lequel nous pouvons nous appuyer pour résoudre nos différends. La Türkiye s’est également inscrite dans cette logique. Je pense donc qu'un pas très important a déjà été franchi. Si vous me demandez si nous avons aujourd'hui atteint le niveau de maturité nécessaire pour aller de l'avant, je vous répondrais que cette condition n’est pas encore réunie, car nous ne sommes pas parvenus à un accord sur le périmètre de la discussion. Cependant, je voudrais insister sur les positions des deux dirigeants, qui comportaient un point commun : à ce stade, nous nous trouvons à un niveau de relations satisfaisant et fonctionnel, qui nous permet, d’une part, de gérer les tensions et d’élargir nos canaux de communication et, d’autre part, de créer les conditions nécessaires pour avancer également sur les questions les plus difficiles.
Le Premier ministre a mentionné hier quelque chose d’extrêmement important : il est temps que les menaces cessent. Il l’a dit avec franchise et sincérité. Les trois dernières années nous ont ouvert la voie à une attitude plus sincère. Nous devons nous exprimer, même sur les sujets où nous ne sommes pas d’accord, avec courtoisie, mais aussi avec confiance et détermination. Et la question « si ce n’est pas maintenant, alors quand ? » me semble sincère et non rhétorique.
JOURNALISTE : Vous parlez de la levée du casus belli ?
G. GERAPETRITIS : De la menace de guerre sous quelque forme que ce soit.
JOURNALISTE : Excusez-moi, la référence de M. Mitsotakis concernait-elle à la fois le casus belli et les zones grises, ou seulement le casus belli ?
G. GERAPETRITIS : Tout ce qui constitue une menace pour la souveraineté du pays. Donc cela englobe tout, tout ce qui figure dans l’agenda historique de la Türkiye. Vous savez, j’entends souvent l’argument : « Pourquoi discuter alors que la Türkiye n’a pas renoncé à ses positions fondamentales ? » La réponse est, je pense, très simple. Nous ne nous attendions pas à ce que la Türkiye renonce à ses positions fondamentales, tout comme nous ne renoncerons pas aux nôtres. Ce que nous pouvons faire, cependant, c’est avoir cette compréhension qui nous permettra de transformer notre relation en une relation fonctionnelle et, si possible, de faire un pas de plus.
La journée d’hier, je le répète, a eu une valeur énorme pour les relations entre les deux pays. La référence du président Erdoğan au droit international comme base pour résoudre nos problèmes a été très déterminante et je pense que sur cette base, nous pourrons avancer.
JOURNALISTE : Un nouveau cycle de contacts a-t-il été convenu ?
G. GERAPETRITIS : Il y aura de toute façon un nouveau cycle, concernant aussi bien le dialogue politique que les mesures de confiance et l’agenda positif. Je pense que la valeur ajoutée principale de la période actuelle pour les relations gréco-turques est que le dialogue se fait de manière parfaitement structurée. Il y a quelques semaines, nous avons eu la dernière session du dialogue politique et de l’agenda positif. Ce que vous avez vu hier a été soigneusement préparé par le ministère des Affaires étrangères dans le moindre détail. Nous avons travaillé très dur, sur tous les scénarios possibles, afin que les choses se passent de manière fluide et que nous puissions dire aujourd’hui qu’il existe désormais une base commune de compréhension. Je veux vous dire avec une totale sincérité ceci : j’ai entendu ces derniers jours, ces dernières semaines, dire que la Grèce n’aurait même pas dû s’asseoir à la table des discussions avec la partie turque.
JOURNALISTE : C’est l’ancien Premier ministre, M. Samaras, qui l’a dit et Mme Karystianou.
G. GERAPETRITIS : Je veux vous dire ceci. Particulièrement dans la situation géopolitique complexe et instable d’aujourd’hui, où tout peut être renversé, avoir la possibilité de dialoguer avec son voisin n’est pas simplement un choix stratégique. C’est une condition nécessaire. Et je veux ajouter ceci, car nous oublions souvent les évidences : pouvoir discuter d’une manière qui mette en évidence vos différences a aussi une valeur considérable. J’entends dire : « Que s’est-il passé ces trois dernières années pour que l’on puisse parler d’une amélioration des relations gréco-turques ? » Je tiens à vous dire qu’il s’agit là d’une affirmation politique simpliste, car nous avons oublié comment les choses étaient dans le passé. Rappelons les éléments essentiels qui ont été mentionnés hier au Conseil de haut niveau. Savez-vous combien de migrants et de réfugiés la Grèce a accueillis en provenance de Türkiye au cours de la dernière décennie ?
JOURNALISTE : Non je ne connais pas le chiffre total.
G. GERAPETRITIS : En 2015, nous avons accueilli 860 000 migrants et réfugiés venus de Türkiye. Je le répète, nous en avons accueilli 860 000. Peu à peu, ils sont arrivés par vagues de 200 000, puis de 100 000. Nous avons donc eu en réalité un nombre énorme, qui a submergé les îles de la mer Égée orientale. Nous en avons eu 21 000 en 2025, soit une diminution de 60 % par rapport à l'année dernière, grâce à la bonne coopération entre les autorités des deux pays. Et nous avons réussi, et c'est là notre modèle, à trouver une solution concrète au problème. Au lieu d'avoir des centaines de milliers de migrants exploités par les réseaux de passeurs, nous avons aujourd'hui, grâce à la procédure de visa rapide dont le gouvernement grec a pu bénéficier dans le cadre de la stratégie de la Commission européenne, 1,5 million de visiteurs turcs avec leurs familles, dont la plupart se trouvent dans les îles de la mer Égée orientale, ce qui renforce l'économie locale. Mais surtout, en réalité, en créant une diplomatie des peuples. Ce sont les peuples qui doivent comprendre que nous devons avoir une relation fonctionnelle avec nos voisins.
JOURNALISTE : Un argument clé des détracteurs de cette politique de calme : cela fait trois ans que nous avons le calme, très bien, mais pour avoir le calme, nous sacrifions l'interconnexion électrique avec Chypre.
G. GERAPETRITIS : Les choses sont très simples. Tout d'abord, je vais poser à nouveau la question rhétorique car c’est quelque chose que l’on ne doit pas oublier : savez-vous combien de violations de l'espace aérien grec nous avons eu ces dernières années ? Nous en étions arrivés à une moyenne de 30 violations de l'espace aérien par jour. Nous avons enregistré plus de 11 000 violations par an. Cela signifie, au-delà de l'évidence, que la souveraineté même de la Grèce est affectée, car les violations concernent la souveraineté de l'espace aérien grec. Nous courions à tout moment le risque d'un incident grave qui aurait entraîné d'énormes problèmes. Ce problème a donc été pratiquement éliminé. Nous n'avons plus que très peu de violations. Vous me demandez si nous avons fait des sacrifices. La réponse est très claire. Il n'y a eu aucune concession, aucun sacrifice. Au cours des trois dernières années, comment la diplomatie grecque a-t-elle réagi à la question des relations gréco-turques ? En renforçant notre position et notre puissance géopolitiques. Je vais vous dire une chose très simple. Au cours des trois dernières années, nous avons mis sur la table des arguments qui n'avaient jamais été avancés auparavant par aucun gouvernement. C'est le gouvernement actuel qui, au cours des trois dernières années, a mis en place le plan d'aménagement du territoire maritime, qui constitue en réalité les limites potentielles extrêmes, c'est-à-dire notre propre espace maritime, tel que nous le concevons, conformément au droit international. C'est la Grèce qui a mis en place les parcs environnementaux maritimes, qui confirment notre souveraineté. La Grèce a décidé d'accueillir les géants américains, confirmant ainsi, dans les faits, notre position. C'est la Grèce qui a forgé ses alliances, de sorte qu'aujourd'hui, nous pouvons parler d'une relation stratégique avec Israël, mais aussi de relations fraternelles avec le monde arabe. Les relations avec les États-Unis sont au beau fixe. Je tiens à vous le dire en toute franchise : au cours des trois dernières années, la Grèce a renforcé son empreinte et est désormais en position de force. Non seulement nous n'avons pas perdu de terrain, mais nous avons considérablement renforcé notre position.
JOURNALISTE : J'aimerais aborder l'un des points des accords, à savoir la mise en place d'une liaison maritime entre les ports de Thessalonique et d’Izmir. Je me souviens que cela avait déjà été convenu auparavant, un bateau avait été mis en service en 2022, puis le service a été interrompu.
G. GERAPETRITIS : Tout d'abord, vous avez tout à fait raison de mentionner les accords que nous avons signés hier, les déclarations communes, qui revêtent une grande importance. Elles concernent la culture, la recherche et l'innovation, la coopération en matière de prévention des activités sismiques et, comme vous l'avez mentionné, les liaisons maritimes. En effet, dans le passé, on avait tenté de développer cette ligne. Il n'y avait pas une très forte demande. Mais à l'heure actuelle, grâce au visa de courte durée, qui a été mis en place - une initiative qui, je pense, a été saluée par tous et qui constitue une avancée importante -, je pense que la demande sera beaucoup plus forte. Notre objectif est, au-delà de la liaison directe entre Izmir et Thessalonique, d'avoir également des escales intermédiaires dans les îles, afin de renforcer le tourisme. De plus, le Conseil d'hier a également exprimé le souhait de développer davantage la liaison aérienne avec une ligne directe entre Athènes et Ankara. Je tiens à souligner combien sont importants le rapprochement des peuples et la possibilité d'un visa pour les îles, ainsi que la plupart des liaisons maritimes, mais aussi d'autres actions qui rapprochent les deux peuples.
JOURNALISTE : Je voudrais revenir sur la question du casus belli. Vous nous avez dit tout à l'heure ce qu'a déclaré le Premier ministre grec, nous l'avons vu nous aussi. Mais vous étiez auparavant, pendant deux heures et demie au total si je ne me trompe pas, dans la même pièce, pour ainsi dire, avec Tayyip Erdoğan. D'après ce qu'il a dit et ses réactions, avez-vous compris à un moment donné qu'il envisageait de lever le casus belli ?
G. GERAPETRITIS : Je tiens tout d'abord à dire que la discussion a été, je pense, assez franche. Les deux dirigeants ont eu la possibilité d'aborder les questions qui sont des sujets brûlants pour les deux pays. Tous les sujets ont été discutés. Le Premier ministre a soulevé la question de la menace de guerre et je pense qu'il l'a fait d'une manière qui ne laisse place à aucune ambiguïté. Si vous souhaitez faire partie d'une défense collective, vous ne pouvez pas, dans le même temps, menacer les parties qui composent cette défense collective. Je pense que cet argument est fondé, simple, compréhensible et très difficile à réfuter. Je considère donc que cette position a été entendue. Je ne peux bien sûr pas vous dire que le casus belli, qui est une résolution de l'Assemblée nationale turque datant du milieu des années 1990, sera révoqué, tout comme toutes les aspirations turques qui remontent à plusieurs décennies. Mais je tiens à vous dire que j'ai le sentiment qu'il existe actuellement un niveau de compréhension suffisant pour permettre de faire des progrès plus importants et plus significatifs. Et je tiens à dire que ces progrès ne sont pas seulement le fruit du temps, mais aussi de la composition de la direction politique des deux côtés.
J'ai le sentiment que les deux dirigeants ont la sincère intention de prendre des mesures en vue de normaliser les relations entre les deux pays. Je ne peux pas vous dire avec certitude que nous allons commencer à discuter de ce qui est à l'origine des problèmes, à savoir la question sous-jacente de la délimitation de la zone économique exclusive et du plateau continental. Je peux toutefois vous dire qu'avec les dirigeants actuels, la volonté politique existe pour le faire. Pour ajouter à l'argument du Premier ministre, qui renvoie au slogan du Mai 68 français « Et si ce n'est pas maintenant, quand alors ? Si ce n'est pas nous, qui le fera ? »
Vous avez vu hier, et je pense que tout le peuple grec a vu, le Premier ministre tenir tête au président turc avec vigueur, assurance et arguments. Je pense que la politique étrangère grecque, la diplomatie grecque sous la direction du Premier ministre, mais aussi la direction politique du ministère des Affaires étrangères, ont actuellement un plan, une assurance qui découle de l'importante empreinte diplomatique, et je pense que le moment est venu de faire des pas importants.
Et puisque vous avez fait référence tout à l'heure à ceux qui critiquent la politique étrangère grecque, je dirais donc que nous devrions faire l'exercice de voir si, avec un autre Premier ministre ou une autre direction au ministère des Affaires étrangères, nous aurions eu hier l'image d'un Premier ministre qui, avec assurance, exprimant la confiance de notre pays, s'est présenté au siège de la présidence turque pour évoquer les questions majeures qui, pour nous, sont d'ordre national.
JOURNALISTE : Monsieur le ministre, comme je comprends que notre temps est presque écoulé, une question qui ne concerne pas les relations gréco-turques. M. Trump a-t-il invité le Premier ministre grec au Conseil de paix pour Gaza qui se tiendra le 19 février ? Y participera-t-il ?
G. GERAPETRITIS : Tout d'abord, je tiens à souligner qu'il est important que la Grèce soit au centre des développements internationaux sur les grandes questions qui préoccupent l'humanité. Cela est d’une part liée à la position très forte de la Grèce, en tant que membre élu du Conseil de sécurité, ce qui la place au cœur de l'architecture internationale de sécurité, mais aussi aux très bonnes relations transatlantiques que nous avons développées. Nous avons reçu l'invitation. Elle n'a pas encore été évaluée de manière définitive. Il est important que nous nous coordonnions avec nos partenaires européens, qui ont également été invités. Dans les prochaines heures, voire les prochains jours, nous aurons une réponse définitive quant à notre présence.
JOURNALISTE : Puis-je poser une dernière question ? C'est quelque chose que je pense, sur la base de la politique de Donald Trump, et je pense que beaucoup y pensent aussi. Je voudrais savoir si vous pensez vous aussi qu'un jour, Donald Trump, avec son franc-parler et son caractère impulsif, pourrait vous appeler et vous dire : « George, Hakan, je vous envoie Jared Kushner et Steve Witkoff. Asseyez-vous à une table et trouvez un accord, après tout, cela fait 50 ans que vous n'y arrivez pas, je vais vous aider à le faire en deux jours. »
JOURNALISTE : Nous avons vu cela se produire dans d'autres régions.
JOURNALISTE : Oui, c'est pourquoi nous le disons.
G. GERAPETRITIS : Tout d'abord, je tiens à souligner que la volonté des deux États, la Grèce et la Türkiye, telle qu'elle a été exprimée hier, est que nous résolvions nous-mêmes nos problèmes. Et je pense qu'il a été prouvé au cours des trois dernières années que, pas à pas, des plus petits aux plus grands, nous cherchons à résoudre les problèmes sur la base d'une coopération bilatérale mutuelle.
Je ne pense pas qu'il soit nécessaire ni souhaitable que les États-Unis interviennent en tant que médiateurs. Je vous assure, ainsi que les citoyens grecs, que je n'ai jamais accepté une telle intervention. D'autre part, je vous avoue que la manière dont la politique étrangère est menée a changé. C'est pourquoi je pense que la responsabilité requise est très élevée. En effet, alors que jusqu'à présent, la politique étrangère consistait à prévoir ce qui allait nous arriver, il n'y a plus aucune prévision possible et l'asymétrie est devenue la norme. Nous devons donc envisager tous les scénarios possibles, qui sont nombreux. Nous sommes tout à fait prêts. Un travail très systématique est en cours et je tiens à dire, et à transmettre le message à travers votre chaîne, que les citoyens grecs doivent se sentir en sécurité et avoir confiance en leur patrie.
JOURNALISTE : Merci beaucoup. Monsieur Gerapetritis, portez-vous bien.
G. GERAPETRITIS : Je vous remercie. Bonne journée.
Février 12, 2026